Contes, fables et poésies suivis de : le Petit jardin, ou les Nouveaux rendez-vous bourgeois, opéra-comique en 3 actes, par J.-G. Hillemacher

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Lefilleul (Paris). 1864. In-16, 339 p..
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CONTES
FABLES ET POÉSIES
SUIVIS D K
LE PETIT JARDIN
LES NOUVEAUX RENDEZ-VOUS BOURGEOIS
rH'KRA COMIQUE EN TROIS ACTKfi
PAR J.-G. HILLEMACHER
" N'a pas qui veut quatre-vingts ans.
J.-I;. H.
PARIS
CHEZ LEFILLEÏÏL, LIBRAIRE
noPMiVARD POÏSSONNIKBK, '27 .
A BRUXELLES
A I.'liFFICK DR PUBLICITÉ, MONTAGNE DE LA COUR
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CONTES, FABLES
POESIES DIVERSES
SUIVIS 1) K
LE PETIT JARDIN
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FABLES ET POÉSIES
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LE PETIT JARDIN
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N'a pas qui veut quatre- vingts ans
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PARIS
CHEZ LE FIL LE U L, LIBRAIRE
Il OUI, K V A 11 I) I' O I S S 0 N M K 11 K., '27
A BRUXKLI.ES
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fous droits ivs^rvés.
CONTES ET FABLES
LIVRE PREMIER
CONTES ET FABLES
LIVRE PREMIER
I.
LE SULTAN ET SON VIZIR,
Sujet tiré de Gil Btas.
Un monarque ottoman, d'humeur trop guerroyante,
( Les monarques souvent nous montrent cette humeur },
Regardait peu, pourvu qu'il fût vainqueur,
Aux maux qu'il produisait. Sa passion ardente
Se plaisait au milieu de remparts écroulés,
De villages en flamme et de champs désolés ;
Des vieillards suppliants, des femmes égorgées,
Par le fer et le feu des villes saccagées,
Son coursier piétinant dans la fange et le sang
Formaient un beau spectacle aux yeux de ce tyran.
4 CONTES ET FABLES.
Son vizir gémissait, mais n'osait pas paraître
Blâmer les goûts de ce terrible maître.
Il eût bien vainement préconisé la paix
Et déploré le prix que coûtaient ces succès ;
Il aima mieux attendre un moment favorable
Pour faire voir la vérité
Sous les vêtements de la Fable.
Il le saisit avec habileté.
Un jour que tous deux à la chasse
Cherchaient en vain du cerf à retrouver la trace,
Séparés de leur suite, et comme elle aux abois,
Ils firent halte au fond d'un bois
Où jadis un pieux ermite
Avait aux vrais croyants expliqué le Koran,
Et, par son zèle et son mérite,
Édifié les fils d'Osman.
Dans ce lieu révéré, l'impétueux sultan
Fit dévotement sa prière ;
Son vizir l'imita. « Eh! qu'avait donc à faire,
Me direz-vous, ce prince sanguinaire
A prier la Divinité ?
Espérait-il que le Prophète
L'absoudrait de sa cruauté?
LE SULTAN ET SON VIZIR.
Ou même, projetant d'étendre sa conquête,
Voulait-il que le ciel, échauffant la tempête,
Lui prêtât sa complicité? »
Probablement telle était sa requête ;
Mais en tout cas je suis garant
Que le vizir formait un voeu bien différent.
La prière finie et l'ablution faite,
La nuit venue enfin, ils songent au retour.
Chemin faisant l'entretien prit un tour
Qui servit du vizir l'intention secrète.
On parla de l'anachorète,
De ses rares vertus, de son vaste savoir :
« J'admets, dit le sultan, tout ce qu'on en publie
Hors un seul point; à moins moi-même de le voir,
Je ne le croirai de ma vie.
On veut qu'à force de travaux,
De soins et de persévérance,
11 ait acquis l'intelligence
Des entretiens qu'ont entre eux les oiseaux ;
11 comprenait, disait-on, leur langage 1
—'Rien n'est plus vrai, dit le vizir. Ce sage
M'a lui-même enseigné ce bizarre talent,
Plus utile qu'il n'est brillant.
Vienne l'occasion, j'en donnerai la preuve. »
6 CONTES ET FABLES.
Comme il parlait ainsi, deux vieux oiseaux de nuit
Firent autour d'eux un grand bruit.
« Voici qui vient à point pour faire notre épreuve,
S'écria le sultan; que disent ces hiboux?
— Ma foi, rien de flatteur pour nous,
Répliqua le vizir. Mon respect, ma prudence
Sur de pareils discours m'ordonnent le silence.
— A d'autres, cher vizir! je te prends en défaut;
Tu cherches par la ruse à te tirer d'affaire.
