Considérations médicales et administratives sur le développement de l'asile public Saint-Athanase, à Quimper, de 1826 à 1853. Compte-rendu, par le Dr Follet,...

De
Publié par

impr. de Blot (Quimper). 1853. In-8° , 122 p..
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : samedi 1 janvier 1853
Lecture(s) : 16
Source : BnF/Gallica
Licence : En savoir +
Paternité, pas d'utilisation commerciale, partage des conditions initiales à l'identique
Nombre de pages : 124
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

ASILE PUBLIC
SÀINT-ATHANASE
A QUIMPER.
CONSIDÉRATIONS
MÉDICALES ET ADMINISTRATIVES
SUR
DE
DE Î826 A 1855.
[ COMPTE-RENDU
PAR IE DOCTES» FOULET
MÉDECIN DE L'ASILE DEPUIS 1830
ET DIRECTEUR-MÉDECIN DEPUIS 1840.
QUIMPER
IMPRIMERIE DE E. BLOT.
— Juillet 18.>3. —
DÉPARTEMENT DU FINISTÈRE.
SERVICE DÉPARTEMENTAL DES ALIÉNÉS
A QIJUIPEIS.
CONSIDÉRATIONS MEDICALES
ET ADMINISTRATIVES
SDR LE DÉVELOPPEMENT DE CET ASILE,
DE 1826 A i8l)3.
Juillet 1853.
I.
Ce fut en 1824 que le conseil général du Finistère
songea à faire quelque chose en faveur des aliénés dis-
séminés dans les prisons, végétant sur de petits hos-
pices, où leur position s'aggravait.
L'idée première ne put être de fonder à grands frais
un service indépendant pour les deux sexes; mais de
leur ouvrir avec économie deux divisions annexées aux
hospices civils de Quimper et de Morlaix.
— 6 -
Ce projet fut d'autant plus honorable qu'il devança
de quatorze années les vues qui, en 1838, furent sanc-
tionnées par une loi; mais il fut conçu dans un moment
où l'on n'était point à même de bien déterminer ce qu'il
fallait admettre.
Si le conseil s'était ému plus tardivement d'une sol-
licitude dont peu de départements firent preuve il y a
trente, ans, l'Asile de Quimper eût profité de l'expé-
rience acquise, et aujourd'hui notre service ne serait
pas encore à étudier ce qui doit compléter son déve-
loppement, tandis que l'état normal est obtenu sur
plusieurs départements qui ne se sont mis à l'oeuvre que
plus de vingt ans après le Finistère.
II.
L'hospice civil de Quimper, croyant travailler pour
lui-même, prit au nord de ses jardins un demi-hectare
pour y tracer un parallélogramme sur une ligne de cent
mètres.
Sur les cotés est, nord et ouest de ce premier plan, on
construisît., aux frais du département, un rez-de-chaussée
large de cinq mètres pour une série de trente cellules,
ouvrant sur un corridor intérieur de deux mètres de lar-
geur.
Sur le milieu du coté nord fut. élevé un étage pour
pavillon de surveillance; au sud, le parallélogramme fut
clos,, et à l'intérieur divisé en 4 sections par des murs.
C'est dans cet état rudimentaire que la division des
hommes s'ouvrit le 25 février 1826 connue annexe de
l'hospice civil, dont ii fallut la détacher, en 1S28, pour
en faire un service départemental.
_ 7 -
Mais telle fut l'influence des dispositions primitives,
que l'Asile végéta jusqu'en 1840 dans une position défec-
tueuse, qui ne s'est relevée graduellement que par un
système bien étudié de rectifications et de travaux par-
tiels, tant il est difficile de refaire ce qui a été mal conçu.
III.
La première administration de ce service nouveau dut
naturellement se trouver exposée à des erratas, alors
qu'il n'y avait rien d'établi sur les principes à suivre
dans la fondation et la disposition des asiles d'aliénés.
Il fallut donc passer par de singuliers errements.
En 1828, on fit un immense progrès en réduisant de
moitié les trente cellules du premier plan; en 1834-35,
on rétrograda en élevant sur la ligne sud vingt cellules
défectueuses qu'il a fallu essayer d'améliorer en 1840,
pour leur substituer un meilleur système en 1850.
En 1829, on avait été parfaitement inspiré en achetant
huit hectares à l'est du parallélogramme, et en 1830,
la commission administrative crut devoir en aliéner la
moitié.
Le département doit cette première extension du do-
maine de l'Asile à la famille Guyot, qui, par les disposi-
tions les plus bienveillantes, s'empressa de favoriser l'es-
sor d'un service aussi utile, qui se serait trouvé annihilé
sans cette acquisition.
Les quatre hectares conservés furent enclos en 1830.
IV.
Le premier plan de l'Asile ne fut qu'un triste péniten-
cier. Pour le métamorphoser, il a fallu consacrer quinze
- 8 -
années à le refondre et à l'harmoniser avec un 2° plan.
En 1837, on commença par élever, sur les ailes nord-
est et nord-ouest, l'étage du corps central, qui, en 1847,
fut prolongé au nord par un pavillon.
Cet étage fut continué à l'est en 1843, et à l'ouest en
1852.
Le coté sud du parallélogramme fut reconstruit en
1850, et agrandi par un corridor; et la même année, une
galerie centrale sépara les deux cours, dont les galeries
couvertes datent de 1842.
Le deuxième plan s'est développé à Test du premier
de 1844 à 1848. — Il se compose de deux bâtiments à un
étage parallèles nord et sud, adjacents à deux autres édi-
fices homologues, à deux étages, placés en retour d'é-
querre pour s'aligner à l'est.
En face de cette cour, s'élève la chapelle au milieu des
jardins.
L'évolution de ce deuxième plan avait un peu diminué
les quatre hectares de 1829, qui vont s'agrandir par l'ac-
quisition de six hectares contigus, passée le 30 avril 1853
avec M. deLaubrière.
Cette deuxième extension de terrain, opérée avec plus
de difficulté et de dépense, devient la condition du travail
agricole, et d'un troisième plan qui conduira l'Asile à son
développement définitif et normal.
V.
Depuis 1830, nous avons contribué à ces résultats;
pour les obtenir, toujours partiellement, au fur et à me-
sure de l'urgence. il a fallu les justifier par une masse
de rapports qui n'avaient de valeur que pour l'Asile.
- 9 -
Cependant, après une longue période de labeur, et au
moment où la plupart des établissements publient ce
qu'ils ont fait, devions-nous continuer le silence, ne point
entrer dans cet échange de relations qui rompt l'isole-
ment et fera progresser les services dans un esprit d'unité?
Nous dirons d'une manière sommaire l'état actuel des
bâtiments, la faible source de nos recettes balancées avec
les dépenses, les habitudes du personnel, l'économie, la
règle du service intérieur, le mouvement des malades,
les études à poursuivre afin que cet Asile puisse rivaliser
avec les meilleurs établissements.
Pour tempérer les détails de localité qui composent le
fond de notre sujet, nous lâcherons d'y généraliser quel-
ques vues qui, peut-être, auront un peu d'intérêt pour
ceux qui recherchent le côté pratique de toute chose.
Enfin, l'idée qui nous domine en présentant ces consi-
dérations, c'est qu'il est temps d'analyser une période de
vingt-sept années, c'est que cette revue rétrospective est
pour nous comme un devoir, un acte de haute gratitude
auprès du ministre de l'intérieur, qui a beaucoup fait
pour cet Asile ;
De MM. les Inspecteurs généraux ayant appelé la bien-
veillance ministérielle sur notre position qui, sans elle,
n'aurait pu se relever ;
De M. le Préfet du Finistère venant de réaliser l'exten-
sion du domaine agricole ;
De MM. les Membres du conseil général, aimant à re-
connaître que l'Asile du Finistère est un des services qui
a le moins coûté à son département.
BATIMENTS DE L'ASILE SAINT-ATHANASE,
POSITION.
Placé à un kilomètre de la ville, l'Asile se présente
isolé à vingt mètres au-dessus du niveau de l'Odet, sur
un plateau prolongé vers l'est, avec légère inclinaison
nord et sud, sur deux vallées d'un riant aspect.
Limité au nord par la voie de l'hippodrome, l'Asile
domine au sud et à l'ouest les jardins de l'hospice civil,
et à l'est se développe sur un rectangle de dix hectares.
Loin d'être gênée par le voisinage, cette position est
privilégiée par les conditions les plus favorables à l'hy-
giène; le quartier du pensionnat embrasse un vaste ho-
rizon au-dessus des vallées que parcourent, nord et sud,
les routes de Brest et de Lorient.
DISPOSITIONS INTÉRIEURES.
