Considérations sur quelques affections scrofuleuses observées chez le vieillard, par le Dr Auguste Dumoulin,...

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G. Baillière (Paris). 1854. In-8° , 88 p..
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Paria. -- Imp. de Motjuet, 02, rue delà Harpe.
CONSIDÉRATIONS
SUR QUELQUES
AFFECTIONS SGROPHULEUSES
OBSERVÉES CHEZ LE VIEILLARD
f PAR
le Docteur Auguste DUMOlUdUV,
Ancien interne- lauréat des Hôpitaux de Paris,
médecin du bureau de bienfaisance du i 0° Arrondissement.
PARIS,
GERMER-BAILLIÈRE,
LIBRAIRE-ÉDITEUR,
17, rue de l'École - de - Médecine.
1854
CONSIDERATIONS
SUR
QUELQUES AFFECTIONS SCROPHULEUSES
OBSERVÉES CHEZ LE VIEILLARD.
La scrophule n'épuise pas en quelque sorte toutes ses ma-
nifestations pendant l'enfance et l'adolescence. Qu'on observe
avec soin certaines affections de la peau chez le vieillard, cer-
tainsulcères, certains catarrhes ; qu'on cherche lelien qui les unit
à une maladie qui, du fait de ces manifestations éparses çà et
là, venues à des intervalles quelquefois assez éloignés les uns
des autres, est dite constitutionnelle, et l'on verra que ce
sont des lésions tardives de la scrophule. Parmi elles, les plus
intéressantes à étudier sont certainement les ulcères, les catar-
rhes, la cachexie, et surtout les affections de la peau. Malgréles
efforts des dermatologistes modernes poussés dans la voie qu'ils
ont parcourue par les classifications si peu médicales de Willan
et de Bateman, le bon sens médical se révolte à l'idée de mala-
dies, purement locales et distinctes, des organes élémentaires de
la peau. L'histoire des syphilides devrait bien servir d'exem-
ple profitable, et montrer le néant d'une doctrine dans laquelle la
forme élémentaire est tout. Sans doute il est intéressant de re-
connaître, qu'ici la lésion à la peau est un exanthème, là une
1
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pustule, ailleurs une bulle, ailleurs encore une papule, etc., plus
rarement nne vésicule ; mais quelle que soit cette lésion, la
forme élémentaire importe peu; c'est avant tout unesyphilide;
c'est là le fait principal. Ce n'est pas la forme élémentaire qui
nous donne la mesure de la gravité des syphilides, qui nous mon-
tre l'époque de la maladie oùchacune d'elles doit se montrer, qui
nous informe que la roséole syphilitique est un des premiers
symptômes de la vérole confirmée, quel'ecthyma est parfois un
signe fâcheux , qu'il est souvent sur la limite des accidents se-
condaires et des accidents tertiaires, parfois suivi des premiers
phénomènes de la cachexie. C'est une observation plus com-
plète qui nous donne les éléments d'un si précieux pronostic.
La roséole et la pustule d'ecthyma sans la syphilis ne sont rien
par elles-mêmes ; ce ne sont que des lésions dont la gravité re-
lative est purement locale ; leur signification pathologique ne
dépend que du rang qu'elles occupent dans la maladie géné-
rale appelée syphilis. On est assez d'accord aujourd'hui sur ce
point ; il serait à désirer qu'il en fût ainsi pour la scrophule
et qu'on fît pour les affections scrophulcuses de la peau ce qu'on
a fait pour les syphilides. •
Je ne puis encore remplir celte lacune ; je veux simplement
appeler l'attention sur quelques affections de la scrophule qu'on
observe chez les vieillards : l'ecthyma, l'impétigo, l'eczéma,
le prurigo, le lichen, lepemphigus, quelques ulcères, certains
catarrhes, et en particulier le catarrhe pulmonaire, la cachexie.
En mentionnant ces affections de la scrophule, je ne veux pas
dire qu'elles soient les seules lésions de cette maladie à un âge
avancé ; mais ce sont les seules que j'aie eu l'occasion d'obser-
ver jusqu'à ce jour. Elles ne sont pas non plus exclusives aux
vieillards; car on les rencontre, la plupart du moins, chez les en-
fants et les adultes. C'est dans une variété de la forme commune
de la scrophule, variété que je désignerais volontiers sous le
nom d'intermittente à longues périodes, qu'on rencontre ces
phénomènes tardifs. Aussi, ne faut-il plus prétendre que les
vieillards sont exempts de la scrophule ; ce n'est pas, il est vrai,
chez eux qu'elle offre ses premières manifestations ; elle com-
mencecuez l'enfant, peut paraître guérie pendant quelque temps
pour reparaître ensuite chez l'adulte, chez le vieillard, à l'oc-
casion de certains troubles qui marquent plusieurs époques de
la vie, de maladies intercurrentes, du milieu social dans lequel
existe l'individu.
Les âges, l'enfance, l'adolescence-, l'âge viril et la vieillesse
n'ont pas de maladies spéciales, et, pour la scrophule en par-
ticulier, on tomberait dans d'interminables redites si l'on vou-
lait faire l'histoire séparée de la scrophule des enfants et do
la scrophule des vieillards.
Nous avons en naissant une prédisposition aux maladies ;
l'influence des agents extérieurs sur nous constitue en grande
partie la série des causes occasionnelles ou des conditions de dé-
Teloppement, les seules qu'il nous soit permis de comprendre
et d'étudier. Leur part d'influence est modifiée par les âges. Au
point de vue des maladies, le résultat de l'enfance et de la vieil-
lesse est de voir, à ces âges,le mal avoir plus de prise sur le corps
vivant, les individus ressentir plus vivement l'influence des cau-
ses extérieures, occasionnelles. Ce que je dis à propos d'étiolo-
gie générale, je puis l'appliquer à la scrophule, et dire qu'aux
deux périodes extrêmes de la vie, la prédisposition définie à
celte maladie est plus facilement mise en jeu sous l'impulsion de
causes dont l'effet est, chez le vieillard, devenir en aide au dé-
faut d'assimilation ; chez l'enfant, de nuire à la nutrition et à
l'accroissement de la matière organisée.
Je vais donc décrire une à une les affections que j'ai indi-
quées, leur mode de développement, les conditions qui sem-
blent les faire naître, le pronostic qu'on doit porter sur elles.
Je dirai pour toutes ce que je pourrais dire pour chacune
d'elles ; il n'entre pas dans mon esprit l'idée d'en faire des
symptômes obligés de la scrophule ; elles peuvent dépendre
d'autres unités morbides ; un bon nombre de la syphilis, d'au-
tres du scorbut, quelques unes de la goutte peut-être, etc ;
dans certains cas, il est plus difficile de classer ces tardives évo-
lutions d'une maladie générale ; mais je ne considérerai jamais
«omme des maladies essentielles des pustules, des vésicules à la
peau, des ulcères aux membres, pas plus même le catarrhe pul-
monaire. Aussi, dans les cas où la relation entre l'affection et la
maladie dont la première dépend ne peut être démontrée, il faut
les regarder comme des faits cliniques difficiles, et y apporter la
plus grande attention, ne jamais oublier que symptômes, lésions,
ne sont pas des maladies, qu'ils ne sont que la partie du tout.
§ 1. — Affections de (apeau.
Ce sont celles auxquelles on donne communément le nom de
dartres invétérées ; on les observe principalement chez des
sujets qui ont résisté à des manifestations antérieures et plus
ou moins graves de la scrophule. On trouve ordinairement dans
leurs antécédents des gourmes (impétigo larvalis), l'impétigo
' granulata, la dartre crustacée, des engelures (erythema pcr-
nio), des engorgements ganglionaires, l'ophthalmie, des catar-
rhes pulmonaires, vaginaux, utérins, etc., plus rarement l'os-
téite et toutes ses conséquences, carie, nécrose, abcès froids,
abcès par congestion, plus rarement aussi le tubercule.
De ces affections de la peau, je vais décrire celles qui m'ont
paru le mieux liées à la scrophule chez les vieillards, indiquant
à propos de chacune d'elles leur degré respectif de fréquence et
les circonstances où elles se montrent, c'est-à-dire l'époque de
la maladie où elles se développent. Quelques-unes sont légères ;
d'autres plus graves, et semblent annoncer une altération plus
profonde de l'économie.
1° Pustules : — Parmi elles, on observe surtout l'ecthyma
et l'impétigo, et même presque une seule variété dechacune de
ces affections : l'ecthyma luridum ou eclhyma livide, etl'impe-
ligo scabida ou impétigo rugueux. C'est bien, à mon sens,
une preuve de plus apportée à la non essentialité des affections
de la peau que de voir la même lésion, une pustule, changer de
forme, et, bien qu'elle conserve son type réel, se modifier tou-
tefois suivant la période de la maladie générale où elle se pro-
duit. L'ecthyma des enfants, un des premiers symptômes delà
scrophule, l'un de ceux qu'on voit si souvent dès le sevrage, et
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l'ecthyma livide.ne se touchent de si près que parce que ce sont
des pustules ; car ils diffèrent essentiellement dans leur forme,
leur apparition, leur marche, les résultats qu'ils entraînent. Tan-
dis que l'ecthyma infantile, affection engénéral bénigne delà scro-
phule, ne s'ulcère qu'assez rarement, dans les cas seulement où
les pustules sont moins nombreuses et plus volumineuses, tan-
dis que sa marche est en général assez rapide, quoique l'érup-
tion soit successive, et puisse se renouveler, tandis qu'en rai-
son de la rareté de l'ulcération, on ait à observer rarement
aussi une cicatrice indélébile sous forme de dépression blan-
châtre, l'on voit, au contraire, l'ecthyma livide caractérisé par
de larges pustules à base rougeâtre, violacée, élevée au dessus
du niveau de la peau, se transformant en ulcérations croûteuses.
