Considérations politiques et militaires sur la monarchie, l'armée et l'influence étrangère . Par le comte Fréd. de Bruc

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impr. de P. Renouard (Paris). 1830. 108 p. ; in-8.
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Publié le : vendredi 1 janvier 1830
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CONSIDÉRATIONS
POLITIQUES ET MILITAIRES.
CONSIDERATIONS
POLITIQUES ET MILITAIRES
SUR
LA MONARCHIE, L'ARMÉE, ET L'INFLUENCE
ÉTRANGÈRE.
PAR LE COMTE FRED DE BRUC.
PARIS.
IMPRIMÉ CHEZ PAUL RENOUARD,
RUE GARENCIERE, N° 5 , F. S.-G.
1830.
CONSIDÉRATIONS
POLITIQUES ET MILITAIRES.
DE LA MONARCHIE.
L'ON a vu dans les siècles les plus reculés
l'élan du génie se perdre dans un océan de
pensées inutiles et nuisibles aux temps et aux
contemporains. Les sénateurs romains se per-
daient en métaphores et en phrases brillantes
dans un vaste champ de discours plus élo-
quens les uns que les autres.
Aujourd'hui plus que jamais le temps est
arrivé où l'ancienne monarchie des Gaules,
semblable à l'empire romain, est courbée sous
le joug d'éloquens orateurs, dont les raison-
2 DE LA MONARCHIE.
nemens brillans et captieux cachent, sous
les prestiges de l'éloquence, tout le poison
des révolutions, et le fanatisme des guerres
civiles et des factions.
L'écrivain le plus utile est celui qui s'atta-
che davantage, au détriment de ses intérêts
les plus chers, à combattre l'illusion que nous
donne une admiration stupide pour les instru-
mens de nos maux et de nos misères, et à
corriger cette estimation trompeuse du peu-
ple et de la nation , qui lui fait admirer des
talens pernicieux pour la France, comme pour
ses plus fidèles soutiens.
Voyons quelles sont en effet les désastreuses
conséquences de ces funestes talens !
Le découragement parmi les fidèles servi-
teurs du roi, la démoralisation politique, l'a-
néantissement de tout sentiment national, et
la féodalité mercantile, l'usure et la supré-
matie de l'agiotage, sous les trompeuses cou-
leurs de l'industrie et du bien publique.
DE LA MONARCHIE. 3
Qui pouvait espérer un avenir tranquille
n'a plus d'espoir de stabilité, l'effervescence
morale de la nation devant tout lui faire
craindre d'un avenir au moins très incer-
tain.
Tel autre enfin, en ce temps malheureux ,
qui par d'éclatans et nombreux services ren-
dus à la France , et par sa vieille fidélité à son
prince, taxée d'exaltation, n'a eu à présenter
que son noble dévoûment sur les champs de
bataille, et son sang répandu pour la patrie ,
a été écarté comme nul ou dangereux, c'est-
à-dire comme ayant l'énergie qui n'est point
de ce temps, et qui porte ombrage aux fac-
tieux et à la trahison ; celui-là a dû se retirer
dans ses foyers, frappé d'anathèmes et signalé
comme dangereux et incapable de concevoir
le système pusillanime d'une politique des-
tructive de tous les sentimens de gloire, base
de l'esprit français et principale force de la
nation et de l'armée.
I.
4 DE LA MONARCHIE.
Déjà ma voix s'est fait entendre en faveur
de ces généreux guerriers, (I)
Reste glorieux de ces phalanges victorieuses
dans les quatre parties du monde; sillonnées
pendant vingt-cinq ans par le fer et le feu
de toutes les nations. Mais ce fut en vain et
contre les règles de la politique! L'esprit de
faction anti-militaire, qui déprécie et anéantit
tout, a étouffé sous les brillans prestiges de
l'éloquence la juste dette et le tribut de re-
connaissance que devait la France aux défen-
seurs de ses drapeaux; et d'autres temps,
d'autres exigences, firent bientôt oublier la
voix du malheur et la dette sacrée de la patrie.
L'histoire impartiale comme les tables d'ai-
rain redira aux siècles les plus reculés d'âge
(I) Observations en faveur des officiers en non-acti-
vité; afin de leur conserver leur temps de service, et une
position certaine jusqu'à leur retraite ou leur réemploi
dans l'armée, présentées aux chambres de 1829. Tous les
journaux de cette époque en firent l'éloge.
