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Contes d'une mère à ses petits enfants

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480 pages

Bernard Chassériant avait perdu sa mère quand il était encore tout jeune : il n’avait jamais su ce que c’était que d’aimer sa mère et surtout d’être aimé par elle ; il avait en outre une santé assez délicate, et la vie qu’il menait était un peu triste. M. Chassériant, son père, était un savant qui passait toute sa journée dans son cabinet avec des gros livres, des papiers sur toutes les tables et une quantité de cartes de géographie de tous les côtés sur le parquet.

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À propos de Collection XIX

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L’ÉTABLI DE MENUISIER.

Illustration

Bernard consulte le charpentier.

A Hadamard inv et del

Imp. Godard.

Henriette de Witt

Contes d'une mère à ses petits enfants

LA ROUGEOLE

Bernard Chassériant avait perdu sa mère quand il était encore tout jeune : il n’avait jamais su ce que c’était que d’aimer sa mère et surtout d’être aimé par elle ; il avait en outre une santé assez délicate, et la vie qu’il menait était un peu triste. M. Chassériant, son père, était un savant qui passait toute sa journée dans son cabinet avec des gros livres, des papiers sur toutes les tables et une quantité de cartes de géographie de tous les côtés sur le parquet. Il aimait beaucoup son petit garçon, mais il n’avait pas le temps de s’occuper de lui, et il ne savait ni le soigner ni l’amuser. Bernard avait une bonne qui l’aimait beaucoup ; lorsque sa mère était morte, elle avait bien recommandé à Fanny de ne jamais quitter son petit garçon, et la bonne fille avait tenu sa promesse. Mais Fanny avait grand’peur de son maître ; elle craignait toujours que Bernard ne fît trop de bruit, elle lui disait toujours de se taire : au moment où il était monté sur une chaise, qu’il en avait placé quatre autres devant lui pour lui servir de chevaux, et que sa voiture s’ébranlait grâce aux coups de fouet du petit cocher, elle venait emporter les chaises, dans la crainte que Bernard ne dérangeât son père, et le pauvre petit était obligé, comme à l’ordinaire, d’avoir recours à son livre d’images.

 

Un matin, Bernard venait de se lever, et il se plaignait d’être fatigué ; il toussait un peu, et il était très-enrhumé du cerveau.

 

« Il fait bien froid aujourd’hui, ma bonne, disait-il en frissonnant.

 

FANNY.

 

Mais non, mon garçon, il ne fait pas froid. Regarde, quel beau soleil ! Nous irons nous promener après déjeuner.

 

BERNARD.

 

Alors tu me mettras un grand manteau ; j’ai si froid !

  •  — Cet enfant est malade ! » se dit Fanny ; et son attachement pour Bernard triomphant de sa timidité, elle alla frapper à la porte du cabinet de son maître.

« Entrez, dit M. Chassériant, qui était très-surpris de voir Fanny.

  •  — Monsieur, je crois que Bernard va être malade, dit-elle ; il a très-mauvaise mine, et il se plaint d’avoir froid.
  •  — Envoyez Jules chercher le médecin, dit M. Chassériant, et amenez-moi Bernard. »

M. Chassériant, plus expérimenté que Fanny, bien qu’il ne sût pas soigner les petits enfants aussi bien qu’elle, s’aperçut tout de suite que Bernard avait la fièvre.

« Il faut le coucher, » dit-il à sa bonne.

Et, quittant son cabinet, ses livres et ses papiers, le pauvre père tout troublé vint s’asseoir auprès du lit de son petit garçon en attendant le médecin.