Les édifices sont réguliers, simples, éclairés des deux
côtés, bâtis en moellon à chaux et sable; les encoignures
et ouvertures sont en taille, les poutres en chêne, les
couvertures en ardoises, avec paratonnerres, tabatières,
et gouttières plates emménageant les eaux sur six réser-
voirs.
L'intérieur, variant de trois à quatre mètres de hau-*
- 11 -
teur, est ventilé par des bouches à soupape, au niveau
des planchers et des plafonds. — Nous en avons placé
sur l'arête des greniers où l'on dépose le linge sale sur
des tringles parallèles à un mètre d'élévation.
. Le rez-de-chaussée est ici asphalté, là muni d'un dal-
lage en granit. — Les cellules et galerie de bains ont un
plancher à l'égal des étages. — Au pensionnat et sur
quelques sections, on a varié des papiers de tenture; sur
d'autres, les murs sont en stuc ayant reçu diverses teintes,
et partout régnent des lambris à hauteur d'appui.
Ces boiseries en chêne, châtaignier ou sapin du Nord,
sont conservées à l'état naturel par une couche d'huile
bouillante, suivie de trois couches de vernis : cette dis-
position, complétée par des plafonds, des persiennes,
des portes sur dix escaliers, favorise l'intérieur où, sans
feu, nous avions 5° 4- 0, et 51° quand au dehors les ther-
momètres et hygromètres marquaient 3° — 0, et 61° en
février dernier.
Aux anciennes portes étroites, basses et chargées de
verroux, ont succédé partout des ouvertures à deux
panneaux vitrés de 1 mètre 50 de large sur 2 mètres 50
de hauteur, à ceintre surbaissé au rez-de-chaussée, et
à plein-ceintre aux étages.
Des fenêtres de même dimension, en fer, ont rem-
placé, sur le corridor nord, des ouvertures de 80 cen-
timètres carrés, et le mur qui les assombrissait encore
à 3 mètres de dislance a reçu une grille légère.
Nous n'avons gardé de barreaux que sur treize cel-
lules, dont les portes à claire-voie et à rideaux ouvrent
en dehors et en dedans, Pour éviter les barreaux sur
toutes les fenêtres du rez-de-chaussée, nous avons adopté
- 12 -
un châssis fixe avec vasistas qui, sur le tiers supérieur,
maintient la fenêtre ouverte et fermée à la fois.
Le service a douze latrines disposées comme sait •
Sur les fosses, s'ouvrent, dans l'épaisseur des murs,
deux cheminées faisant appel sur les toits; ces lieux,
isolés des corridors par un vestibule à persienne, ont
encore à l'intérieur des bouches de ventilation, des ré-
servoirs d'eau, des lunettes mobiles et de rechange sous
les couvercles.
Nous craindrions d'étendre ces petits détails d'intérieur
qui aujourd'hui peuvent se retrouver partout et n'ont
de prix, dans cette enumération, que comme contraste
avec la nudité, le coup d'oeil triste de l'état primitif
dont l'entretien jusqu'en 1840 consista dans un badigeon-
nage au lait de chaux. Les cours ont été plantées, ornées
de fleurs, et le premier enclos de 1830, qui ne pro-
duisait que du foin, s'est tranformé en jardins variés
qui donnent un air de plaisance aux édifices du 2e plan.
DESCRIPTION DES PLANS.
Les numéros d'ordre que nous plaçons en tète de
chaque indication, serviront à classer chaque pièce ou
section sur le plan de M. l'Architecte.
PAVILLON ME 1847 ( CENTRE NORD BU PREMIER PLAN ).
jRo de-€haussëe. — 1. Portail d'entrée pour les voi-
tures. — 2. Yeslihule. — 3. Conciergerie. — 4, Parloir.
— 3, Cabinet du concierge. — 6. Poste de rinOrmicr-
major.
- 13 -
1er Élage. — 7. Logement de l'économe.
PARALLÉLOGRAMME DE 1826, 1" PLAN, —REZ-DE-CHAUSSÉE,
CORRIDOR NORD ( 100 MÈTRES ).
8. Section est et ouest. — Deux rangs de sept cellules
d'isolement et de séquestration.
9. Au centre. —Salle de garde avec deux annexes pour
la réunion des infirmiers, la surveillance continue du cor-
ridor et des trois galeries sur les cours.
10. Au milieu. — Deux dortoirs de sept lits entre les
cellules et la salle de garde.
CORRIDOR SUD PARALLÈLE.
11. A l'est. — Huit cabinets à deux lits pour paraly-
tiques et grabataires.
12. A l'ouest. — Quatre chambres de quatre lits pour
épilepliques.
13. Au centre. — Cuisine du deuxième office avec deux
annexes pour surveillance de ces deux divisions latérales,
ménagée par des arcades vitrées sur les murs intermé-
diaires.
CÔTÉ OUEST.
14. Ateliers de tisserands. — 15. De cordonniers. —
16. De tailleurs.
17. Salle d'étude pour école primaire, cours de plain-
chant.
18. Poste de surveillance à l'angle sud-ouest.
CÔTÉ EST.
19. Premier réfectoire du deuxième office:—douze
tables, .120 places.
- 14 -
20. Poste de surveillance à l'angle sud-est.
DEUXIÈME PLAN DE 1846, A L'EST DU 1", REZ-DE-CHAUSSÉE
( BATIMENT SUD ).
21. Deuxième Réfectoire ( 120 places), se réunissant
au premier, à angle droit, sur un vestibule commu-
niquant avec le deuxième office par le corridor sud.
BATIMENT NORD.
22. Magasin général avec cave.
23. Galerie de bains, dix cabinets, douze baignoires
avec annexes, pour : — 24. Bains artificiels. — 25. Ca-
binets de douches et affusions.
26. Chaufjoir et réservoir de 30 mètres cubes.
PREMIER ÉTAGE (CENTRE DU PREMIER PLAN).
27. Bureau de l'économat, au-dessus de la salle de
garde, correspondant par des sonnettes et cornets acous-
tiques.
28. Lingerie centrale avec deux annexes, adjacentes
à deux corridors de chambres et cabinets.
PREMIER ÉTAGE SUR LES DEUX PLANS.
29 à 35. Galerie de six dortoirs ( 141 lits), désignés
sous les noms de Pinel, Marc, Esquirol, Ferrus, Foville,
Parchappe, Falret. Chacun de ces dortoirs est dominé
par deux postes de surveillance.
36. Infirmerie clinique, 14 lits.— 37. Deux cabinets
adjacents pour infirmiers.
38. Salle de réunion et tisanerie. — 39. Officine.
Toutes les portes étant vitrées et larges de 1 mètre
- 15 -
50, le coup d'oeil traverse les étages d'un bout à l'autre
de l'intérieur.
SUITE PU DEUXIÈME PLAN. — BATIMENT SUD-EST.
PENSIONNAT (30 PLACES).
39. Soubassement. — Cuisine du premier office avec
six annexes de service.
Rez-de-chaussée —40. Deuxième réfectoire.—41. Salles
d'étude. — 42. De compagnie. — 43. De billard.
Premier étage. — 44. 1er Réfectoire. — 45. Chambres
de première classe et annexes de surveillance.
Deuxième étage. — 46. Dortoir et annexes.
Mansardes. — 47 Dortoir d'urgence pour le service des
indigents ayant un autre dortoir sur le grenier ouest
du corps central premier plan.
BATIMENT NORD-EST. — ADMINISTRATION.
48. Soubassement. -^- Écurie, remise, caves.
49. Rez-de-chaussée et deuxième étage. —Logement du
directeur-médecin.
Premier étage. — 50. Bureau de la direction. ^— 51.
Salle d'administration pour la commission de surveillance,
— 52. Archives. — 53. Chambre de délibération.
CHAPELLE ( 350 PLACES).
54. Sacristie. — 55. Tribune d'orgue. — 56. Tribunes
nord et sud.
FETITS BATIMENTS DE SERVICE, (COUR NORD).
57. Amphithéâtre.
58. Ateliers de menuiserie, serrurerie, tournage.
Petit Pavillon. Au rez-de-chaussée.—59. Magasin de bois;
- 16 -
au premier étage, 60. Atelier de lingerie. 61. Hangar
de 200 stères.
Cette cour a deux portes cochères d'entrée et de sor-
tie, l'une à l'Ouest, l'autre au Nord pour faciliter le
mouvement des voitures.
RÉCAPITULATION.
