Constantin, ou La paix de l'église : scènes dramatiques puisées dans l'histoire romaine / par Prosper Pimont,...

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impr. de J. Claye (Paris). 1867. 1 vol. (104 p.) ; in-8.
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Publié le : mardi 1 janvier 1867
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CONSTANTIN
on
LA PAIX DE L'EGLISE
SCENES DRAMATIQUES
Puisées dans l'Histoire romaine
PAR
PROSPER PIMONT
Membre de l'Académie impériale des sciences
arts et belles - lettres de Rouen, et de plusieurs autres
Sociétés savantes
PARIS
IMPRIMERIE DE J. CLAYE
RUE SAINT-BENOIT, 7
1867
CONSTANTIN
. ou
LA PAIX TJE L'ÉGLISE
CONSTANTIN
ou
LA PAIX DE L'ÉGLISE
.CÈNES DRAMATIQUES
\
:§ dans l'Histoire romaine
/
PAR
PROSPER PIMONT
Membre de l'Académie impériale des sciences
arts et belles-lettres de Rouen, et de plusieurs autres
Sociétés savantes
PARIS
IMPRIMERIE DE J. CLAYE
RUE SA-INT-BENOIT, 7
18 6 7
NOTICE HISTORIQUE.
Les annales de la Grèce et de Rome sont les sources
auxquelles les auteurs, tant anciens que modernes,
ont puisé leurs plus belles inspirations. Heureux ceux
qui, les premiers, parcourant ce vaste champ ouvert
à leurs investigations, ont pu fixer leur choix sur des
sujets propres à exalter leur imagination, à féconder
leur génie, à animer leur style, et à les conduire aux
grandes perfections de l'art, en les mettant à même
de reproduire dans des tableaux vrais et riches de
couleurs variées des scènes du plus grand intérêt, où
ils ont montré ce que la vertu a de plus pur, la foi
jurée de plus sacré, l'amitié de plus sincère, l'amour
de plus passionné, le courage de plus héroïque, le pa-
triotisme de plus noble et.de plus généreux.
1
2 NOTICE HISTORIQUE.
Dans le large domaine de ces deux peuples si sou-
vent exploré, quels sujets s'offrent encore qui puissent
donner matière à d'heureuses conceptions? Si l'on y
rencontre des événements qui doivent captiver l'atten-
tion du lecteur et qui semblent se prêter aux combinai-
sons d'une action dramatique, n'a-t-on pas à examiner
si les faits accessoires qui s'y rattachent peuvent con-
courir, avec les faits principaux, à composer une oeuvre
qui soit conforme aux lois du bon goût, aux règles de
l'art, et surtout à la vérité historique? Ces conditions
sont celles du succès.
Constantin, son triomphe, et en même temps
celui de la religion chrétienne, tel est le sujet des
tableaux que j'ai esquissés, et dont j'ai puisé la pensée
dans le discours de Bossuet sur l'histoire universelle.
Puissé-je, en mettant à profit les ressources qui m'étaient
ainsi offertes, et en m'attachant à suivre d'aussi près
qu'il m'a été possible un guide si sûr, avoir créé une
oeuvre digne d'intérêt!
Dans un chapitre consacré à représenter la dixième
époque, Bossuet fait un tableau rapide des événements
politiques qui se sont succédé chez les peuples d'Orient
et d'Occident, notamment à Rome, depuis la venue
du Christ jusqu'à la fondation de l'Église. Après avoir
NOTICE HISTORIQUE. 3
reconnu dans la naissance, dans la vie et dans la mort
de Jésus-Christ l'accomplissement des prophéties, il
nous montre, immédiatement après la résurrection de
Notre-Seigneur, l'Église se formant, sa marche difficile
et périlleuse dans ses commencements, la persécution
dont elle a été l'objet sous des empereurs qui ne vou-
laient reconnaître ni sa morale ni son but, son attitude
ferme et inébranlable au milieu des dangers auxquels
elle était exposée en face de tant de vicissitudes politi-
ques, et enfin, après tant de luttes contre les schismes
et les hérésies, et aussi contre les chefs de l'État, presque
tous aussi barbares qu'impies, son triomphe sous Con-
stantin.
Je ne ferai qu'esquisser à traits rapides les princi-
paux événements antérieurs à ceux qui se rattachent à
mon sujet, me proposant, de citer textuellement la partie
du discours de Bossuet qui m'a fourni les éléments
des scènes que j'ai tenté de reproduire.
Quelque temps après la formation de l'Église, Tibère
mourut : adopté par Auguste et héritier du trône des
Césars, Tibère avait une belle carrière à parcourir.
Mais Rome eut beaucoup à souffrir de sa cruelle poli-
tique. Jaloux de Germanicus, qui avait l'amour de tous
les peuples, il le fit périr. Appelé à lui succéder, Cali-
& NOTICE HISTORIQUE.
gula, son petit-neveu, étonna le peuple romain par ses
folies, et l'épouvanta par ses cruautés. Non moins
insensé que brutal, il voulut se faire adorer, et sa statue
fut placée, par ses ordres, dans le temple de Jérusalem.
Claudius lui succéda. Déshonoré par sa femme Messa-
line, qu'il redemandait, quand il l'eut fait périr, il se
maria peu de temps après h Agrippine, fille de Ger-
manicus, dont les intrigues parvinrent à faire répudier
Britannicus pour lui faire adopter Néron; Néron, digne
fils d'une telle mère; Néron, dont les amours mons-
trueuses, les désordres et les cruautés sans exemple ont
flétri un règne dont les commencements promettaient
au peuple romain un avenir prospère; Néron, enfin,
dont l'histoire a voué le nom à l'exécration de la
postérité. C'est lui qui le premier a persécuté l'Église.