Mais il n'est plus temps de se taire,
Ou bien il eût fallu moins s'avancer tantôt.
— J'obéirai, puisqu'il le faut :
Quand tu le veux, sultan, je sais être sincère.
Ces hiboux sont des grands parents
Causant d'affaires de famille ;
Ils vont marier leurs enfants :
Le fils de l'un, de l'autre épousera la fille.
Il s'agit de la dot, et l'un des deux barbons,
Le père de la fille, apporte ses raisons
Pour demander que les domaines
De l'autre soient hypothéqués
Des dix premiers corps morts qui seront confisqués,
Advienne que la guerre envahisse ses plaines.
— Ne vous gênez pas là-dessus,
Répond aussitôt le compère ;
LE SULTAN ET SON VIZIR. 7
Demandez-en deux cents et plus,
Je suis prêt à vous satisfaire.
Croyez-moi, de longtemps ceci ne manquera :
L'empereur turc sans peine y pourvoira.
« Pour vous dire ce que j'en pense,
Poursuivit le vizir en abaissant le ton,
Dans un sujet cette insolence
Serait indigne de pardon;
Mais contre un vil chat-huant, franchement, à quoi bon
Se fâcher? Ses discours n'ont pas de conséquence...»
L'empereur, souriant, accepta la leçon.
CONTES ET FABLES.
IL
L'AMITIÉ.
Sainte amitié, sentiment ineffable.
Sois aujourd'hui le sujet de mes vers :
C'est te chanter qu'apprendre à l'univers
En un besoin de quoi tu rends capable.
Comme l'Amour tu comptes des héros :
Leurs dévouements, racontés d'âge en âge.
Dans l'avenir seront un témoignage
Qu'un ami seul sert toujours à propos.
L'Olympe admit dans la troupe céleste
Deux frères joints par ton charmant lien * :
]. Castor et Pollux.
L'AMITIE.
Pylade offrit de mourir pour Oreste ;
Patrocle mort coûta cher au Troyen.
Mais sans chercher dans les fastes antiques
Des amis chauds les types glorieux,
N'en est-il point qui brillent sous nos yeux,
Dignes comme eux d'ovations publiques?
N'en doutons pas, et même j'en sais un
Qui ne le cède à nul autre sur terre.
A la rigueur on peut aussi bien faire,
Mais faire mieux, cela n'est pas commun.
Chez son ami Philinte Alceste se présente,
Le regard morne et le front consterné :
Sa bouche contractée, un geste forcené
Peignent son âme délirante.
Il ne saurait parler, mais de sa main tremblante
Tombe un billet froissé, de ses larmes baigné,
Où le secret fatal se trouve consigné.
« Quoi! l'on te refuse Julie?
Dit Philinte; pour toi j'avais mieux espéré.
Mais puisque ton amour est enfin déclaré,
Y renoncer serait folie.
10 CONTES ET FABLES.
Dans cette affaire-là je serai de moitié.
Je vais pour toi répéter la requête;
Et, si je ne m'abuse, en ce jour l'Amitié
Va de l'Amour assurer la conquête. »
Alceste sanglotant se jette dans les bras
D'un ami si parfait qui lui rend l'espérance,
Qui lui rend le bonheur. Dans sa reconnaissance
Il a beau plaindre l'embarras,
Les dangers, la fatigue et jusqu'à la dépense
Où son ami pour lui va s'engager;
Ses propres intérêts qu'il s'en va négliger...
Philinte lui ferme la bouche
En deux mots : et d'abord il aime à voyager;
Puis, l'unique soin qui le touche
C'est de mener à bien le service léger
Dont l'amitié l'oblige à se charger.
11 part. Quatre chevaux ont dévoré la route.
Philinte est très-bien accueilli;
Il parle à merveille, on l'écoute,
Voit Julie et la prend pour lui.
L'AMITIE.
A MADEMOISELLE I.AURIi F""
Ce trait dans votre album est fort mal à sa place.
Vous qui de l'amitié n'avez jamais douté,
Vous ne le croirez pas. Dieu vous fasse la grâce
De vous laisser toujours votre incrédulité !
CONTES ET FABLES.
III.
LA SIRÈNE.
Philémon seul, parmi les bergers d'alentour,
Dédaignait toutes les bergères.
Vainement par leurs chants, par leurs danses légères,
Elles tâchaient d'exciter son amour :
Il restait dans l'indifférence.
Sur la plage écartée il menait son troupeau,
Et, tout en contemplant un horizon immense,
Mêlait au bruit des flots le son du chalumeau,
Ou suivait du regard l'esquif glissant sur l'eau.
Un jour, très-près du bord, une vague écumante
Vint offrir à ses yeux une nymphe charmante,
Qui, se balançant mollement
Au gré du liquide élément,
Exprimait d'une voix touchante
LA SIRÈNE.