Quand les croûtes tombent, ce qui n'arrive qu'après un temps
assez long, elles laissent à découvert des ulcérations peu ani-
mées, non bourgeonnantes, sanieuses, recouvertes bientôt de
nouvelles croûtes. En général, cette variété de l'ecthyma s'ac-
compagne de mouvement fébrile ; il y a chaleur à la peau ; le
pouls est fréquent, surtout le soir ; parfois on observe du dé-
voiement. Elle accompagne souvent la cachexie scrophuleuse
des vieillards ; elle coïncide avec un état de débilité extrême,
l'oedème des membres inférieurs, du poumon, la bouffissure de
la-face. Il n'est pas difficile de distinguer cet eclhyma scrophu-
leux des vieillards de l'ecthyma syphilitique. D'abord celui-ci,
phénomène consécutif de la syphilis est un symptôme secon-
daire ; il précède de très près ou accompagne certaines autres
manifestations, telles que l'iritis, les ulcérations du voile du pa-
lais, les plaques muqueuses. Il est rare, à l'âge où l'ou observe
l'ecthyma lié à la scrophule, de rencontrer les symptômes secon-
daires delà vérole, car ceux-ci surviennent, en général, dans
la forme la plus commune, cinq à six mois après l'aceident pri-
mitif, le chancre. Or, pour bien des motifs faciles à deviner,
le chancre n'est pas commun chez le vieillard. 11 en résulte
que l'ecthyma syphilitique n'est pas une affection ordinaire chez
l'individu qui, depuis longtemps, a passé l'âge des passions. Il
faut dire aussi que des deux formes de syphilide pustuleuse la
plus généralement observées, celle à pustules phlyzaciées (ec-
thyma syphilitique) se montre principalement chez le nouveau
né. Quanta l'autre forme, nous n'avons pas à nous en occuper'
ce sont de petites pustules, nombreuses, pointues, paraissant
appartenir au genre acné ; elles n'ont pas leurs analogues chez
le vieillard atteint de la scrophule. Enfin l'ecthyma scrophuleux
a des caractères anatomiques tranchés qui ne permettent pas de
le confondre avec aucun autre : on l'observe aux membres, et
surtout aux membres inférieurs ; la base delà pustule est en-
tourée d'une aréole violacée assez peu étendue, sans inflamma-
tion diffuse marquée ; comme il y a souvent alors un certain
degré d'amaigrissement, la peau est roulante, peu adhérente
aux tissus sous-jacents, furfuracée, la circulation capillaire y
est peu prononcée ; les croûtes sont d'un jaune brun, les
ulcérations qu'elles recouvrent sont sanieuses, sans caractère
dislinclif bien particulier, seulement peu animées et ayant
l'apparence de petits ulcères atoniques ; la marche en est fort
lente, si lente qu'il est fréquent de voir des malades offrir des
pustules d'ecthyma pendant des années. L'ecthyma syphilitique,
au contraire, sans avoir les caractères d'une éruption à mar-
che aiguë, parcourt ses périodes plus rapidement que l'ecthyma
scrophuleux ; chaque pustule est entourée d'un cercle inflam-
matoire plus marqué, les croûtes sont d'un brun verdâtre, et,
quand elles se détachent, ou si on les arrache, l'on trouve sous
elles des ulcères ronds qui ont tous les caractères des ulcères
consécutifs. Telles sont les différences entre l'ecthyma scrophu-
leux et l'ecthyma syphilitique ; qu'on se rappelle en outre que
ce dernier est un symptôme plus fréquent de la syphilis hérédi-
taire que de la forme commune, et l'on aura tous les éléments
d'un diagnostic précis.
Quant à l'impétigo, c'est seulement aussi l'une de ses va-
riétés qu'on rencontre dans la scrophule des vieillards, l'impé-
tigo scabida ou impétigo rugueux. Il est plus fréquent aux
membres et aux membres inférieurs que partout ailleurs ; il
envahit de grandes surfaces, et produit des croûtes épaisses,
étendues, d'un jaune brun, rugueuses, inégales, fendillées çà
Il
et là, d'où résultent des excoriations souvent très douloureu-
ses. La présence de ces croûtes entraîne une exhalation abon-
dante, fétide, et parfois une gêne très notable dans les mou-
vements.
Il est moins commun que l'ecthyma ; mais cependant, on le
rencontre encore chez les vieillards scrophuleux adonnés aux
excès ; il accompagne souvent chez eux les affections du tube
digestif, résultat d'intempérance ou d'un mauvais choix d'ali-
ments ; celles-ci paraissent, dans bien des cas, être la cause
occasionnelle de son développement.
2° Vésicules.— L'eczéma est une affection encore assez fré-
quente de la scrophule chez les vieillards, et en particulier cette
forme d'eczéma appelée dartre squameuse humide des jambes ;
des varices antérieures, et par suite la gêne de la circulation, l'oe-
dème des extrémités si fréquent dans ces circonstances, entre-
tiennent le mal et en favorisent la durée. On a généralement
affaire à l'eczéma chronique, dans lequel, après quelques érup-
tions successives de vésicules, on voit la desquamation se per-
pétuer, la peau rester lisse, luisante, gercée, excoriée, d'un
rouge peu vif tendant au violet ; on trouve çà et là, et chaque
jour, des vésicules éparses qui montrent la forme élémentaire
de l'affection, et fournissent une exhalation plus ou moins abon •
dante, en rapport avec le nombre des vésicules développées et
avec l'étendue des excoriations dont toute la partie affectée est
le siège.
Cette forme de l'eczéma est souvent aussi uu symptôme de
la scrophule chez les femmes à l'âge critique; mais alors il n'est
plus spécialement borné aux jambes ; il se montre aussi sur les
membres supérieurs, à la figure, aux oreilles, aux parties géni-
tales.
L'eczéma chronique des vieillards, lié à la scrophule, ne peut
être confondu avec aucun autre ; il diffère essentiellement d'une
des formes de la syphilide vésiculeuse, celle où l'on rencontre
des vésicules d'eczéma reposant sur de larges taches d'un rouge
cuivré obscur. D'abord, la syphilide vésiculeuse est rare ; l'on
ne l'observe guère que chez des jeunes gens ou des adultes, et
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puis enfin, le fond sur lequel sont les vésicules a une teinte cui-
vrée très caractéristique, qui ne permet pas de la confondre avec
la coloration rouge violacée de l'eczéma chronique ; les vésicu-
les sont comme flétries dès leur apparition ; elles se dessèchent
très vite et l'on n'observe pas ces excoriations squameuses si re-
belles et si particulières à l'eczéma chronique qu'elles lui ont valu
le nom de dartre squameuse humide. La syphilide vésiculeuse
s'accompagne de symptômes différents et bien caractérisés
de la syphilis, des phénomènes dits secondaires ; l'eczéma
chronique scrophuleux coïncide ou alterne souvent avec
le catarrhe pulmonaire ; il est mêlé parfois à une autre lésion
de la peau, le lichen.
3° Papules : — Prurigo. — Lichen.— A part le prurigo
miiis, on peut observer chez le vieillard scrophuleux toutes les
autres variétés de cette affection papuleuse : prurigo formi-
cans, prurigo senilis, prurigo podicis, scroti, pudendimu-
liebris.W est habituellement invétéré,caractérisé par des papules
tantôt très petites, tantôt plus saillantes, toujours de forme
aplatie, accompagnées d'un prurit qui s'exaspère par la chaleur
du lit ; les démangeaisons sont si vives, que les malades se
grattent jusqu'au sang ; chaque papule offre alors à son som-
met une petite concrétion sanguine noirâtre, qui résulte de l'ex-
coriation de la papule par les ongles. Si l'affection dure long-
temps, la peau s'épaissit, devient rugueuse ; il peut même se
faire qu'à quelque nouvelle éruption de papules, l'inflamma-
tion envahisse le tissu cellulaire sous-cutané,d'où des furon-
cles, des abcès. Ce tableau du prurigo s'applique parfaite-
ment au prurigo formicans, toujours si rebelle, tenace, sujet à
récidiver.