Fatigué de tant de crimes, honteux de ses propres
infamies, voyant qu'on se révoltait de tous côtés contre
lui, et que le sénat l'avait condamné, il se tua lui-
même. Après lui, plusieurs chefs de l'armée se dis-
putèrent le pouvoir; de violentes querelles s'élevèrent
alors entre eux, et il se livra, au sein de Rome même,
des combats dans lesquels périrent Othon, Vitellius
et Galba. Vespasien, élevé à l'empire, donna à Rome
quelque temps de repos. Titus, son fils, fut appelé
NOTICE HISTORIQUE. 5
à lui succéder; Titus, dont les jours, qu'il croyait perdus
quand ils n'étaient pas marqués par des bienfaits, ne
durèrent pas assez pour le bonheur de Rome; car
après lui apparut sur le trône Domitien, dont le règne
ne rappelle que trop celui de Néron. Sous lui et par ses
ordres, les chrétiens furent de nouveau persécutés, et
l'Église voyait la haine des infidèles s'accroître avec
une nouvelle fureur; mais, pleine de confiance dans la
foi de ses zélés serviteurs, elle y puisait une énergie
capable d'assurer son triomphe, déjà préparé par le
martyre d'un grand nombre d'entre eux, qui avaient
confirmé par leur sang l'Évangile, dont ils proclamaient
partout l'auguste vérité.
Domitien meurt, et Rome respire quelque temps
sous Nerva, qui, ne se sentant pas assez fort pour
porter le poids des affaires, le dépose entre les mains
de Trajan. Trajan étendit les conquêtes des Romains;
il sut, par ses heureuses qualités, rendre l'empire tran-
quille au dedans, et, par sa valeur, triomphant au
dehors. Son généreux caractère fit oublier quelques fai-
blesses, et Rome jouit trop peu de temps des bienfaits
d'un homme qui, en agrandissant sa puissance, avait
beaucoup fait pour la gloire de l'empire.
Adrien . qui régna après lui, maintint la disci-
6 NOTICE HISTORIQUE.
pline militaire; fit fleurir les arts, soulagea les pro-
vinces, et sut faire craindre et respecter son autorité
par tous les ennemis de Rome. Quelques vices n'ont pu
ternir l'éclat de ses belles actions, ni faire oublier
l'adoption d'Antonin le Pieux, qui, appelé à lui suc-
céder, adopta lui-même Marc-Aurèle, le sage et le
philosophe.
L'empire commença à respirer sous le règne de ces
deux princes, dont l'un, toujours en paix, était toujours
prêt à faire la guerre, et l'autre, toujours en guerre,
prêt à faire la paix. Tous deux, par leurs conquêtes, éten-
dirent les bornes de l'empire romain; tous deux aussi,
par leurs éminentes qualités, et par des services signa-
lés, ont également bien mérité de la patrie ; mais autant
ces deux empereurs furent aimés des Romains, autant
Lucius Varus, frère de Marc-Aurèle, et son collègue
dans l'empire, et Commode, son fils et son successeur,
en furent détestés. Commode meurt bientôt; Pertinax,
après lui, est appelé à l'empire. En voulant faire obser-
ver avec trop de fermeté la discipline militaire, il se
vit immolé à la fureur des soldats qui l'avaient eux-
mêmes élevé, quelque temps auparavant, au suprême
pouvoir.
Didius Julianus osa acheter l'empire mis à l'encan
NOTICE HISTORIQUE. 1
par l'armée; il fut bientôt victime de sa témérité,
car Sévère le fit mourir pour venger Pertinax. Les
rapides conquêtes de Sévère, triomphant en Syrie, dans
la Gaule et dans la Bretagne, agrandirent encore la
puissance romaine; mais il fut plutôt considéré comme
un soldat heureux que comme un prince digne d'admi-
ration. Caracalla son fils et, bientôt après, Héliogabale
devinrent, l'un par ses cruautés, l'autre par ses infa-
mies, l'horreur du genre humain; ils se perdirent eux-
mêmes et ne tardèrent pas à tomber.
Alexandre Sévère, qui leur succéda, rendit l'empire
heureux et florissant; mais son règne fut de trop courte
durée.
Au milieu de ces vicissitudes politiques, pendant
ces temps mêlés de si peu de bien et de tant de mal,
l'Église éprouva de cruelles persécutions : ainsi, sous
Trajan, saint Ignace est exposé aux bêtes féroces;
sous Marc-Aurèle, on voit périr saint Justin, le philo-
sophe et l'apologiste de la religion chrétienne; saint
Polycarpe, disciple de saint Jean; saint. Pothin, qui
endure, avec les martyrs de Vienne et de Lyon, des
supplices inouïs, et, bientôt après, saint Irenée, suc-
cesseur de saint Pothin, qui meurt condamné par les
ordres de Sévère, et cueille la palme du martyre avec
8 NOTICE HISTORIQUE.
un grand nombre de fidèles de son Église. Les fureurs
du paganisme, qui- semblaient parfois quelque temps
calmées, se ranimaient bientôt, et l'empire ressemblait
à une vaste'arène, sans cesse arrosée du sang des
chrétiens.
La fausse interprétation des anciennes traditions,
les attaques incessantes dont le dogme était l'objet, les
dissidences d'opinion sur certains points entre plusieurs
chefs de l'Église même, répandaient le trouble et l'in-
certitude dans les esprits et la confusion dans les idées ;
mais l'autorité de l'Église catholique, qui avait été
fondée à Rome par saint Pierre, triomphe de toutes les
attaques; sa foi domine toutes les opinions, triomphe
de tous les schismes, de toutes les hérésies, et ses
maximes sont si pures, qu'elles parviennent à établir
son pouvoir sur une base inébranlable, celle de la vérité
révélée et confirmée par le sang des martyrs.
