Considérations générales sur la guerre de 1870, notre défense nationale et la réorganisation de l'armée française / par un officier supérieur d'artillerie

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impr. de Danel (Lille). 1871. 24 p. ; in-8.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1871
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CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
SUR LA
GUERRE DE 1870
ET SUR
NOTRE DÉFENSE NATIONALE.
ENTREPRISE avec une inconcevable légèreté , la guerre de 1870
a été conduite avec une ineptie déplorable. Malgré ce qu'on est
maintenant convenu d'appeler les vingt années d'un régime
corrupteur, l'armée française était restée bonne, et ses soldats
étaient encore ceux de Crimée et d'Italie. Les honneurs et
l'argent avaient bien, il est vrai, gâté et amolli quelques-uns de
nos généraux ; les mauvaises lectures quotidiennes et les meneurs
de cabaret avaient bien jeté dans la troupe des germes d'in-
discipline ; les expéditions de Chine et du Mexique avaient
bien développé , dans quelques corps spéciaux surtout, les ha-
bitudes funestes du maraudage et de l'ivrognerie ; mais en
somme, les officiers étaient toujours restés vaillants, et l'ensemble
nous démontre donc que le temps des petites places est fini, et
qu'il ne faut plus en avoir qu'un certain nombre de grandes,
avec forts détachés, complètement blindés et distants des
dehors de 6000 mètres au moins. — L'armement de sûreté des
places, si laborieusement enfanté, et qu'une routine inconce-
vable avait fait organiser en défense rapprochée , devra , au con-
traire , être fait uniquement en vue d'une défense éloignée, c'est-
à-dire avec des canons à longue portée.
L'artillerie des places au lieu d'être composée de plus de
quatorze calibres différents, devra être simplifiée autant que
possible, toutes les pièces de gros calibre se chargeant par la
culasse.
Aux points principaux de bifurcation des grandes voies ferrées,
on devra établir des forts, semblables à des vaisseaux cuirassés.
Ces deux obligations nouvelles sont écrites en lettres de feu
« aveugle qui ne voudra point voir, et sourd qui ne voudra point
entendre. »
A la première velléité de guerre, Paris devra être approvi-
sionné de vivres pour un an; les places des nouveaux forts à
élever, sont assez marquées en caractères de sang, pour qu'il
soit superflu de les signaler.
Voilà une troisième obligation aussi éclatante de lumière que
les deux précédentes.
L'organisation militaire de la Prusse en corps par province,
organisation qui se prête aux concentrations les plus rapides ,
offre un inconvénient sérieux , celui de faire peser sur une seule
et même contrée, les pertes de plusieurs combats sanglants;
mais notre système de rappel, qui fait revenir un homme du
Midi à son dépôt situé dans le Nord, pour l'envoyer en fin de
compte dans le Midi d'où il vient, est-il bien excellent? Évi-
demment, non. Il y a là un chassé-croisé absurde avec perte de
temps et dépense inutile d'argent.
Les dépôts des corps éparpillés sur toute la France, placés près
des frontières menacées, ainsi que nos manufactures d'armes,
nos arsenaux, nos poudreries, tout ce système est-il bien intel-
ligent? Évidemment, non.
C'est le long de notre littoral et en deçà du méridien de Paris
par rapport au Rhin Allemand , que désormais il faut nous
asseoir et placer nos dépôts, nos manufactures et nos poudreries.
C'est là un quatrième point aussi clair que les trois premiers , et
qui demande une sérieuse étude.
Qu'a prouvé l'investissement de Paris ? La nécessité d'avoir
cinq grand centres défensifs : Lille , Rouen , Le Mans, Orléans
et Nevers. La nécessité de ce cinquième point est aussi évidente
que celle des quatre autres.