Quant au prurigo senilis, identique dans sa forme au pré-
cédent, il emprunte à la présence si fréquente des poux une
gravité réelle. La plupart des auteurs s'accordent sur la téna-
cité de cette affection ; quelques uns parlent de son incurabi-
lité, quelques autres rapportent même des cas de mort. La ma-
ladie pédiculaire survenue dans ces circonstances me paraît liée
à la scrophule ; elle en est une manifestation. Elle n'est évidem-
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ment pas essentielle ; elle ne trouve pas dans la malpropreté sa
seule cause occasionnelle ; car on l'observe chez des gens riches,
habitués au luxe et jouissant de tout le confortable de la for-
tune. On sait, au rapport de Dendy, qu'un des rois d'Angle-
terre est mort de la maladie pédiculaire. On ne retrouve à la
surface du corps aucun point renfermant des oeufs, et, malgré
l'immersion dans l'eau contenant en dissolution des matières
susceptibles de tuer les poux, malgré l'impossibilité d'en trou-
ver trace, le malade sorti du bain, il n'est pas rare de voir quel-
ques heures après la vermine reparaître. C'est bien certaine-
ment une affection liée à une maladie constitutionnelle ; je la
rapproche delà scrophule et j'ai tendance à en faire l'une de ses
lésions pour les raisons suivantes : 1° d'abord, la maladie pédi-
culaire complique souvent le prurigo senilis, affection scrophu-
leuse ; 2° par analogie avec ce qui se passe chez l'enfant scro-
phuleux, où l'on voit si souvent la présence des insectes en
question compliquer un grand nombre des affections qui sur-
viennent, non pas seulement sur le cuir chevelu, comme l'impé-
tigo granulata, le favus, mais encore d'autres affections, telles
que les adénites cervicales, l'ophthalmie scrophuleuse, le coryza
chronique et tant d'autres. — Il est bon de se rappeler aussi
l'analogie qui existe, en effet, entre les affections des deux âges
extrêmes de la vie ; 5° par analogie avec ce qu'on observe en
pathologie comparée : on voit souvent la génération des poux
sur des animaux maigres, malades* présentant des engorge-
ments des ganglions lymphatiques. Ce sont toutes raisons qui,
jointes à l'observation clinique, me font regarder la maladie pé-
diculaire comme une affection possible de la scrophule.
Quant au prurigo partiel, nous voyons chaque jour que, s'il
est moins fréquent que le prurigo ordinaire ou prurigo formi-
cans, il est cependant encore assez commun, surtout le prurigo
podicis. Pour le prurigo de la vulve, c'est surtout à un âge
avancé qu'on le rencontre ; l'on peut même dire qu'il est rare
chez la femme qui n'a pas passé l'époque critique. De même
que le prurigo scroti et le prurigo podicis, quand il n'est pas
produit par le frottement déterminé par la marche, par des vê-
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lements de laine, et alors dans ces cas, il ne dure que peu de
temps, il devient très difficile à guérir. On ne peut faire au-
trement que de chercher dans l'existence d'une maladie cons-
titutionnelle la cause de son développement.Pour les motifs qui
m'engagent à faire du prurigo formicans une affection de la
scrophule, pour ces mêmes motifs, jeregarde également le pru-
rigo partiel comme une affection scrophuleuse assez commune
chez les vieillards des deux sexes.
L'un de ces prurigos partiels, celui de la vulve, coïncide
avec certains phénomènes d'excitation des parties génitales,
poussés au point de provoquer la nymphomanie ; la présence
des papules et la démangeaison qu'elles entraînent sont-elles
la seule cause occasionnelle du degré le plus avancé de la nym-
phomanie, arrivée au point de constituer alors l'érotomanie
caractérisée parfois par de véritables accès de fureur utérine?
Je ne le pense pas. On observe souvent l'érotomanie sans cette
complication de prurigo ; aussi je ne saurais admettre ici un
rapport de cause à effet. Quant au prurigo en lui-même, il est
sans contredit une des affections de la scrophule chez le vieil-
lard ; la nymphomanie, le satyriasis, quand ils existent unis
à l'affection papuleuse, sont des complications possibles ; ils
sont le résultat d'une excitation externe des organes de la géné-
ration qui cherchent à entrer en action sous l'influence du sti-
mulus dont ils sont le siège. Mais de là à la folie amoureuse, à
l'érotomanie, il y a loin ; celle-ci renferme bien dans son cadre
la nymphomanie et le satyriasis qui sont deux affections de cette
monomanie; mais elle en comprend d'autres encore, et d'ailleurs,
on ne saurait trouver dans une simple affection papuleuse la
cause occasionnelle du développement de ce redoutable délire.
Aussi, autant il est de bonne observation de voir que parfois la
nymphomanie et le satyriasis sont des affections éloignées etin-
directes de la scrophule, en ce sens que la cause occasionnelle
de leur développement se trouve dans une affection directement
liée à la scrophule, autant, dans l'état actuel de la science, se-
rait-il imprudent et téméraire de ranger l'érotomanie parmi les
affections scrophuleuses.
15
Du Lichen.Voe de ses variétés, le lichen agrius, se montre-
surtout chez le vieillard scrophuleux ; il n'est pas rare de le voir
circonscrit à un point du corps, aux membres supérieurs prin-
cipalement, coïncidant avec d'autres affections, des bulles de
pemphigus aux membres inférieurs, le catarrhe pulmonaire. 11
est caractérisé par de petites papules rouges et enflammées, ag-
glomérées, situées surtout sur les faces postérieure et externe
des membres supérieurs, au cou, aux coudepieds. L'affection
revêt presque toujours la forme chronique ; l'on voit des érup-
tions successives prolonger les fourmillements et les exacerba-
tions pendant des mois, et même des années : la peau devient
rugueuse, épaisse. En certains points, les papules très enflam-
mées s'excorient ; d'où résultent, après l'issue d'une petite
quantité d'humeur visqueuse, des croûtes très adhérentes dispo-
sées en squames.— Au bout d'un laps de temps plus ou moins
long, les éruptions deviennent rares, et il ne reste plus guère
comme vestige de l'affection qu'un épaississement légèrement
rugueux des téguments, joint à une sensibilité des plus vives.
Celte sorte de dermalgie circonscrite n'est pas rare à la suite
du lichen agrius. J'ai eu l'occasion de l'observer plusieurs
fois.
4° Bulles. — Pemphigus. — Cette affection de la peau est
assez commune dans la scrophule des vieillards ; elle coïncide
très souvent avec l'eczéma, le lichen en d'autres points du
corps, le catarrhe pulmonaire, et souvent aussi avec tous les
phénomènes de la cachexie scrophuleuse. Les écarts de régime,
l'intempérance, l'usage des substances irritantes, une mauvaise
nourriture, des privations, peuvent, dit-on, entraîner le déve-
loppement du pemphigus ; sans doute, ils en sont très souvent la
cause occasionnelle, mais chez des sujets, les uns scrophuleux,
les autres atteints de la syphilis, d'autres du scorbut. Je dirai en-
core ici ce que je puis dire pour toute autre affection de la peau ,-
l'on ne peut prétendre avec raison que de simples affections
cutanées, variables d'ailleurs dans leurs manifestations et dans
leur lésion anatomique, constituent des maladies essentielles,
ce que j'appelle des entités pathologiques ; elles n'en ont ni les
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caractères, ni la physionomie. Dans une revue critique sur le
siège anatomique des maladies, si recherché de tant d'auteurs
modernes, et regardé bien à tort comme l'apogée des connais-
sances médicales, tandis qu'il n'est en pathologie qu'un auxi-
liaire, puissant sans doute, mais un auxiliaire seulement pour
établir le diagnostic, un élément dans chaque unité morbide,
je cherche à prouver combien il est peu logique de confondre
la lésion avec la maladie, de prendre la partie pour le tout, de
trouver dans l'altération quelquefois très hypothétique d'un des
éléments de la peau la raison d'être d'une affection, d'expliquer
par cette altération tous les phénomènes qui se montrent : sé-
crétions anormales, croûtes, squames, papules, démangeai-
sons. Et cependant c'est ce que nous voyons faire tous les
jours. Les affections de la peau n'ont pas seulement leur siège
pour lien commun ; si on les étudie au point de vue de leur
nature pathologique, l'on voit des vésicules et des pustules
rangées les unes à côté des autres, et être des affections commu-
nes d'une même espèce morbide, tantôt de la scrophule, ce qui
existe dans l'immense majorité des cas ; tantôt elles semblent
liées aune fièvre continue ; ici elles sont les conséquences obli-
gées en quelque sorte de phlegmasies plus ou moins récentes,
là syphilitiques, ailleurs scorbutiques. D'autres fois enfin, dans
l'état actuel de la science, quelques affections de la peau ne
paraissent se rattacher d'une manière certaine à aucune des ma-
ladies indiquées plus haut. Cela peut tenir ici à notre ignorance,
là à l'absence de lien entre telle affection de la peau et une ma-
ladie générale, une espèce morbide. Dans'le premier cas, les
progrès de l'observation clinique nous montreront notre er-
reur ; dans le second cas, nous devrons en venir à regarder
comme unité morbide ce qui d'abord nous avait paru n'être
qu'une lésion, comme la teigne, la lèpre tuberculeuse, la pella-
gre. Aussi les classifications des maladies de la peau sont-elles
peu médicales. Je ne suis pas le premier et le seul à voir leur
vide et leur néant ; elles prêtent à ces affections une impor-
tance exagérée, car celles-ci ne peuvent puiser ici, dans l'altéra-
tion de l'appareil lymphatique, là dans celle de l'appareil bien-
17
nogène, ailleurs dans l'altération de tel ou tel autre appareil la
faculté d'exister d'une manière essentielle. Elles ne sont en
réalité que les symptômes, liés quelquefois à une de ces lésions
d'appareils si minutieusement décrites, de maladies qui peu-
vent porter ajuste titre le nom d'entités pathologiques, parce
qu'elles sont bien en effet des espèces morbides.