Mais les affaires de Rome n'étaient pas prospères:
le tyran Maximin, après avoir fait périr Alexandre
Sévère, s'était emparé de l'empire; il eut bientôt à
lutter contre l'État, qui lui opposa quatre empereurs :
tous périrent en quelques années; de ce nombre étaient
les deux Gordiens, chéris du peuple romain.
Affaibli par tant de divisions, l'empire put, à peine
NOTICE HISTORIQUE. 0
résister aux Perses, avec lesquels Philippe Arabe, meur-
trier du jeune Gordien, conclut une paix honteuse, en
abandonnant le premier des terres appartenant à l'État.
Ayant plus tard embrassé la religion chrétienne, il fut
tué par Décius, qui renouvela les persécutions, et se
montra, par ses cruautés, l'ennemi le plus acharné de
l'Église.
Mais Décius meurt bientôt; Gallus et Volusien ne
font que paraître ; le pouvoir passe vite entre les mains
d'Émilien, pour arriver dans celles deValérien, qui sait,
malgré son grand âge, régner avec vigueur et.avec
dignité; mais il ne put triompher de sa haine pour les
chrétiens; il exerça contre eux de violentes persécu-
tions, et c'est sous règne que saint Etienne et saint
Cyprien ont reçu la couronne du martyre, réservée après
au pape Sixte II et à saint Laurent.
C'est alors que commença l'invasion des Barbares.
Valérien, qui avait voulu repousser leurs flots envahis-
sants, ne put résister à tant de peuples faisant irruption
de toutes parts; au milieu des combats qu'il eut à sou-
tenir, il fut fait prisonnier, et acheva ses jours dans
l'esclavage.
Gallien, son fils et son collègue, ne put réussir à le
venger; sans force et sans courage, il laissa tomber
10 NOTICE HISTORIQUE;
l'empire dans un état d'extrême faiblesse. Le pouvoir
devint le partage de trente tyrans. On vit alors Odenat,
roi de Palmyre, reprendre aux Barbares les provinces
d'Orient qu'ils avaient envahies.
Claudius II et, après lui, Aurélien consacrent leurs
efforts à rétablir les affaires de Rome ; ils combattent les
Goths et les Germains, et, par des victoires successives
et signalées, reprennent une partie des provinces per-
dues; et triomphent de Zénobie, cette femme célèbre,
qui, joignant l'habileté au courage, avait pris elle-
même le commandement des armées après la mort
de son époux, en cherchant ainsi, par d'héroïques
mais vains efforts, à conserver à ses enfants les con-
quêtes de leur père.
Si Aurélien, empereur, sut par sa valeur et par sa
fermeté rétablir les affaires de Rome, pour ainsi dire
ruinées, un souvenir pénible cependant se rattache à
son nom, car il se fit détester par ses actes de cruauté
envers les chrétiens; il mourut victime d'une conspira-
tion des chefs de son armée.
Le sénat lui donna pour successeur Tacite, qui périt
six mois après. Florin, son frère, croyait lui succéder;
mais ses espérances furent déçues, et Probus fut appelé
à l'empire. Habile guerrier, Probus repoussa les Barba-
NOTICE HISTORIQUE. Il
res, et sut faire respecter en Orient et en Occident les
aigles romaines. Il périt victime de son trop grand zèle
pour la discipline militaire, ses soldats s'étant vengés sur
lui de la règle trop rigoureuse qu'il leur faisait observer ;
et cependant il eut pour successeur Carus, non moins
sévère, et qui, non moins vaillant, sut aussi repousser les
Barbares, que la mort de Probus avait rendus plus
entreprenants que jamais. Aidé du second fils de Numé-
rien, il alla en Orient combattre les Perses, tandis qu'il
opposait aux ennemis de l'empire, du côté du Nord,
son fils Carinus, qu'il nomma César, en l'élevant ainsi
par ce titre à la seconde dignité de l'empire. Carus
triomphait partout en Orient; tout cédait au pouvoir de
ses armes, quand il fut tout à coup arrêté au milieu de
ses succès. Numérien, qui aurait pu lui succéder, suc-
comba sous les coups d'Aper, son beau-père; mais sa
mort fut bientôt vengée par Dioclétien, qui profita de
cette circonstance pour s'emparer du trône, auquel il
aspirait depuis longtemps. Carinus, fils aîné de Carus,
voyant entre les mains de Dioclétien l'empire qui lui
appartenait de droit, mais dont ses vices et ses cruau-
tés l'avaient fait écarter, se ranima malgré sa mollesse,
attaqua avec ardeur Dioclétien, qu'il battit; mais il ne
profita pas de sa victoire, puisqu'il fut tué au milieu du
12 NOTICE HISTORIQUE.
combat, par un de ses soldats, dont il avait corrompu
la femme.
Dioclétien continua donc de régner.
Les faits que j'ai rapportés sont un extrait succinct
d'une partie du discours de Bossuet sur l'histoire uni-
verselle; ceux qui suivent se rattachant à mon sujet, je
ne puis mieux faire que de citer Bossuet même :
« Dioclétien gouvernait avec vigueur, mais avec
une insupportable vanité. Pour résister à tant d'ennemis
qui s'élevaient de tous côtés au dedans et au dehors, il
nomma Maximien empereur avec lui, et sut néanmoins se
conserver l'autorité principale. Chaque empereur fit un
César : ConstantiusChlorus etGalérius furent élevés à ce
haut rang. Les quatre princes soutinrent à peine le far-
deau de tant de guerres. Dioclétien fuit Rome, qu'il trou-
vait trop libre, et s'établit dans Nicomédie, où il se fit
adorer à la manière des Orientaux. Cependant les Perses,
vaincus par Galérius, abandonnèrent-aux Romains de
grandes provinces et des royaumes entiers. Après de si
grands succès, Galérius ne veut plus être sujet, et dédai-
gne le titre de César; il commence par intimider Maxi-
mien. Une longue maladie avait fait baisser.l'esprit de
Dioclétien, et Galérius, quoique son gendre, le força de
quitter l'empire; il fallut que Maximien suivît son exemple,
NOTICE HISTORIQUE. 13
« Ainsi l'Empire vint entre les mains de Constantius
Chlorus et de Galérius, et deux nouveaux Césars furent
créés par les nouveaux empereurs. Les Gaules, l'Es-
pagne et la Grande-Bretagne furent heureuses, mais
trop peu de temps, sous Constantius Chlorus, ennemi
des exactions; accusé par le sénat de ruiner le fisc, il
montra qu'il avait des trésors cachés dans la bonne
volonté de ses sujets. Le reste de l'empire souffrait
beaucoup sous tant d'empereurs et de Césars qui se
déposaient : les exactions étaient extrêmes.
