Conversations conjugales

De
Publié par

Ce couple n'est pas, en apparence, de ceux qui n'ont plus rien à se dire. Entre l'homme et la femme, la parole circule, vive, jamais plus animée que lorsqu'elle touche à des futilités : la qualité du beurre et d'une soirée, la manière d'accommoder les œufs. Menée sur un rythme vif, plus agressive souvent que tendre, la conversation aborde parfois des zones plus dangereuses : le mariage, la nature de leur union, l'amour, le désir. Mais un sûr instinct les pousse, l'un et l'autre, à s'en détourner rapidement. C'est elle qui veut parler ; c'est elle qui pique l'autre et relance l'échange. Une inquiétude visiblement la mène. Mais dans l'usage qu'elle fait de la parole, il semble que quelque chose cherche non à se montrer, mais à se cacher ; non à se dire, mais à se taire. Seul le bruit des mots parvient à masquer ce qui, dans le silence, risquerait de se faire entendre : la vérité insupportable qu'entre eux l'amour a peut-être disparu.
Publié le : mardi 11 mai 2010
Lecture(s) : 62
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782846829236
Nombre de pages : 84
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Conversations conjugales
DUMÊMEAUTEUR
chezlemêmeéditeur
UNPRINTEMPSFROID,1983 LAVIEFANTÔME,1986 ADIEU,1988
chezd'autreséditeurs
PAYSAGESDERUINESAVECPERSONNAGES,Flammarion,1975 LEVOYAGED'AMSTERDAMOULESRÈGLESDELACONVERSATION, Flammarion,1977 ROME,Autrement,1986 LEDONDESMORTS,Gallimard,1991 LETHÉÂTREDESIDÉES,Gallimard,1991 PASSAGESDEL'EST,Gallimard,1991 VILLESETVILLES,Desfemmes,1991 LEPRINCIPEDERUINE,Gallimard,1991 LETTRESMORTES,Michalon,1995 LESPORTESDEGUBBIO,Hachette,1980Gallimard,1995 LESTROISMINUTESDUDIABLE,Gallimard,1994/1996 VIOL,Gallimard,1997 L'AMAZONEDUGRANDDIEU,Bayard,1997 ÀQUOISERTLALITTÉRATURE?,Textuel,1997 CARNETSDEROUTEENPALESTINEOCCUPÉEGAZA-CISJORDANIE, NOVEMBRE1997,Stock,1998 D'AMOUR,Gallimard,2002 NOSAMOURSDELAFRANCE,encollaboration,Textuel,2002
DanièleSallenave
Conversations conjugales
PO.L 33,rueSaint-André-des-Arts,Paris6e
@P.O.Léditeur,1987 ISBN2-86744-094-7
www.pol-editeur.fr
Elle Lui Elle Lui Elle
Lui
Elle Lui
Elle
1
Alamaison,unsoirversneufheures.
Cequ'ilnousfaudraitmaintenant,c'estunchat. Pourquoi?Parcequenousn'avonspasd'enfant? Maisçan'arienàvoir. Tuparles. Beaucoupdegensontdeschatsetdeschiens,des enfantsetdeschats. railuquelquechoselà-dessus.Leschiensetles chats,leschatssurtout,serventàcompenserles déboiresqu'onadansl'éducationdesenfants.Ce sontdesenfantsquinegrandissentpas.Des enfantsquinediscutentpas.Desenfantsqui restentéternellementsoumis,éternellementdé-pendants.Parexemple,tiens,leronron. Leronron,comment,leronron? Ehbien,letypeexpliquequelechatsauvage,le chatenliberténeronronnejamais.Ilneronronne plusjamais,dèslorsqu'ilaquittésamère.Lechat domestiqueestunchatinfantilisé. Ecoute,jevaistedire,ceshistoiresdepsychana-lysedechat,jet'assure.(Untemps.)Ilsronronnent justeavantdemourir.Unvieuxchat,tuvois,un vieuxchatquines'intéresseplusàrien,quine
Lui
Elle
Lui Elle
Lui Elle
Lui
Elle
joueplus,quinefaitplusquemangeretdormir. Unjour,ilsemetsousuncanapé,sous une armoire,etilneveutplusensortir.Ilnemange plus,iln'ouvrepluslesyeux.Etilronronne,il ronronne.Jemesouviens,ilyenaeuunchezmes parents.Onafaitvenirlevétérinaire,iladit,iln'y aplusrienàfaire,c'estunsigne,unsigneclini-que.Lelendemain,oudeuxjoursaprès,lechat étaitmort.Jemesouviens,ilsentaittrèsmauvais. (Aprèsuntemps.)Ehbien,çapromet.(Unsilence.) Ettuyassongé,quandnouspartironsenvacan-ces?Etilferasesgriffesdanslesrideaux,ousur nosfauteuilsdevieuxcuir. Detoutefaçon,ilssontfichus.(Unmomentde silence.)Tuassansdouteraison.Maisici,cen'est pasunevraiemaison. Attendsunpeu,nousvenonsjusted'arriver. Non,tantqu'iln'yaurapasdechat,ceneserapas unevraiemaison. Tunevoudraispasaussiungrillondansl'âtre? (Calme.)IlyenaunchezOdette.L'autrejour,je l'aitrèsdistinctemententendudanslacuisine. Nousl'avonscherchépartout,maisnousne l'avonspastrouvé.Odettecroyaitquec'étaitun bruitdansleradiateur.(Untemps.)Maisc'estvrai. Dansunevraiemaison,ilyaunchat.Quise promène,quiasesparcours. Quipissepartout,oui,pourmarquersonterri-toire.Cequetuappellesunemaison,pourluitu n'imaginespascequec'est.Unlieusauvage,plein d'odeurs.Desodeursqu'ilaffectionne,quil'inspi-rent.Cellesdelapoubelle,celledulingesale.Et qu'ildéfendcontrelesincursionsdesautresen pissantauxquatrecoins.Régulièrement,quatre foisparjour,depeurqueleparfums'atténue. Cequetudécris,c'estlecomportementd'un
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

suivant