Les attraits du plaisir dans la jeune saison.
Cette voix alla droit au coeur de Philémon.
II enviait le sort de l'onde
Qui caressait le plus beau sein du monde;
Il admirait ce corps flexible, gracieux,
Nageant, en se jouant, sur cette mer profonde:
Et l'ample chevelure blonde
Abandonnée au vent capricieux.
« 0 Neptune, dit-il, dieu de l'humide plaine!
Accorde cette Nymphe à mon ardent amour;
Permets-lui d'embellir ma vie et mon séjour,
Et pour jamais mon coeur au sien s'enchaîne ;
Ou si mon espérance est vaine,
S'il y faut renoncer, je perds aussi le jour.
— Je te la donne, dit Neptune,
A ta prière il me faut consentir,
Pour arrêter une plainte importune
Plus que tu ne le crois sujette au repentir. »
Sur un signal du dieu, la Sirène empressée,
Nageant vers le rivage, aborde Philémon.
Quel fut son désespoir et sa confusion!
Qu'il maudit de bon coeur son ardeur insensée
Quand une bête immonde, à la peau hérissée.
14 CONTES ET FABLES.
Moitié femme, moitié poisson,
Vient d'une étreinte horrible assouvir sa furie !
-Notre voeu le plus cher n'est souvent que folie.
LE BONHEUR. 15
IV.
LE BONHEUR.
« Le bien et le mal dans ce monde
Régnent partout mêlés et confondus :
Parfois le riche a des vices qu'on fronde,
Le pauvre a souvent des vertus.
Tels dehors brillants qu'on envie
Déguisent un coeur attristé ;
Regardez-y de près : la plus heureuse vie
Indubitablement a son méchant côté. »
Ce discours de Duval excita ma surprise.
« Quoi ! lui dis-je, est-ce à vous de vous plaindre du sort,
Vous que le ciel hautement favorise
Et qui semblez n'avoir à craindre que la mort?
Ensemble de vos maux, voyons, faisons la liste.
H) CONTES ET FABLES.
D'abord vous vous portez fort bien
Et depuis fort longtemps. C'est fâcheux, j'en convien,
Mais je sais un docteur à qui rien ne résiste,
Nous le consulterons... — Arrêtez, dit Duval,
Cette ironie et m'offense et m'excède :
Qu'importent tous les biens en présence d'un mal
Qu'aggrave encor le temps, loin d'y porter remède?
Je nage, si l'on veut, dans les prospérités,
Mais, corbleu! ma femme est méchante, vieille et laide,
Et tous mes destins sont gâtés. »
LE PLAIDEUR. 17
V.
LE PLAIDEUR.
« Monsieur le magister, dites-moi comment faire
Pour mettre Claude à la raison ?
Je veux d'un colombier surmonter ma maison,
J'en ai le droit, il prétend le contraire.
Voici tous mes papiers. Plutôt que lui céder,
Je mangerai tout mon bien à plaider.
Mais par où commencer? c'est là ce qui m'excite...
— Je commencerai, moi, répond l'instituteur,
Par donner un avis de sûre réussite :
Si votre droit est bon, transigez au plus vite;
Vous paraît-il douteux, lancez le procureur. »
CONTES ET FABLES.
VI.
LE ROSSIGNOL ET LE SERIN.
Rossignol et serin vont rarement ensemble :
L'un perche dans les bois sur la branche qui tremble :
L'autre, élevé dans nos climats,
Est prisonnier et no s'en doute pas.
Pourtant un jour, dans une même cage.
Ensemble on les vit figurer;
Ils étaient là pour respirer,
A la condition de faire bon ménage.
Le rossignol chantait; le serin se taisait,
Ne voulant pas lutter à son désavantage.
Un enfant, qui do loin admirait ce ramage,
Voulut voir le chanteur qui si fort lui plaisait.
La mère y consentit et, pour le satisfaire,
Rentra la cage et la mit sous ses yeux.
LE ROSSIGNOL ET LE SERIN. 19
« Voyons, dit-elle, à qui des deux
Il faut attribuer le bonheur de te plaire.
A ton avis lequel chante le mieux? »
L'enfant d'une main empressée
Désigne le serin. « La chose est bien aisée
A deviner, dit-il. Ce plumage éclatant
Indique assez celui dont j'admire le chant.
L'autre est un sot, ce qui se voit de reste
A. son plumage gris. Pour moi je le déteste. »
La mère alors : « Mon enfant, ton erreur
En ce monde est assez commune :
On donne tout à l'air extérieur ;
On regarde à l'habit. Cemi-là fait fortune
Qui sous de beaux dehors cache sa nullité.
Le vrai mérite, en sa simplicité,
Sans ce prestige à peine est remarqué. »
•20 CONTES ET FABLES.
