Considérations sur les affections charbonneuses et en particulier sur la pustule maligne / par Henry Hémard,...

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impr. de De Soye (Paris). 1852. 31 p. ; in-8.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1852
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CONSIDÉRATIONS
SUR LES
AIMIONS CEAKB0P15IJSES
ET EN PARTICULIER
mm LA PUSTULE MALIGNE
Les devoirs d'un médecin militaire ne consistent pas
seulement à faire l'application des connaissances qu'il a
puisées près des maîtres de la science ; il doit aussi tra-
vailler d'une manière incessante à mettre à profit les nom-
breux voyages, les séjours qu'il est appelé à faire çà et là,
pour vérifier par lui-même ce qu'il n'a appris que par les
livres, pour donner la sanction de l'expérience aux faits
qu'il ne connaît encore que d'une manière théorique.
C'est en me plaçant à ce point de vue que j'ai été con-
duit à étudier les affections charbonneuses et la pustule
maligne en particulier, affections que les habitants de la
Beauce ont le triste privilège de voir régner endémique-
ment chez eux.
Je me suis attaché à décrire, d'une manière rigoureuse,
les faits que j'ai observés, en me contentant de rapporter
sommairement les autres cas qui ont eu lieu cette année
dans la circonscription de Ghâteaudun, et que je n'ai pu
suivre qu'imparfaitement.
Si j'ai fait de ce petit travail l'objet d'une publication,
c'est parce que je suis convaincu que des observations
rapportées d'une manière fidèle, sur une maladie peu
connue en beaucoup d'endroits de la France, sont toujours
les bien-venues dans le monde médical.
Puis elles peuvent être rapprochées de faits analogues,
et être appelées tôt ou tard à servir de matériaux aux
intelligences d'élite qui ont reçu la mission de diriger
la science dans la voie du progrès.
Je me suis proposé un second but. Frappé du peu de
soins que les populations rurales prennent jusqu'ici pour
se préserver d'une affection qui fait annuellement beau-
coup de victimes, et dont les effets seraient si souvent
faciles à prévenir, je me suis demandé s'il n'était pas utile
d'attirer l'attention de l'autorité supérieure sur des faits
d'une nature aussi sérieuse, et de m'efforcer à provoquer
des mesures énergiques qui, seules, peuvent couper à sa
racine un mal qui cause annuellement le deuil dans les
familles, tout en étant une cause de ruine pour les agri-
culteurs.
Je serai très-heureux si j'apprends uni jour que mes
faibles efforts n'ont pas été perdus, et que j'ai pu con-
tribuer ainsi à sauver la vie de beaucoup de mes sem-
blables.
Qu'il me soit permis de remercier, en cette circon-
stance, MM. les docteurs Meunier, Antoine et Raimbert,
de la bonté parfaite avec, laquelle ils ont bien voulu se
mettre à ma disposition, tant en me donnant les éclair-
cissements dont j'ai eu souvent besoin, qu'en mettant le
plus grand empressement à me faire voir les cas qui se
sont présentés à l'hospice et dans leur clientèle.
Le 18 mai 1852, un premier malade, atteint de pustule
maligne, est entré à l'Hôtel-Dieu de Châteaudun; le
19 septembre, c'est-à-dire quatre mois après, un quator-
zième et dernier malade venait recevoir des secours pour
la même affection.
Pendant ce temps, seize personnes, tant à la ville que
dans les environs, réclamaient lès soins des hommes de
l'art.
Nous avons eu quinze jours pendant lesquels le ther-
momètre centigrade s'est maintenu entre 30 et 35°. C'est
pendant cette chaleur extrême que les affections char-
bonneuses ont fait des ravages très-considérables sur les
troupeaux des campagnes; c'est aussi à cette même
époque que la pustule maligne s'est développée, avec le
plus d'énergie, chez les individus dont les occupations
établissent un rapprochement incessant avec les animaux
malades, ou avec des débris cadavériques de ceux qui ont
succombé. Je me contente, pour le moment, d'émettre
ces différentes observations, me réservant d'y revenir plus
tard, pour développer les conséquences que je crois pou-
voir en tirer.
OBSERVATION 1re. — Pustule maligne située sur la main.
— Six heures d'invasion. — Cautérisation avec la
pâte de Vienne. — Vrompte guêrison.