Dans l'état actuel des bâtiments, l'Asile possède-t-il
assez de places pour suffire au service ordinaire et aux
prévisions de l'avenir? — Voici notre balance:
Le nombre des malades et du personnel étant en ce
moment (Mai 1853) de 250
L'Asile dispose sur :
Les premier et deuxième étages de
7 dortoires, 160 places 160
Les surveillances des diverses sections 16
Les chambres et cabinets 19
, . , j Ligne sud.. 32
Le rez-de-chaussee. { T. ,
I Ligne nord. 28
Le service de l'infirmerie clinique.. 16
Celui de deux greniers 29
TOTAL 300 J
Mais si Ton considère, et nous le dé- j
montrerons, qu'il faut déduire du f
mouvemeat : > 243
IDe l'infirmerie.. 14 / ï
Des cellules.... 14 ] 57 \
Des greniers.... 29 | !
243
Différence en moins»...... 7
RESSOURCES DE L'ASILE.
M. l'Inspecteur de WATTEVILLE, dans un rapport de la
plus haute considération sur l'économie des établisse-
ments hospitaliers, a démontré que depuis plusieurs
années la moyenne du prix de journée est en France de
1 franc 06 centimes.
Déjà plusieurs hospices réalisent plus d'un franc par
jour, et malgré la différence des charges qui pèsent sur
un service d'aliénés, l'Asile de Quimper ne reçoit par in-
digent que 90 centimes.
Nous admettons que ce prix puisse être bonifié de 10
centimes par le concours des pensionnaires, mais bien
souvent on dépense plus d'un franc par indigent, alors
qu'il arrive en haillons, et continue à dégrader tout ce
qu'il faut renouveler chaque jour pour son entrelien.
Il suffit de prélever ce qu*il faut affecter à la nourriture
et l'habillement des employés, pour que la moyenne de
1 franc se réduise à 87 centimes et s'abaisse encore, sui-
vant l'élévation qui vient à se produire dans les articles
de consommation.
Souvent, nous avons démontré la faiblesse de nos res-
sources, et pénétrée de sollicitude sur cette question d'é-
conomie, la commission de surveillance a reconnu avec
nous, la convenance d'élever au moins de 10 centimes ce
- 19 -
tarif de 90 centimes, immobile depuis 1843, malgré le
surcroit de nos obligations.
L'administration a pensé qu'il y avait lieu d'attendre
parce que dans notre comptabilité, il n'y a jamais eu de
déficit; mais nous sentons que souvent il n'a été éludé
qu'à force de parcimonie : ainsi nous n'avons pu encore
généraliser l'usage du vin, bien nécessaire sous notre
climat si variable, à l'égard d'un personnel qui progresse
dans l'énervation.
Malgré l'évidence de cette position, il est pourtant des
personnes qui nous supposent dans l'abondance ; voici ce
qui a pu les tromper.
Les recettes de l'Asile ne découlant que d'un nombre
éventuel de journées, calculé quinze à dix-huit mois d'a-
vance, nous avions pris l'habitude depuis 1840, en for-
mant le budget primitif, d'abaisser au minimum le plus
certain nos prévisions de recettes, sauf à fortifier les dé-
penses au chapitre additionnel, en raison de l'excédant
qui ne peut être jugé qu'à la clôture de l'exercice.
Le budget supplémentaire nous semble établi pour fa-
voriser cette règle de prudence, mais il y aurait erreur à
transformer en bonis les suppléments qu'il faut restituer
au titre 2 du budget primitif.
Cette faute d'attention a donc pu se glisser dans l'es-
prit des personnes peu familiarisées avec nos habitudes
budgétaires, en voyant de forts excédants sur nos procès-
verbaux de clôture.
Si, au lieu de figurer les dépenses suivant le minimum
des receltes, nous avions agi dans le sens contraire, nous
eussions été fort souvent en déficit; et si l'on veut bien
admettre qu'à force de s'ingénier, le service intérieur ait
trouvé dans le travail le moyen industriel d'atténuer sa
- 20 -
dépense, on reconnaîtra également que ces résultats sont
éventuels, et dépendent trop de l'esprit qui dirige, pour
être la base solide d'un état vraiment normal dans les
ressources d'un établissement public.
M. RICHARD, préfet du Finistère, a parfaitement jugé la
position économique de l'Asile, lorsque, dans ses motifs
présentés au conseil général de 1852, il a dit (page 47) :
« L'excellente direction imprimée au service, a puis-
se samment contribué, tant par le concours des bras que
« par celui des économies pécuniaires, à suppléer à l'in-
« suffisance des allocations départementales et des secours
« du gouvernement pour l'exécution des diverses amé-
« liorations.
« Depuis que le département a cessé de pourvoir aux
« frais de traitement des fonctionnaires de l'Asile, de
« nourriture et d'entretien des infirmiers, etc. ; que ces
« frais ont été prélevés sur le prix de journée, il est ar-
ec rivé que ce prix s'est réduit de manière à diminuer le
«bénéfice, notamment en ce qui concerne les aliénés
« indigents, et à mettre l'Etablissement dans la gêne s'il
« survenait une hausse sensible dans le prix des comes-
« tibles. »
Ces réflexions sont justes. — Il nous a fallu, au chapitre
additionnel de 1853, fortifier de 6,000 fr. le crédit de
30,000 fr., qui pour nourriture a suffi pendant l'exercice
1852.
Nous payons aujourd'hui 25 centimes de plus par kilo-
gramme de pain, et l'octroi fait subir une surtaxe sur tous
les articles de consommation.
Sous l'influence de cette hausse, notre tarif de 0,90
descend au-dessous de 0,80, c'est-à-dire que nous subis-
sons aujourd'hui en diminution, ce qu'il eut fallu obte-
- 21 -
nir en augmentation.— Delà une différence de 20 centimes
en moins sur le prix de journée, soit par année un déficit
de 10,000 francs.
Nous le répétons, trop de parcimonie pour ne régler
que le strict nécessaire, nuit tôt ou tard à la médication,
et expose un service à de médiocres résultats, si la comp-
tabilité n'arrive à s'équilibrer qu'au détriment du bien-
être dans un service où tout doit être confortable à l'égard
de sujets qui ne peuvent se relever que par un traitement
généreux.
Ajoutons que ce faible tarif ne s'est pas appliqué à un
service amplement doté de tout ce qui pouvait le récon-
forter, puisque, depuis dix ans, il a fallu puiser dans ce
prix de journée les besoins de la vie ordinaire, la créa-
tion du mobilier, les rectifications des bâtiments : c'est-à-
dire qu'en physiologie, un sujet finit par décliner dès que
sa vie d'accroissement ne peut se prélever sur l'insuffisance
de l'entretien.
Nous aurions joui de conditions meilleures si l'Asile
avait conservé la moyenne, qui de 1826 à 1843, a favorisé
ses recettes.
M est facile de démontrer que le prix de journée s'est
réellement abaissé d'environ 7 centimes.
Dès l'ouverture de l'Asile (25 février 1826), le départe-
ment fixa à 0,75 la journée des indigents, en admettant
que ce prix serait fortifié par des allocations supplémen-
taires, pour solder:
La nourriture et l'habillement des infirmiers,
Le traitement des fonctionnaires de l'Asile,
L'extension graduée du mobilier,
L'entretien et la rectification des bâtiments.
Cependant, le bénéfice de toutes ces allocations ayant
- 22 —
été supprimé le Ie' janvier 1843, on pensa nous indemni-
ser en élevant à 0,90 l'ancien prix de 0,75.
Voici le résultat de ces deux modes :
1" MODE 1826-42 (17 ANS).
Cette période a fourni
304,445 journées d'indigents a 0,75 228,333f 75
58,179 — de pensionnaires h 1,27.. 74,168 18
Les allocations supplémentaires ont
été de 87,489 44
362,624 journées. Recettes 389,991 37
2" MODE 1843-S2 (10 ANS.)
524/198 journées d'indigents à 0,90 471,778 20
85,890 — de pensionnaires à 1,60... 140,122 00
610,088 journées Recettes 611,900 20
RESULTATS.
En divisant les receltes de chaque période par le
nombre des journées, on obtient :
1er MODE. Moyenne de... lf070 ) T..„, n nnn
2e _ L de... lj00a} Différence 0,068
Celle balance démontre que :
1° La moyenne annuelle des allocations, ayant fortifié
le prix de 0,75 pendant dix-sept ans, a été de 5,000 fr.
2° La suppression de celte moyenne depuis dix ans,
représente pour le département une économie de 50,000 f.
3° La différence en moins de 68 millièmes sur notre
prix de journée, depuis 1843, a diminué les recettes de
l'Asile de plus de ï0,000 fr., soit 4,000 fr. par année.
- 23 -
Ainsi, lorsque le département s'apprête à consacrer
plus de 40,000 fr. à l'achat et à la clôture des 6 hectares
qui vont agrandir le domaine agricole de l'Asile, n'est-il
pas évident qu'il nous donne aujourd'hui ce que nous lui
avons réellement économisé ?