DE LA MONARCHIE. 5
en âge, quels furent les enfans de notre belle
France, leurs travaux et leurs conquêtes, qui
sembleront fabuleuses, et quelle fut aussi
cette glorieuse insurrection qui surgit, et se
recruta au centre même des forces de ses
ennemis les plus implacables pour combattre
l'anarchie.
Nouveaux Machabées d'une sainte et juste
cause, abandonnés de ceux qui devaient les
défendre, (1) le roi des rois leur donna la lu-
mière et l'expérience des combats. Et ces
braves phalanges de la religion, guidées par
l'amour du dieu des armées, affrontèrent pen-
dant cinq années les plus braves soldats du
monde. Honneur à la gloire vendéenne! Son
nom immortel à jamais passera à la postérité
la plus reculée, comme emblème du courage
(1) L'auteur n'approuve l'émigration qu'autant que
c'eût été pour aller combattre dans la Vendée. En effet ,
l'émigration n'a amené aucun résultat avantageux, tandis
que des succès dans la Vendée conduisaient à tout.
6 DE LA MONARCHIE.
et de la fidélité, sans espérance comme sans
récompense. Sa gloire fut un brillant météore
qui lança des rayons de lumière, dont la vi-
vacité éblouit encore tous les yeux.
DE L'ADMINISTRATION, ETC. 7
DE L'ADMINISTRATION, DES HONNEURS MILITAIRES
ET DE L'AGIOT.
LA raison dit à tous les hommes la véritable
manière de gouverner, qui doit être claire,
franche, et à la portée de tous les coeurs, puis-
qu'elle est faite pour tous les esprits.
Les dépositaires de la puissance royale dont
les fautes sont sans cesse déguisées sous un
beau style, ne sont point les maîtres de la
patrie, mais bien ses mandataires, et à ce titre
ils sont responsables de l'honneur national,
comme de la sûreté du trône attaqué sourde-
ment par des traîtres, transfuges de tous les
partis, toujours salariés par la monarchie
qu'ils adulent, trahissent ou servent sui-
8 DE L'ADMINISTRATION, ETC.
vant les circonstances. Protées d'autant
plus à craindre qu'ils traînent à leur suite
des familles nombreuses, rentables sangsues
attachées à l'état qui les paie, et non aux prin-
cipes de la monarchie qu'ils attaquent trop
souvent par de perfides insinuations, portant
tout à-la-fois le trouble et le découragement,
dans le coeur des fidèles serviteurs du roi;
ostensiblement fermes agens du gouvernement
et dans l'ombre ennemis dangereux, marchant
inaperçus et à petit bruit sous la bannière de
l'égoïsme, classe d'homme toute particulière,
composée de parasites et d'égoïstes habiles à se
gorger des honneurs et des richesses de l'état.
Société à part au milieu de la société, dont
l'étendard de ralliement est le budget, et le mot
d'ordre guerre aux deniers de l'état. Soldats
rapaces toujours en campagne pour s'enri-
chir de nos trésors, et se parer des ornemens
de la vaillance, se riant des opinions, des fac-
tions et des couleurs, n'en adoptant aucune ;
DE L ADMINISTRATION , ETC. 9
ils se fortifient de nos dissensions politiques,
vivent inaperçus, s'engraissent et s'accroissent
de la plume et du papier barbouillé. Du reste,
dangereux en ce qu'ils présentent la possibi-
lité du bien hérissée de difficultés, et la possi-
bilité du mal franche de tous obstacles.
La distinction du soldat, qui lui est si légi-
timement acquise par ses pénibles fatigues,
par tout son sang versé sur les champs de ba-
taille, et par ses nombreux sacrifices à la na-
tion, ne serait-elle qu'illusion dont il ne res-
terait plus rien d'honorable... !
Cette glorieuse marque de sang, maintenant
commune à toutes les classes de la société, ce
moteur si puissant sur l'esprit des Français,
ce levier qui soulevait les masses et qui con-
duisait nos guerriers à la mort par le chemin
de la gloire, il n'est plus, il est anéanti à ja-
mais! Car ce qui fut mérité par le soldat, et
ennobli par sa vaillance, est devenu l'orne-
ment du faible citadin, sans énergie comme
I0 DE L'ADMINISTRATION, ETC.
sans courage, dont le seul mérite est d'acca-
parer sous les fausses couleurs de l'industrie
nationale, les suffrages publics et les votes
populaires.