Un enfant de huit ans, fils d'un fermier des environs de Chà-
teaudun, est amené, le 18 août, dans le cabinet de M. le docteur
Antoine ; il porte une pustule maligne sur le milieu de !a face dor-
sale de la main droite. « La veille, nous dit le père du malade, mon
fils a passé une heure à,jouer près d'un ruisseau aux bords duquel
setrouventencorel.es débris de deux moutons morts du sang'c'e
rate. L'enfant s'est couché avec les apparences d'une santé par-
faite ; ce matin il accuse une démangeaison opiniâtre à la main et
sa mère ne tarde pas à remarquer le gonflement qui existe en
effet au lieu indiqué. Cette enflure n'ayant fait qu'augmenter, je
me suis décidé à amener de suite mon enfant à la ville. »
Le mal semble être en effet à son début. Voici ses caractères :
oedème emphysémateux do toute la partie dorsale de la main,
intéressant légèrement les doigts, ne dépassant pas le poignet.
Pas de crépitation, pas de changement de couleur à la peau. Sur
le milieu de la face dorsale, on voit une pustule ronde, étendue
comme la trace d'une piqûre de puce, mais brunâtre, surmontée
d'une vésicule qui vient d'être percée avec une épingle, nous dit
le père, et dont il est sorti une sérosité roussâtre. Autour de ce
point on remarque une petite couronne blanche dont l'épiderme
est soulevé et qui semble former un bourrelet dans lequel la pus-
tule est enfermée. État général suivant: pouls à 113; l'enfant a
vomi deux fois pendant la matinée ; pandiculations et somnolence.
Application immédiate du caustique de Vienne de manière à pro-
duire une escarre grande comme une pièce de deux francs. Le
contact a lieu pendant dix minutes. Immédiatement après avoir
enlevé la pâte, on en réapplique une nouvelle couche sur le centre
seulement de cette escarre, c'est-à-dire sur le siège direct de l'i-
noculation. Compresses imbibées de décoction de quinquina avec
addition d'alcool camphré; diète, vin sucré, limonade citrique.
Le lendemain, nous allons voir le malade; les accidents géné-
raux-passagers de la veille ont disparu, nuit bonne, pas d'appétit
encore.
L'appareil est levé ; on trouve une légère diminution dans le
gonflement oedémateux; tout porte à croire que la maladie est
enrayée.
Prescription. ■— La même que la-veille.
Troisième jour. — Il n'existe plus le moindre gonflement ; l'état
général est parfait ; on applique un morceau de diachylon sur
l'escarre et on attend sa chute. Cette dernière a lieu après dix
jours, pendant lesquels il ne se passe rien qui mérite d'être
signalé. Une belle plaie vermeille lui succède et la cicatrisation
se forme régulièrement.
OBSERVATION %e. — Pustule maligne située sur la lèvre
inférieure. — Deux jours d'invasion. — Cautérisa-
tion mixte. — Guérison.
Vassor, enfant âgé de sept ans, de la commune deïhiville, entre
le 19 juillet à l'hôpital de Châteaudun pour y être traité d'une
pustule maligne ayant son siège sur la lèvre inférieure.
Les débuts de la maladie remontent à deux jours. D'après les
renseignements puisés près d'un membre de la famille, une dé-
mangeaison plutôt qu'une véritable douleur attirait, il y a qua-
rante huit 'heures, les doigts de l'enfant au menton. Un léger
gonflement de cette partie est constaté, et, sur la lèvre même, on
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remarque un petit point brunâtre qui semblait avoir été produit
par la piqûre d'une puce. L'épiderme se soulève pendant la nuit
et forme une phlyctène qui contient de la sérosité roussâtre. Le
gonflement des parties voisines augmente, l'enfant est conduit à
l'hôpital.
Ce que l'on observe en ce moment confirme le commémoratif.
La pnlyctène qui occupait le point central a disparu sous les
doigts de l'enfant. Une tumeur pas trop volumineuse, mais dure,
résistante, parfaitement circonscrite, de couleur rouge livide,
occupe le centre de la lèvre. La houppe du menton et les tissus
qui recouvrent le corps du maxillaire inférieur sont le siège d'un
gonflement sans changement de couleur à la peau, sans crépita
tion, présentant une résistance modérée, ne conservant que peu
l'empreinte du doigt. — État général suivant : pouls à 115, dur,
plein ; peau au-dessus de la température moyenne ; soif considé-
rable, nausées, constipation.