VIL
LE BRIGAND.
Sur la moralité du conte que voici
Tout commentaire est inutile...
De la morale!... Eh! oui, je m'en escrime aussi.
Or sus, écoutez-moi.
Pour regagner la ville.
Un bourgeois, sur le soir, longeait une forêt.
Il cheminait d'un pas agile :
Non qu'un pressentiment secret
Le menaçât de sinistre aventure;
Mais c'était l'heure où le souper est prêt :
En vrai disciple d'Épicure,
Dans son fauteuil à bras, coiffé de son bonnet.
Près de sa gouvernante à la fringante allure,
Par avance il le dévorait,
LE BRIGAND.
Et c'était là l'aimant qui l'attirait.
Tout à coup certain bruit lui fait lever la tète.
Il regarde et soudain voit d'un taillis voisin
Sortir un homme affreux, velu comme une bête,
Armé jusques aux dents, enfin
Un véritable trouble-fête.
« La bourse ou la vie!... » A ces mots,
Le citadin tremblant sent faillir son courage.
D'abord il tente bien par ses humbles propos
D'amadouer le personnage ;
Mais, son arrêt écrit sur ce sombre visage,
Vers son gousset dirige eu même temps sa main.
Il s'apprête à livrer sa bourse,
Bénissant tout bas son destin
D'avoir au moins cette ressource,
Quand le voleur se ravisant
Lui dit : « Tu vois ce chêne? Eh bien! incontinent
Fais-le plier, sinon!... » Vit-on âme qui vive
Jamais en telle alternative?
Le chêne était énorme, et le bras défaillant.
« Monsieur, de grâce, acceptez mon argent,
Dit le trembleur. Je suis vieux et débile :
J'aurai beau m'épuiser, le chêne tiendra bon.
Essaver seulement serait fort inutile.
82 CONTES ET FABLES.
Vous-même qui parlez, je vous le donne en mille.
— Soit, répond le Mandrin, tu peux avoir raison.
Là-bas j'en avise un second,
Moins gros que l'autre... il a l'air plus docile :
Peut-être qu'à courber il sera plus facile.
A l'oeuvre! ou bien je jure par la mort...
— Hélas! seigneur, il est encor bien fort.
Dit le bourgeois d'un ton timide ;
Que la clémence ici de mon destin décide!
Vous pourriez, il me semble, et sans vous faire tort,
Me laisser m'attaquer à ce fragile arbuste
Que j'offre d'incliner sans peine et sans effort.
Je dois vous obéir, il n'est rien de plus juste... »
Son adversaire alors prend un ton solennel :
« Si, dit-il, autrefois, sous le toit paternel,
A mes vices naissants on eût fermé l'arène
Et façonné l'arbuste avant qu'il fût gros chêne,
Ton fils ne serait pas le brigand que tu vois. »
Là-dessus il s'enfonce au plus épais du bois.
L'ORAISON FUNEBRE.
VIII.
L'ORAISON FUNÈBRE.
Un notable de son village
A la nature avait payé tribut.
Et le curé, suivant l'usage,
Pour son argent disait en beau langage
Du haut du prône ce qu'il fut,
Et toutes les vertus qu'il eut.
Au récit d'une telle vie,
D'un si cruel trépas suivie,
Les assistants versaient des pleurs,
Sanglotaient à fendre les coeurs..
Un seul, clans la commune angoisse,
Avait l'oeil sec et l'air indifférent :
Sur ce scandale un voisin le reprend...
« Je ne suis pas, dit-il, de la paroisse. »
CONTES ET FABLES.
IX.
LE CHIEN ET LE PERROQUET.
Médor, pour la fidélité
Le modèle de son espèce,
Dès longtemps possédait avec tranquillité,
L'affection de sa maîtresse.
Il jouait avec elle en toute liberté,
Elle permettait tout à sa furtive adresse,
Et dans leurs jeux, avec bonté,
Lui rendait fréquemment caresse pour caresse.
Médor, pour mériter un destin si parfait,
A ses côtés faisait exacte sentinelle ;
11 ne frétillait que pour elle,
Et chaque jour il lui donnait
De sa reconnaissance une preuve nouvelle.
Ils aimaient de la sorte à vivre de concert.
LE CHIEN ET LE PERROQUET.
Lorsque, comme un autre Vert-Vert,
(A l'innocence près, que les fastes des grilles
Disent qu'avait d'abord ce séducteur de filles),
Un vilain perroquet à Jenny fut offert.
La belle, inconstante et légère,
De cet oiseau fait son mignon chéri;
Il devient sur-le-champ son plus cher favori ;
A son bec recourbé , peu fait à ce mystère,
Sa bouche demi-close offre un tendre baiser;
Sur son plumage épais sa main vient se poser ;
Son stupide regard, sa voix rauque et sauvage
Ont aux yeux de Jenny mille attraits en partage.