« Le jeune Constantin, fils de Constantius Chlorus,
se rendait illustre; mais il se trouvait entre les mains de
Galérius. Cet empereur, jaloux de sa gloire, tous les
jours l'exposait à de nouveaux périls; il lui faisait com-
battre des bêtes féroces par une espèce de jeu, mais
Galérius n'était pas moins à craindre qu'elles. Con-
stantin, échappé de ses mains, trouva son père expirant
dans York. En ce temps-là, Maxence, fils de Maximien
et gendre de Galérius, se fit empereur malgré son beau-
père; et les divisions intestines se joignirent aux autres
maux de l'État. L'image de Constantin, qui venait de
succéder à son père, portée à Rome, selon la coutume, y
fut rejetée par les ordres de Maxence. La réception des
images était la forme ordinaire de reconnaître les nou-
M NOTICE HISTORIQUE.
veaux princes. On se prépare à la guerre de tous côtés;
le César Sévère, que Galérius envoya contre Maxence, le
fit trembler dans Rome. Pour se donner de l'appui dans
sa frayeur, il rappela Maximien. Le vieillard ambitieux
quitta sa retraite, où il n'était qu'à regret. Il tâcha en
vain de retirer Dioclétien, son collègue, du jardin qu'il
cultivait dans Salone. Au nom de Maximien, empereur
pour la seconde fois, -les soldats de Sévère le quittent.
Le vieil empereur le fait tuer et, en même temps, pour
s'appuyer contre Galérius, il donne à Constantin sa fille
Fauste. Il fallait aussi de l'appui à Galérius, après la
mort de Sévère ; c'est ce qui le fit résoudre à nommer
Licinius empereur; mais ce choix piqua Maximin, qui,
en sa qualité de César, se croyait plus près du suprême
pouvoir. Rien ne put lui persuader de se soumettre à
Licinius, et il se rendit indépendant dans l'Orient. Il ne
restait plus à Galérius que lTllyrie, où il s'était retiré,
après avoir été chassé d'Italie.
« Le reste de l'Occident obéissait à Maximien, à
son fils Maxence et à son gendre Constantin, mais il ne
voulait pas non plus, pour compagnons de l'empire,
ses enfants que les étrangers ; il tâcha de chasser de
Rome son fils Maxence, qui le chassa lui-même. Con-
stantin, qui le reçut dans les Gaules, ne le trouva pas
NOTICE HISTORIQUE. 15
moins perfide. Après plusieurs attentats, Maximien fit
un dernier complot dans lequel il crut avoir engagé sa
fille Fauste contre son mari; elle le trompait, et Maxi-
mien, qui croyait avoir tué Constantin en tuant l'eunuque
que l'on avait mis dans son lit, fut contraint de se
donner la mort.
« Une nouvelle guerre s'allume, et Maxence, sous
prétexte de venger son père, se déclare contre Con-
stantin, qui marche à Rome avec ses troupes; en même
temps, il fait renverser les statues de Maximien ; celles
de Dioclétien, qui y étaient jointes, eurent le même sort.
Le repos de Dioclétien fut troublé -de ce mépris, et il
mourut quelque temps après autant de chagrin que de
vieillesse. »
Bossuet termine ce tableau en montrant Rome,
dans ces temps, toujours ennemie du christianisme,
redoublant incessamment d'efforts pour l'abattre, et
achevant au contraire de l'établir. C'est en vain que les
empereurs publient contre les chrétiens des édits san-
glants qu'ils font exécuter ; c'est en vain que leur fureur
invente chaque jour de nouveaux supplices pour cher-
cher à ébranler leur foi ; qu'ils leur font subir les plus
affreux tourments en excitant contre eux juges et bour-
reaux : la violence, quelque extrême qu'elle soit, ne peut
CONSTANTIN
ou
LA PAIX DE L'ÉGLISE
PERSONNAGES,
CONSTANTIN, fils de Constantius Chlorus, ancien empereur à Rome
MAXIMIEN, empereur à Rome.
MAXENCE, fils de Maximien, empereur avec son père à Rome.
SEXTUS, officier des gardes.
FABIEN, tribun du peuple.
MARCUS, confident de Constantin.
UN VIEILLARD CHRÉTIEN, père de Maurice.
HÉLÈNE, mère de Constantin.
FAUSTE, fille de Maximien et femme de Constantin.
DEUX HÉRAUTS D'ARMES. — LICTEURS. — SOLDATS. — PEUPLE ROMAIN.
CHRÉTIENS.
1er TABLEAU. — La scène se passe à Rome, dans le palais des empereurs.
2e TABLEAU. — A Trêves, dans le palais de Constantin.
3e TABLEAU. — A Trêves, dans le palais de Constantin.
4e TABLEAU. — A Trêves, dans le camp de Constantin.
b° TABLEAU. — A Rome, près des Catacombes.