« Cet enfant a la rougeole, dit le docteur Béninet en regardant le petit malade ; il est délicat, il a besoin d’être bien soigné. Veillez-y, ajouta-t-il en se tournant vers M. Chassériant ; sa bonne est une excellente fille, mais elle pourrait perdre la tête si le cas devenait grave. »

M. Chassériant ne répondit pas, mais il ne quittait plus la chambre de son fils. Bernard était très-étonné et très-reconnaissant de se voir l’objet de tant de soins de la part de son père, mais malheureusement, comme il n’y était pas habitué et qu’il avait toujours vu la crainte que son père inspirait à sa bonne, il n’osait pas le déranger, et si Fanny était sortie de la chambre, il ne demandait jamais à son père ce dont il avait besoin, et M. Chassériant ne savait pas l’imaginer tout seul.

« Vous avez soif, mon garçon, dit un jour le médecin en entrant.

 

BERNARD, bien bas.

 

Oui, monsieur.

 

M. CHASSÉRIANT.

 

Pourquoi ne m’as-tu pas demandé à boire ?

 

BERNARD.

 

Je ne voulais pas vous déranger, papa.

  •  — Cela ne peut pas continuer ainsi, se dit M. Chassériant en se laissant retomber sur son fauteuil d’un air abattu ; il faut que j’aie quelqu’un pour soigner ce pauvre enfant : je vais écrire à ma sœur ; elle pourra peut-être arriver samedi, mais je ne compterai pas sur elle avant dimanche. Pourvu que ses enfants à elle ne soient pas malades ! »

Il était environ six heures du soir lorsqu’on sonna, le vendredi, à la porte de M. Chassériant ; Fanny alla ouvrir, et vit une dame de trente-cinq à quarante ans suivie d’un cocher qui portait une malle.

« Comment va Bernard ? demanda-t-elle.

 

FANNY.

 

Pas très-bien aujourd’hui, madame. J’ai l’honneur de parler à madame de Berville ?

 

MADAME DE BERVILLE.

 

Oui ; voulez-vous montrer au cocher où il peut poser ma malle ? je vais chez mon frère.

 

FANNY.

 

Monsieur n’est pas dans son cabinet ; il est dans la chambre de Bernard.

  •  — Mon frère n’est pas dans son cabinet ! se dit madame de Berville ; il faut qu’il soit bien inquiet. »

M. Chassériant n’avait peut-être jamais été plus satisfait dans sa vie qu’en voyant entrer sa sœur. Bernard n’avait jamais vu sa tante qui vivait à la campagne avec ses six enfants et qui était trop occupée pour faire des visites, mais à peine l’eut-elle embrassé et eut-il senti ses mains arranger ses oreillers et ses couvertures qu’il la prit par le cou et lui dit tout bas :

« Je crois que je vous aimerai beaucoup !

  •  — J’espère bien, mon cher enfant, répondit-elle un peu émue. Voilà une affaire convenue. »

Jamais promesse ne fut mieux tenue. Bernard semblait se remettre à vue d’œil depuis l’arrivée de sa tante, qui le soignait toute la journée et qui le veillait pendant la nuit alternativement avec Fanny. M. Chassériant n’était pas tout à fait rentré dans son cabinet ; il venait souvent passer une heure dans la chambre de son fils, mais cependant la tante et le neveu étaient souvent tout seuls ; et Bernard, la tête appuyée sur l’épaule de sa tante, se faisait raconter avec un plaisir toujours nouveau ce que faisaient Paul, Émilie, Albertine, Léon, Charles et Blanche. De loin et sans les avoir jamais vus, il pensait qu’il aimerait surtout Charles et Blanche, parce qu’ils étaient à peu près de son âge.

Bernard commençait à aller mieux, mais il toussait encore beaucoup. Un matin, il dit à sa tante :

 

« Vous ne savez pas, ma tante, cette nuit j’ai voulu ouvrir les yeux et je n’ai pas pu.

 

MADAME DE BERVILLE.

 

C’est que tu as un peu mal aux yeux, mon garçon ; cela arrive souvent après la rougeole. Je vais te les laver avec de l’eau de rose.

 

BERNARD.