Pour en revenir au pemphigus des vieillards scrophuleux, il
affecte en général la forme chronique ; sa durée est presque
indéterminée ; ce qui le distingue du pemphigus aigu qui dure
d'un à trois septénaires. Aussi, celte éruption successive de bul-
les, renouvelée à des intervalles tout à fait variables, constitue
le principal caractère de la chronicité : car dans l'une et
dans l'autre formes, les bulles se développent à peu près de la
même manière, très rapidement, parfois en quelques heures,
annoncées par des taches rouges, siège de douleur et de cha-
leur. Ces bulles, dont le nombre et le volume varient quand
elles sont rapprochées, pourraient donner l'idée d'une bi'ûlure
au second degré, produite par un jet de vapeur d'eau bouil-
lante. Leur volume est habituellement en raison inverse de
leur nombre ; multipliées, elles n'ont guère que le volume d'un
pois au plus; isolées, il n'est pas rare de leur trouver la grosseur
d'un oeuf ou même plus encore. Le liquide, renfermé est or-
dinairementclair, limpide, quelquefois légèrement jaunâtre. Je
l'ai vu même offrir une teinte brune à plusieurs reprises chez
un vieillard atteint d'un pemphigus diutinus scrophuleux ; le
plus souvent, chez ce malade, le liquide des bulles était clair,
incolore et transparent. Après un, deux ou trois jours les bul-
les s'affaissent, se rident, s'ouvreut, se vident et se sèchent en-
fin sous l'apparence de squames minces, rougeâtres. D'autres
fois, au lieu de ce travail de dessication, on observe, une fois
les bulles déchirées, des excoriations qui, laissant à nu le corps
papillaire de la peau, entraînent dans les premiers moments
des cuissons vives. La partie qui est le siège de l'éruption est
habituellement tendaerdouloureuse ; il y existe des fourmille-
ments incommodés.' |^|iez^n vieillard, auquel je donnais des
soins, le pemjïfligus semblaïtmlerner avec de véritables accès
18
de catarrhe suffocant. Il m'a paru plus utile et très opportun
chez cet individu de négliger en quelque sorte cette rebelle af-
fection bornée aux deux jambes, afin d'éviter la réapparition
de phénomènes redoutables du côté delà poitrine.
Le pemphigus est une lésion plus avancée de la scrophule que
la plupart des autres affections de la peau ; aussi a-t-on eu
quelquefois l'occasion de faire des autopsies. Biett a rencontré
plusieurs fois l'état gras du foie. M. Gibert, dans son excellent
Manuel des maladies de la peau (2e édit. p. III), rapporte une
observation très intéressante d'un pemphigus diutinuschez une
fille âgée de trente-trois ans, terminé parla mort après dix neuf
mois de durée. Après la description fort exacte de l'affection
huileuse, voici le récit de cette autopsie : « A l'ouverture du
corps, on trouve d'anciennes adhérences dans la poitrine, quel-
ques tubercules miliaires dans les deux poumons (d'ailleurs
sains) ; quelques glandes bronchiques pétrifiées. Deux pintes
de sérosité citrine étaient épanchées dans la cavité du péritoine
qui offrait en outre quelques adhérences filamenteuses ancien-
nes, établies entre les portions pariétales et viscérales de cette
membrane. La surface externe de l'intestin grêle présentait,
près du bord concave, que'ques tubercules miliaires. La surface
intérieure du canal digestif était généralement saine, si ce n'est
pourtant qu'on observait quelques groupes d'injections vascu-
laircs dans l'estomac et le colon. Un liquide d'un blanc légère-
ment jaunâtre, assez abondant, était contenu dans l'intestin, et
surtout dans le colon. Le canal intestinal était en général af-
faissé et rétréci ; le foie était entièrement passé à l'état gras ;
la vésicule affaissée contenait une petite quantité de bile à
peine colorée. La peau, couverte de squames blanchâtres, avait
perdu tout à fait sa rougeur. Cette coloration avait beaucoup
diminué déjàpendantla vie depuis que l'affection intestinale et la
débilité générale avaient fait de notables progrès. » Telle est
celte curieuse autopsie : des tubercules dans les poumons, dans
l'intestin, des glandes bronchiques pétrifiées, le foie gras, l'é-
panchement péritonéal, l'affaissement et le rétrécissement du ca-
nal intestinal, ne sont-ce pas là toutes lésions qui autorisent
19
la présomption de la maladie scrophuleuse arrivée à celle pé-
riode ultime qu'on appelle la cachexie ? N'y a-l-il pas lieu de
regretter que l'observation soit si incomplète au point de vue
des symptômes et de leur enchaînement ? Un peu de toux sè-
che, du marasme, de l'affaiblissement, et enfin la malade s'étei-
gnit dans un état adynamique après dix-neuf jours de traitement
et vingt mois environ de maladie ; voilà ce que nous trouvons
dans cette observation. Je le répète; à mon sens, il est très
malheureux de n'avoir aucune donnée sur les antécédents de
cette malade, sur les affections de son enfance, de sa jeunesse,
sur les phénomènes enfin, qui caractérisaient ce marasme et
cet affaiblissement. Toutefois, je regarde cette affection comme
suffisamment caractérisée pour permettre de dire que le pem-
phigus observé, datant depuis dix-neuf mois, accompagné et
suivi des lésions ici indiquées, est sans contredit un pemphigus
diutinus scrophuleux.
Une autre observation, beaucoup plus complète que la pré-
cédente, suivie des détails de l'autopsie et recueillie aussi dans
le service de M. Gibert à l'hôpital St. Louis par M. le Dr Gabalda
est consignée dans la thèse de M. Milcent, sur la scrophule
(p. 155). Ici M. Gabalda a parfaitement suivi d'âge en âge
les manifestations de la scrophule : croûtes à la tête, adé-
nite cervicale, furoncles, pustules d'ecthyma, eczéma pé-
riodique, mensuel, pendant quatorze ans ; à la place de
cet eczéma intermittent, impétigo permanent ; puis l'érup-
tion a encore changé de forme et a été remplacée par
le pemphigus diutinus, qui bientôt a coïncidé avec la cachexie.
Cinq mois après son entrée à l'hôpital, le 18 octobre 1844,
cette malade a succombé. Voici les intéressants détails de l'au-
topsie : « Épauchement assez considérable de sérosité dans le
côté gauche de la poitrine. La surface des deux plèvres est
parsemée de nombreux tubercules crus du volume d'une len-
tille ou un peu plus gros. Il n'y a point de tubercules dans le
parenchyme des poumons. Le foie est volumineux et gras. Tous
les autres organes sont exsangues et dans un état d'émaciation
extrême. L'intestin est réduit à un très petit calibre dans toute
■ v •■.'■ ■
20
sa longueur. La muqueuse intestinale est blanchâtre et ne pré-
sente ni ulcération, ni la moindre trace d'inflammation. » Ici
encore, on le voit, les bulles de pemphigus sont en quelque
sorte la manifestation ultime de la scrophule ; c'est en effet l'é-
ruption qui précède habituellement de très près la cachexie. A
l'autopsie, l'on trouve des tubercules crus à la surface des plè-
vres et le foie gras, lésion très fréquente. Je ne puis présenter
que ce que j'ai, et depuis l'époque où j'ai acquis la conviction
que presque toutes les affections de la peau, ou peu s'en faut,
appartiennent à la scrophule, les unes à tel âge de la vie, les au-
tres à tel autre, je n'ai pas eu l'occasion d'une autopsie d'un
vieillard scrophuleux atteint depuis plus ou moins longtemps
d'une éruption vésiculeuse, pustuleuse, papuleuse ou huileuse.
Ce n'est certes pas que de telles observations manquent dans la
science; mais il faut en quelque sorte chercher le bon grain au
milieu de l'ivraie. Elles n'y sont pas à la place qu'elles de-
vraient occuper ; elles peuvent servir d'enseignement, mais
non de preuve. Vous trouvez la plupart des affections de la
peau décrites isolément, à titre de maladies essentielles ; à la
lecture de certains faits épars dans les auteurs, vous demeurez
convaincu que le titred'ecthyma, d'impétigo, de pemphigus, ter-
miné par la mort est un non sens ; que les sujets des observa-
tions étaient atteints de la scrophule ; que les éruptions décrites
comme des maladies n'étaient en réalité que des affections de
cette unité morbide, que certaines lésions cadavériques appar-
tenaient à cette dernière et en complétaient le tableau. Par in-
duction, et conformément à ce qu'une saine etrigoureuse ob-
servation démontre, l'on peut rectifier ces erreurs de la tradi-
tion. C'est un travail utile et fructueux pour celui qui l'entre-
prend ; il enrichit l'esprit, et met à son profit les observations
des siècles passés ; mais quand il s'agit d'initier le lecteur à des
idées sinon tout à fait nouvelles, du moins peu en rapport
avec ce que par routine et par habitude d'école, l'on admet si
volontiers, les commentaires sur la tradition et la discussion ne
suffisent plus ; il faut des faits observés depuis leur commence-
ment jusqu'à leur terminaison. Toutefois, si l'examen de la
2.1
lésion analomique contribue pour une grande part dans la déter^
mination de la nature pathologique d'une maladie, c'est-à-dire
du rang qu'elle doit occuper en nosologie, il faut aussi recon-
naître que les phénomènes déjà observés, leur marche, les
troubles fonctionnels qu'ils ont déterminés sont des signes suffi-
samment bons et caractéristiques. Aussi, sans avoir eu cette
preuve dernière, si utile et si justement recherchée, nous pou-
vons dire que les maladies de la peau que nous venons de passer
enrevue, liées à des phénomènes antérieurs, tantôt de
même nature, tantôt différents, mais reconnus comme des
accidents de la scrophule, font bien partie de l'unité morbide,
maladie constitutionnelle, appelée la scrophule.