G" TABLEAU. — A Rome, dans le Forum.
CONSTANTIN
ou
LA PAIX DE L'ÉGLISE
PREMIER TABLEAU.
La scène se passe à Honte, dans le palais dos empereurs
SCENE PREMIERE.
SEXTUS ET FABIEN.
SEXTUS.
De noirs pressentiments agitent ma pensée...
Ne nous abusons pas : d'une splendeur passée
Le prestige éclatant n'éblouit plus les yeux.
Le grand nom des Romains, l'orgueil de nos aïeux
20 CONSTANTIN.
Se voit déshérité de son antique gloire;
Rome aujourd'hui de Rome outrage la mémoire.
FABIEN.
Et qui saurait prévoir la fin de ses malheurs?
Quand tant d'ambitions aspirent aux honneurs,
Chacun a ses projets, que, d'une ardeur suivie,
Il couve et fait éclore au nom de la patrie.
La fortune est le prix de honteux dévouements,
Et les grandes faveurs vont aux plus intrigants.
SEXTUS.
Comme toi j'en gémis, car les maux sont extrêmes.
Comment les empêcher? jugeons-en par nous-mêmes.
Quand nous touchons le but, devant nous, à l'instant,
Se montre un autre but qui plus loin nous attend.
Sans égard pour des droits plus puissants que les nôtres,
Nous écartons les uns et renversons les autres.
FABIEN.
Dans cet ardent concours de Césars, d'empereurs.
Qui donc n'envierait pas des titres si flatteurs?
Le mérite n'est rien ; on parvient par la brigue ;
Le pouvoir avili cède tout à l'intrigue...
SEXTUS.
Le vrai patriotisme, ami, n'existe plus...
PREMIER TABLEAU, SCÈNE I. 21
FABIEN.
Rome, peut-être un jour lasse de tant d'abus,
Pourra bien arracher tout masque politique.
SEXTUS.
Sans se préoccuper de la rumeur publique,
Aux plus brillants emplois on arrive en rampant :
Il faut suivre la pente et céder au torrent.
Du charme des grandeurs qui saurait se défendre?
Quand tous veulent monter, aucun ne veut descendre,
Et dans ces temps d'erreur et de corruption
Où régnent le désordre et la confusion,
Chacun agit pour soi... agissons pour nous-mêmes.
Oui, portons nos regards vers les honneurs suprêmes;
Rendons-nous par degrés importants dans l'État :
On peut être empereur quand on fut bon soldat.
Est-on las d'obéir, il faut rompre sa chaîne.
Fasciné par l'éclat de la pourpre romaine,
Sans cesse notre esprit se nourrit de l'espoir,
Si bas qu'on soit placé, d'atteindre le pouvoir.
Il est bien loin de nous, ce temps où la naissance
Seule faisait le droit, le rang et la puissance ;
La fortune sourit à F homme audacieux,
Et des bords de l'abîme elle le porte aux cieux.
22 CONSTANTIN.
Tout succès appartient aux manoeuvres habiles...
L'un à l'autre, Fabien, sachons nous rendre utiles..
Sans paraître d'accord, combinons bien nos plans,
Et, cachant nos efforts, rendons-les plus puissants.
Secondant nos projets, que l'amitié sincère
Qui nous unit tous deux, pour tous soit un mystère.
De peur de nous trahir, ami, séparons-nous.
FABIEN, en sortant.
Sextus, comptez sur moi, Fabien compte sur vous.
SEXTUS.
Il était temps... ici je vois venir Maxence.
SCENE II.
MAXENCE ET SEXTUS.
MAXENCE, tendant la main à Sextus.
En toi seul désormais je mets ma confiance...
Je te connais, Sextus, et Maxence empereur
Dans le sein d'un ami vient épancher son coeur.
Je poursuis vainement un bonheur impossible.
Pourrais-je, désormais, vivre calme et paisible,
Alors qu'un peuple ingrat méconnaît son devoir
Et semble protester contre un double pouvoir?
PREMIER TABLEAU, SCÈNE II. 23
SEXTUS.
Pour régner seul, seigneur, vos droits sont légitimes.
MAXENCE.
Mais pour y parvenir s'il faut encor des crimes?...
SEXTUS.
Des crimes, dites-vous?... Les plus.illustres faits,
S'ils n'atteignent le but, sont réputés forfaits;
Mais le crime est vertu dès qu'il est nécessaire,
Surtout s'il nous promet la faveur populaire.
Voyez donc quels écarts tortueux, incertains,
Dans la course d'un char guidé par plusieurs mains.
Le pouvoir concentré dans les mains d'un seul homme
Garantit le salut et le repos de Rome.
MAXENCE.
Peut-être son salut, mais son repos, jamais,
Dès lors que les chrétiens, par leurs actes secrets,
Abusant les esprits, ébranlant les croyances,
De discorde ont partout répandu des semences,
Des semences, hélas! qui porteront leur fruit...
SEXTUS.
11 faut donc qu'au plus tôt le germe en soit détruit.
Proscrivez les chrétiens, condamnez leurs mystères.
Et déployez contre eux des rigueurs nécessaires.
2i CONSTANTIN.
Rapportant à leur Dieu ce qui vient du hasard,
Ils propagent leur foi... brisez leur étendard,
Et qu'un aveu public de leur fausse croyance
Vous réponde, seigneur, de leur obéissance.
MAXENCE/
Tu le comprends, Sextus : sans être au premier rang-
Seul , pourrais-je à mon gré disposer de leur sang,
Ou les intimider par l'horreur des supplices,
Ou même exiger d'eux les moindres sacrifices?
A les persécuter je suis bien résolu ;
Mais, n'ayant pas en main le pouvoir absolu,
Je ne puis rien contre eux...
SEXTUS.