Application du caustique de Vienne sur toute l'étendue de la
tumeur. La pâte est enlevée après la dixième minute. On applique
une pointe de feu sur le centre de la tumeur. L'escarre est recou-
verte d'un emplâtre fait avec : miel rosat, 30 grammes ; verdet en
poudre, k grammes; myrrhe, 2 grammes ; un jaune d'oeuf, et que
nous appellerons, une fois pour toutes, digestif animé. Des com-
presses imbibées de décoction de quinquina avec addition de
camphre, recouvrent la partie inférieure de la face. Diète, limo-
nade, potion avec décoction de quinquina acidulée.
Huit heures après l'opération, on ne remarque pas que l'oedème
ait augmenté. Le lendemain matin, on peut constater qu'il a dimi-
nué sensiblement ; le noyau central a été détruit par l'escarre. La
nuit a été bonne ; pouls à 102. L'enfant demande des. aliments.
Prescription.— Bouillon matin et soir; même potion que la
veille.
. Troisième jour. — Disparition presque complète de l'oedème;
l'état général ne laisse rien à désirer. On supprime la potion et
les fomentations antiseptiques. Le douzième jour, l'escarre tom-
bait et faisait place à une plaie de bonne nature.
OBSERVATION 3e. :—Pustule maligne située, sur la joue
gauche. — Quatre jours d'invasion. — Phénomènes
généraux remarquables; leur disparition immédiate
après la cautérisation. — Sortie le neuvième jour.
Fille Boinscou, servante de ferme, âgée de vingt-un ans, entre
à l'hôpital de Châteaudun pour y être traitée d'une pustule ma-
ligne située sur la joue gauche.
La première manifestation du mal remonte à quatre jours. Pen-
dant les premières qu'arante-huit heures, la joue est le siège d'une
légère démangeaison; mais le troisième jour, pendant la soirée,
et le quatrième jour surtout, la jeune fille éprouve un malaise
considérable, ne peut travailler, et se décide à entrer à l'hô-
pital.
On constate l'existence d'une tumeur lenticulaire, dure, ré-
sistante, déprimée au centre. De plus, elle est circonscrite par un
rebord épais, d'une couleur très-peu foncée, et qui sert de point
de départ à l'oedème emphysémateux' qui occupe tout le reste de
la joue, s'étend sous la région sous-maxillaire, et remonte jus-
qu'il la paupière inférieure.
Cette fois, l'état général est en rapport avec les phénomènes lo-
caux : le pouls à 98 est très-développé et vibre fortement sous le
doigt ; peau sèche, brûlante ; langue effilée, rouge à sa pointe et
sur ses bords; soif considérable, constipation, urines rares et
briquetées.
On applique une large couche de caustique de Vienne sur toute
la partie qui représente le foyer de la tumeur. La pâte reste en
contact avec les tissus pendant dix minutes. Elle est enlevée, et,
sur toute l'étendue qu'elle occupait, on applique immédiatement
le cautère actuel. On détruit ainsi toute la tumeur; elle est en-
suite recouverte d'un emplâtre avec le verdet, la myrrhe et miel
rosat. Application sur toute la joue de fomentations avec la dé-
coction de quinquina.
Prescription. Diète , limonade, potion avec quinquina et cam<-
plire, vin sucré.
Amélioration presque immédiate. Six heures après l'opération,
les accidents généraux avaient cessé. Nuit très-bonne.
Le lendemain, l'oedème de la joue gauche a beaucoup diminué;
la pustule, est affaissée; pouls normal, peau douce au toucher,
plus de soif. La malade renaît à la confiance, ce qui ne laisse pas
de faire grand contraste avec l'anxiété de la veille.
Prescription. La même que la veille. Bouillon matin et soir.
Troisième jour. Disparition complète de l'oedème qui avoisine
la tumeur. Inflammation autour de cette dernière. L'escarre
commence à se détacher le 6 août, et laisse apercevoir une plaie
. vermeille qui rentre dans les conditions ordinaires.
Sortie le 8 août, treizième jour de l'invasion.
OBSERVATION 41'. — Pustule maligne siégeant sur la
joue gauche avec un second point douteux sur la pau-
pière inférieure du même côté. — Six heures d'inva-
sion. — Cautérisation immédiate avec le fer rouge.