 

Vous savez toujours ce qu’il faut faire à tout, ma tante. Quand j’étais tout rouge, vous savez bien, au commencement, j’avais très-soif, et Fanny ne voulait jamais me donner que du tilleul ; c’est si mauvais le tilleul ! je ne voulais plus boire. Eh bien, depuis que vous êtes arrivée, vous m’avez déjà fait de la tisane des quatre fruits, et c’est très-bon, et puis de l’eau de pommes, et mon lit n’est plus jamais défait. Oh ! je suis bien heureux que vous soyez venue ! Papa était si bon pour moi ! mais il ne sait pas arranger un petit enfant ; il n’a jamais eu que moi, et vous en avez six !

 

MADAME DE BERVILLE.

 

Tu parles beaucoup trop, tu vas te faire tousser. Tu ne sais pas ; quand Émilie a pris la rougeole, elle avait à peu près huit ans, et je l’ai mise dans une grande chambre tout au bout de la maison, pour empêcher ses frères et ses soeurs de la prendre. Paul, qui était raisonnable, ne s’approchait pas de cette chambre, mais Albertine et Léon avaient imaginé d’aller faire la conversation avec elle à travers un rideau, qui séparait la chambre d’Émilie de la pièce voisine. Toutes les fois qu’on n’avait pas l’œil sur eux, ils s’échappaient, et on les retrouvait toujours auprès de ce rideau, tant ils étaient malheureux de ne pas voir leur petite Émilie, comme ils l’appelaient. Naturellement, au bout de trois jours ils avaient la rougeole tous les deux, et je crois vraiment qu’ils en étaient bien aises, parce qu’elle était déjà mieux, et qu’on la mettait souvent sur un canapé dans leur chambre ; ils se contentaient de la regarder.

 

BERNARD.

 

Charles et Blanche ont-ils eu la rougeole, ma tante ?

 

MADAME DE BERVILLE.

 

Non, le bon Dieu ne me les avait pas encore donnés quand Émilie l’a prise.

 

BERNARD.

 

Oh ! j’espère qu’ils ne l’auront pas ; c’est trop ennuyeux, et ils n’ont pas besoin d’avoir la rougeole pour vous faire venir. »

 

En entendant ces paroles, madame de Berville résolut d’obtenir de son frère la permission d’emmener Bernard chez elle pour un mois ; d’ailleurs le pauvre petit, toujours délicat, avait bien de la peine à se remettre de la rougeole, et sa petite toux sèche inquiétait le médecin.

 

« Je voudrais voir cet enfant-là à la campagne, dit-il un matin à madame de Berville, pour laquelle il avait conçu une vive admiration depuis qu’il l’avait vue soigner son petit neveu.

  •  — Je compte proposer à mon frère de me le confier pour un mois, répondit-elle.
  •  — Ah ! c’est ce que je désirais ! » dit le bon médecin.

Et il s’en alla l’esprit plus tranquille sur le compte du petit garçon.

M. Chassériant ne fit aucune objection au projet de sa sœur ; elle n’eut pas l’idée de l’inviter, il n’eut pas celle de lui proposer de l’accompagner ; personne ne songeait à le séparer de son cabinet, mais le savant se rendait pourtant compte que ses repas seraient un peu tristes quand sa sœur serait partie, et qu’il n’entendrait plus passer son petit Bernard.

On était au mois de juin, et pourtant madame de Berville avait soigneusement enveloppé Bernard, qui se révoltait en riant contre le châle dont sa tante voulait encore l’affubler.

« Qu’est-ce que dirait Charles en me voyant arrangé comme une fille ? disait-il.

 

MADAME DE BERVILLE.

 

Il dirait que tu as été malade, et voilà tout. Allons partons, le chemin de fer n’attend personne. »

M. Chassériant, qui avait beaucoup voyagé dans sa jeunesse, riait un peu en voyant la préoccupation de sa sœur pour une chose aussi facile qu’un voyage en chemin de fer jusqu’à Blois. Il l’accompagna jusqu’à la gare, puis rentra chez lui en soupirant, et prit dans le haut de sa bibliothèque deux gros volumes tout poudreux, comme s’il voulait se consoler avec les livres de n’avoir qu’eux à qui parler.