Quant au Rupia, je ne l'ai jamais rencontré chez des vieil-
lards scrophuleux ; je l'ai vu assez souvent sur des individus
atteints de la syphilis ; toutefois, il ne serait pas impossible
qu'on le rencontrât, en effet, dans la scrophule ; peut-être a-t-
on pu le confondre quelquefois avec l'ecthyma luridum, car
celui-ci offre des croûtes assez semblables à celles du rupia
proeminens.
Je puis dire ici, à propos du rupia, ce que j'aurais à dire de
bien d'autres affections de la peau ; j'en laisse un grand nom-
bre de côté, parce que je ne m'attache qu'à iudiquer celles qui
m'ont paru liées intimement à la scrophule, surtout à la scro-
phule des vieillards, celles que j'ai observées. Dans un travail
ultérieur, j'aurai lieu de montrer la vérité de ces deux proposi-
tions : 1° La plupart des maladies de la peau ne sont pas des
maladies essentielles ; toute classification de ces maladies
basée sur leur siège anatomique ou sur les altérations des di->
vers éléments du tégument externe n'est qu'une classification
purement artificielle, qu'on peut établir comme moyen mné-
monique, mais elle n'a pas les caractères d'une classification
naturelle; elle est baséesur des idées systématiques, et non pas
sur l'observation clinique ; 2° A l'aide de recherches dans les
auteurs anciens, c'est-à-dire en m'aidant de la tradition, en
puisant aussi dans les ouvrages récents, si riches de faits inté-
ressants, et observés d'ailleurs avec la rigueur et la minutie
2
qui semblent caractériser notre époque; en cherchant à bien
définir et limiter autant que possible les entités pathologiques
ou unités morbides, je pourrai rapporter à chacune d'elles les
maladies dé la peau. Un grand nombre appartiennent à la scro-
phule ; elles en sont des phénomènes caractéristiques, semon-
treht à ses diverses phases et aux divers âges de la vie ; d'au-
tres à la syphilis, d'autres à la fièvre continue typhoïde, quel-
ques unes à la variole, quelques autres à certains empoisonne-
ments, à l'intoxication alcoolique, par exemple, quelques au-
tres encore au scorbut, au rhumatisme, à la goutte. Plusieurs
enfin, ainsi la teigne, la pellagre, la lèpre turberculeuse ou
éléphanliasis des Grecs, paraissent constituer des unités morbi-
des et ne pas devoir rentrer dans le cadre d'autres maladies.
C'est ainsi que tant d'affections sont à tort décrites comme des
maladies essentielles, tandis qu'elles n'ont pas une existence
propre; qu'elles ne sont que la partie d'un tout, auquel doit être
réservé le nom d'unité morbide. Certains ulcères des jambes,
le catharrhe pulmonaire, la cachexie, sont dans le cas des af-
fections que j'indique ; ils sont fréquemment les manifesta-
tions de la scrophule chez le vieillard. Par l'observation clini-
que rigoureusement suivie, l'on peut en quelque sorte recons-
truire toute la maladie, et suivre ses phases depuis son début
jusqu'à ces tardifs phénomènes. Je vais donc appeler l'atten-
tion sur les ulcères scrophuleux, le catarrhe pulmonaire et la
cachexie. Peut-être devrais-je y joindre la tumeur et la fistule
lacrymales, qui m'ont semblé quelque fois être la conséquence
d'une affection eczémateuse du grand angle de l'oeil, et aussi
certains engorgements de la prostate ; mais je n'ai à ce sujet que
des données encore incomplètes et je ne saurais ranger, pour
le moment, ces lésions parmi les affections de la scrophule.
§ II. Ulcères.
Les ulcères scrophuleux sont beaucoup plus communs chez
l'enfant et chez l'adulte que chez le vieillard ; ils suivent très
souvent les engorgements ganglionaires ; ils se développent à
la face dorsale de la main et des doigts, du pied et des orteils,
après des gerçures qui laissent suinter une humeur qui s'épais-
23
sit et forme des croûtes qui, lorsqu'elles tombent, laissent à dé-
couvert un ulcère d'un rouge pâle, peu accusé, dont les bour-
geons sont plats; l'exsudation qui en provient n'est pas du pus.
mais un liquide peu consistant, ichoreux, d'une odeur acide ;
les bords en sont mous, non calleux, souvent amincis, parfois
décollés dans une certaine étendue, d'une coloration peu fran-
che, d'un bleu rougeâtre. Tel est le mode assez habituel du dé-
veloppement des ulcères scrophuleux chez l'enfant et chez l'a-
dulte. Chez le vieillard, les choses peuvent se passer de même ;
seulement, l'ulcère scrophuleux me paraît rare à cette époque
de la vie. Je l'ai vu une fois succéder à la chute des croûtes
énormes et très étendues d'un impétigo scabida, à la jambe.
Qu'il soit bien entendu que l'ulcère n'est jamais une affection
primitive ; on le voit succéder à des engorgements ganglio-
naires, à des pustules, des vésicules, des bulles à la peau ; mais
il est toujours le résultat d'un travail de transformation des tis-
sus, d'une véritable désorganisation. Chez le vieillard, il y a
tendance naturelle et spontanée à une moindre activité dans le
système des lymphatiques, vaisseaux et ganglions; cette raison
de physiologie influe peut-être sur la rareté de l'adénite chroni-
que chez les vieillards. Pour ce motif, l'ulcère scrophuleux qui
peut suivre l'engorgement des ganglions, que la suppuration
soit limitée à eux seuls ou bien qu'elle ait envahi le tissu cel-
lulaire voisin et entraîné des décollements plus ou moins con-
sidérables de la peau, se montre rarement. On voit beaucoup
plus souvent les ulcérations situées sous les croûtes formées
par la déchirure des pustules d'ecthyma ou d'impétigo, des
bulles de pemphigus, ne pas tendre à la cicatrisation et cons-
tituer des ulcères atoniques auxquels, d'après les conditions
de leur développement, et les affections concomitantes, nous
réservons le nom d'ulcères scrophuleux. Ils ne sont habituelle-
ment pas étendus, contrairement à ce qu'on voit chez l'enfant
et chez l'adulte ; chez eux, certains ulcères scrophuleux pren-
nent d'énormes proportions ; ainsi la dartre rongeante ou es-
thiomène. Elle est une affection très caractérisée de la scro-
phule, ce qu'avait reconnu Alibert, en lui donnant le nom de
-2'<
dartre rongeante svrophulcusc. Toutefois, il lui sembla que,
dans certaines circonstances, cette dartre n'était pas liée à la
scrophule, et alors il appelait cette variété dartre rongeante
idiopathique. Dans l'état actuel de la science, d'après les ob-
servations recueillies dans les auteurs et les miennes propres,
je ne pense pas qu'on puisse admettre une dartre rongeante
idiopathique. Celte lésion se rencontre dans deux maladies
constitutionnelles , la scrophule et la syphilis, avec quelques
différences entre elles , différences qui portent sur le siège ,
les caractères extérieurs et anatomiques de l'ulcération et du
mode de cicatrisation, dissemblances qui constituent deux va-
riétés de cette affection.
Quant à ce qui a rapport à mon sujet actuel, la scrophule
des vieillards , je puis affirmer que I'esthiomène(l) qui dé-
pend de cette maladie est rare.
En résumé, les ulcères scrophuleux observés à un âge
avancé de la vie sont donc généralement circonscrits ; ils n'ont
pas cette tendance à s'étendre en surface et en profondeur,
qui est le propre de la dartre rongeante (2) ; ils suivent ordi-
nairement la chute des croûtes qui succèdent à des pustules,
à des bulles, à des excoriations qu'entraînent quelquefois de
mauvais pansements ou des soins malentendus à un eczéma,
ils n'amènent pas ces énormes pertes de substance qu'on ob-
serve dans l'esthiomène ; ils ne laissent pas après eux ces cica-
trices vicieuses, très irrégulières, qui deviennent, sur les par-
ties découvertes, une hideuse difformité. Chez l'enfant et chez
(1) Nom donné à celte affeciion par Guy de Ghanliac et conservé
par Alibert.