— Traitement antiseptique. — Mort le neuvième
jour.
Lemesle, vingt-un ans, ouvrier mégissier, tempérament san-
guin, avec les attributs de la, plus belle santé, se présente à l'hô-
pital le 19 août, à deux heures de l'après-midi.
Dans la matinée du même jour, il a éprouvé une légère déman-
geaison sur la joue gauche. La paupière inférieure s'est oedéma-
tiée. Par ordre de son maître, il se présente à l'hôpital.
On examine et on reconnaît : 1° l'existence d'une pustule res-
semblant à une piqûre de puce, tant par sa dimension que parle
point central qu'on y remarque. Elle en diffère en ce qu'elle est
plus foncée, qu'elle forme une très-légère saillie, et en ce qu'elle
est entourée d'un petit bourrelet blanchâtre très-peu apparent. 11
n'existe point de gonflement, point de rougeur sur la joue et au
pourtour de ladite pustule. 2" La paupière inférieure gauche est
le siège d'un oedème modéré qui ne gêne pas encore la vue. A la
partie inférieure de la paupière, on observe un point irrégulier,
un peu plus large que la tête d'une épingle, semblant être formé
par l'éraillement de l'épiderme, et devant avoir une insignifiance
parfaite pour le praticien inexpérimenté.
État général excellent : pouls normal, pas de soif, bon appétit;
le malade ne comprend pas comment on peut le retenir à l'hôpi-
tal pour si peu de chose; cautérisation immédiate et profonde
avec le fer conique rougi à blanc. On l'applique ainsi sur chacun
des points qui sont considérés comme une pustule. Des larmes
sortent de l'oeil gauche ; un liquide semble s'échapper de la cau-
térisation inférieure, et fait croire à la perforation du con-
duit de sténon. On applique un emplâtre avec le verdet et la
myrrhe sur chacun des points cautérisés.
Prescription. ■— Diète, limonade.
Le soir il existe un léger gonflement sur la joue gauche. Ou le
cou-idère comme le résultat de la cautérisation.
Deuxième jour. — Le matin, gonflement assez marqué de tout
le côté gauche de la face; les paupières sont imbriquées. Il
existe une phlyetène sur le pourtour de la cautérisation infé-
rieure. La sérosité qui en sort est incolore, et semble être le ré-
sultat de l'action du feu. Il en existe deux autres de même carac-
— 8 —
tère, l'une au-dessous de la paupière, l'autre sur l'aile du nez. On
donne écoulement de la sérosité ; pansement avec l'emplâtre or-
dinaire; application de compresses imbibées de décoction de
quinquina camphrée.
Le soir, le gonflement intéresse notablement le front et le cou ;
l'autre côté de la face commence à se prendre également. Pouls
à 73; peau à la température ordinaire ; pas de soif; même pan-
sement.
Prescription. — Bouillon matin et soir; potion avec quinquina
sec 2 grammes; camphre 1 gramme; sirop de limons.
Troisième jour. — Gonflement énorme qui intéresse les deux
côtés de la face. Le cuir chevelu se soulève et donne au crâne
une dimension considérable. Le cou est monstrueux; l'oedème
s'étend sur les parois de la partie inférieure de la poitrine. Tous
les tissus qui sont le siège de ce gonflement sont d'une coloration
naturelle, les paupières décolorées font exception. La chaleur
de la peau, qui jusque-là avait été normale, est, ce matin, très-
élevée, mordicante au dernier degré. Pouls plein, résistant à 84.
Respiration embarrassée; anxiété très-grande.
Prescription. — Même potion que la veille. Lavement avec dé-
coction de quinquina et addition de camphre, 2 grammes.
Le soir. — Pouls déprimé à 92. La peau n'est plus acre comme
le matin. Anxiété plus considérable encore que la veille. Respi-
ration saccadée et ne s'effectuant que très-difficilement. Pro-
fondes inspirations souvent, répétées. L'état local n'a fait, du reste,
qu'empirer.