Plus loin, la bonne foi courbée sous l'inso-
lent orgueil des usuriers, commerçans, qui,
ne pouvant comprendre toute l'étendue des
devoirs du fidèle citoyen, arborent audacieu-
sement à la tribune et dans leurs écrits les
couleurs de la liberté, afin de faire oublier à
la France leur médiocrité rampante dans les
comptoirs.
Jusqu'à quand le peuple français, si vaillant
et si attaché à la gloire de ses armes (dont les
hauts faits retentissent encore dans tout l'u-
nivers), se laissera-t-il diriger par d'ambitieux
marchands, dont le moindre des torts en-
vers la France est une haine profonde pour
nos institutions militaires et monarchiques !
Classe de gens dont l'idée fixe est la conser-
vation et l'augmentation des biens qu'ils tien-
DE L'ADMINISTRATION , ETC. 11
nent de nos discordes plutôt que d'eux-mêmes;
biens que la crainte des troubles leur a conser-
vés à jamais plutôt que la justice et la poli-
tique.
Mais le temps n'est peut-être pas éloigné
où la nation, revenue de son erreur et de son
aveuglement, se fera justice elle-même en bri-
sant ces funestes idoles qui compromettent
son repos et sa gloire.
Ce fatal système doit enfin cesser, ou l'ima-
gination pourrait aller jusqu'à croire à l'indif-
férence des rois.
Il est un terme où tout doit finir ; et quinze
années de paix doiventavoir montré à la France
attentive à tous nos débats, comme à la turbu-
lence des factieux, quelle a été la noble atti-
tude des véritables soutiens de la monarchie.
Que l'intrigue incapable recule donc enfin de-
vant l'énergie et la loyauté, sinon les circon-
stances ou la Providence feront ce que les
hommes du pouvoir ne voulurent pas faire.
la DE L ADMINISTRATION, ETC.
Dieu les frappant d'aveuglement, la patrie doit
périr et les entraîner dans sa chute, qui sera
tout à-la-fois terrible et un exemple frappant
pour l'univers , puisqu'ils seront poursuivis de
la réprobation générale et de la malédiction
de Dieu, qui les aura frappés d'orgueil et pri-
vés de la lumière. Il en est de la vieillesse des
nations comme de celle des humains; à force
de se perfectionner dans les théories de leur
existence, ils perdent les moyens de les mettre
en pratique, jusqu'à ce qu'enfin raffinant sur
les formes de leurs institutions, et après en
avoir perdu la substance, ils vivent dans
l'anarchie et meurent dans l'esclavage avec les
maximes de la liberté sur les lèvres.
DE L'ARMÉE. 13
DE L'ARMÉE.
L'ARMÉE, ce noble sanctuaire, qui seule au
milieu de la démoralisation générale sut tou-
jours conserver dans son sein les princi-
pes d'honneur et de loyauté, cette armée
si belle et si généreuse, est sous l'in-
fluence immédiate d'un conseil supérieur où
se règlent et s'arrêtent ses destinées. Là, les
fiers augures de ce lieu de mystère, sous les
traits séduisans de la bienveillance, sans re-
mords comme sans crainte, cachent avec
soin toute l'étendue de leur connaissance des
hommes et des choses. S'appuyant de leurs lois
14 DE L'ARMÉE.
et se retranchant derrière leurs ordonnances,
ils rétablissent ou perdent à jamais l'existence
du guerrier, et leurs lois sont comme une
lame tranchante, fatale aux uns et avantageuse
pour les autres.
C'est encore dans ce sanctuaire (où sont
relatées les notes de tous ) que sont entassées
et pressées dans de vastes locaux les lois qui
régissent et l'armée et nos guerriers. De ce
lieu surgissent leurs ordonnances marquées
d'impartialité pour les uns et quelquefois de
partialité pour les autres. Leurs lois sont leurs
règles , leurs égides, et, comme les oracles des
idoles du paganisme, peuvent être interprétées
de diverses manières , et toujours au gré des
augures, qui compromettent le sort des défen-
seurs de la patrie et leur avenir, qui se trou-
vent arrêtes par les sommités de l'armée, trop
vieilles en général pour pouvoir être utiles
au jour des dangers.
