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Contes angéliques ou le Livre d'Ethel

De
148 pages

Comme il sifflait, soufflait, gémissait, le vent de la nuit, tout à travers la grande forêt brésilienne ! Aussi, fallait-il voir les grands palmiers agiter leurs sombres éventails ! Ils semblaient aspirer la brise de mer dans toute sa fraîcheur ; et leurs dômes panachés se balançaient comme des vaisseaux à l’ancre.

« Lilalpa, disait Oniato, qu’est-ce que la mort ? n’est-ce pas la nuit du bon Dieu ? En ce cas, la mort doit être bien belle.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

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Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

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LE R.P. FABER

Frederick-William Faber

Contes angéliques ou le Livre d'Ethel

A MESDEMOISELLES DE MONTARBY

 

 

 

Mes chères petites amies,

 

Vous avez entendu parler du bon Père Faber ; mais on ne vous a pas dit combien il était aimable et gracieux pour les enfants qui ont eu le bonheur de jouir de son intimité. Ce petit livre pourra vous en donner une idée. Il fut écrit à la campagne en quatre matinées de convalescence, et adressé à la quatrième fille du duc de Norfolk, alors une jeune enfant, maintenant une aimable Sœur de Charité, perdue dans la foule des anges terrestres qui lui ressemblent.

« Ma chère Ethel, » lui disait-il dans sa courte préface, « remplaçons les fées par des anges, et les revenants par des morts, et voyons comme cela ira. »

J’ignore si vous avez lu des contes de fées. En tout cas, ce petit livre ressemble à des contes en ce que les noms et les circonstances y sont imaginés à plaisir : mais sous ce voile de fiction, vous trouverez de saintes et grandes vérités, plus que dans beaucoup de gros livres patentés qui ont la prétention d’élever et d’instruire.

L’ami d’enfance de votre père,

PHILPIN DE RIVIÈRES.

Brompton, 1er Janvier 1874.

LES DERNIERS ENFANTS ou L’INCOMPARABLE MINUIT

Comme il sifflait, soufflait, gémissait, le vent de la nuit, tout à travers la grande forêt brésilienne ! Aussi, fallait-il voir les grands palmiers agiter leurs sombres éventails ! Ils semblaient aspirer la brise de mer dans toute sa fraîcheur ; et leurs dômes panachés se balançaient comme des vaisseaux à l’ancre.

« Lilalpa, disait Oniato, qu’est-ce que la mort ? n’est-ce pas la nuit du bon Dieu ? En ce cas, la mort doit être bien belle.

  •  — Pour moi, répondit Lilalpa, j’aime mieux le jour : il est plus beau que la nuit.
  •  — Chère sœur, ne dis pas cela, répliqua Oniato ; l’obscurité est plus belle que la lumière, car Dieu s’y rend plus visible pour nous.
  •  — Depuis quelque temps, Dieu occupe tes pensées, bien cher frère, reprit à son tour Lilalpa. D’où cela vient-il ? Dieu !... Oui, c’est un beau nom. Il me fait tressaillir d’une manière étrange. Dieu !... Où est-il ? Qu’est-il ?
  •  — Je n’en sais rien, Lilalpa : mais ce qui remue le cœur doit être quelque chose de vrai. Il faut qu’il y ait un Dieu, quand même nous ne lui donnerions pas son vrai nom.
  •  — Je vois maintenant pourquoi tu aimes la nuit, Oniato. Tu as raison : elle est magnifique ; c’est un vrai palais.
  •  — A la bonne heure, Lilalpa. Vois-tu : j’ai bien des fois entendu les missionnaires discuter avec mon père, et l’idée m’est venue que le grand jour était plein d’obscurité, et que l’obscurité était le vrai jour. C’est comme deux personnes qui prennent les habits l’une de l’autre.... »

Il faut tout dire : la nuit était réellement superbe, une nuit à faire parler des enfants comme des anges. Comprenaient-ils tout ce qu’ils disaient, nos deux petits rêveurs ? je n’en sais rien. Naissant tous avec la poésie dans l’âme, combien peu d’entre nous se rendent compte de leurs impressions !

Egarés dans la forêt, ils continuaient leur course au hasard. Au-dessus de leur tête, les rameaux se joignaient comme les arceaux d’une cathédrale. Autour d’eux, les bêtes sauvages se répondaient, mais d’un ton moins féroce que plaintif. Il y avait aussi des silences où l’on eût entendu la terre souffler : mais sitôt que les deux enfants pensaient à s’en assurer, la voix stridente d’une chouette partait d’une cime élevée. Adieu le repos de l’antique nuit ! Pourquoi dit-on l’antique nuit ? La nuit est-elle plus ancienne que le jour ? On le dit, on le sent ; mais qui sait le pourquoi ?

De temps en temps, les étoiles se battaient au ciel, ou du moins Lilalpa le croyait : mais c’était l’effet du balancement des branches qui les montrait et cachait tour à tour. On voyait et entendait bien d’autres choses. Sans les comprendre, les enfants sentaient comme un souffle secret qui mettait le nom de Dieu sur les lèvres, et ils se disaient : Le jour est le temps de jouir..., mais la nuit est l’heure de sentir. Pendant le jour, c’est Dieu qui nous regarde ; mais la nuit, c’est notre tour à le regarder : car en ce monde, nous le voyons par le sentiment, et cette vue en vaut bien une autre.