Et en admettant que notre tarif de 0,90 serait relevé à
1 fr., n'est-il pas sensible que cette augmentation de 10
centimes ne reproduirait pas encore lamoyennedel fr.06
dont l'Asile a joui pendant dix-sept ans, alors qu'il a eu
si peu de chose à faire comparativement aux résultats
obtenus depuis dix ans avec moins de ressources?
Pour terminer ce chapitre, nous ferons remarquer que,
depuis l'existence de l'Asile, le pensionnat, malgré la pé-
riode si défavorable qu'il a traversée, a presque fourni le
tiers des recettes.
Ce résultat mérite pour l'avenir de sérieuses considéra-
tions et démontre que cette coopération ne pourra que se
bonifier en raison directe des conditions meilleures qui
lui seront garanties.
DÉPENSES
APPLIQUÉES AUX TERRAINS , EDIFICES ET MOBILIER DE L'ASILE
SAINT-ATHANASE.
1826. Au moment de son ouverture le service,
composé de trente cellules, revenait
dans son ensemble à 86,000 00
Moyenne de 2,800 fr. par place.
1829. Huit hectares furent achetés
de la famille Guyot, au prix
de 23,000 001
1830. La clôture de 4 hectares coûta 17,043 00) 40'0i 3 Q0
A reporter 126,043 00
1830.
- 24 -
JReport 126,043 00
1827-40. Pendant ces quatorze années, le départe-
ment consacra aux modifications du
premier plan une somme de 52,957 00
Moyenne de 3,782 fr. par année. . -Q ^n «„
Déduisant au bénéfice du département :
1&31. L'aliénation de 4 hectares... 7,550 00]
1833. Un versement fait au trésor f
par l'Asile 6,000 00 > 23,550 00
1834-35. La construction des 20 cel- l
Iules sud soldée par l'Asile 10,000 00'
Restent 155,450 00
1840-50. Ajoutant une valeur de 16,000 fr. graduée
sur dix années, pour motiver en fa-
veur de l'Asile le concours du deuxième
fonds commun, ci 16,000 00
Il s'ensuit que dans le cours de vingt-
six années, de 1824 à 1850, le dépar-
tement avait dépensé pour les édifices
un total de 171,450 00
Moyenne de 6,594 fr. par an.
1826-40. Pendant cette période, les allocations du
département pour mobilier s'étaient
élevées à 59,000 00
En conséquence, l'ensemble de ces dé-
penses pour terrains, bâtiments et mo-
bilier, de 1826 à 1852, ne s'est élevé
qu'à 230,450 00
1852-53. Si nous tenons compte ici de la dépense
votée en principe à la session de 1852
A reporter 230,450 00
- 25 -
Report 230,430 00
pour la répartir sur les exercices sui-
vants, à l'effet de solder et de clore les
6 hectares achetés le 30 avril 1853, dé-
pense qu'il faut évaluer a 45,000 fr., ci 45,000 00
Nous concluons à une dépense générale
de 275,450 00-.
graduée de 1824 à 1854, période de 30
années, sur une moyenne annuelle de,
9180 fr.
Mais poursuivons notre examen.
Le département, en 1840, avait dépensé pour :
Édifices... 155,450 ) T .„, ... ,_n nn
> Total.. 214,450 00
Mobilier... 59,000 j '
N'était-il pas naturel qu'après quatorze années d'é-
preuves, le département nése sentît comme fatigué d'avoir
autant dépensé pour quatre-vingts malades, au. prix
moyen de 2,680 fr. par place, et surtout de n'avoir ob-
tenu qu'un triste service?
La direction créée en mai 1840 survenait donc dans une
occurrence peu favorable. —Tl est sensible que la moindre
idée d'extension ou d'amélioration à l'égard de l'état le
plus défectueux devait se convertir en question de fi-
nances, d'autant plus controversée que l'expérience man-
quait encore pour bien déterminer le système à pour-
suivre.
N'oublions pas de noter qu'au moment où l'Asile avait
besoin de redoubler d'efforts, un nouveau tarif allait atté-
nuer ses ressources; déjà, dès 1840, le département avait
cessé toute allocation appliquée au mobilier.
Cependant, après avoir consacré ses premières éludes
à mettre de l'ordre dans le service, à en réformer les
- 26 -
habitudes, à refondre la comptabilité, à garantir toutes
les obligations médico-légales, la direction dut se faire
une théorie pour raisonner les difficultés de la position.
D'abord, évaluant par la pensée tout ce qu'il fallait
entrevoir en raison du développement probable de l'Asile,
le Directeur se fit un aperçu de 300,000 fr., et se de-
manda comment y pourvoir, même en y consacrant dix
années.
Il est évident qu'il y aurait eu folie à s'en aller, dès
1840, soumettre au conseil général un plan même réduit
à 100,000 fr.
Le Directeur pensa donc, que pour agir en faveur de
l'avenir avec autant de prudence que d'économie, il fallait :
1° Réduire les allocations annuelles du département, à de
faibles crédits pour la seule sanction de nos propositions,
graduées au fur et à mesure de l'urgence ;
2° Faire que ces votes de principes du conseil général,
pussent être appuyés du fonds commun auquel l'Asile n'avait
encore rien demandé, en s'efforçant démériter sur celle
répartition la sollicitude du ministre de l'intérieur.
3° Puiser dans la gestion de l'Asile les rectifications de
bâtiments, l'extension du mobilier, en essayant de combler-
la réduction des ressources par l'organisation et le produit
du travail.
Cette théorie s'est réalisée.
De 1840 à 1850, le département s'est borné à voter
16,000 fr. au terme moyen de 1,600 fr. par année ;
Pendant, cette période nous avons obtenu 80,000 fr. du
deuxième fonds commun, grâce aux comptes rendus de
M. l'inspecteur général le docteur FERRES, qui dès sa pre-
mière visite à cet Asile en novembre 1838, avait entrevu
tout ce qui intéressait notre avenir:
- 27 -
A son inspection de 1843, il voulut bien éclairer nos
propositions sur un deuxième plan qui, approuvé en 1844,
fut commencé en 1846.
Quant aux efforts de l'Asile il n'a cessé de les multiplier
par l'économie et le travail ; seul il a contribué à la re-
fonte générale des édifices, à l'extension progressive du
mobilier pour un personnel qui s'est élevé de 80 à 250.
Ainsi, depuis treize ans, ses budgets ordinaires et supplé-
mentaires ont appliqué à tous les détails de restauration
une valeur de deux cent vingt-un mille francs, soit par
an, une moyenne de:
Pour bâtiments, 6,000 fr. total 78,000 fr. I
Pour mobilier, 11,000fr. - 143,000 } -M,UWlr. UUc.
Cette valeur produite par l'Asile, combinée
avec celle qu'il doit au fonds commun , ci 80,000 00
A réalisé en 13 années ce développement de.. 301,000 00
que nous avions entrevu dès 1840 ;
Moyenne annuelle de 23,153 fr.
Venant de démontrer que de 1824 à 1854, l'en-
semble des allocations consacrées à cet Asile par
le département du Finistère, ne s'élèvera qu'à... 275,450 00
Total 576,450 00
Il s'en suit qu'en déduisant 76,450 00
pour représenter la non-valeur des rectifications,
l'Asile de Quimper, considéré dans ses domaines,
ses édifices et son mobilier, doit être évalué à... 500,000 00
Pour 250 places dont la moyenne serait de
2,000 fr. au lieu de 2,800 fr. en 1826.
Le département possède donc une propriété de
cinq cent mille francs, qui lui coûte 275,450 00
C'est-à-dire que depuis 13 ans il s'est produit
à cet Asile une plus value de 224,550 fr. 00 c.
- 28 -
En moyenne 17,000 fr. par an , dont le bénéfice ne coûte pas
un centime au département.
La direction qui fonctionne depuis 1840, présente ce
fait comme la justification de ses résultats administratifs.
Peu de départements sont à ce prix propriétaires d'un
service qui a de l'avenir ; si depuis quelques années de
grands établissements se sont développés sur plusieurs dé-
partements, en est-il un, qui ait moins dépensé que le
Finistère ?
Dans son exposé auprès du conseil général de 1852,
M. le Préfet s'est plu à faire ressortir :
«Les résultats obtenus au grand avantage du départe-
« ment, qui n'a qu'à se féliciter d'avoir créé un service de
« cette importance à si peu de frais.
« Peu de départements jouissent des mêmes avantages,
« il en est qui sont encore à s'imposer des sommes consi-
« dérables pour obtenir ce que nous possédons.