Entamer une guerre aussi sérieuse sans d'énormes approvi-
sionnements en armes et en munitions, sans une artillerie consi-
dérable ayant des réserves également considérables, telle a été
une de nos dernières et déplorables fautes. Sur qui doit-elle
retomber cette faute? Sur l'expédition du Mexique qui a ruiné
tous nos arsenaux, et sur l'aveuglement d'un militaire honnête
et brave, mais dont l'éclat des grandeurs avait ébloui la raison.
Courtisan par affection personnelle, jamais il n'aurait osé heurter
de front une volonté fataliste.
Que devons-nous conclure cette fois? que ce n'est pas avec
un million de chassepots qu'il faut commencer la guerre, mais
avec une proportion de trois par homme pour un million
d'hommes, soit trois millions ; que ce n'est pas avec 7 à 800
bouches à feu qu'il faut combattre la puissante artillerie prus-
sienne, mais avec 1,800 à 2,000; enfin, que nos approvision-
nements en cartouches et en munitions doivent être proportion-
nels à cet armement.
Ce point principal sera le sixième, et sans être du métier
chacun le comprendra facilement.
Aveugle qui ne voudra pas voir et sourd qui ne voudra point
entendre.
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RÉORGANISATION DE L'ARMÉE FRANÇAISE.
Reste maintenant la question de la réorganisation de l'armée
française.
Cette question éminemment délicate, doit être envisagée sous
trois points de vue généraux :
i° Économie pour le budget ;
2° Appropriation au caractère et aux habitudes nationales ;
3° Utilisation comme moyen d'instruction et de moralisation.
Le premier point de vue, économie pour le budget, se réduit
à un effectif entretenu restreint, tout en permettant la formation
de bons cadres.
Le second consiste à ne point trop gêner nos habitudes, et
à se servir le mieux possible de notre caractère léger, insou-
ciant et nerveux.
Le troisième, le plus important, à utiliser le temps du service
militaire pour faire contracter à la jeunesse des habitudes viriles,
l'idée du devoir, le sentiment de l'honneur, l'amour de la
patrie, et enfin pour résoudre ce grand ploblème, l'instruction
gratuite mais obligatoire pour tous.
Mens sana , in corpore sano.
MODE DE RECRUTEMENT, SES CONSÉQUENCES.
Service obligatoire pour tous, en conservant toutefois pour
l'armée active, une limite minimum de taille ; cette limite mini-
mum est nécessaire pour le maniement de l'arme dans le rang.
Suppression absolue de l'exonération et du remplacement.
Rengagement permis jusqu'à l'âge de 40 ans, mais pas au-delà.
Durée totale du service , dix ans, dont trois sous les drapeaux
et sept dans la réserve.
A 23 ans accomplis, permission de se marier sans pour cela
être exempt du service jusqu'à 30 ans, en cas de rappel.
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A 27 ans accomplis, le mariage confère l'exemption légale
du service militaire ; toutefois , en cas de besoin extrême, une
loi d'urgence peut exiger le rappel.
A 23 ans accomplis, tout homme de la réserve sachant lire,
écrire et compter , est électeur.
L'armée ne vote jamais sous les drapeaux.
De 30 à 40 ans, tout citoyen , célibataire ou marié, peut être
requis pour la garde nationale.
Un bon père de famille est en droit d'empêcher son fils de
faire des sottises, autoriser le mariage pendant la durée obliga-
toire des trois ans de service actif, serait, suivant nous, une
source plus grande d'immoralité que le célibat forcé.
Tout jeune homme offrant de s'habiller et de s'entretenir à
ses frais, peut choisir son arme et son régiment ; toutefois
avant d'être admis , il faut qu'il fasse preuve de capacité. Ainsi
pour entrer dans la cavalerie ou dans l'artillerie, il faut savoir
parfaitement monter à cheval ; l'escrime et tous les exercices du
corps , ainsi que le maniement des armes, sont obligatoires.
Au bout d'un an, cette catégorie de jeunes gens, qu'on appelle
comme en Prusse, volontaires d'un an, passe dans la réserve :
pour ce passage, il faut un certificat de bonne conduite, sans
quoi une seconde année est exigée. Tous les volontaires qui
veulent subir un concours à la fin de leur première année,
peuvent obtenir un brevet de lieutenant de la réserve en cas de
rappel.