. Il n'est pas loin peut-être,
Le jour qui vous verra dans Rome le seul maître;
Et si pour l'avancer il vous fallait mon bras,
Au moment de frapper il ne faiblirait pas.
MAXENCE.
Au moment de frapper? Mais ce serait un crime!...
SEXTUS.
Que l'intérêt de Rome aujourd'hui légitime.
MAXENCE.
J'ai peine à te comprendre, et mon coeur révolté...
PREMIER TABLEAU, SCÈNE II. 25
SEXTUS.
Mais pourquoi donc user d'un langage emprunté?
Je sais tous vos projets, et l'empereur Maxence,
Digne de régner seul, agit avec prudence,
Sachant sacrifier, par un noble attentat,
Des raisons de famille à des raisons d'État.
Votre père en secret médite votre perte ;
A tous vos ennemis il tient sa porte ouverte ;
Il vous trahit, seigneur, et Sévère aujourd'hui,
Pour entrer dans nos murs, compte sur son appui.
Voyez donc s'avancer ses nombreuses cohortes,
Et Maximien prêt à leur ouvrir nos portes.
Les dangers sont pressants : à son ambition
Otez, il en est temps, tous moyens d'action;
Et ne balancez pas, quand les destins de Rome
Dépendent, en ce jour, de la mort d'un seul homme.
MAXENCE.
Mais cet homme est mon père...
SEXTUS.
11 veut perdre son fils.
MAXENCE.
Son fils doit l'épargner...
20 CONSTANTIN.
SEXTUS.
Il est traître au pays :
L'intérêt de l'État exige son supplice;
Si vous ne l'ordonniez, vous seriez son complice.
Il veut vous renverser, loin d'être votre appui;
S'il ne périt par vous, vous périssez par lui.,.
MAXENCE, après un moment d'hésitation simulée.
A moi donc le pouvoir! Rome unie à Maxence
Confie à Sextus seul le soin de sa vengeance.
SEXTUS.
Mon bras vous appartient, sur lui reposez-vous.
MAXENCE.
Qu'on ignore du moins d'où partiront les coups.
En suivant tes conseils, je deviens parricide !
SEXTUS.
Lorsqu'en Maxence seul tout notre espoir réside,
Je ne recule pas devant un attentat
Qui vous sauve, seigneur, et qui sauve l'État.
MAXENCE, apercevant son père.
Maximien !
SEXTUS.
Lui-même...
MAXENCE.
Évite sa présence ;
PREMIER TABLEAU, SCÈNE 11. 27
Le succès, en ce jour, dépend de la prudence.
Pour ne rien hasarder, ne précipitons rien;
Tu reviendras, Sextus, après notre entretien.
SCENE III.
MAXIMIEN ET MAXENCE.
MAX [MIEN.
Des plus graves périls quand Rome est menacée,
Son salut de ses chefs est l'unique pensée.
Son empire, établi sur un sable mouvant,
Est sans appui, sans force, et toujours chancelant.
Rome tremble dans Rome ; un mal qui la domine ,
L'ambition de tous, la pousse à sa ruine ;
Chacun vise au pouvoir, et, pour l'accaparer,
Tous les moyens sont bons. Il faut nous préparer,
Vigilants défenseurs de la chose publique,
A soutenir ensemble une lutte énergique;
Et pour nous renverser quels que soient les efforts,
Si nous restons unis, nous restons les plus forts.
Mon fils, sur le parti qu'il nous convient de prendre.
Au moment du danger, sachons bien nous entendre.
28 CONSTANTIN.
MAXENCE.
Pour conjurer les maux prêts à fondre sur nous,
Vous me verrez toujours non moins ardent que vous.
Mais dites votre avis : je le suivrai, mon père.
MAXIMIEN.
Moi-même je prétends marcher contre Sévère.
EL ce qui reste encor de vigueur en mes mains
Suffit pour ruiner d'un seul coup ses desseins.
MAXENCE.
J'admire en vous, sans doute, un si noble courage;
Mais un tel dévouement convient mieux à mon âge,
Et c'est à moi, seigneur, de marcher aux combats.
MAXIMIEN.
Tu ferais plus que moi, je ne l'ignore pas;
Mais ta place est clans Rome. A nos projets hostile,
Le peuple, en fomentant la discorde civile,
Rend les dangers plus grands au dedans qu'au dehors.
Aux efforts des chrétiens oppose tes efforts :
Il faut sévir contre eux, car leur fausse croyance
Se propage et répand sa funeste influence.
11 est temps d'arrêter leurs projets criminels.
Bravant leur Dieu si fort, fais tomber ses autels.
Ils veulent, disent-ils, abattre nos idoles :
PREMIER TABLEAU, SCÈNE III. 2'J
Condamne avec rigueur leurs mystiques paroles;
Proscris par tes édits leurs prédications ;
Organise contre eux les persécutions,
Et fais périr leurs chefs dans les derniers supplices.
Que l'horreur du trépas, effrayant leurs complices,
Les fasse, dès ce jour, rentrer dans le devoir,
Et des deux empereurs respecter le pouvoir.
Agissons de concert ; notre cause est commune...
Oui, tous deux attachés à la même fortune,
Marchons vers le succès à nos efforts promis.
MAXENCE.
Nous saurons triompher de tous nos ennemis.
MAXIMIEN.
Je te quitte et bientôt reviens, couvert de gloire,
Partager avec toi les fruits de la victoire.
A part.
Les partager! oh! non... De mes hardis projets
La chute de Sévère assure le succès.
SCÈNE IV.
MAXENCE, seul.
Lorsqu'en ce temps fatal mon père sacrifie
Au salut de l'État son repos et sa vie,
30 CONSTANTIN.
Puis-je bien méditer d'attenter à ses jours!...
Écartons de Sextus l'insidieux discours...
Sextus me tromperait!... C'est un ami sincère...