« Les sacrifices d'argent sont peu de chose, quand on
« les compare à l'avantage immense de pouvoir apporter
« quelques soulagements au pire état que puisse subir l'es-
« pèce humaine et de délivrer la société du spectacle affli-
« géant de l'aliénation et des dangers auxquels elle ex-
ce pose. »
S'il fut naturel, en 1840, de craindre que l'Asile à force
d'être défectueux ne devînt onéreux pour le département,
l'expérience démontre que le bénéfice obtenu garantit
pour l'avenir le moyen de compléter l'état normal du
service.
Ainsi, après s'être habitué depuis 10 ans à ne nous
allouer qu'une moyenne de 1,600 fr., a-t-il fallu que le
conseil général ressentît la conviction de nouveaux pro-
grès, pour admettre l'achat et la clôture de 6 hectares.
- 29 -
Nous rendons hommage à la sollicitude de M. le Minis-
tre de l'intérieur, qui dès l'inspection de M. le docteur
PARCHAPPE, en 1850, s'empressa de recommander cet
agrandissement du domaine agricole, comme a devant
a exercer sur l'avenir de l'Asile la plus grande influence. »
Nous aimons dans ce témoignage de gratitude à recon-
naître l'autorité exercée par la haute expérience de
M. l'Inspecteur général, et les vues éclairées de M. le
Préfet.
Mais le conseil général, en se plaçant en dehors de ces
considérations, a lui-même profondément étudié la ques-
tion et il nous permettra de dire, qu'il ne s'est résolu en
faveur du projet, qu'en raison des résultats obtenus depuis
1840, et parce qu'il a compté sur la continuation de notre
coopération.
Ce sentiment nous a pénétré, et seul nous a retenu à
cette oeuvre de bien public.
DU PERSONNEL
AYANT COOPÉRÉ AU DÉVELOPPEMENT DE L'ASILE
SA1NT-ATHANASE.
I.
S'il est un service ne devant être mu en tout et pour
tout que par un même esprit, c'est une maison d'aliénés.
— Il faut y trouver, dit le docteur GIRARD , unité de pen-
sée, d'intérêt, de pouvoir et d'action.
Je pense avec cet excellent collègue que l'aptitude d'un
homme dévoué doit suffire, si le nombre de ses auxiliaires
augmente en raison du développement que prend le ser-
vice : c'est un système qui continue à être préféré en
Allemagne.
Je suis aussi bien persuadé qu'un grand établissement
peut fonctionner sans malaise, si le premier talent du Di-
recteur et du médecin est de se fortifier mutuellement :
c'est un fait honorable que l'on retrouve heureusement
dans plusieurs asiles de France : à Maréville, à Stéphans-
feld, etc.
Mais s'agit-il d'un service difficile dont la marche peut
souffrir de la moindre dissidence, il faut qu'un seul y
tienne la barre comme à bord d'un vaisseau.
L'ordonnance portant règlement sur les établissements
d'aliénés a bien fait de prévoir le cas où il convient de
- 31 -
réunir les pouvoirs, c'est à cette disposition prudente que
l'on doit plusieurs services déjà placés au premier rang
comme ceux d'Auxerre, de Rouen, de Marseille, etc.
IL
Un sentiment qui me revient souvent à l'esprit, c'est
que plus on s'est donné de peine pour sortir d'un état dé-
fectueux, plus il semble que l'on est encore loin du but,
et si avant de se mettre à l'oeuvre on avait vu s'ériger de-
vant soi les difficultés et les soucis de la carrière, on eût
reculé par crainte de rester au-dessous de sa tâche.
Une expérience de 23 années nous permet de dire que
s'il est un ensemble de fonctions exigeant dans la santé ,
le caractère, l'aptitude, une manière d'être toujours ani-
mée, et constamment la même, c'est bien le service où
nous sommes, et pour lequel il serait impossible que la
sollicitude du gouvernement oubliât les garanties d'une
retraite honorable.
III.
Des hommes supérieurs ont admis des motifs dont je
reconnais la valeur en faveur des deux sexes réunis au
bénéfice d'un même service.
Cependant il me semble, et surtout à l'égard d'un ser-
vice d'hommes, qu'il aura moins d'imperfection s'il marche
seul, et que toute alliance affaiblit la seule discipline qu'il
aime, et qui lui convient : la discipline militaire associée
au sentiment religieux.
Je crois que sous cette règle, un personnel de modestes
laïques peut rivaliser avec un ordre religieux, et même
arriyer à mieux faire dans le vrai sens de l'oeuvre.
- 32 -
IV.
Depuis longtemps je vois autour de moi les mêmes
employés-chefs avec peu de mutations dans le personnel
secondaire. — Tous pouvaient se classer dans la société,
celui-ci dans l'instruction, celui-là dans l'industrie,
d'autres dans la vie d'atelier.
Ce n'est donc pas la nécessité qui les a conduits vers
nous y mais l'idée de s'associer à une oeuvre de bien, sen-
timent que j'ai moi-même éprouvé, en laissant là mes
intérêts pour venir m'isoler avec des hommes de bonne
volonté.
S'ils restent autour de nous, iLs ne sont point retenus par
les modestes allocations du budget qui ne peut compenser
leurs fatigues incessantes, mais ils ont la conscience de
remplir une mission de la plus haute considération.
Cet esprit de corps serait-il le même dans un service
double? je crois qu'il se fortifie dans les conditions où
nous sommes, tout en reconnaissant combien ce person-
nel est difficile à former
V.
Avant d'être admis comme titulaires, les candidats ont
fait un surnumérariat ; nous les choisissons dans les rangs
de bons cultivateurs, d'ouvriers utiles, de militaires ayant
exercé une profession.
Tout employé porte le titre d'infirmier, quelle que soit
son occupation plus spéciale. — Concierge, cuisinier,
commissionnaire, palfrenier, tambour, chef d'ateliers,
employés des bureaux, etc., tous concourent au service
de jour et de nuit et doivent se suppléer mutuellement.
- 33 -
Plusieurs femmes d'employés composent nos ateliers
d'externes; pour quelques infirmiers devenus veufs, nous
avons élevé leurs enfants.
La règle du service est invariable, le moindre écart est
noté, passible d'avertissement, de retenue et d'amende :
de même, à la fin de l'année, les gratifications sont en rai-
son de la conduite et des services rendus; au 31 décem-
bre 1852, elles se sont élevées à 550 fr.
VI.
L'intermédiaire du Directeur près le personnel est l'éco-
nome, premier lieutenant de surveillance, qui dans l'infir-
mier-major , retrouve le même point d'appui près des in-
firmiers ordinaires. — Rien ne se fait sans passer par la
voie hiérarchique.
Pour entretenir un esprit d'unité, nous avons l'ordre du
malin aussi exact que dans un bataillon, et l'appel du
soir, devenu un petit conseil de famille, où chacun est
appelé à signaler ce qui intéresse le service, à se pénétrer
des instructions qui concernent le régime, l'observation
des malades, les améliorations à expérimenter.
Ainsi dans une maison d'isolement et sous une règle
stricte, nous nous efforçons de faire aimer le service par
un sentiment d'égards et de considérations impartiales
pour le bien-être de chacun. — Au premier de l'an et pour
la fêle patronale de l'Asile, nous recevons le personnel en
grande tenue ; cette visite de corps est conduite par M. l'é-
conome qui présente un résumé des principaux faits ac-
complis depuis la dernière réunion. — Ces adresses com-
posent un recueil qui, après nous, sera le témoignage de
l'union dans laquelle on s'est efforcé de bien faire.
- 34 -
VIL
Le service intérieur doit s'estimer heureux du concours
bienveillant qui l'a toujours animé.
Nos études ont trouvé leur encouragement dans la haute
confiance que nous accorde l'excellent esprit de la com-
mission de surveillance ;
M. l'architecte du département, n'a cessé de nous être
en aide pour triompher des difficultés de la position ;
MM. les infirmiers de Saint-Athanase, comprennent de-
puis longtemps la conduite à tenir et l'exemple à donner
pour la considération du service.
Nous aimons à dire tout ce que nous devons à leur digne
chef, M. Picart, infirmier-major depuis 1832; à M. Billon,
qui depuis 1840 a pris tant de part à tous nos travaux.
Mes remercîments sont ici bien sincères; si j'ai eu quel-
que peine, j'ai été bien secondé.
VIII.
La commission de surveillance se compose de :
MM. l'abbé SAUVEUR, grand vicaire du diocèse ;
LEPORD, ingénieur en chef du département ;
LOZACH, vice-président du tribunal;
DE CARNÉ , membre du conseil général ;
COLOMB, conseiller de préfecture.
Fonctionnaires de l'Asile :
MM. Le docteur FOLLET, directeur médecin ;
J. BILLON, économe, 1 "agent de surveillance;
LE COQ , receveur ;
MOELLO, aumônier.