Le service commence au 1er janvier et finit au 31 décembre. La
libération actuelle au 30 juin et l'appel au 1er juillet sont deux
mesures vicieuses, puisque tous ces mouvements se font pendant
le temps des manoeuvres et des instructions ; les inspecteurs
généraux avec ce système ne peuvent plus rien voir, et d'ailleurs
l'agriculture n'en bénéficie pas.
Les jeunes gens appelés arrivent aux corps le Ier mars et
sont renvoyés par anticipation au Ier octobre. On peut libérer
par anticipation au bout de deux ans dans l'infanterie, mais
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jamais avant les trois ans exigés dans la cavalerie et dans l'artillerie.
La tenue militaire est de rigueur pour tous les officiers;
elle est simple, commode, sans col ni épaulettes. Le sabre,
pour les officiers et la troupe, n'est porté que dans le
service.
A la libération de chaque classe, tous les cadres subissent un
examen de capacité, devant une commission nommée dans
chaque régiment ; à la suite de ces examens il est délivré un
certain nombre de brevets de lieutenant de réserve, et ceux
des cadres qui ont fait preuve d'incapacité, rentrent en
cas de rappel avec un grade inférieur ou comme simples soldats.
Avec ce procédé simple, on stimule l'instruction, et on forme une
pépinière de bons officiers et de bons cadres.
Tout homme qui, à la libération de sa classe, ne sait pas lire ,
écrire et compter, est maintenu jusqu'à ce qu'il ait satisfait à
l'instruction gratuite mais obligatoire pour tous.
COMPOSITION DE L'ARMÉE.
L'armée Française se divise en deux armées distinctes et
complètement indépendantes l'une de l'autre. L'une est dite
armée d'Afrique , analogue à l'armée des Indes ; l'autre est dite
armée territoriale.
L'armée d'Afrique organisée en vue de la nature de guerre
qu'elle est appelée à soutenir, reçoit, en outre, tous les hommes
de l'armée territoriale punis disciplinairement.
Armée territoriale.
A la suite de l'annexion violente de l'Alsace ..et de la Lorraine
soi-disant Allemandes et faute de renseignements, il est diffi-
cile de raisonner sur des chiffres précis; mais nous, l'avons dit,
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nos considérations sont seulement générales. Combien les volon-
taires d'un an enlèveront-ils de jeunes gens au bout de la pre-
mière année de service? nous l'ignorons; mais en préjugeant
d'après les exonérations antérieures, ce chiffre pourra atteindre
de 20 à 30,000.
Trois classes sous les drapeaux nous donnent 300,000 hom-
mes environ pour l'armée territoriale.
Ces 300,000 hommes sont répartis comme il suit :
215,000 hommes infanterie.
30,000 id. cavalerie.
,35000 id. artillerie et pionniers.
20,000 id. services divers.
Infanterie.
Suppression des bataillons de chasseurs à pied qui n'ont plus
de raison d'être, en tant que bataillons, puisque leur armement
est le même que celui de l'infanterie.
Création de 104 régiments d'infanterie à trois bataillons et un
peloton hors rang.
Chaque bataillon est de quatre compagnies, chaque com-
pagnie a cinq sections, dont une de tirailleurs.
Chaque bataillon est commandé par un chef de bataillon ,
le chef de bataillon-major étant en dehors.
Chaque compagnie a deux capitaines et trois lieutenants.
210,000 hommes répartis en temps de paix dans 104 régi-
ments à trois bataillons donnent de 6 à 700 hommes par ba-
taillon, soit 160 hommes environ par compagnie.
En cas de rappel des sept classes, l'effectif de chaque régiment
est presque triplé en hommes et en cadres ; nous disons pres-
que, les quatre dernières classes par suite du mariage, devant
perdre beaucoup de leur effectif.

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