En effet, les soldats qu'ont épargnés vingt
DE L'ARMÉE. 1 5
batailles ne sont point à l'abri des maladies,
tristes attributs de l'âge. Ils seront donc con-
traints par leurs infirmités mêmes d'abandon-
ner le service peut-être au moment du combat,
les souffrances et les infirmités leur en faisant
la loi. Alors ils emporteront avec eux toute
l'expérience du maniement des troupes et l'ha-
bitude du commandement supérieur, tandis
qu'au contraire ceux qui seront appelés à les
remplacer n'apporteront au commandement
que leur bonne volonté et l'inexpérience des
grades inférieurs. Ces changemens, qui peu-
vent arriver subitement, ne seraient point sans
danger au moment d'une guerre contre les
ennemis de la patrie.
Que la monarchie cesse ses irrésolutions,
et s'occupe de ses guerriers, qu'elle expose
ses droits, et qu'elle se place hardiment au
centre de la France, et à la tête de ses sou-
tiens : alors elle sera forte et digne d'admi-
ration ; chacun se ralliera à elle. Que craint-
16 DE L'ARMÉE.
on ? des orages! des révoltes! Partout où
règne la révolte partout règne aussi la ty-
rannie , la dévastation et la mort, et ce n'est
qu'à l'abri du trône et de la légitimité que
peuvent exister la paix de,la France et ses
libertés.
DE L'EXPEDITION D'ALGER. 1 7
DE L'EXPÉDITION D'ALGER.
LA paix de la patrie est compromise par la
paix elle-même.
En effet, de toutes parts le peuple est en
souffrance et menacé dans son existence par
le germe toujours croissant des factions, s'aug-
mentant de la surabondance de la population
qui n'est plus en rapport avec le pays.
On crée de tous côtés des emplois inutiles
pour des besoins imaginaires qui chargent en-
core et le peuple et l'état, afin de satisfaire
à l'exigence des temps et des factieux, et sur-
tout à l'assurance de l'inamovibilité des diffé-
2
l8 DE L'EXPÉDITION D'ALGER.
rens ministres qui se succèdent au pouvoir, où
il n'est plus de stabilité.
Que voit-on encore ? des refus continuels et
obligés à des supplications réitérées, dont le
véritable motif est moins l'ambition que la
cruelle nécessité résultant des besoins d'une
grande population rassemblée en trop grand
nombre sur un seul point de la France.
Les représentans de la nation promettent
en vain des jours plus heureux, afin de capter
les suffrages populaires ; mais qui se vante et
ne tient point ses promesses est comme le
vent et les nuées qui ne sont point suivis de
la pluie salutaire.
En conséquence, dans cette position ne se-
rait-il donc point nécessaire de diriger cette
surabondance de population vers un but quel-
conque , utile et convenable à la gloire du
pays ?
Les enfans d'Albion, passés maîtres en per-
fidies de toute espèce, n'ont-ils donc pas
DE L'EXPÉDITION D'ALGER. 19
comme nous une grande population, et de
nécessaires et nombreuses colonies, dont plu-
sieurs furent surprises par la trahison ?
N'avons-nous donc pas en nous tous les élé-
mens qui fondent un grand pouvoir sur la
terre et sur les mers, sans recourir à la dissi-
mulation, arme du faible, dont la ruse n'est
que lâcheté, et l'orgueil faiblesse et impuis-
sance?
Ne pouvons-nous donc pas franchir les mers
et aller coloniser le pays de ces insolens pirates
qui dans leur démence, et à l'instigation de nos
ennemis naturels, ont osé insulter le pavillon
de la France et attaquer la gloire de nos
armes ?
Cette agression des barbares, si extraordi-
naire sans doute et qui paraîtrait l'effet du
hasard, nous est offerte par le dieu des armées,
qui du haut du ciel tend une main secourable
à la vieille monarchie de saint Louis. Alors, ap-
pelée à la sage et glorieuse mission de sou-
2.
20 DE L'EXPÉDITION D'ALGER.
mettre ce peuple par nos armes, afin d'y éta-
blir de nécessaires colonies pour l'écoulement
de la surabondance de notre trop grande po-
pulation, et porter en même temps le flam-
beau de la religion et de la civilisation chez
une nation sauvage, sans foi, et toute souiltée
de meurtres et de pillages.
Quels sont les obstacles qui pourraient pa-
ralyser un élan si sublime et si sage tout à-la-
fois , puisqu'il assurerait la prospérité du peu-
ple par la guerre elle-même, et la gloire de
notre sainte religion par la destruction de la
fausse croyance de ces peuples de pirates?