Mais ne m'a-t-il pas dit, en parlant de mon père :
Il veut vous renverser, loin d'être votre appui;
S'il ne périt par vous, vous périssez par lui?
Je périrais par lui, lorsque seul, sans partage,
Je puis dicter des lois!... Achevons notre ouvrage;
Donnons un libre cours à nos transports jaloux,
Et sachons triompher, quand l'empire est à nous.
SCÈNE V.
MAXENCE ET SEXTUS.
SEXTUS.
J'accours vers vous, seigneur; j'apporte une nouvelle
Que vient de me transmettre un messager fidèle.
Par ruse, à la faveur des ombres de la nuit,
Dans le camp de Sévère en secret introduit,
Il a su découvrir le coupable mystère
D'un complot contre vous ourdi par votre père.
Vous ne l'ignorez pas, seigneur, Maximien,
A l'empire élevé par Dioclétien,
PREMIER TABLEAU, SCÈNE V. 31
Affectant les dehors de la reconnaissance,
Par ses soins assidus et par sa complaisnce,
De ce prince orgueilleux flattait la vanité;
Il sut bien dans ses mains ravir l'autorité;
Et le fier empereur, dépossédé du trône,
Modestement cultive un jardin dans Salone.
Sévère et Maximin étaient tous deux Césars :
Tous deux ont fui, par lui chassés de nos remparts;
Et Sévère aujourd'hui, poussé par la vengeance,
Avec Maximien veut renverser Maxence.
Il a besoin d'appui contre Galérius...
Redoutant dans son fils Constantius Chlorus,
Il flatte Constantin, et, lui donnant sa fille,
Par un adroit calcul l'attache à sa famille.
Vous rappelant, seigneur, ses complots, ses méfaits,
Connaissez votre père, et sachez ses projets.
MAX ENCE.
De son beau dévouement je comprends le mystère...
Il marchait, disait-il, vers le camp de Sévère...
SEXTUS.
Certes; mais de Sévère, en dehors du combat,
Il saura triompher par un assassinat;
32 CONSTANTIN.
Puis, par ses affidés conduit au rang suprême,
Il tourne leurs poignards, seigneur, contre vous-même.
MAXENCE.
Infâmes meurtriers ! moi, tomber sous vos coups!
Oh! non. Vous, sous les miens, vous succomberez tous.
Mon père veut l'empire à lui seul, sans partage...
Je verrais le fardeau trop pesant pour son âge...
Tu m'as compris, Sextus?
SEXTUS. '
Je m'attache à ses pas,
Et je veux en ce jour, par son juste trépas,
Joindre à l'insigne honneur de vous sauver la vie
L'honneur plus grand encor de sauver la patrie.
Le temps presse, agissons.
.MAXENCE.
Je ne te retiens plus...
Écartons de mon coeur des remords superflus.
Que rien ne nous arrête... Armons-nous de courage...
C'est par la fermeté qu'on fait tête à l'orage.
Proscrivons les chrétiens... Chassés hors de ces lieux,
Qu'ils cessent de braver le pouvoir de nos dieux.
Purgeons Rome à jamais de cette,race impie;
Qu'elle traîne en exil sa misérable vie;
PREMIER TABLEAU, SCÈNE V. 33
Que ses chefs, condamnés aux plus affreux tourments,
Voient tomber avec eux leurs efforts impuissants.
Du pouvoir absolu dès lors que je suis maître,
Dans tout Romain suspect je ne dois voir qu'un traître.
Rien ne peut faire obstacle à mon autorité,
Et le droit de chacun est dans ma volonté.
Des empereurs déchus renversons les statues ;
Que le peuple romain, les voyant abattues,
Voue au mépris le nom de Dioclétien.
Bientôt le même sort attend Maximien.
, Alors qu'à Constantin dans Rome on rend hommage,
Qu'on vante ses hauts faits... je brise son image.
Régnons par la terreur; et, plus fort que la loi,
Frappons qui servirait d'autre maître que moi.
FIN DU PREMIER TABLEAU.
DEUXIÈME TABLEAU.
La scène se passe à Trêves, dans le palais de Constantin.
SCENE PREMIERE.
MAXIMIEN, seul.
Comprend-on de mon fils l'atroce perfidie !
Trahir son père, oser attenter à sa vie !
Et son digne complice est l'infâme Sextus!
Que d'obstacles!... Partout ils seront abattus...
De Rome Constantin médite la conquête,
Et dans son camp, dit-on, aux combats tout s'apprête :
Ne craignons rien... il peut se flatter de l'espoir
D'arracher de mes mains le suprême pouvoir;
Héritier de Chlorus, son droit est légitime...
S'il fait valoir son droit, il devient ma victime.
SCÈNE II.
MAXIMIEN, ET CONSTANTIN.
CONSTANTIN.
Maximien ici ! puis—je en croire mes yeux?
DEUXIÈME TABLEAU, SCÈNE II. 35
MAXIMIEN.
Vous paraissez surpris de me voir en ces lieux :
Je viens vers vous, seigneur, pour demander justice
D'un forfait inouï dont mon fils est complice.
CONSTANTIN.
Se peut-il?
MAXIMIEN.
Quand j'échappe au poignard assassin
Que Sextus a reçu d'une invisible main,
N'en doutez pas, voyez et Sextus et Maxence,
Pour me frapper, tous deux agir d'intelligence.
Jaloux de recouvrer le titre de César,
D'un combat décisif affrontant le hasard,
Quand Sévère, appuyé de nombreuses cohortes,
De Rome menacée allait franchir les portes,
Je jurai que jamais sur leurs nobles remparts
Les Romains ne verraient flotter ses étendards,
Et rappelant l'ardeur de sa jeune énergie,
Mon vieux bras s'est armé pour sauver la patrie.