Pendant ce temps, Bernard ne disait presque rien ; il n’était jamais sorti de Paris, et il contemplait avec ravissement les belles prairies vertes, les champs couverts de trèfle incarnat en fleur, les blés qui commençaient à devenir grands. Sa tante voyait qu’il était heureux ; elle l’avait établi près d’une portière soigneusement fermée, et elle le laissait s’amuser à sa manière pendant qu’elle songeait avec ravissement au plaisir de ses enfants et de son mari en la revoyant.

En arrivant à Blois, Bernard aperçut dans la cour de la gare un petit omnibus.

« Oh ! quelle jolie voiture ! s’écria-t-il.

 

MADAME DE BERVILLE.

 

C’est la nôtre. Nous sommes trop nombreux pour nous passer d’un omnibus. Vois-tu passer une tête à la portière ? c’est Léon qui est venu nous chercher avec ton oncle. »

M. de Berville jeta les rênes à Léon, qui venait de s’élancer sur le siège, et, rejoignant sa femme, il prit Bernard dans ses bras en disant :

 

« Ton père né te reconnaîtra plus quand tu retourneras à Paris, mon garçon. »

 

Puis il s’occupa de réunir les bagages, qui furent bientôt installés sur l’impériale de l’omnibus. Bernard aurait bien voulu monter sur le siége, mais il était fatigué, et d’ailleurs sa tante rie le lui aurait pas permis. M. de Berville reprit ses rênes ; Léon vint s’asseoir dans l’intérieur, à côté de Bernard, et tout le monde prit le chemin de Berville.

Illustration

L’ÉTABLI DE MENUISIER

Bernard ne pouvait se lasser de courir sur l’herbe, de cueillir des fleurs, et d’attraper des papillons. Il avait quelquefois un peu peur de ses deux cousins, Paul et Léon, qui étaient grands et forts, qui avaient toujours vécu à la campagne, et qui oubliaient parfois que le petit Parisien n’avait que sept ans, qu’il était délicat, et qu’il ne savait pas monter aux arbres. Il se trouvait en revanche parfaitement heureux avec Charles et Blanche. Charles avait huit ans, et Blanche n’en avait que six ; tous leurs plaisirs convenaient parfaitement à Bernard, et d’ailleurs ils vivaient beaucoup avec leur mère, pour laquelle Bernard avait conservé une affection qui l’emportait encore infiniment sur celle qu’il témoignait à ses enfants.

Lorsque madame de Berville voyait ses grands écoliers au retour du collége de Blois, où ils passaient leur journée, s’emparer chacun d’une des mains de Bernard, pour lui faire faire en courant le tour de la pelouse, il lui arrivait de sortir de son système habituel, qui consistait à laisser les enfants se tirer d’affaire entre eux, et de sortir sur le perron pour dire de ce ton auquel ses enfants n’avaient jamais l’idée de résister :

 

« Paul, Léon, laissez votre cousin tranquille. »

 

Elle ne voulait pas faire de Bernard une petite fille, mais elle ne voulait pas qu’on le brusquât, ce qui ne sert jamais à rien.

Le temps s’écoulait. Un matin, tout le monde était à déjeuner, on apporta les lettres ; madame de Berville reconnut l’écriture de son frère.

« Voilà ton père qui te redemande, Bernard, j’ensuis sûre, » dit-elle avant de l’ouvrir ; mais à peine eut-elle jeté les yeux sur les premiers mots qu’elle s’écria : « Mon frère va venir ! Bernard, ton père va venir ! Je ne l’aurais jamais espéré. »

 

Bernard était bien content : il aimait son père, tout en ayant un peu peur de lui, et puis il espérait que sa visite se prolongerait, et qu’il resterait encore quelque temps à Berville. Il n’avait aucune envie de retourner à Paris sans sa tante.