On a beau critiquer ce singulier amour,
Avec son perroquet ou la voit tout le jour,
Et les songes, la nuit, lui tracent son image.
Médor est oublié. Confus, désespéré,
Méprisant, haïssant ce rival préféré,
Sans compter désormais ramener la volage,
II meurt dans son réduit... L'histoire ne dit pas
Si l'ingrate a du moins regretté son trépas.
Ce récit peut confirmer cet adage :
Chez les femmes souvent le caprice fait tout;
La nouveauté suffit pour captiver leur goût.
26 CONTES ET 'FABLES.
X.
LE PAYS DES BÈGUES ET DES BOITEUX.
J'ai parcouru la terre entière.
Partout le pauvre genre humain
De rire m'a fourni matière.
Vouloir le rendre sage est un projet bien vain :
II aime ses défauts, préconise ses vices,
Les érige en vertus, au gré de ses caprices,
Et, tour à tour ridicule ou méchant,
Est à mes yeux un éternel enfant
Qu'on ne peut laisser sans lisière.
Une aventure singulière
Que je m'en vais vous raconter
Vous prouvera ce point avec pleine lumière.
LE PAYS DES BEGUES ET DES BOITEUX. 21
Dans un village, un jour, forcé de m'arrèter,
(11 n'importe pour quelle affaire)
J'observai que chaque habitant
Bégayait s'il parlait, et boitait en marchant.
La chose me parut nouvelle.
Droit sur mes pieds, sans craindre de querelle,
Près de ces villageois je crus me faire honneur
En prenant un maintien qui corrigeât le leur.
De mon mieux donc j'étalai ma tournure;
Vestris pour son élève aurait pu m'avouer,
Tant je mettais d'aisance à régler mon allure ;
Mais, loin de m'entendre louer,
Je vois tous mes boiteux qui se prennent à rire.
Moi tout aussitôt de leur dire :
« Ne riez pas, Messieurs, je marche comme il faut;
De clocher, comme vous, je n'ai pas le défaut.
Imitez-moi, vous ne sauriez mieux faire. »
Ce fut bien pis quand on m'ouït parler.
L'hilarité fit place à la colère ;
Par mille traits je me vis accabler.
L'insolent ! A la porte ! A bas le téméraire !
Sont les mots du dictionnaire
Q e ces bègues savaient le mieux articuler.
De bouche en bouche ils les font circuler.
28 CONTES ET FABLES.
Pour me convaincre à leur manière,
Ils firent tant par leurs clameurs, leurs cris,
Qu'enfin je fus contraint de vider le pays.
Je tire de ce fait cette maxime vraie ;
Quiconque sans repos ne saurait vivre heureux
Doit au milieu des fous extravaguer comme eux.
Bégayer avec qui bégaye,
Et clocher avec les boiteux.
LA FLAMME ET LA FUMEE. 23
XL
LA FLAMME ET LA FUMÉE.
La fumée ondoyante, en s'échappaut de l'âtre ,
A la flamme, sa mère, adressa ce discours :
« D'où vient que l'on me fuit toujours,
Tandis que l'homme opiniâtre,
Aveugle en ses faveurs, de toi semble idolâtre ?
Ne suis-je pas ta fille ? Et quel ingrat destin
Me rend ainsi l'objet d'un injuste dédain ?
— Réprime,'dit la flamme, un orgueil qui m'offense.
S'il est vrai que de moi tu reçus l'existence.
C'est à tort que tu veux en tirer vanité,
La nature et le sort ont, malgré ta naissance,
Entre ta mère et toi marqué la différence.
Vois mon éclat et ton obscurité ,
Compare à mes bienfaits ton inutilité.
30 CONTES ET FABLES.
Et cesse d'accuser le monde d'injustice.
La vertu ne doit pas servir d'égide au vice.
Ni le talent à l'incapacité. »
La flamme'avait raison, et plus d'un nom illustre
De père en fils a vu ternir son premier lustre.
Qu'importent les aïeux dont on est descendu,
Si l'on n'en soutient pas l'antique renommée ?
Le flambeau de l'honneur, par eux entretenu,
Chez leurs neveux souvent se dissipe en fumée.
LES TROIS VOYAGEURS.
XII.
LES TROIS VOYAGEURS.
Trois voyageurs cheminaient tristement,
Exténués de faim et de fatigue,
Et le gousset vide d'argent.
Contre l'adversité d'ordinaire on se ligue ;
Un malheur partagé nous en semble moins grand.
Ils marchaient donc en s'cntr'encourageant,
Mais au fond sans espoir de prochaine ressource,
Quand le hasard, fort à point les servant,
Leur fit sur le chemin rencontrer une bourse.