Cinquième jour. — La distension du ciiir chevelu, du tissu cel-
lulaire de la face et du cou sont à leur plus haut degré'. Les points
où les aponévroses prennent insertion sur le maxillaire forment
des cavités, et tout le tissu cellulaire qui est autour fait de gros
bourrelets. — On observe sur la tempe droite une nouvelle pus-
tule. — Dyspnée plus marquée que la veille ; pouls à 102, presque
insensible ; chaleur des extrémités au-dessous de la température
normale. — On fait une incision cruciale sur la nouvelle pustule,
en ayant soin de n'intéresser que les parties malades. 11 ne s'é-
coule pas de sang. On saupoudre la plaie avec le deuto-chlorure
de mercure. Pansement, ayec le verdet.
Mêmes prescriptions que la veille.
Des vomissements se déclarent à midi et se continuent tout le
jour, toute la nuit, et ont lieu jusqu'au sixième jour au matin. 11
n'y a point de coliques; trois selles verdâtres ont lieu pendant cet
espace de temps.
Sixième jour, matin. — Le gonflement semble avoir diminué ;
la paupière droite s'ouvre, le malade voit et reprend confiance.
Cependant les paupières de l'autre côté sont le siège d'un gon-
flement énorme ; on presse légèrement sur elles, il en sort une
quantité considérable de pus, qui prouve que l'oeil est vidé. — La
partie inférieure du cou offre plusieurs plaques rouge lie devin,
— 9 —
qui indiquent un arrêt dans la circulation. — La respiration ne
s'effectue plus qu'à grand'peine. Pouls insensible, l'artère crurale
permet à peine de percevoir un léger frémissement.
Au traitement de la veille, on ajoute des frictions mercurielles,
répétées chaque quatre heures sur toute la face et le cou. — Il
survient une rougeur très-considérable sur toute la peau qui en a
été recouverte.
On cesse le septième jour. Mais déjà la gangrène est confirmée
sur la paupière gauche, sur l'aile du nez du même côté. — Dne
large escarre s'observe dans la bouche, et ne laisse pas de doutes
sur sa nature. Une tache lie de vin occupe toute la joue, s'étend
sur le côté correspondant du cou, et annonce la perte de la vie
dans ces tissus.
Le soir, même état.
Le huitième jour. — L'oedème occupe presque tout le tronc. —•
Impossibilité de percevoir le pouls ; la respiration est plus em-
barrassée encore que la veille. — Les extrémités ne se cyanosent
cependant pas. — Grande agitation ; pas de délire. Mort pendant
la nuit suivante.
OBSERVATION 5e. — OEdème charbonneux des paupières.
— Absence de pustule. —Nombreuses cautérisations.
— Traitement antiseptique. — Décès le neuvième
jour.
Sadier, âgé de trente-sept ans, berger, tempérament sanguin,
entre à l'hôpital de Ghâteaudun, pour y être traité d'un oedème
des paupières.
Comme on le voit déjà, cette observation diffère essentielle-
ment de celle qui la précède en ce sens que l'individu qui en fait
le sujet semble n'être atteint de prime-abord que d'un simple
oedème de la paupière supérieure.
M. le docteur Meunier, considérant que le malade en question
est un berger, dont le troupeau est malade du sang de rate, se
livre au plus scrupuleux examen et ne trouve pas la moindre trace
de pustule. La paupière supérieure droite est le siège d'un oedème
considérable, mais sans teinte livide, sans phlyctènes, ayant en
un mot tous les caractères de l'oedème simple. Les parties voi-
sines ne présentent rien de particulier à observer. L'état général
est parfait.
Prescription. — Fomentations avec solution de sulfate de fer.
— Limonade. — Quart matin et soir.
— 10 —
Deuxième jour. — Le matin, gonflement considérable; les pau-
pières du côté droit sont imbriquées. Il existe à l'angle interne
une tache d'un blanc terne, jaunâtre. M. le docteur Antoine est
mandé en consultation. Il est décidé que le point en question est
de nature douteuse, mais qu'en tenant compte de la profession
du malade, de l'endémie qui règne et de.la marche progressive
de l'oedème, il doit être appliqué immédiatement une couche de
pâte de Vienne sur le point en question. L'escarre une fois pro-
duite, on panse avec le digestif animé d'Orfila.
Six heures plus tard, légère turgescence, suite de la brûlure.
Prescription. —Application d'une nouvelle couche de digestif.
— Fomentations avec la décoction de quinquina. — Limonade ci-
tronnée. — Potion avec extrait sec de quinquina, 3 gram-
mes ; camphre, 20 centigrammes; sirop d'écorces d'orange. 30
grammes; eau, 120 grammes.