Serait-ce les intrigues de l'Angleterre? la
faiblesse de notre politique à la remorque de
la sienne ? Ou serait-ce ces sociétés secrètes et
mystérieuses, signalées en tous lieux sous mille
dénominations diverses, dont la funeste in-
fluence se fait sentir partout et n'est saisissa-
ble nulle part; qui se couvrant des brillantes
couleurs de la liberté, et s'enveloppant de
DE L EXPÉDITION D ALGER. 21
ténèbres, lancent leurs traits désorganisateurs
contre le sein de la mère-patrie, qui, dans sa
clémence, voudrait pouvoir encore les compter
au nombre de ses enfans ?
Société verbeuse, qui, n'écoutant que son
aveugle ressentiment, attaque partout cette
pieuse réunion de fidèles chrétiens (arche
sainte des admirables doctrines de notre di-
vine religion ).
Toute composée de martyrs et de victimes
de l'opinion des hommes égarés de ce siècle.
Société enfin toute composée de rhéteurs
et de légistes, toujours si turbulente quand il
s'agit d'attaquer nos lois par de perfides inter-
prétations, faites à dessein, pour égarer le
peuple et la nation. Factions si bruyantes
au-dedans, et si soumises au dehors, dont
les clameurs se taisent et les hordes reculent
devant le bruit de nos armes, comme le génie
des ténèbres devant l'astre éclatant du jour.
DE L'INFLUENCE ÉTRANGÈRE. 23
DE L'INFLUENCE ÉTRANGÈRE.
LA raison, qui est le flambeau de la vérité,
dit à tous les esprits que nos dissensions
continuelles nous livrent à la perfidie des
ennemis de notre belle patrie, qui, non con-
tens de s'être enrichis de nos dépouilles, par
le sort plutôt que par leur vaillance, vou-
draient encore placer notre gloire au-des-
sous de sa juste renommée. Mais en vain,
l'histoire de l'univers redira toujours aux
postérités les plus reculées quel fut le beau
pays de France, ses nobles enfans et leur
immortelle vaillance.
24 DE L'INFLUENCE ÉTRANGÈRE.
Réunissez-vous donc, Français ! et pardonnez-
vous vos offenses comme Dieu vous les par-
donne ; et que désormais les furies de la dis-
corde et de la jalousie cessent d'agiter leurs
brandons enflammés, et de lancer contre vous
leurs traits empoisonnés. Car, de même que
la vapeur et la fumée sortent de la four-
naise et s'élèvent avant le feu, de même les
injures et les outrages précèdent l'anarchie
et l'effusion du sang. Le dieu des rois, dont
le pouvoir est infini, veut le pardon des of-
fenses, et sa volonté s'est manifestée à tous
les rois de la terre par l'abaissement de
notre glorieuse renommée, changée en vaines
discussions, qui sont tout à-la-fois funestes
au peuple, qu'elles égarent sur ses vérita-
bles intérêts; à la nation, qu'elles dégradent
de sa dignité; enfin, à la gloire de ses armes,
qu'elles paralysent partout.
C'est en vain que les hommes s'efforcent
à se nuire les uns aux autres! et veulent fixer
DE L'INFLUENCE ÉTRANGÈRE. 25
leur avenir au plus haut degré possible ,
leurs projets, leurs combinaisons, et les pré-
cautions suggérées.par leur prudence, n'ac-
cusent que leur faiblesse. Quelques mois ,
quelques années s'écoulent , et l'édifice de
leur sagesse s'écroule pour jamais.
C'est ainsi que les systèmes des différentes
factions étant déjoués par les circonstances,
ces mêmes circonstances les ramènent toutes
au même but, qui est le bien général et l'amour
de la patrie.
Là seulement royalistes et libéraux se re-
connaissent pour avoir tous les mêmes droits
et les mêmes intérêts à défendre contre les
armes des ennemis communs, dont la fatale in-
fluence est partout, jusque dans les conseils,
où siège l'erreur des faits et des choses, qui
ne doutant de rien, n'écoutant rien, marche
en aveugle dans les voies funestes et san-
glantes de l'influence anglaise ; influence
toujours si fatale à la France, qui ne veut
26 DE L'INFLUENCE ÉTRANGÈRE.
ni paix ni trève avec ses ennemis d'outre-mer ;
influence dont les pages de notre histoire rap-
pellent sans cesse les jours de désastreuse mé-
moire et la trahison, arme favorite de cette
nation.
Un seul homme pouvait tout! mais telle
est la faiblesse de ce temps.... que l'énergie
et la franchise de ce noble Breton (1) ont
frappé d'épouvante les faibles, qui ont en-
core reculé devant l'influence étrangère.