- 35 -
Employés chefs
MM. LEBERRE, ex-chirurgien de la marine, chef de clinique.
PICART, infirmier-major, surveillant général.
MOREAU , aide-major, secrétaire de l'économat.
LE CLERC'H , aide-major, sous-chef du pensionnat.
Surveillants ordinaires du service intérieur (1) t
MM. DEGAY, infirmier concierge.
QUINTIN , | infirmiers commissionaires, surveillants de
ARTEL , ) la salle de garde.
CRÉAC'H, infirmier surveillant spécial.
GOASGUEN , idem.
GLOAGUEN , infirmier cuisinier chef.
KERSPERN, infirmier aide d'office.
LE BRAS , infirmier des bains, chef tambour. (2)
MADEC , infirmier jardinier chef.
SAOZANET , infirmier jardinier sous-chef.
BILLON , père, infirmier cultivateur.
LE ROUX, idem.
NOURRY, infirmier palfrenier.
LE FLOC'H , infirmier piqueur, chef d'atelier.
LE CLERC'H , idem idem.
RIGNON , infirmier menuisier chef.
LOUÉDEC, infirmier menuisier sous-chef.
CLOAREC, infirmier menuisier.
LE Roux, Pre, idem.
2 Surnuméraires.
Personnel externe des auxiliaires :
1 barbier.
2 maçons.
5 tailleurs.
4 lingères.
1 blanchisseuse.
(t) Dis convalescents sont associés comme auxiliaires au service des in-
firmiers.
(0) Trois malades sont employés comme tambours.
LITERIE, LINGE, HABILLEMENT.
Il suffit d'analyser ces trois articles pour démontrer
combien la dépense qui s'y rattache impose de condi-
tions onéreuses dans un service d'aliénés.
Un hospice ordinaire balance le nombre de ses lits avec
celui des malades ; — il n'a pas à se préoccuper de leur
habillement, de leurs dégradations incessantes sur le mo-
bilier et les bâtiments, à solder et habiller un person-
nel nombreux d'employés; à entretenir des ateliers et
tant de détails qui doivent convertir un asile d'aliénés
en instrument de médication.
Il y a donc de l'intérêt à étudier ce sujet d'économie.
1° NOMBRE DES LITS.
Au 1er Janvier 1853, l'effectif de nos malades
était de 233.
Il faut admettre en sus de ce nombre :
1° Pour le service de l'infirmerie clinique 14 lits.}
2° Pour le service des cellules d'isolement 14 — I ~„
3° Pour la réserve du mouvement 14 — J
4° Pour les employés de l'Asile 25 — ;
Total 300.
C'est-à-dire que le nombre des lits doit dépasser d'en-
- 37 -
viron un cinquième celui des aliénés présents dans le
service.
Tel maniaque, calme hier dans un dortoir, peut être
aujourd'hui isolé dans une cellule, demain dirigé sur
l'infirmerie pour rentrer quelques jours après à son dor-
toir.
Ce mouvement, qui a lieu tous les jours, représente
trois et quatre places pour un seul malade ; souvent à
côté de lui, il faut faire coucher un surveillant, dans
bien des cas, il convient d'avoir deux lits pour un pa-
ralytique, afin de pouvoir convenablement le changer
matin et soir.
2° CONFECTION DES LITS.
Leur disposition doit varier suivant la catégorie des
malades, savoir :
1° Pour pensionnaires convenables;
2° Pour indigents propres et calmes;
3° Pour paralytiques et épileptiques ;
4° Pour cellules de malades agités.
Quelle que soit la série, les lits ont pour dimension :
Largeur 0m 80.
Longueur 1 95.
Hauteur sur le plancher 0 35.
Pour les première et deuxième séries, ils sont en fer
et mobiles, composés d'un carré rempli par des feuil-
lards élastiques, croisés, montés sur quatre flasques sans
roulettes, articulées à vis.
Leur poids est de 32 kilogrammes pour indigents, et
40 pour pensionnaires, à cause d'une galerie d'ornement ;
ils sont peints à trois couches couleur bronze.
3
- 38 -
Pour la troisième série, les lits sont en bois et im-
mobiles ; leur fond est à quatre plans inclinés avec ori-
fice sur un tiroir à cuvette ; —l'intérieur mastiqué re-
çoit trois couches minium ; l'extérieur est traité par une
couche d'huile bouillante suivie de trois couches de vernis.
Pour la quatrième série, le même fond, garni en zinc,
ouvre également sur une cuvette placée dans un tiroir
à serrure. Le lit est solidement écroué sur deux supports
en fer scellés sur dalle cimentée sous le plancher.
3° LITERIE.
Si le nombre des lits doit dépasser d'un cinquième
environ celui des aliénés, l'expérience nous fait recon-
naître que le nombre des fournitures doit dépasser d'un
dixième celui des lits.
Ainsi pour 250 personnes, nous admettons 300 lits et
330 fournitures.
Tout service privé de ces conditions ne peut fonction-
ner avec ordre et veiller avec économie à l'entretien d'un
matériel sans cesse détérioré par un dixième des malades.
Nous faisons coucher les gâteux sur des couettes de
balle, divisées en trois parties égales, ce qui favorise un
change immédiat, quand échoue la patience avec la-
quelle on s'efforce de neutraliser les habitudes, en y
veillant comme on le fait pour les petits enfants.
4° LINGE ET HABILLEMENT.
Nous avons admis pour type normal dix draps et dix
chemises par homme. — Il est des services plus favorisés :
celui de Lille eomple vingt-quatre chemises par personne.
Si nous n'avions à soigner que des sujets propres et
- 39 -
sans habitudes de dégradation, notre type de dix ne re-
présenterait par année que
Trois buées par paire de draps changés tous les 25 jours.
Six buées par chemise changée tous les huit jours.
S'il était possible de se maintenir dans ces conditions,
l'entretien aurait plus de durée : mais si l'on considère,
Combien sont fréquents les changes opérés à l'infir-
merie ;
Combien, dans plusieurs autres sections, cette fré-
quence est aggravée par l'état habituel des paralytiques,
des épileptiques, des gâteux;
Combien les articles de linge sont non-seulement con-
taminés, mais à chaque instant avariés,
On concevra que le dixième de cette partie mobilière
est constamment tenu en échec, et que pour maintenir
ces articles à l'état normal, il faut, chaque année, y
consacrer une forte dépense.
Si notre type de 10 s'abaissait à 6, on verrait la durée
des draps s'abaisser d'un quart, et l'usure des chemises
doubler par le blanchissage.
Ce que nous disons de ces articles de linge s'applique à
l'habillement dont la durée ne peut être favorisée que
.par le nombre.
Deux ateliers de dix personnes travaillent constam-
ment à cet entretien, et par année réparent environ
10,000 articles, sans compter la confection de plus de
3,000 articles neufs.
Nous donnons ci-après le détail estimatif des articles de
literie et d'habillement, suivant les prix obtenus par nos
achats de matières premières, confectionnés dans les
ateliers, de l'Asile.
- 40 -
ARTICLES DE LITERIE.
1° Lit en fer, poids 32 kilos 28 »
2° Sommier, paillasse, 6 mètres d'enveloppe, toile... 4 30
3° Sacs a paille » 80
4° Matelas, crin 4 kilos, laine 8, 6 m d'enveloppe... 35 70
5° Traversin, plume 4 kilos, coutil 5 15
6° Taie de traversins, toile » 90
7° Paire de draps , 3 mètres sur 1 mètre 80 , toile de
90 centimètres de laize, à 1 fr. 15 avec façon 14 50
8° Bonnet de coton » 45
9° Couverture de laine (hiver), poids 3 kilos 500, lon-
gueur 3 mètres sur 2 mètres 20 22 »
10° Couverture de coton (été), poids 3 kilos, même
dimension 12 50
, ,„_ . n ( lru enveloppe, indienne, 2 fr. 20. ) _ _„
il-Couvre-pieds ,c ^ ^ , ,A 3 70
128 »
12" Oreiller (plume 2 kilos 500) avec taie 9 25
Total 137 25
HABILLEMENT DES MALADES.
1° Chemise de toile, 3 mètres, à 0 fr. 80, avec façon.. 3 35
2° Chaussons de cuir, 500 grammes avec façon 2 50
3° Chaussettes de laine, 100 grammes, avec façon... 1 20
4" Sabots, la paire » 60
5° Pantalon de drap gris, 1 mètre 20, a 7 fr. et façon. 9 85
6° Pantalon de toile, 2 mètres, a 0 fr. 90 et façon 2 40
7° Gilet de berlinge, pour été 2 56
8° Gilet de drap, pour hiver 6 05
9° Veste de berlinge, pour été, 2 m, à 1 fr. 85 et façon. 5 70
A reporter 34 21
- 41 -
Report, 34 21
10° Veste de drap gris, pour hiver, lm 50, a 7f et façon. 15 05
11° Blouse de toile, 3 mètres, à 0 fr. 90 et façon. ... 3 35
\ 2° Coiffure, chapeau ou kepi 3 »
13° Souliers pour jours fériés 5 60
14° Mouchoir et cravate 1 »
Total 62 21
TENUE DES INFIRMIERS.