L'or qu'elle contenait leur parut un trésor.
Ivres de joie, ils conviennent d'abord
D'en faire entre eux un fidèle partage,
Puis, se livrant à d'agréables soins,
Décident qu'un des trois, au plus prochain village,
Ira pourvoir à leurs besoins.
32 CONTES ET FABLES.
Le plus dispos prend sur lui cette affaire.
Les autres, étendus sur la molle fougère,
Attendant son retour, font, d'une avide main,
De la bourse trouvée un second examen.
La trouvaille était bonne : en trois parts divisée,
C'était pour chacun d'eux un fort honnête lot ;
Mais ils avaient une âme intéressée
Dont l'âpreté se décela bientôt.
« Ah ! que ne sommes-nous deux seulement ! » Ce mot
Leur inspire à l'instant l'odieuse pensée
De frustrer de son tiers le chercheur du dîné.
Ce beau projet à peine imaginé,
Le pourvoyeur revient, et, sa prompte venue
Déconcertant leur plan, sa mort est résolue.
Par ses deux compagnons dans un piège entraîné,
Il périt de leur main. Bien courte fut leur joie !
Le camarade aussi guettant toute la proie,
A ne rien ménager comme eux déterminé,
S'était sur ce dessein arrangé par avance.
Ils s'enivrent sans défiance ,
Et soudain l'un et l'autre expire empoisonné.
Mortels, vous le voyez, grâce à la Providence,
Le crime a promptement sa juste récompense.
LE GASCON.
XIII.
LE GASCON.
Certain Gascon fort mal en point,
Par un froid rigoureux, bravant le ridicule ,
Marchait vêtu comme à la canicule,
Couvert d'un très-léger pourpoint.
Au seul aspect de son étrange mise
On grelottait, on se sentait transir
Et l'on ne pouvait revenir
De ce que de la sorte il affrontât la bise
Sans paraître s'en ressentir.
Un ami là-dessus l'aborde et l'interpelle :
« On vous croirait, dit-il, un échappé des fous ;
Dans une saison si cruelle,
Pour aller sans manteau comment donc faites-vous ?
— Je gèle. »
:i
CONTES ET FABLES.
XIV.
L'ÉPREUVE DE L'ÉPÉE.
Une reine d'Asie, autocrate en jupon ,
Dans l'art de rendre la justice
Surpassait le roi Salomon.
Un jugement plein de malice
Improvisé par elle en fera foi.
Devant son tribunal, un jour, tout en émoi,
Se présente une fille épi orée, éperdue.
Elle criait vengeance et, fendant la cohue
Des spectateurs surpris, leur indiquait du doigt
Celui qu'elle accusait d'avoir par violence
Fait brèche a son honneur, malgré sa résistance.
L'EPREUVE DE L'EPEE. 35
Vous voyez, à parler plus net,
Que de viol il s'agissait.
Le cas était énorme et peu digne de grâce.
Le coupable d'ailleurs avouait son méfait ;
Seulement il niait
Qu'il eût agi par force ou même par menace.
C'était le point à constater.
La reine sans trop s'arrêter
A comparer des interrogatoires,
A peser un par un les faits comminatoires,
Trouva l'expédient que je vais raconter.
« Approchez-vous, dit-elle à la vierge trompée,
Et dans ce fourreau que je tiens
Essayez, malgré moi, de rentrer cette épée.
Malgré moi ! car je vous préviens
Qu'à vous en empêcher j'appliquerai ma peine. »
L'autre saisit l'épée et, piquant au hasard,
Dans le fourreau béant veut replonger le dard,
Mais sa tentative fut vaine.
Tandis qu'elle piquait, de son côté la reine
Faisait le moulinet et, par maint soubresaut,
Mettait le bras et la lame en défaut.
La plaignante suait, mais qu'avait-elle à dire ?
36 CONTES ET FABLES.
A ses dépens chacun se prit à rire.
La reine renvoya le délinquant absous ;
La belle en rougissant l'accepta pour époux,
Et prouva que fille outragée
A ce prix-là se croit toujours assez vengée.
LA REVANCHE.
XV.
LA REVANCHE.
« Si jamais mon mari dorénavant se grise,
Je jure mes grands dieux que je l'en punirai ! »
Ce serment fut tenu. Le même jour Denise,
Voyant qu'à l'heure dite il n'était pas rentré,
Pousse ses deux verrous et, rouge de colère,
Empile les coussins de son lit solitaire.
Ce fut pourtant pour elle une nuit de plaisir :
L'ivrogne eut beau cogner, pester, se radoucir,
Menacer, supplier, c'était peine perdue.
Sa femme jouissait de l'entendre gémir
Et ne s'en émouvait non plus qu'une statue;
Enfin force lui fut de coucher dans la rue.