O Français ! vous tous qui aimez la patrie
et votre roi ! vous enfin qui êtes attachés à
la gloire du pays! souffrirez-vous qu'on re-
mette vos destinées entre les mains de ce
peuple de vaniteux marchands, dont les armes
les plus sûres ne sont que l'or et la perfidie,
qu'ils voudraient en vain opposer au fer de
nos soldats.
Quels sont donc ces sujets du roi de
(1) M. le comte de la Bourdonnaye.
DE L'INFLUENCE ÉTRANGÈRE. 27
France, à la cour si dévoués en apparence,
et serviteurs soudoyés par le roi d'Angle-
terre, qui, voulant servir deux maîtres à-la-
fois, ne craignent pas que la lumière qui
déjà s'attache à leurs traces maladroites ne
les signale à la France, malgré les ténèbres
dont ils veulent en vain s'envelopper ? Croient-
ils échapper aux cris de leurs consciences?
Croient-ils enfin être tellement dans l'ombre
qu'on ne puisse les y découvrir? Ils ignorent
que la haine contre les ennemis de la France
la rend vigilante et attentive à la trahison,
qu'elle découvre et qu'elle suit pas à pas ,
afin de connaître les traîtres aux intérêts du
pays.
C'est en vain que l'on voudrait objecter
l'amour de la patrie et prétendre prouver son
dévoûment au roi par l'alliance avec ses en-
nemis.
Singulière excuse... ! subterfuge maladroit,
qui ne peut être accrédité par les gens sensés.
28 DE L'INFLUENCE ÉTRANGÈRE.
Dans la situation des choses, que veut
l'Angleterre ?
Ostensiblement, agir avec nous en bonne
et fidèle alliée, et dans le fait , conserver,
sans générosité, et dans toute son étendue,
l'influence qu'elle peut avoir acquise chez nous
par les services rendus à nos princes dans les
temps malheureux ( services dont cependant
elle a bien su réclamer le salaire).
Admettez un seul instant l'existence de cette
funeste influence de l'Angleterre.
De là partiront, tout à-la-fois, les nombreuses
tentatives des agens de cette puissance pour en-
traver partout la marche des choses, effrayer
l'esprit public sur l'énergie ou la faiblesse de tel
ou tel ministère ; tentatives de corruption sur
les agens de notre gouvernement ; enfin ,
tout récemment encore , craignant l'influence
que la France pouvait prendre dans les affaires
de l'Orient par l'énergie d'un ministère qui
annonçait une certaine tendance à la fermeté.
DE L'INFLUENCE ÉTRANGÈRE. 29
N'a-t-elle pas substitué à celui-ci un autre
ministère qu'elle a l'espoir de voir marcher
dans des voies plus avantageuses à sa po-
litique ?
Vouloir le nier, c'est se refuser à l'évidence
qui résulte des faits.
Quant à la dette de reconnaissance de nos
princes envers l'Angleterre, elle est acquittée
de toutes les manières.
Savoir : en reconnaissance par le patronage
qui existe depuis quinze ans avec l'Angleterre
et à son avantage; et, en argent, par la demandé
du salaire qu'a faite cette puissance, et que la
France, jusque-là asile des rois malheureux,
aurait dû lui payer en bons de Jacques II.
Or, dans cette position, il est bien im-
portant de se pénétrer d'une grande vérité :
C'est que les factions qui paraissent en
France si animées les unes contre les autres,
et même contre le gouvernement, ne sont
souvent telles qu'à l'instigation de l'Angleterre,
30 DE L INFLUENCE ETRANGERE.
qui ne peut exister que des dissensions qui
nous affaiblissent, et de nos désunions qui
nous livrent à elle et la fortifient.
En définitive, l'Angleterre, en donnant asile
à nos princes malheureux, n'a fait que répa-
rer, autant qu'elle le pouvait, la perfidie de
son gouvernement, qui avait lui-même con-
tribué à l'écroulement de notre monarchie et
à la mort de Louis XVI, tandis que la France,
qui n'avait point de torts à réparer envers
l'Angleterre, reçut Jacques II, cet infortuné
monarque, seulement par respect pour ses
malheurs.
Cette puissance a toujours été et restera
toujours l'irréconciliable ennemie de la France.
La position géographique des deux peuples et
l'opposition constante de tous leurs intérêts
les ont voués à une rivalité éternelle : vouloir
le nier, c'est n'être pas de bonne foi.