(2) Je passe volontiers sous silence la forme tuberculeuse élémen-
taire, qui, dit-on, caractérise ordinairement le début de la dartre
rongeante, parce qu'elle est loin d'être constante, et qu'elle est sou-
vent très peu prononcée. Le caractère saillant, distinclif, de cette
affection est cette tendance à s'étendre et à envahir irrégulière-
ment les tissus, gagnant de proche en proche. Loin de suivre des tu-
bercules à la peau, l'on voit souvent ces ulcères s'établir sur une
surface rouge, uniformément saillante.
l'adulte, les ulcères scrophuleux reconnaissent, très fréquemment
pour cause immédiate des abcès superficiels, et surtout des ab-
cès froids, plus rarement des abcès par congestion qui entre-
tiennent plutôt des trajets fistuleux. Chez le vieillard, ces causes
occasionnelles n'existent pas ; les abcès froids sont rares ; l'os-
téite et ses suites (carie, nécrose), le tubercule des os, étant des
affections infiniment plus communes à un âge moins avancé,
les ulcères qui souvent suivent ces affections du système
osseux sont aussi assez rares.
On ne saurait 8onc nier la part d'influence des âges sur le
développement des diverses affections qui sont l'apanage de
plusieurs maladies constitutionnelles, de la scrophule en. par-
ticulier, part d'influence bien manifeste. L'âge, les saisons, les
climats, la manière de vivre, voilà où se trouvent les causes oo
casionnelles du développement des affections scrophuleuses.
C'est faire de la saine étiologie qu'étudier et bien observer
l'influence de ces causes sur la scrophule, c'est suivre les sages
préceptes de Socrate si bien mis en pratique par tlippocrate :
« Nous ne sommes pas faits pour connaître la nature des cho-
ses, mais seulement leur rapport avec nous, » disait le sage
d'Athènes. Le père de la Médecine s'inspira souvent des pré-
ceptes de ce grand philosophe, surtout en médecine clinique.
Il ne se tourmente pas à connaître la nature des choses, comme
le firent Polybe sou gendre et ses successeurs. A propos des
causes des maladies; il ne discute pas sur les quatre éléments
d'Empédôde ; il ouvre le livre de la nature et les cherche où
elles peuvent être, dans l'influence des saisons, des climats, de
l'air, des eaux, des habitations. Renfermée dans ces limites,
en dehors du cadre des subtilités et des hypothèses, bornée
aux choses seules que l'esprit humain peut voir, comprendre,
apprécier, l'éliologie pourrait faire d'immenses progrès.Le mé-
decin pourrait mieux prévoir et aurait à sa disposition un trai-
tement prophylactique plus développé et mieux entendu ; il
pourrait plus aisément et souvent avec plus de succès remédier
au mal, quand une fois il s'est déclaré.
L'influence des âges sur la scrophule a déjà été indiquée par
2G
certains auteurs, mais d'une manière incomplète. Ainsi, Lan-
dré-Beauvais, Séméiotique, p. 195, dit : « Dans l'enfance, le
vice scrophuleux se porte ordinairement sur les glandes lym-
phatiques extérieures, et quelquefois sur le mésentère ; dans
l'adolescence, les poumons sont le plus souvent affectés ; dans
l'âge viril et la vieillesse, il produit des hydropisies ou des ma-
ladies cutanées très rebelles. » L'indication donnée par cet au-
teur est vague et incomplète ; beaucoup d'autres affections
s'observent encore ; ici dans l'enfance, là chez l'adolescent et
à certaines périodes de la vie, comme la* première et la
deuxième dentitions, la puberté. Chez le vieillard, les maladies
cutanées rebelles ici indiquées entraînent donc assez souvent
des ulcères scrophuleux. On peut même dire qu'elles en sont
le mode le plus fréquent de production.
§ III.
Dans cette variété de la scrophule qu'on observe habituellc-
lement, la forme commune de la maladie, l'on voit des coryzas,
des bronchites, en un mot quelques unes de ces inflammations
chroniques des membranes muqueuses auxquelles on a réservé
le nom de catarrhes. Ceux-ci sont des affections très fréquen-
tes delà scrophule. Quelques médecins le nient, parce qu'ils
nient avant tout la scrophule. Etrange erreur et conséqueuces
funestes des doctrines de Broussais ! où croyez-vous donc aller
en dotant les ramifications bronchiques, la muqueuse nasale,
la membrane externe du conduit auditif, la conjonctive, la
cornée, de la faculté de s'enflammer? Le catarrhe pulmonaire,
le coryza, l'otorrhée, (kérato-conjonclivite des auteurs) se-
raient des maladies essentielles ? Un lien intime, étroit 11e les
rattacherait pas les unes aux autres ? Leur marche lente, chro-
nique, leur apparition simultanée et souvent accompagnée
d'autres lésions, comme les affections de la peau, des glandes,
du foie, n'indiqueraient absolument, leur marche qu'une ma-
nière d'être de ces inflammations essentielles de leur nature,
leur simultanéité qu'une simple coïncidence? Autant vaut alors
brûler les livres pour anéantir la tradition, fermer les yeux
pour ne pas observer les faits de chaque jour. Il est difficile de
convaincre ceux qui, de propos délibéré., ne veulent pas l'être.
La scrophule n'existe pas, vous disent quelques uns ; on en fait
un monstre effrayant; mais ce n'est qu'une fiction,et il est passé
de mode d'en parler davantage. Inutile de s'arrêter, un instant
même, aux travaux de Baudelocque, de Lugol, de Guersant
père, de MM. Lepelletier, Milcent, qui, depuis la substitution
imposée par Broussais du dogme de l'irritation aux doctrines
anciennes, ont eu l'heureuse pensée de s'attacher, en rapport
d'idées avec la tradition, à rôédifier l'unité morbide scrophule
un instant contestée ! Ces travaux consciencieux, longuement
élaborés, divers, il est vrai, au point de vue de la doctrine mé-
dicale, mais se réunissant tous pour proclamer bien haut que
la scrophule est une maladie générale, qu elle a droit à une
large place dans le cadre nosologique, n'ont pu éclairer ou con-
vaincre certains esprits. Le doute existe encore ; parlez à quel-
ques uns d'écrouelles,de gourmes, de tumeurs blanches, d'oph-
thalmies scrophuleuses, etc., ils traduiront par les mots adé-
nites, pustules, arthrites, kérato-conjonctivites. Il faut poursui-
vre, malheureux de ne pas avoir l'assentiment de tous, mais
convaincu delà vérité des pages de la tradition et d'une obser-
vation clinique de chaque jour.
Des catarrhes qu'on observe chez le vieillard, celui qui sou-
vent nous paraît lié à la scrophule est une variété du catarrhe
pulmonaire. Mon but n'est pas de faire ici l'histoire de cette
affection ; je veux seulement indiquer les maladies auxquelles
elle se rattache : directement à la scrophule, au rhumatisme,
à l'asthme, peut être à d'autres encore, ce qui pour l'instant ne
nous semble pas suffisamment démontré.
Je préfère de beaucoup la dénomination de catarrhe à celle
de bronchite, ce dernier mot n'indiquant que la lésion plus ou
moins apparente qu'on trouve dans l'affection qui nous occupe,
celui de catarrhe rappelant mieux la plupart des symptômes
caractéristiques, entre autres la toux et l'expectoration. La
plupart des auteurs ont considéré ces catarrhes aigus chez les
enfants, si faciles à récidiver,comme affections symptomaliques
28
de la scrophule, presque tous indiquent la facilité qu'ils ont à
s'enrhumer. Parmi ceux qui ont écrit le plus récemment sur
cette maladie, M. Lebert me paraît le seul qui se refuse à con-
sidérer le catarrhe comme affection de la scrophule chez l'en-
fant. 11 est vrai de dire que le savant auteur que nous citons
ne semble pas admettre la maladie scrophuleuse comme unité
pathologique ; il en fait un état morbide qui imprime un cer-
tain cachet aux affections des divers organes ; on trouve dans
son livre des descriptions de souffrances dont ceux-ci forment
les bases.