Dès que l'aube parut on le laissa rentrer.
Denise, en son souci, tâcha de pénétrer
38 CONTES ET FABLES.
Si de l'affront souffert il ressentait l'injure,
Mais il ne disait mot. Sans plainte ni murmure,
Il vaque à son métier, va, vient, monte, descend,
Jusqu'à l'heure où, le soir, le cabaret l'attend.
Alors, prenant en main et levier et tenaille,
Notre homme fait si bien, si dextrement travaille,
Que dépendre la porte, en dégarnir le seuil
Ce fut tout simplement l'affaire d'un clin d'oeil.
Sa femme, le voyant s'agiter de la sorte,
Du tour qu'il va jouer commence à se douter ;
Elle dit en tremblant : « Pourquoi donc cette porte
La sortir de ses gonds ? •— Parbleu ! pour l'emporter. »
Et, sur son dos chargée, elle servit de table
Aux buveurs, enchantés d'un trait si mémorable.
LES DEUX PAYSANS. ' 39
XVI.
LES DEUX PAYSANS
Deux paysans, de meurtre convaincus,
L'un père et l'autre fils, allaient être pendus.
Le vieux prenait son mal en patience
Et se laissait conduire en gardant le silence ;
Le jeune homme poussait de lamentables cris
Qui, parmi toute l'assistance,
Effrayaient les plus aguerris.
Son père enfin lui dit : « Trêve à tes patenôtres !
Il nous faut donner du collet :
Si tu n'aimes pas le gibet,
Mon gars, à quoi te sert d'en dégoûter les autres?»
CONTES ET FABLES.
XVII.
LE POULAIN.
Un poulain do haute naissance
Mourait d'impatience
De devenir cheval.
11 voulait, le sot animal,
Qu'on lui mît le mors et la bride ;
Que de beaux étriers brillassent sur ses flancs ;
Que, sur son dos monté, son guide
Le fit caracoler et courir en tous sens
Le long de la poudreuse arène.
Lorsqu'il eut pris quelque vigueur
Son maître lui fit cet honneur :
Avec ses beaux harnais d'abord on le promène
Une heure au plus; puis, en le caressant,
A l'écurie on le ramène.
Le lendemain l'écuyer plus pressant
LE POULAIN.
Le fait courir à perdre haleine;
C'était pénible, mais toujours divertissant,
Et le plaisir l'emportait sur la peine.
A son métier le poulain prenait goût,
Et, tout en mangeant l'herbe fraîche,
Aux vieux chevaux, ses compagnons de crèche,
Il vantait son bonheur en leur racontant tout.
L'un d'eux lui dit : « Vous n'êtes pas au bout :
Attendez, ce sont là de trompeuses amorces :
L'homme d'abord a soin de cultiver vos forces,
Afin d'en abuser après. »
Ce vétéran parlait d'expérience.
Le poulain grandissant fut serré de plus près ;
Pour forcer son obéissance,
L'écuyer agissait des genoux, des talons ;
Et lorsque la cravache eut perdu sa puissance,
II eut recours aux éperons.
Au retour d'une course, et malgré sa victoire,
Le poulain, cheval devenu,
Déplora son désir de gloire.
« Ce que j'ai souhaité ne m'était pas connu.
Dit-il, et tout ce brillant entourage
N'est fait que pour mon esclavage. »
42 CONTES ET FABLES.
Au comble de ses voeux quand l'homme est parvenu.
Il meurt désabusé de tout, même du trône ;
Tel qui de l'empereur envierait la couronne
Sait-il, pour la porter, ce qu'il faut de vertu ?
LA SORTIE DU BAL MASQUE. 43
XVIII.
LA SORTIE DU BAL MASQUÉ.
Je pourrais, invoquant le moderne Phébus,
Comme un autre gravir des monts, des pics aigus,
Compter tous les fanaux de la voûte étoilée.
Errer avec le pâtre au fond de la vallée.
De quelque vieux donjon mesurer les créneaux.
Réveiller un écho dormant sous ses arceaux.
Dans l'ombre de la nuit, promeneur solitaire,
Apostropher tout haut l'antique monastère,
Évoquer les esprits, gémir sur des tombeaux.
Et de ces rêves creux composer mes tableaux
Il ne tiendrait qu'à moi, tant la chose est facile ;
D'aligner de grands mots, de hérisser mon style
De termes surannés, empruntés au blason,
Et d'enrichir la rime aux frais de la raison :
J'aime mieux d'un... mari vous raconter l'histoire.
44 CONTES ET FABLES.
On disait qu'il était... s'il n'en eut pas la gloire,
Ce ne fut pas sa faute et certes il fit bien,
En vrai prédestiné, pour qu'il n'y manquât rien.