Sévère, à l'improviste attaqué dans son camp,
Se défend mal, succombe, et meurt en combattant.
Déjà je triomphais, seigneur, et ma victoire
Relevait de l'État la puissance et la gloire ;
30 CONSTANTIN.
Et je voyais céder à mes constants efforts
La discorde au dedans et la guerre au dehors.
Espoir trop séduisant qui flattait ma pensée !
La haine me poursuit, ma vie est menacée;
Par ruse, sous ma tente, au milieu de la nuit,
Par des soldats gagnés Sextus est introduit.
Il approche... A mon aide, en ce moment suprême,
J'appelle des amis qu'il appelle lui-même.
Ils sont sourds à ma voix... 0 calcul odieux!
Le perfide à l'avance avait compté sur eux.
Je résolus de fuir... 0 prince magnanime,
Vous voudrez, partageant le courroux qui m'anime,
Contre un fils révolté me prêter votre appui,
Pour punir son forfait et me venger de lui.
CONSTANTIN.
Quand j'aspire moi-même à renverser Maxence ,
Vous connnaissez, seigneur, le but de ma vengeance.
Dans Rome assez longtemps Chlorus dicta des lois :
Si mon père n'est plus, héritier de ses droits,
Verrais-je plus longtemps de ma noble patrie
Le repos compromis et la gloire flétrie?
Quand Rome, au premier rang parmi les, nations,
Dans son sein agité par les dissensions,
DEUXIÈME TABLEAU, SCÈNE II. 37
Voit ses chefs, déployant des rigueurs inutiles,
Entretenir le feu des discordes civiles,
Je dois reprendre enfin mon titre d'empereur,
Et rentrer dans ces murs en pacificateur.
MAXIMIEN.
Vous n'entendez donc pas partager la puissance?...
Vous voudriez donc, seul, porter son poids immense?
CONSTANTIN.
Je le dois, car il faut que l'empire romain
Soit désormais conduit par une seule main.
MAXIMIEN.
Du vaisseau de l'État la marche est périlleuse...
CONSTANTIN.
Au milieu des dangers d'une mer orageuse,
Un écueil menaçant est souvent évité
Quand d'un pilote seul on suit la volonté.
Il ne faut qu'un seul chef pour gouverner dans Rome.
MAXIMIEN.
S'il faut que le pouvoir soit aux mains d'un seul homme,
Soyez ce digne chefy je n'en suis point jaloux;
Je n'en sais pas, seigneur, de plus digne que vous.
Rendant à vos vertus un légitime hommage,
38 CONSTANTIN.
Rome encore aujourd'hui révère votre image ;
On se souvient aussi que sous Galérius,
Quand elle eut éloigné Constantius Chlorus,
Le jeune Constantin, affrontant les arènes,
Fit pressentir le sang qui coulait dans ses veines ;
Que plus tard, signalant sa généreuse ardeur,
Il fit dans les combats admirer sa valeur.
Vous verrez, au seul bruit de votre renommée,
Se déclarer pour vous et le peuple et l'armée.
CONSTANTIN.
Empereur, je saurai répandre tout mon sang
Pour soutenir mes droits, mon honneur et mon rang.
Ce n'est pas de l'orgueil l'ambitieux délire
Qui va guider mes pas vers le but où j'aspire;
C'est Dieu qui, dans ce jour, impose à mes destins
Un devoir qui m'est cher, le salut des Romains.
Oui, je veux, des chrétiens respectant les croyances,
De ceux qu'on persécute effacer les souffrances ;
Serviteurs de l'État, qu'ils subissent sa loi;
Mais libres dans leur culte et libres dans leur foi,
Qu'ils suivent à leur gré leurs pieux exercices;
Qu'ils offrent à leur Dieu d'innocents sacrifices;
Protection pour tous, pour tous égalité ;
DEUXIÈME TABLEAU, SCÈNE II. 30
Que ma devise soit : paix, ordre, liberté.
Oui, faisons, en marchant où la gloire m'appelle,
De Rome qui succombe une Rome nouvelle.
MAXIMIEN.
Accomplissez, seigneur, ces glorieux desseins :
Le sort du monde entier repose entre vos mains.
A vous donc désormais le pouvoir sans partage ;
Et pour moi, le repos qui convient à mon âge.
CONSTANTIN.
Ce repos vous attend au sein de mon palais...
MAXIMIEN.
A part.
Je l'accepte, seigneur. Pour suivre mes projets.
CONSTANTIN.
Et nous, de nos soldats excitant la vaillance,
De Rome esclave encor hâtons la délivrance.
SCÈNE III.
MAXIMIEN, FAUSTE.
MAXIMIEN.
Fauste ! c'est elle-même...
FAUSTE.
Ah! mon père, c'est vous?.
40 CONSTANTIN.
Vous voir pour moi sans doute est un plaisir bien doux;
Mais comment expliquer?... malheureux ou prospère,
Quel destin près de nous vous conduit?
MAXIMIEN.
Plains ton père...
Le plus ambitieux de tous ses ennemis
Voulait l'assassiner... je t'ai nommé mon fils.
FAUSTE.
Mon frère, avez-vous dit?
MAXIMIEN.
Oui, Maxence lui-même,
Qui, toujours enviant la puissance suprême,
Dans Rome ne voulait d'autre maître que lui.
FAUSTE.
Mais n'a-t-il pas lui-même imploré votre appui?
Et, jaloux du secours de votre expérience,
N'a-t-il pas avec vous partagé la puissance?
MAXIMIEN.
Tranquille, loin de Rome, après mes longs travaux,
Fatigué des honneurs, je goûtais le repos,
Lorsque, des factions redoutant la tempête,
Mon fils vint m'arracher à ma douce retraite.
On menaçait ses jours... Ma popularité,

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