Comme il en avertit le lecteur à la neuvième page de son in-
troduction, il a cherché à se placer sur un terrain nouveau,
'i En présence de doctrines divergentes, dit-il ; l'une qui, d'a-
près les anciens praticiens, multiplie à l'infini les scrophules ;
une autre qui nie, avec les modernes, jusqu'à leur existence ;
une troisième enfin, qui constitue une sorte de doctrine mixte,
et que défendent aujourd'hui quelques pathologistes ; en face
de la crédulité thérapeutique des uns, du scepticisme exagéré
des autres, il ne restait qu'une seule voie à suivre pour appré-
cier à leur juste valeur toutes ces tendances diverses, c'était de
s'en tenir exclusivement à l'observation exacte et impartiale,
et de ne fonder des doctrines générales que sur des documents
recueillis en dehors de toute vue théorique. » Un grand rigo-
risme dans l'observation et l'application de la méthode numéri-
que aux faits observés : tels sont les principes qui ont guidé
M. Lebert. N'en déplaise au savant auteur et à ceux qui,comme
lui, obéissent au plus ardent besoin d'élucider les questions
scientifiques et à la plus sévère probité dans l'appréciation des
faits, il nous parait que l'observation traditionnelle n'est déjà
pas si défectueuse. Sans doute il est difficile de bien observer,
comme le remarque très judicieusement M. Lebert (introduc-
tion, page îx ); mais je ne ferai pas le reproche à la médecine
traditionnelle que semble lui adresser notre auteur, lorsqu'il
ajoute : « La plupart des hommes qui se disent observateurs
aiment mieux se fier à leur mémoire complaisante que mettre
en pratique la méthode bien plus pénible de l'élude exacte et
approfondie des faits et de l'appréciation sévère des doctri-
nes. » Le plus difficile dans l'observation médicale n'est pas de
voir le fait et de le décrire, mais de le classer à sa place, à côté
de ses analogues, près de ceux aveclesquels il a des affinités mar-
quées, autrement dit, de lui imposer une désignation. Il serait
trop long, et d'ailleurs, ce n'est pas mon but, ici du moins, de
faire le procès à l'école numérique ; je dirai seulement que celte
manière de procéder eu médecine peut apporter le doute et le
scepticisme à des esprits confiants qui se laissent prendre à ce
semblant de médecine dite seule exacte et vraie. Le numérisme
a poussé M.Lebert à écrire ces lignes, page 514 :«La membrane
muqueuse des organes respiratoires, si importante à étudier
dans les affections tuberculeuses, n'offre guère d'intérêt dans
les maladies scrophuleuses proprement dites. On observe bien
quelquefois des bronchites chroniques avec expectoration très
abondante chez les enfants scrophuleux ; mais on en voit tout
aussi fréquemment chez des enfants qui ne présentent aucune
trace de scrophules. » Quant à nous, nous préférons le témoi-
gnage des temps passés, d'un bon nombre de médecins con-
temporains et de notre propre observation, et nous continue-
rons de croire avec Hufeland, Sat-Deygallières, de Vering,
Baudelocque, Guersant père, MM. Lcpelletier, Milcent, etc.,
que le catarrhe pulmouaire est une affection symptomatique
commune de la scrophule. Nul doute chez l'enfant ; nul doute
même chez l'adulte. Quant aux vieillards, on a malheureuse-
ment trop souvent considéré les catarrhes pulmonaires dont ils
sont atteints comme essentiels. Sans doute, ils constituent à
cet âge de la vie une affection grave quelquefois.et qui, en rai-
sou même de sa gravité, préoccupe davantage, appelle spécia-
lement l'attention et domine la scène en quelque sorte. Ce ne
sont pas des motifs suffisants toutefois pour méconnaître la na-
ture pathologique de l'affection et la confondre avec la mala-
die dont elle dépend. Les âges, ai-je dit déjà, sont des occa-
sions différentes de développement pour certaines affections de
la scrophule, uon pas qu'il existe, trois scrophules, une de l'en-
fance, une autre de l'âge adulte, une troisième de la vieillesse.
30
11 ne faut pas scinder un faisceau unique, très homogène, com-
posé d'affections qui, beaucoup à cause de leur physionomie,
de leur marche, de leur évolution, appartiennent à une seule
et même maladie. Est-il bien nécessaire maintenant de cher-
cher pourquoi les engorgements ganglionaires,la conjonctivite
palpébrale, oculaire, la kératite, l'otorrhée, l'inflammation
des os phalangiens et d'autres affections, sont plutôt des affec-
tions du jeune âge? Pourquoi la phthisie scrophuleuse, le tu-
bercule des os, du testicule, etc., souvent à un âge plus avan-
cé? Pourquoi des hydropisies,des affections cutanées rebelles,
des ulcères, le catarrhe pulmonaire dans la vieillesse? Assez
de questions qu'on doit laisser sans réponse, parce que l'ex-
plication ne tendrait qu'à dénaturer la vérité de l'observation
du fait.
Attribuons les affections ici indiquées à la scrophule, parce
qu'elles en sont symptomatiques ; elles coïncident ou alternent
les unes avec les autres ; dans les antécédents, on trouve des
écrouelles, des dartres, des caries, en un mot tout ce qui plus
directement, pour ainsi dire, aux yeux de certains pathologis-
tes, constitue la scrophule. Le champ est d'ailleurs assez vaste:
chercher et décrire avec soin les caractères dislinclifs de la
même affection dans deux maladies différentes, du catarrhe
pulmonaire par exemple dans la scrophule et dans l'asthme ;
essayer si en effet on ne pourrait partager la forme la plus ha-
bituelle de la première de ces unités morbides en périodes,
fixer l'attention sur les lésions de chacune d'elles, voir ainsi
quelles sont celles qui, les plus rapprochées du début, semblent
être les moins graves, celles qui, plus éloignées, annoncent
par leur apparition une mort plus ou moins prochaine, c'est
faire ainside la véritable médecine clinique, c'est apporter dans
l'observation des faits le rigorisme qu'on doit y mettre, mais
alors avec profit pour les progrès de la science : le médecin qui
travaille dans cette voie s'instruit et instruit les autres.
Il y a donc des catarrhes pulmonaires dans la scrophule, et
les deux époques de la vie où ils sont le plus fréquents sont
l'enfance et la vieillesse. Pour cette affection comme pour tant
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d'autres, les deux périodes extrêmes de la vie sembleut être
l'occasion de manifestations morbides qui offrent d'étroites
analogies. Toutefois, des différences existent ; dans le jeune
âge, ces catarrhes ont une marche plus aiguë, ils cessent pour
reparaître bientôt ; leur cachet est un certain degré d'acuité.
Pendant les années qui séparent l'enfance de la vieillesse, les
poumons ont pu être le siège de phlegmasies; ils ont subi l'in-
fluence prolongée des agents extérieurs, des professions, des
conditions d'existence; de là des lésions plus ou moins sensi-
bles, phénomènes ultérieurs et habituels des inflammations,
soit des organes respiratoires eux-mêmes,'soit du coeur et de
l'origine des gros vaisseaux; les plus importantes de ces lésions
sont l'emphysème,et souvent une facilité très grande et comme
une habitude de la muqueuse bronchique à sécréter. On ne
saurait penser que ces lésions soient indifférentes et sans effet
sur le catarrhe pulmonaire scrophuleux. Elles sont des con-
ditions de développement; elles influent sur l'affection en ques-
tion, contribuent à lui donner un caractère de chronicité qui
lui est propre; peut-être même aussi sont-elles pour quelque
chose dans les variétés de catarrhe qu'on observe. En résumé,
le catarrhe pulmonaire peut être une affection de la scrophule,
ce dont on peut s'assurer par l'examen du malade, par ses an-
técédents, par la coïncidence d'autres symptômes de celte ma-
ladie constitutionnelle; tels que des dartres invétérées, des ul-
cères, la cachexie. Quant à savoir pourquoi le catarrhe peut
être affection de la scrophule, j'avoue que cette recherche me
semble devoir peu tenter les esprits sérieux, parce qu'elle n'est
rien moins qu'impossible; elle est du domaine des choses que
notre esprit n'est pas appelé à concevoir. Ce qui ne doit pas
être négligé et ce qu'il est bien important d'étudier, ce qui peut
apporter profit aux descriptions théoriques, et aux indications
thérapeutiques, c'est de chercher les conditions de développe-
ment de ce catarrhe dans l'influence des âges, des climats, des
lésions des voies respiratoires et des gros vaisseaux, à la suite
d'autres maladies, dans les conditions d'existence; autrement
dit, c'est de se rendre compte du lien qui peut et doit exister
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entre les causes occasionnelles et l'affection, connaître le plus
«randnombre de ces causes occasionnelles, afin d'en annihiler
l'effet ou du moins de le rendre moins funeste. A ce point de
vue seulement, l'étiologie sera une partie utile de la science
médicale; elle traitera de choses qu'on pourra comprendre et
n'aura plus pour sujet des hypothèses inintelligibles.
Les flux muqueux des bronches ont, chez le vieillard, un
caractère évident de chronicité; sans nouvelle cause apparente,
après s'être assoupis quelque temps, ils se reproduisent avec
intensité. Cependant,on peut dire que la température froide et
humide, les écarts de régime en sont souvent des causes de
développement. L'état chronique se trouve expliqué par des
catarrhes antérieurs, par la reproduction souvent répétée de
ces toux avec expectoration, par l'extrême difficulté d'obtenir
une guérison définitive là où il existe depuis longtemps une ir-
ritation habituelle de la muqueuse bronchique, irritation en-
tretenue d'ailleurs très souvent par des lésions permanentes;
ainsi l'emphysème, l'oedème du poumon, les congestions de cet
organe qu'amènent fréquemment le rétrécissement de l'orifice
auriculo-ventriculaire gauche, l'hypertrophie générale ou par-
tielle du coeur, et surtout l'insuffisance des valvules aortiques.
Telles sont les affections qui, dans la mesure de leur intensité
et des troubles qu'elles déterminent, deviennent causes occa-
sionnelles du catarrhe pulmonaire dans la scrophule. Chez les
vieillards atteints de cette maladie, leur part d'influence est
d'autant plus grande qu'elles sont plus fréquentes, et par con-
séquent chez un plus grand nombre d'individus, sollicitent en
quelque sorte le développement de ces flux muqueux ou même
purulents.