Troisième jour. — Le matin, paupière supérieure légèrement
affaissée, teinte livide bien marquée sur la plus grande partie de
son étendue; gonflement oedémateux, occupant tout le côté droit
de la face et remontant sur le front jusqu'à la suture pariétale.
Une ou deux plaques jaunâtres, présentant le même aspect que
celle qui a été observée la veilleà l'angle interne de l'oeil, existe sur
l'étendue des parties gonflées. Pouls légèrement développé, peau
à la température normale. Nouvelle consultation. Il est décidé
qu'on doit porter le fer rouge 1° sur la partie de la paupière qui
commence à se sphacéler,' 2° sur les points douteux qu'on vient
de remarquer, 3° sur les limites des parties saines avec celles qui
sont emphysémateuses.
On exécute et l'on panse avec décoction de quinquina, et alcool
camphré. Même potion, même tisane que la veille.
Quatrième jour. — Le matin , il y a une progression évidente
dans les accidents locaux; les paupières sont totalement gangre-
nées du côté droit. Une ligne de démarcation semble exister sur
plusieurs points entre les parties malades et celles qui ne sont
pas envahies par l'oedème. Mais en beaucoup d'autres, le mal a
dépassé les limites qu'on avait voulu lui imposer la veille avec le
fer rouge. Pour la première fois, des symptômes généraux se ma-
nifestent : faiblesse générale, pandiculation , pouls déprimé.
Prescription. — Bouillon matin et soir, lavement avec cam-
phre , 3 grammes.
Le soir, l'oedème a envahi la poitrine et en gêne les mouve-
ments; aussi la respiration éprouve-t-elle un commencement
d'embarras. Pouls plus déprimé encore que le matin , légère
anxiété du malade.
Cinquième jour. — Augmentation de tous les accidents locaux
et généraux. On tente d'arrêter le développement de l'oedème par
l'application d'un vésicatoire volant.
Même prescription que la veille.
Sixième jour. — Même état local. Un frisson est survenu pen-
— 11 —
liant la nuit, à la suite duquel une abondante transpiration a eu
lieu..Pouls déprimé et lent.
Prescription. — On donne deux lavements avec camphre, 3
grammes, et sulfate de quinine, 5 décigrammes; 3 bouillons avec
légère semoule, quart de vin de Bordeaux.
Septième jour. — L'emphysème s'étend de plus en plus. L'oeil gau-
che est recouvert par les paupières qui, de leur côté, sont le siège
d'un emphysème, en tout point semblable à celui qui existait,
il y a sept jours, sur l'oeil droit. État général mauvais : sueurs
abondantes, circulation ralentie, se percevant à peine à-la ra-
diale.
Le soir, l'état est pire encore. Le gonflement s'étend jusqu'à
l'abdomen, le bras droit est gonflé, les paupières du côté gauche se
sphacèlent, les extrémités se cyanosent, la respiration s'embar-
rasse de plus en plus ; en un mot, tout fait présager une fin pro-
chaine.
Huitième jour. — La circulation semble ne plus s'effectuer que
dans le centre de l'économie. Délire vague, gonflement énorme
de presque tout le corps, mort le lendemain, neuvième jour, à
quatre heures du matin. Impossibilité de faire l'autopsie.
Nous croyons devoir reproduire dès à-présent plusieurs
considérations que nous avons entendu émettre par M. le
docteur Meunier, à l'occasion du décédé qui fait le sujet
de la cinquième observation.
A quelle affection avons-nous eu à faire, se demande le
très-honorable et très-éclairé praticien ? Auj ourd' hui que les
faits sont accomplis, on ne peut douter que nous ayons eu à
traiter une affection maligne, identique à celles qui se pré-
sentent annuellement dans nos salles à la même époque.
Mais, si nous nous reportons au premier jour de l'entrée de
cet homme à l'hôpital; si nous nous rappelons que Sadier
ne présentait, pendant les premières vingt-quatre heures,
qu'un gonflement de la paupière supérieure, en tout point
identique à un simple oedème de ce voile, on comprendra
que nous ayons dû faire de la médecine expectative; on le
comprendra bien mieux encore, si on se souvient qu'il y
a huit jours, il y avait dans nos salles une femme qui
présentait, quant au début du mal, l'analogie la plus frap-
pante, on peut dire l'identité de ressemblance la plus

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