Quiconque a femme jeune, aimable, sage et belle,
Doit soigner ce trésor mieux que son escarcelle ;
Ne la quitter d'un pas, lui créer des plaisirs
Et se montrer soumis à ses moindres désirs.
La négliger, bon Dieu! c'est, lesté d'une pierre,
S'aller précipiter au fond de la rivière ;
C'est, de sa propre main, façonner un licou
Pour, à cent pieds en l'air, se pendre par le cou;
C'est appeler sur soi la plus haute disgrâce
Et parmi les Dandins enfin marquer sa place.
Notre époux, par malheur, lui-même beau garçon,
Crut pouvoir, sans danger, agir d'autre façon.
Il laissait là sa femme et courait les ruelles;
Partait tôt, rentrait tard, aimait toutes les belles;
En fêtes, en cadeaux gaspillait son argent
Et voulait qu'au logis on fût toujours content.
Un certain mardi gras, jour propice aux fredaines,
Engagé depuis peu dans de nouvelles chaînes,
Il mène au bal masqué sa conquête du jour.
Pour s'assurer le prix promis à son amour,
LA SORTIE DU BAL MASQUE. ■ 45
Il avait de son mieux coloré son absence
Et convaincu sa femme, à force d'éloquence,
Que sa santé débile exigeait du repos;
Qu'elle devait se mettre entre deux draps bien chauds,
Oublier les plaisirs, la danse, la musique,
Et de se conserver prendre le soin unique.
Son coup ainsi monté, mon héros triomphant
Se livre avec ardeur au bonheur qui l'attend.
Avez-vous quelquefois observé la cohue
Qui vers le point du jour se répand dans la rue,
Quand l'Opéra, lassé de valses, de galops,
Vomit les combattants de ces nombreux assauts?
Ce sont, de toules parts, des figures étranges,
Des démons dissolus qui tourmentent des anges.
La soie et le brocart, en cent façons tirés,
Étalent leurs lambeaux flétris, décolorés.
Mille cris frappent l'air ; le langage des halles
Est le seul en honneur parmi ces saturnales.
On pousse, on est poussé. Le marquis d'autrefois
Agace en fredonnant un tendron villageois;
Pierrot, sans se gêner, houspille une. comtesse;
La lorette effrontée attaque la Grandesse.
On se perd, on se trouve, on s'appelle, on se bat;
46 • CONTES ET FABLES.
Les cochers, en jurant, augmentent le sabbat.
Puis viennent les sergents, criant à perdre haleine,
Parlant au nom de l'ordre; on les écoute à peine.
La dispute est partout : l'un, pour son droit d'avis,
Reçoit un coup de pied au-dessous du coccyx ;
Un autre, que la foule entoure, enserre, assiège,
Est enfin renversé sur un grand tas de neige.
Scène triste et grotesque où l'homme dégradé
Suit de ses passions le torrent débordé !
Au milieu du chaos que je viens de décrire,
Un hasard ennemi s'occupa de détruire
L'espoir des deux amants dont nous suivons les pas.
Quatre dominos noirs, se tenant par le bras
Deux par deux, pour sortir, se présentent ensemble.
L'un des couples à l'autre à tel degré ressemble,
Que l'oeil le plus perçant ne peut les distinguer.
Pour trouver leur voiture on les voit fatiguer
En vain dix portefaix qui meurent à la tâche.
De l'un et l'autre groupe un acteur se détache
Pour chercher son cocher au carrefour voisin.
Chacun trouve le sien et, suivant son dessein,
D'un signe de la main en avertit sa belle,
La presse de monter et se place près d'elle.
LA SORTIE DU BAL MASQUE.
Les deux premiers, roulant, reprennent l'entretien
Et sont tout stupéfaits de n'y comprendre rien.
Par quel enchantement, sous des dehors semblables.
Ont-ils changé tous deux? Sont-ce choses croyables?
Ils font tomber leur masque en riant aux éclats,
Se trouvent fort bien, mais ne se connaissent pas.
Ils eurent, j'en suis sûr, bientôt fait connaissance.
Les autres, que déjà vous devinez, je pense,
Se connaissaient au mieux. Notre volage époux
Était tenté de faire éclater son courroux,
Mais il sentit son tort et n'osa pas se plaindre.
La douce Pénélope eut aussi l'art de feindre
Et prit de l'aventure aisément son parti ;
Elle perd un amant, mais retrouve un mari.
L'époux du même coup perdait une maîtresse.
Regagna-t-il sa femme ? Ah ! ce doute le blesse.
Laissons-le reposer sur ce mol oreiller.
Sur sa femme, après tout, c'est à lui de veiller :
Mais quand du coeur humain on a l'expérience,
On trouve que c'est loin pousser la confiance.

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