Ce n'est donc point un rapprochement pas-
sager, devenu presque amical, qu'il faut pren-
DE L'INFLUENCE ÉTRANGÈRE. 31
dre pour l'expression vraie de nos sentimens
respectifs.
Cette position est fausse et forcée de part
et d'autre pour les deux nations, et n'est pro-
fitable qu'à une seule; c'est un leurre politi-
que de la part de l'Angleterre pour prévenir
une autre alliance qu'elle redoute et qu'elle
veut rendre impossible par des engagemens
que la France ne pourrait rompre aujourd'hui
sans paraître manquer à la bonne foi. Ainsi le
gouvernement doit être prudent et ne point
engager sa conduite et sa liberté avec un
allié perfide , ou il se méprendrait sur tous ses
véritables intérêts.
Son unique politique doit être sa gloire et
son commerce, et non la politique des autres.
L'expédition de Morée et la soudaine retraite
des troupes est une erreur, puisque c'est en-
core une concession faite à l'Angleterre qui
va s'emparer aussi des places fortes que nous
avons rétablies dans ce pays, afin de profiter
32 DE L'INFLUENCE ÉTBANGÈRE.
de nos trésors et du sang de nos soldats (I),
et à accaparer tout le pouvoir par la nomina-
tion du prince de Saxe-Cobourg, gendre du
roi d'Angleterre, à la tête des affaires de la
Grèce. Ainsi donc les trésors et le sang de nos
soldats auront servi à faire un roi étranger
et à former une nouvelle colonie à l'Angle-
terre, tandis que la France n'en a pas, pour
ainsi dire.
Quel est donc le but de cette puissance ? Où
tendent ses intrigues ourdies de toutes parts ?
ses sourdes menées et ses essais de corruption
sur nos agens ?
Serait-ce à établir sous le beau nom d'al-
liance politique avec la France un patronage
tout au profit de son commerce et au détri-
(1) Etant à Londres dans le moins d'août dernier, je
fus à même de m'apercevoir de la vérité de tout ce que
j'avance ici, et quelques Anglais de bonne foi en con-
viennent eux-mêmes sans hésitation.
DE L'INFLUENCE ETRANGERE. 33
ment du nôtre? Où plutôt se flatterait-elle
d'enchaîner tellement notre politique à la
sienne, qu'elle puisse la faire servir à ses in-
térêts, et rendre ainsi la France succursale de
l'Angleterre ?
On ne peut raisonnablement le penser. Il est
important qu'on se pénètre d'une bien grande
vérité, c'est que l'Angleterre ne veut ni ne
peut nous être utile en rien, et que toute al-
liance prolongée avec elle ne peut qu'être nui-
sible à nos intérêts ; tandis que cette puissance
au contraire peut difficilement se passer d'une
alliance avec la France, qui, n'étant plus atta-
chée à la politique anglaise , pourrait alors
être très préjudiciable à tous ses intérêts.
Il résulte de tout ceci qu'il faut croire que
c'est moins la haine contre nous qui pousse
l'Angleterre à s'immiscer dans nos affaires ,
que le besoin de se conserver un allié très
utile à ses intérêts présens, qui dans un autre
moment pourrait lui causer le plus grand pré-
3
34 DE L'INFLUENCE ÉTRANGÈRE.
judice dans sa politique et dans son commerce.
Or il est évident que toute influence venue
de cette puissance doit être repoussée dans
l'intérêt du pays. Que l'Angleterre porte donc
ailleurs sa juridiction occulte, fondée sur ses
intrigues et son or! Qu'elle se montre telle
qu'elle est réellement, notre plus mortelle
ennemie ! Alors le canon de la France sonnera
l'agonie de sa gloire expirante dans les plaines
de la patrie.
DES SOUS-OFFICIERS DE L'ARMÉE. 35
DES SOUS-OFFICIERS DE LARMEE.
DANS un gouvernement où l'esprit d'ordre
et de saine raison qui s'y fait remarquer res-
treint tout à sa juste valeur et à la plus sévère
économie, afin d'arriver par tous les moyens
possibles (en harmonie avec la dignité de la
nation) à alléger les charges de l'état,
Ne serait-il pas conséquent selon ces prin-
cipes de laisser un peu moins de facilité aux
sous-officiers d'arriver aux grades d'officiers
dans l'armée active? Cette mesure, qui semble-
rait au premier coup-d'oeil ne pas être d'ac-
cord avec la clémence et la justice du roi, est
cependant absolument nécessaire pour venir,
par la suite, au but d'économie que s'est pro-
3.