 

Deux jours après, M. Chassériant arriva, tout étonné de revoir des arbres et des fleurs, tout désorienté de se trouver dans une chambre tendue en perse bleu gai, propre, fraîche, sans gros livres et sans poussière. Il avait bien la prétention de travailler à Berville, mais sa sœur le lui interdit.

 

« Repose-toi une fois dans ta vie, lui dit-elle. Regarde Bernard, vois-tu comme il est engraissé ! »

 

Privé de ses livres, M. Chassériant se mit en effet à se promener avec Bernard ; ils allaient partout, dans les bois, dans les vignes, dans les champs. Bernard demandait à son père le nom de toutes les fleurs et de toutes les pierres, ce qui l’amusait beaucoup depuis que sa tante lui avait promis qu’on ne ferait pas de lui un savant s’il n’en avait pas envie, et qu’il ne serait pas obligé de demeurer toute l’année dans un cabinet sombre comme celui de son père.

M. Chassériant était curieux comme un enfant, et, un matin, en entendant frapper à coups réguliers dans les environs de la maison, il dit à Émilie, grande fille de seize ans, qui était fort utile à sa mère :

« Où donc fait-on tout ce tapage-là ?

 

ÉMILIE.

 

Oh ! c’est dans l’atelier du charpentier ou à la forge ; papa a trouvé qu’entre la ferme et la maison il lui était plus économique d’avoir des ouvriers à l’année.

 

M. CHASSÉRIANT.

 

As-tu vu travailler le charpentier, Bernard ?

 

BERNARD.

 

Non, papa, j’ai été un jour à la forge, mais il y faisait si chaud qu’on ne pouvait pas y rester ; et d’ailleurs ma tante ne permet pas à Charles et à Blanche d’aller de ce côté-là.

 

M. CHASSÉRIANT.

 

Eh bien ! allons voir le forgeron et le charpentier : quand j’étais petit, j’avais la passion des copeaux de bois.

 

BERNARD.

 

Et qu’en faisiez-vous, papa ?

 

M. CHASSÉRIANT.

 

Oh ! un jour, j’en avais beaucoup, tout roulés comme des boucles de cheveux, et j’en avais fait une perruque et une grande barbe dont je m’étais affublé, et je me croyais le plus joli garçon du monde. »

 

Bernard regardait son père qu’il avait toujours vu chauve, et l’idée d’une perruque et d’une barbe de copeaux lui parut si drôle, qu’il se mit à rire comme un fou, ce qui amusait beaucoup son père, qui ne l’avait jamais vu rire si gaiement dans la rue des Saints-Pères.

Tout en riant, ils arrivèrent à la forge, où Jacques le forgeron tenait un gros morceau de fer dont il faisait un soc de charrue ; mais le feu était si ardent, et il y avait tant d’étincelles, que M. Chassériant monta bien vite le petit escalier de bois qui menait à l’atelier du charpentier, placé au-dessus de la forge. Bernard en fit autant, et ils trouvèrent l’ouvrier, qui était très-adroit, fort occupé à mettre des manches à une quantité de bêches et de serfouettes neuves que M. de Berville venait d’acheter. Un petit fauteuil commencé dans un coin attira l’attention de M. Chassériant.

« Ah ! vous faites aussi de la menuiserie ? dit-il.

 

LE CHARPENTIER.

 

Quelquefois, monsieur, quand il n’y a pas autre chose à faire ; j’ai commencé un petit fauteuil pour mademoiselle Blanche, mais il y a longtemps qu’il est là. »

 

Bernard regardait le petit fauteuil sans parler, mais à peine eurent-ils redescendu l’escalier qu’il dit à son père, avec une gravité imperturbable :

 

« Papa, si vous voulez me rendre le plus heureux petit garçon du monde, donnez-moi un établi de menuisier quand nous serons retournés à Paris.

 

M. CHASSÉRIANT.

 

Un établi de menuisier ! et qu’est-ce que tu en feras, mon garçon ?

 

BERNARD.