Jours ordinaires.
1° Chemise de toile 3 35 \
2° Chaussettes de laine 1 20 1
3° Sabots à courroie » 75 |
4° Chaussons de cuir 2 50 I
5° Pantalon de drap gris 9 85 l *,7 ftv
6° Pantalon de toile 2 40 / °4 °
7° Veste drap bleu 19 50 l
8° Gilet drap gris 6 » I
9° Blouse bleue 4 50 J
10° Casquette ou kepi 4 » /
Jours fériés.
11° Pantalon drap brun 12 » \
12° Tunique bleue 38 » I
13" Souliers 6 » \ 63 »
14° Col 2 >» l
15° Casquette d'ordonnance 5 » J
Total 117 05
RÉFLEXIONS.
Literie. — Le sac à paille sert à relever la tête du lit,
quand il n'a pas d'oreiller comme dans le service des
indigents.
- 42 -
La taie de traversin contribue à la propreté constante
et à la conservation de cet article.
Les couvertures d'été sont bien essentielles pour défati-
guer pendant cinq mois celles d'hiver, et permettre de les
reprendre appropriées et dans un meilleur état pour l'hy-
giène.
Le couvre-pied vaut mieux qu'une deuxième couver-
ture, c'est une économie relevée par une meilleure appa-
rence sur la tenue de chaque lit, que nous venons d'éva-
luer à 137 fr. 25.
Habillement des malades. — L'expérience nous a fait
reconnaître combien il est bon, tant pour la santé que pour
l'économie, d'avoir adopté la blouse et le pantalon de toile
par-dessus la veste, et le pantalon de drap pendant les
trois quarts de l'année. — Ces deux enveloppes permet-
tent en été de suspendre les effets de drap, qui sans celte
protection dureraient peu, et seraient toujours sales et
n'offriraient qu'un triste aspect vu leur état de vétusté et
de réparation incessante, surtout quand ils s'appliquent
aux gâteux, aux sujets qui dégradent. — Pour ces der-
niers, il a été bien avantageux d'avoir adopté des gilets et
vestes de berlinge, dont les prix assurent 2/3 d'économie.
II est certain que de 1826 à 1840, on n'eût pas habillé
un malade avec 62 fr. 21. — Cette dépense appliquée à
200 personnes, représente une valeur de 12.000 fr. qui
peut être doublée avec les approvisionnements du magasin.
Tenue des infirmiers. — A l'exception de la veste bleue
munie de boutons au titre de l'Asile f) et des effets de pre-
mière tenue, nous appliquons aux infirmiers le premier
usage des articles qui souvent retournent aux malades.
(*) ASILE ST.-ATHAKASE. FINISTÈRE.
- 43 -
Leur dépense étant évaluée à 117 fr., compose pour 20
personnes une valeur de 2,340 fr., qui peut s'élever à
3,000 fr. avec les réserves du magasin.
Ainsi l'ensemble des articles de literie et d'habillement,
peut être évalué comme suit :
Literie de 250 personnes 34,000 fr. \
Habillement de 200 malades 1
indigens 24,000 > 61,000 fr.
Tenue uniforme de 20 infir- I
miers 3,000 J
C'est sur l'ensemble de tous ces articles que l'étude du
moindre détail intéresse l'économie. Elle a consisté pour
nous à acheter moins cher une matière première mieux
choisie, à confectionner avec plus de soin dans les ateliers
de l'asile, à prolonger la durée par des réparations faites
à propos, à ne pas craindre de dépenser plus pour le blan-
chissage.
En parcourant les cahiers d'adjudications passées jus-
qu'en 1840, nous y trouvons sur tous les articles des prix
supérieurs à ceux que nous obtenons, ainsi nous voyons:
Pour Matelas 45 f. » au lieu de 35 f. 70
Traversins 7 » 5 15
Toiles à drap 1 35 1 15
Toiles à chemises. 1 10 » 80
Vestes en drap... 17 » 15 »
Gilets de drap.... 8 » 6 05
Pantalons de drap. 12 « 9 85
COMPTABILITÉ.
Dans le cours de l'année, au cinq de chaque mois, le
Directeur doit vérifier la comptabilité-matière et cons-
tater cette opération par le relevé des comptes du
Grand-Livre.
C'est l'ensemble de ces apurements mensuels qui de-
vient la base du compte annuel ou de gestion, cons-
tatant le mouvement et la valeur des quantités :
1" léguées au 1er janvier par l'année précédente;
2° entrées et sorties journellement dans le cours de la
gestion ;
3" Restant en magasin au 31 décembre et servant de
report au premier article d'entrée de l'année suivante.
Ce compte de l'économe se divise en trois chapitres.
1er CHAPITRE (12 colonnes).
I. Les trois premières indiquent les numéros d'ordre
des articles, de section, la nature des quantités.
II. Les colonnes de 4 à 7 distinguent les entrées sui-
vant leur provenance, savoir :
Reliquat de l'année précédente,
Articles provenant de décédés,
Produit des récoltes de l'Asile,
Entrées par voie d'achat.
III. La colonne 8 totalise les entrées ; celle qui suit
suffit au total des sorties n'ayant aucune distinction;
la colonne 10 produit leur différence, c'est à dire ce
qui reste en magasin au compte de chaque article.
- 45 -
IV. Les colonnes 11 el 12 représentent : la première,
l'évaluation en numéraire des quantités récollées; la se-
conde , le montant des articles entrés par voie d'achat.
CHAPITRE 2.
Il analyse tous les articles achetés et qui entrés comme
matières premières ont subi diverses transformations,
pour arriver à l'état de confectionnement.
CHAPITRE 3.
11 menîiomie les articles provenant de décédés et l'em-
ploi qui leur est affecté.
Pour justifications à l'appui de ce compte, l'économe
produit huit pièces :
!1° Léguées au 31 décembre par
les restes en magasin;
2° Réalisées dans les douze mois
I de l'année ;
13° Provenant de décédés.
/ 4° Bordereau évaluant les quan-
i lités récoltées et achetées ;
B. Pour leur évaluation! 50 Reievés des articles achetés et
en numéraire \ non soidés au 31 décembre,
! pour être ordonnancés avant le
\ 15 mars suivant.
(6° État des sorties pendant l'année;
C. Pour le mouvement) 70 Élat des articles provenant des
des sorties. ......\ décédésî
J8° État des quantités restant en
l magasin.
L'ensemble de ces huit pièces est essentiel pour l'intel-
ligence des détails et dissiper cette idée de complication
qui pourrait apparaître au premier coup d'oeil.
- 46 -
Le contrôle de toutes ces justifications se trouve dans
la tenue des livres de comptabilité, dont elles ne sont
que la substance, et la plus parfaite corrélation doit exis-
ter entre les livres et le compte-rendu.
TENUE DES LIVRES.
Ces livres se divisent en obligatoires, voulus par l'ins-
truction du 20 novembre 1836, et en facultatifs ou auxi-
liaires, prévus par l'instruction du 28 juillet 1828.
XJVRES OBLIGATOIRES.
I. LIVRE A SOUCHE,
Pour enregistrement et
accusé de réception de
toute Recette-Matière.
II. JOURNAL GÉNÉRAL, I
Bétail chronologique et I
Mouvement quotidien
des entrées et sorties,
avec évaluation des en-
trées.
( La récapitulation des livres /
auxiliaires est portée, fin \
du mois, à ce Journal et 1
passée au Grand Livre ). j
Î.IVKES AUXILIAÏBES.
1° Livre d'Inscription des Com-
ptes de Journées pour enregis-
trement des recettes en denier.
2° Balance du Mouvement, indi-
quant, par heure et jour, les
variations produites dans le
personnel par les entrées, sor-
ties ou décès;
3° Balance quotidienne de Ré-
gime entre le mouvement du
personnel et celui des quan-
tités alimentaires servant de
base aux livraisons du magasin;
4° Livre de Magasin, ou Compte
méthodique, de 12 colonnes
mensuelles, pour la pesée de
tout article entré ou sorti ;
5° Livre des menues Dépenses,
tenu par état mensuel, classé
III. GRAND LIVRE ,
Compte analytique ouvert
méthodiquement à cha-
que article entré ou sorti
sur le Journal Général.