36 DES SOUS-OFFICIERS DE L'ARMÉE.
posé le gouvernement, et en même temps à
relever la noble qualité d'officier français, qui
trop souvent se trouve être une charge péni-
ble à remplir pour l'officier sans fortune.
En effet, en facilitant, comme on le fait au-
jourd'hui en pleine paix, et avec profusion,
l'arrivée des sous-officiers aux grades d'officier,
on charge le budget et l'état de la fortune à
venir de ses guerriers, bien plus encore de la
représentation si nécessaire à leurs grades, et
plus tard de l'entretien de leurs familles lais-
sées à la charge de l'état par la mort du chef
( comme dette sacrée de reconnaissance que
la France devra acquitter).
D'après ces considérations politiques on de-
vrait s'attacher à exiger autant que possible
que le mérite d'un sous-officier ( en temps de
paix seulement) fût suivi, dans son intérêt
comme dans celui de l'état, de moyens d'exis-
tence reconnus bien indépendans de sa car-
rière. Par ce moyen on aurait dans l'armée,
DES SOUS-OFFICIERS DE L'ARMÉE. 37
non des prolétaires, mais bien des officiers
tenant à l'honneur et à la France par leurs
intérêts et leur indépendance. Les Romains,
qui se connaissaient aussi bien qu'aucuns
peuples du monde en législation, et qui dans
ce cas peuvent ici servir d'exemple, n'admet-
taient dans leurs rangs aux grades d'officiers
que celui qui, outre ses services bien consta-
tés, était possesseur d'un certain nombre d'a-
cres de terre, qui garantissaient son indépen-
dance et sa fidélité à la patrie.
DE LA POSITION DU SOLDAT. 39
DE LA POSITION DU SOLDAT.
L'ÉCONOMIE sans doute est nécessaire, prin-
cipalement lorsqu'elle pèsera sur la mesure
ci-dessus énoncée (touchant les sous-officiers).
Mais où doit-elle porter davantage? sur l'ar-
mée combattante, protectrice naturelle des
arts et du commerce, ou sur les autres corps
de l'état ?
Le bon sens et la raison répondront que l'ar-
mée combattante, étant éminemment utile en
paix comme en guerre, doit être autant que
possible exempte de toute mesure d'économie
qui tendrait à compromettre son existence et
son esprit de corps.
Or, quelle est en France la position du sol-
40 DE LA POSITION DU SOLDAT.
dat, son espérance, sa gloire et sa solde? D'un
autre côté quelle est la position d'un ouvrier,
son existence, sa paie et son avenir?
Le premier, dans le temps où nous vivons,
ne peut espérer que d'arriver au grade d'offi-
cier, avec toutes les privations causées par la
médiocrité de la solde, ou à la retraite plus
modique encore et insuffisante aux premiers
besoins de la vie. La non-activité étant une
position variable et incertaine, comme on le
voit depuis quinze ans, l'idée du soldat ne peut
s'arrêter à cette position, qui n'en est pas une.
La gloire qui est attachée au métier des
armes est peu considérée dans notre siècle,
exclusivement livré aux spéculations de tout
genre.
La paie du soldat est loin d'être suffisante
pour ses premiers besoins. Aussi beaucoup
d'officiers sont-ils souvent obligés de détour-
ner la destination du sou de poche ( affecté
uniquement au soldat) pour l'employer à l'a-
DE LA POSITION DU SOLDAT. 41
chat nécessaire des différens effets de linge et
chaussure, dans l'intérêt du soldat sans doute,
mais contre les ordonnances, qui n'ont pas
prévu l'insuffisance de la paie journalière, in-
suffisance reconnue réelle par tous les officiers
et officiers-généraux de l'armée.
De l'autre côté, quelle est la position d'un
simple ouvrier ? Son existence est monotone ,
il est vrai, mais tranquille, puisqu'elle dépend
de lui et de son travail, et le repos si néces-
saire après la fatigue est toujours à sa volonté ;
sa paie est communément de 3 fr. par jour
dans Paris, et 30 sous dans les provinces; ce
qui établit une différence énorme avec la paie
journalière du soldat.
Son avenir n'est point sans gloire, puisqu'il
a l'espoir, fondé sur sa bonne conduite et son
économie, d'amasser une petite fortune pour
s'établir honorablement.
Dans les deux positions d'état, on verra que
le premier travaille sans ou presque sans espé-

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