Dans l'état actuel de la science, il est assez difficile de bien
déterminer à quelle maladie générale appartient chacune des
variétés du catarrhe. Du reste, lamême variété peut sans doute
se présenter dans deux maladies différentes. Ainsi dans la
goutte et dans la scrophule, l'on observe souvent cette forme
du catarrhe que Laënnec appelait pituiteux (bronchorrhée
des auteurs). Toutefois, il y a ici une distinction à faire,
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et la voici : dans la goutte, le flux muqueux consiste en
une quantité considérable de pituite incolore, filante et spu-
meuse; il y a presque toujours en même temps emphysème
pulmonaire et dyspnée très prononcée; à l'autopsie, l'on voit
la muqueuse bronchique comme lavée, pâle, d'une épais-
seur et d'une consistance normales. Dans la scrophule, au con-
traire, le flux delà bronchorrhée n'est plus un liquide pitui-
teux, il est plus épais, présentant des points opaques, jau-
nâtres, rendu souvent sous forme de crachats ronds, visqueux,
non battus d'air; quelquefois même, ce flux est puriforme; la
dyspnée est moins intense, parfois à peine sensible et, les quin-
tes de toux terminées, les malades respirent souvent sans
gêne; à l'autopsie, l'on voit la muqueuse grisâtre, violacée en
certains endroits, quelquefois épaissie de manière à diminuer le
calibre des conduits bronchiques; mais cetépaississement sem-
ble tenir àun état inflammatoire, ou au moins subaigu, de l'affec-
tion; plus ordinairement, les bronches sont dilatées, disten-
dues, soit généralement, soit plutôt en divers endroits, de ma-
nière à constituer une sorte de cavité qu'on trouve pleine d'une
matière purulente; par une sorte de refoulement, de compres-
sion excentrique, autour de ces conduits bronchiques dilatés,
le tissu pulmonaire est plus dense et les vésicules moins permé-
ables à l'air.
La bronchorrhée des goutteux et celle des scrophuleux
n'ont guère comme caractère commun que la quantité du flux
rendu, quelquefois plusieurs litres dans les vingt-quatre heu-
res; mais des différences notables semblent les séparer, d'après
ce que je viens de dire de la nature de l'expectoration et des
caractères analomiques observés sur le cadavre. Toutefois, ces
différences sont plus apparentes que réelles. C'est la même
affection à deux périodes de son évolution. Dans la goutte, le
liquide sécrété demeure albumineux, et ne se transforme pas
en pus comme dans la scrophule, habituellement à une période
avancée, assez voisine de la cachexie; celle-ci même coïncide
souvent avec le catarrhe. Beaucoup d'auteurs^ croyant à l'es-
sentialilé de cette variété de la bronchite chronique, mettent
sur son compte le marasme qui l'accompagne souvent, confon-
dant celui-ci avec la cachexie propre à la scrophule. La bron-
chorrhée purulente avec dilatation des bronches simule quel-
quefois la phthisie pendant la vie, elleest la phthisie muqueuse
de quelques auteurs. Cette variété du catarrhe est fréquente
dans la scrophule des vieillards, rare et même exceptionnelle
chez l'enfant, comme l'a fort bien indiqué M. Legendrc. Une
complication grave et qui souvent entraîne la mort des scro-
phuleux est une phlegmasie intercurrente des dernières ramifi-
cations bronchiques (bronchite capillaire). Sous l'influence du
froid, de l'humidité, etc., l'individu catarrheux voit presque
subitement venir une gêne croissante de la respiration; c'est
le début de cette variété appelée catarrhe suffocant. Plus
commun chez l'enfant que chez l'adulte et le vieillard, on
l'observe cependant encore assez fréquemment à un âge
avancé de la vie; c'est certainement à l'âge adulte qu'il est le
plus rare. Je ne le considère pas comme une affection
symptomatique étroitement liée à la scrophule; il n'est qu'une
complication possible, non obligée en quelque sorte du catar-
rhe pulmonaire des scrophuleux et en particulier de la bron-
chorrhée ou catarrhe purulent. 11 est aussi, pour le dire en
passant, une complication du catarrhe pulmonaire des gout-
teux, mais seulement du catarrhe pituiteux, car il suit bien ra-
rement le catarrhe sec, autre variété de cette affection qu'on
rencontre aussi chez les goutteux.
Dans la scrophule, ses caractères sont les suivants : dyspnée
graduellement plus prononcée, jusqu'au point d'entraîner une
anxiété terrible et la menace d'une suffocation prochaine; la
respiration est courte, sifflante, très fréquente, souvent plus
de soixante par minute ; surtout chez les enfants, elle devient
stertoreuse. Chez le vieillard, la toux est sous forme de quin-
tes ; elle s'accompagne de douleur très vive sous le sternum et
à la base de la poitrine. L'expectoration est constituée par une
matière épaisse.d'un blanc jaunâtre et par des mucosités filan-
tes, quelquefois mousseuses, dans lesquelles on retrouve des
filets de sang ; le plus ordinairement, le liquide purulent, ma-
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lière de sécrétion de la bronchorrhée scrophuleuse, est aussi
abondant, plus difficilement expulsé, présentant parfois en cer-
taines places une coloration d'un jaune assez prononcé, bru-
nâtre même, ce qui tient à une petite quantité de sang mêlé
au pus.
A la percussion, rien de particulier à noter ; le plus souvent
sonorité normale, quelquefois un peu plus prononcée, rare-
ment moindre. L'auscultation n'est pas plus précise dans ses
enseignements. On entend plusieurs râles rapprochés les uns
des autres, râle sonore, râle sous-crépitant Gn cl presque à côté,
surtout en arrière, une respiration soufflante. Si la lésion tend
à s'amender, ce qui n'arrive pas souvent chez le vieillard épuisé
déjà par un catarrhe purulent qui dure depuis longtemps, le
râle sous-crépitant est remplacé par du râle muqueux, et la res-
piration soufflante tend à disparaître. La dyspnée de plus en
plus grande, les efforts musculaires énergiques auxquels se li-
vre le malheureux patient pour suppléer à une respiration qui
lui fait défaut ne tardent pas à amener, surtout chez le vieillard,
un épuisement complet des forces. Les efforts volontaires et
instinctifs faits jusque, là pour conjurer l'asphyxie sont paraly-
sés ; dès lors, celle-ci commence, les mouvements respiratoires
sont moins fréquents ; les quintes de toux ne peuvent plus se
faire ; elles sont comme étouffées, les bronches grosses et pe-
tites sont obstruées,et cependant l'expectoration ne se fait plus,
tant est réduite et comme anéantie la puissance musculaire qui
tendait à la déterminer; le pouls est petit, irrégulier; peu à
peu,, l'intelligence s'altère, s'éteint même tout-à-fait, et les ma-
lades succombent, au plus lard du cinquième au sixième jour
après le début.— Tels sont les phénomènes de cette affection
qui, en réalité, n'est qu'une lésion secondaire, accidentelle,
complication d'une bronchorrhée purulente qui existait déjà.
A l'autopsie, l'on trouve de la matière purulente dans les gros-
ses bronches et jusque dans les dernières ramifications bronchi-
ques. A la section du parenchyme pulmonaire, surtout si
celui-ci est congestionné, et offre un aspect granitique, comme
cela se montre au niveau du bord postérieur, il est facile de
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prendre pour des granulations purulentes, pour de petits abcès
du poumon de simples dilatations de ramuscules bronchiques
remplis par du pus. D'autres fois, la lésion n'est plus seulement
une congestion ou premier degré de l'inflammation, l'organe
pulmonaire est friable, l'insufflation ne peut plus distendre les
vésicules; il y ahépalisation, signe anatomique de pneumonies
partielles.
Le catarrhe suffocant, terminaison malheureuse du catar-
rhe pulmonaire purulent, est exceptionnel, on peut le dire,
chez les individus bien soignés, placés dans de bonnes con-
ditions hygiéniques, surtout dans l'été et dans les pays
chauds.
Le catarrhe pulmonaire est une affection symptomatique de
la forme commune ou ordinaire de la scrophule. Chez le vieil-
lard, il est habituel de le voir accompagné d'autres affections,
comme le lichen agrius, l'eczéma chronique, l'ecthyma, l'impé-
tigo scabida des membres inférieurs, le pemphigus, la ca-
chexie.
Comme cette dernière, il est souvent un phénomène ultime de
la maladie, phénomène grave par lui même, par les affections
concomitantes, et aussi pareeque c'est un fait d'observation
clinique que là où il se produit, la scrophule a épuisé en quel-
que sorte le cercle de ses affections symptomatiques, que le
sujet atteint peut-être, par le fait d'une circonstance acciden-
telle, exposé à ce redoutable accident, à cet épiphénomène si
susceptible de léthalité, le catarrhe suffocant. Toutefois, ce
n'est pas toujours ainsi que se termine le catarrhe pulmonaire
purulent dans la scrophule des vieillards, et ceux-ci sont loin
de succomber constamment à un catarrhe suffocant; le premier
persiste pendant des années sans provoquer de troubles nou-
veaux du côté des voies respiratoires ; le sujet peut atteindre
un âge très avancé sans offrir autre chose que les signes ordi-
naires de la décrépitude, et l'individu, après avoir, pendant le
cours de sa vie, présenté à des époques mal déterminées, mais
surtout à ces périodes qui sont dans l'existence comme des
points d'arrêts, comme l'anonce d'un nouveau mode de vitalité,

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