IV. RELEVÉ DES COMPTES
DU GRAND LIVRE,
oc
Balance. mensuelle entre
les comptes chronologi-
ques et méthodiques.
V. CARNET
D'ENREGISTREMENT
Pour inscription chrono-
logique des mandats,
au fur et à mesure de
leur émision.
- 47 -
| suivant les crédits du budget,
S servant de minute aux mé-
1 moires justifiant, fin du mois,
i les avances en numéraire ;
! 6° Livre de pharmacie, ou Re-
levé méthodique des prescrip-
tions et fournitures thérapeu-
\ tiques.
/ 7°Balancehebdomadairepourle
mouvement, 1° des effets usés
l ou anéantis pour réparations;
I 2° des articles confectionnés
1 par les ateliers de l'Asile, ou
| provenant de fournisseurs ;
I 8° Tableaux d'inventaires pour
( î° Le linge et l'habillement;
2° La literie ;
3" Les meubles fixes ;
4° Les articles mobiles.
Ces tableaux sont renouvelés
par semestre pour linge et ha-
1 billement ; par année, pour li-
\ terie, etc.
!9a Balance de crédits, ou Con-
trôle méthodique des comptes
ordonnancés avec les alloca-
tions budgétaires ;
10° Enregistrement des Mémoi-
res, ou Minute textuelle des
factures et pièces justificatives
à l'appui des mandats.
- 48 -
Il suffit d'énumérer ces livres auxiliaires pour faire re-
connaître que sans eux il y aurait beaucoup de confu-
sion dans les livres obligatoires.
Comment inscrire pèle mêle tant d'articles de menues
dépenses au Journal général?
Les balances de mouvement et de régime sont une base
essentielle pour la consommation de chaque jour.
Comment se rendre compte de l'entretien, principale-
ment de l'habillement, du linge et de la literie, sans une
balance hebdomadaire et des feuilles d'inventaire analy-
tique dont nous dirons un mot.
Comment préciser les ordonnancements sans une ba-
lance de crédits et se rappeler tous les détails de rè-
glement de compte, si on évitait d'enregistrer textuel-
lement les mémoires et pièces à l'appui des mandats ?
Nous considérons cet enregistrement comme un compte
d'ordre bien essentiel, dont il importe de consulter si sou-
vent les détails, méthodiques et même topographiques,
pour le mobilier et les bâtiments.
Nous n'avons rien dit de neuf dans ce rapide sommaire ;
mais il suffit pour démontrer que, sous le rapport de la
comptabilité, nous avons fait nos efforts pour la rendre
facile et pleine de justifications qui se présentent dans
une parfaite harmonie.
INVENTAIRES.
Nous considérons l'inventaire comme devant être, non
pas une simple annexe, mais bien la base essentielle de
la comptabilité-matière.
Les instructions n'ayant rien dit sur le mode à suivre,
il advient que chaque service établit son système comme
il l'entend. En général, on suit un ordre topographique
- 49
pour le mobilier fixe, et l'on affecte des comptes spé-
ciaux aux parties qu'il importe de classer : — chapelle,
archives, bibliothèque, bureaux, pharmacie, ateliers,
cuisines, etc.
Sur tous ces points, il est aisé de se rendre compte;
mais ce qui nous a paru le plus difficile à saisir et à
justifier, c'est le mouvement du linge, de la literie et
de l'habillement.
Nous nous sommes donc créé, sur ces trois chapitres,
des tableaux analytiques trop développés pour être ici
reproduits, mais on peut les décrire.
Ces trois chapitres analysent 63 articles, 21 sur chaque
tableau ayant autant de colonnes verticales, précédées
à gauche des conditions qui s'appliquent aux articles dont
les résultats étant reportés à gauche d'une manière hori-
zontale permettent de faire la récapitulation du tableau.
Prenons pour exemple le tableau n° 1, inventaire du
linge, colonne n" 1, chemises.
d'Mdre INVENTAIRE ANALYTIQUE DU SEMESTRE 1853. Chemises.
1 Calcul basé sur un personnel de ... 250
I.
2 Première Section. — Articles neufs ou bons 1000
3 Deuxième Section. — Articles au quart usés 200
4 Troisième Section. — Articles à demi-usés 700
5 Quatrième Section. — Articles aux trois quarts usés. 100
6 Cinquième Section. — Articles hors de service 100
II.
7 Total de l'effectif (la 5° Section étant déduite).. 2000
8 Total du dernier inventaire 2200
9 Différence en moins 200
50 -
d'or"re. INVENTAIRE ANALYTIQUE DU SEMESTRE 1853. Chemises.
III.
10 Valeur de l'effectif à l'état neuf 6000
H Valeur réduite par l'usage. 4500
12 Déficit en numéraire 1500
IV.
*3 Nombre normal admis par personne 10
14 Nombre nécessaire pour le personnel 2500
15 Effectif constaté par l'inventaire actuel 2000
V.
16 Déficit à combler pour se relever à l'état normal 500
17 Prix d'achat de chaque article neuf 3
18 Dépense à prévoir pour combler le déficit numérique. 1500
L'analyse de 21 articles occupe la surface d'une feuille
qui, étant repliée, présente encore sur ses première et
quatrième pages :
1° La valeur et le nombre des articles par sections;
2° Le prix détaillé du confectionnement de chaque ar-
ticle.
Ces trois feuilles d'inventaires donnent donc l'analyse
de 63 articles étudiés sous 18 rapports différents.
C'est-à-dire qu'il suffit de leur donner un coup d'oeil
pour répondre immédiatement et avec précision aux ques-
tions suivantes :
Combien le service a-t-il de draps, de chemises, etc. par
homme ?
Quel est, chaque année, sur tel ou tel article de linge,
d'habillement ou de literie, le déficit, sous le rapportait
nombre et de la valeur ?
- 51 -
Combien faut-il dépenser partiellement sur chaque article
ou en masse sur leur ensemble, pour entretenir leur nom-
bre , ou le relever chaque année à l'état normal ?
D'après la disposition ordinaire de leurs inventaires
étrangers à cette méthode analytique, beaucoup de ser-
vices, quoique bien tenus, ne pourraient ici faire une
réponse immédiate et précise,
C'est donc pour obtenir ce rapport constant entre le
personnel et le matériel, entre ce dernier et les res-
sources d'entretien, que nous avons ressenti le besoin
de former ces tableaux, afin d'avoir des calculs toujours
faits, et qu'il est aussi rapide que facile de renouveler
par semestre pour le linge et l'habillement, et par année
pour la literie.
L'expérience nous dira si ce mode est à maintenir ou à
modifier. Le perfectionnement deviendrait plus facile, si
chacun, dans le seul but d'être utile, exposait simple-
ment le procédé qu'il a cru devoir suivre, et les résul-
tats qu'il en a obtenus.
RÉGIME DIÉTÉTIQUE ET ALIMENTAIRE.
Le personnel des malades et employés compose deux
catégories.—La première recevant la ration comme étant
valide physiquement, la seconde soumise au régime dié-
tétique, gradué pour elle suivant les variantes de sa
position physico-morale.
Nous tenons donc des feuilles diététiques individuelles
formant un cahier mobile, à l'effet d'en éliminer chaque
matin ceux qui améliorés peuvent reprendre la ration,
et d'y faire rentrer les personnes reconnues indisposées.
Ces feuilles indiquent le nom du malade, sa date d'en-
- 52 -
trée à l'asile, et présentent sur sept colonnes la gra-
duation du régime
Bouillon, soupe, 1/4. 1/2. 3/4. Ration.
1/8
Grammes 80 180 360 530. 750.
ïl suffit, en faisant l'appel de ces malades, d'avancer
ou reculer une date sur l'une des colonnes, suivant que
l'on augmente ou diminue la fraction. La date reste per-
manente tant que la quotité ne change pas.
Chaque feuille imprimée sur les deux côtés peut durer
plusieurs années et présente d'un seul coup d'oeil la vie
diététique des malades. — Sur la partie droite de cette
feuille existe un bulletin thérapeutique.
Nous venons de relier en un volume les feuilles de
1842 à 1851. Chaque page y résume le régime d'une
personne pendant une période décennale.
A cet appel des feuilles diététiques fait au bureau,
assistent :
MM. BILION, économe;
LE BERKE, chef de clinique;
PICART, infirmier-major;
MOREAU, infirmier, aide-major.
L'économe compte les fractions au fur et à mesure que
le médecin les prescrit, en nommant chaque malade ;
Le chef de clinique inscrit les prescriptions thérapeu-
tiques ;
L'infirmier-major se pénètre des observations cliniques
faites séance tenante ;
L'aide-major inscrit le nom des régimes sur une liste à
colonne indiquant la fraction diététique.
Ces quatre opérations se font simultanément et servent

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.