Pourquoi ces enfants ont-ils quitté leur demeure ? Ils ne la reverront plus. Dans une heure, ce sera la fin du monde. Ils mourront, et les eaux de la forêt leur serviront de linceul. Ils mourront... mais leur vie passée était-elle une vie ? Non, c’est la mort qui leur en fera trouver une véritable. Bénies soient les eaux de la forêt ! Oui, les eaux des bois doivent être bénies.... Le bois de la Croix n’a-t-il pas sanctifié les eaux !

« O Lilalpa, comme tout est solennel ! écoute le vent.... On dirait la voix de notre pauvre mère sortant de la tombe. Je la vois souvent en rêve avec son visage pâle. Mais, ma sœur, écoute le vent... Ne dirait-on pas qu’il chante ses malheurs ? Qu’est-ce que le vent ? Si c’était un Dieu ?...

  •  — Si c’était un Dieu, Oniato, il ne se plaindrait pas.
  •  — O Lilalpa, plus je vais, et plus je me demande ce que c’est que Dieu. Nous sommes sans Dieu. Tu sais, les chrétiens qui étaient venus nous voir ; tu as vu leur visage blanc comme celui de nos rois d’il y a je ne sais combien d’années. Eh bien, ils ont leur Dieu ; ils peuvent l’aimer : ils avaient de grandes, grandes églises dont j’ai encore vu les restes. Comme eux, notre mère était blanche ; elle avait son Dieu, elle l’aimait. Et moi aussi, Lilalpa, il m’en faut un ; il me le faut pour aimer. »

Lilalpa se mit à fondre en larmes.

« Chère petite sœur, dit Oniato, tu me comprends bien, t’aimer, toi, cela va sans dire.

  •  — Oh ! je ne suis pas fâchée, dit Lilalpa. Oui, je te comprends, car ce que tu dis, je la sens moi-même, et cependant je t’aime aussi. Tiens : c’est parfois comme si mon cœur allait se fendre. »

Oniato pressa sa sœur sur son cœur et lui dit : « Dieu, pas plus loin que cette nuit, nous l’aurons trouvé. »

En ce moment, une étoile, une de ces étoiles qui semblent vous parler, vint scintiller à travers les larmes dans les yeux de la petite fille.

« Oniato, dit-elle, combien je voudrais que notre père cessât de faire brûler les prêtres sur les autels des dragons. Leurs voix et leurs soupirs au milieu des flammes semblent me poursuivre jusqu’ici à travers les sifflements du vent.

  •  — Cependant, Lilalpa, l’as-tu remarqué ? rien qui sente le murmure ou la colère dans leurs soupirs.
  •  — Non, et c’est là ce qui est étrange.
  •  — Ma sœur, j’étouffe, je ne respire plus dans le palais de mon père. J’ai fait exprès de t’emmener. Il nous faut trouver Dieu.... Si nous ne trouvons rien, eh bien, vivons comme les fleurs, et mourons comme elles dans la forêt : aujourd’hui mon père y a relégué le dernier des hommes de Dieu à face blanche pour périr de faim ou sous la dent des bêtes ; et j’ai sous ma tunique un flacon de vin pour lui. Trouvons-le.
  •  — Oniato, si nous demandions à ces gentilles étoiles de vouloir bien nous conduire à lui ?
  •  — Non, Lilalpa, les étoiles ont beau avoir l’air de regarder partout, le Dieu du prêtre saura mieux nous le faire découvrir. Adressons-nous à lui.
  •  — Mais vois donc, Oniato : la terre est toute en feu.
  •  — Ce n’est rien, Lilalpa : ce sont les lucioles, des espèces de toutes petites étoiles qui vivent dans les bois. Suivons-les. Qui sait si Dieu ne les envoie pas pour nous conduire ? »

Et les voilà courant après les lucioles.

Comme il sifflait, soufflait, gémissait, le vent de la nuit ! Que disait-il dans sa chanson ? se plaignait-il de la fatigue pour avoir fait le tour du monde ?... En attendant, des bandes de lucioles dansaient autour de la tête des enfants comme pour leur faire des auréoles de saints, tandis que d’autres groupes voltigeaient devant eux comme des falots conducteurs. Il y avait bien aussi des bêtes moins innocentes à rôder autour d’eux. Les yeux de feu des pumas brillaient dans l’ombre à leur passage. Mais aucun animal n’osa les toucher : car, sans qu’ils s’en doutassent, trois anges se montraient en leur compagnie ; avec leurs anges gardiens, l’ange du sacrement de Baptême.

« Quel silence ! quel silence ! silence au ciel, silence sur terre, silence tout alentour !...

  •  — Oniato, je croirais que le silence est un dieu plutôt que le vent.... »

Il était près de minuit. Au cœur de la forêt, il y avait une grande, énorme fleur qui s’épanouissait lentement, et l’air de la forêt en était embaumé.