Correspondance de la Cour : compte moral rendu et dernier mot à mes chers amis par Olympe Degouges [sic] à la Convention nationale et au peuple, sur une dénonciation faite contre son civisme, aux Jacobins, par le sieur Bourdon ([Reprod.])

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chez Buisson (Genève). 1786. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1786
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LETTRES
ÉCRITES
DE LAUSANNE.
A GENEVE;
Et fi trouve
A PARIS,
Chez Buisson, Libraire, rue des Poitevins;
hôtel de Mefgrigny, N°. 13.
.>̃•
CORRESPONDANCE DE LA '/<
A
COMPTE MORAL RENDtJ
ET DERNIER MOT A MES CHERS AMIS,'
PAR OLYMPE DEGOUGESy
A LÀ CONVENTION NATIONALE ET AU PEUPLAI
Sur une DéiioncjatiQn faite contre
30.11 Civisme, aux -Jacobine'} par
le Sieur Bourdon'.1 h
BOURDON, je t'interpelle de
répondre au tribunal de Ï!ô|)i«
ras pas, et tu lui rendras
de cette infâme pétition
m'attribues, et dont tu è$ &Ws
doute l'Auteur.
pas né pour lcs fers pïôtez-moi une Oreiller
^Jc vivois au milieu des troubles et des
orages, je vivois dans la sécurité de l'inno-
cence je n'éprouvois de terreur que pour
rues concitoyens je dcsirois, il est vrai, une
révolution philosophique digne de la sain^jg
humanité digne enfin de .vos principes ré-
publicains j mais l'assemblée constituante en
décida autrement elle avilissoït les tyrans
et les conservoit. Cette constitution si vantée
n'a produit qu'un gouvernement monstrueux.
Je ravins prévu, et la journée du 10 a jus.
lilîe ma prédiction. Mais ,voyons ce .que je
fus /voyous ce duo je suis, aux yeux des
mauvais citoyen.
Je ne fixerai pas votre attention sur mes
principes, vous les connoissez j mais' la ca-
lomnie lu'a réduite enfin à vous parler de
jnoï de moi seule et m'oblige de lixer vos
regards sur les périls dont on ma menace.
Le sieur bourdon reproche à la société des
jacobins de ne pas porter son attention en-
tière sur moi pour aiguiser les poignards
qui doivent m'assassiner il atteste que je
suis fille de Louis XV il ajoute que je col-
porte une pétition qui ne tend k rien moins
qu'a remettre sur le trône Louis XVt. (Moi)
remettre sur le trône ce traître\ Quelle crimU
n'elle caloninie ) Et c'est par de semblables
billevesées qu'on agite, qu'on trompe le peu-
ple et qu'on fait égorger les citoyens-
A
8ont-ce-là, mandataires du peuple léâ
̃. honimesqu'onachoisispoiifgouver2ie]<]'Ëtîfô
0 sénat frayais' montre-toi tel que tu dois
être lève-toi tout entier et rejette de tou
sein ces membres impurs qui te déshonorent
et qui souillent l'âuguste enceinte* d'où doit
sortir le salut de la république.
Je ne suis point la fille d'un foi, mais d'une
tète couronnée de laurier; je suis,la fille d'uti
homme célèbre tant par ses vertus .que par
ses talons littéraires. Il n'eut qu'une erreur
.dans sa vie elle fut contre moi. Dans se©
moment je n'en dirai pas davantage je pa*
roîtrôis trop intéressante par un
détail il s'agit de ma justification politique |
je ne veux pas séduire mes juges, jonc veux
.que les convaincre. Mes preuves su^
cintes et accompagnées de pièces incontes-
tables.
En 1782, je fis le drame
cla vage des Noirs, imprimé .en
présenté a la comédie française en 1 78^Ç.ktô
production, dévenue célèbre par M ôQcïétéà
qu'elle a produites, et par la révolution dé
l'Amérique n'est pas y pour
ennemis une demie-preuve pour
démocratie et ma philosophie
puis long-temps les esclaves de la cou^j
remarques mes bons mots sur la déprava
(4)
tion de cette cour perfide sont connus on
les a cites dans différentes circonstances*
En 1 788 je publiai ma, lettre au peuple
et l'impôt volontaire.
tion politique fixa les regards de la nation
et du gouvernement.
Le citoyen Mercier philosophe célèbre
ft député à la convention .iréiiiît pour moi j
il peut attester cette vérité. Quoique
femme v me dit-il, vos écrits sont trop po.
pulaires et trop énergiques dans un moment
où l'on redoute la révolution que vous pré-
parez. Croyez-moi dérobez-vous aux. pour-
suites des tyrans, et prenez les persécutions
qui liront assailli pour exemple. Fière et
hardie comme ce même Mercier*, comme
Jean-Jacques, je' n'en fus que plus entre-
prenante.
et patriotiques et le bon heur primitif de
l'homme, -Le premier de ces deux ouvrages^
Jraitoit énergiquement des misères du peuple
(c'étoit à l'entrée du grand hiver). Cet im-
primé effraya les riches particuliers et la
cour. La bienfaisance se répandit avec pro-
fusion sur les pauvres
vail. Je proposai les ateliers publics on les
adopta et je puis me glorifier d'avoir éleo-
irisé les cœurs de cette sainte humanité.
S
A 3
Voyez les journaux, de ce temps et y§u\s ïe-
connottrez aussi sénateurs ? qu'une femme
porta la première locharme do l'indépendance
et le flambeau du patriotisme dans la chose
publique.
Qu'étiez-vous alors Marat
Bourdon ? Des insectes croupissans dans le
bourbier de la corruption d'où vous
pas encore sortis. J'etois déjà nu grand
homme, que vous n'étiez encore que de vils
esclaves. Ij^s faits parlent mieux (][ue.ïiioi.
Je poursuis mes preuves.
La révolution s'opère,, et je la suis avec la.
i tendresse d'une mère pour un
tré, Je vois, def trahisons de toute Mature;
je le démasque on ne veut pas m'en ..croire*
Je donne cent projets utiles on les reçoit,
mais je suis i'oinine >,on ne m'en tient pas
compte.. •<
Louis XVI part pour Varennes; jo no vois
plus en lui qu'un traître. On lui pardon jio y
et la constitution signée on me réJiiit à lui.
pardonner aussi. Je connoissois les
cette constitution et la dépravationfdes coiix
docteurs. J'en avois assuré la marche
sible dans tous mes écrits. Je ne me sufs pA$
trompée niais je savois respecter
qu'elle me donnoit. Je craignois.qu!une se-
conde révolution, ne produisît une secousse
désespérante ot ne précipitât cette ;nallieu-
( 6 )
relise patrie dans l'abîme ou elle étoit prête
à s'engloutir. Relevée par la journée d.ii.
elle est aujourd'hui au plus haut degré do
splendeur qu'elle puisse atteindre j mais si
elle fait un pas rétrogradé, elle est déchirée
par lambeaux, et les tyrans de la terre s'en
partageront les restes. Déjà trois gouverne*
mens depuis trois ans! et si les factieux l'eni«
portent^ nous n* irons pas jusqu'à la Jîn de
la troisième législature. Que deviendra, aux
yeux de l'Europe entière ,cette révolution si
vantée dont nous étions si ficrs ? Nous vou-
lions servir de modèles au monde et nous
)') 'en serons que la honte et l'effroi. Les af~
freux égoïstes qui s'honorent du titre de
ils abhorrent/les factieux mais
ils les laissent agIr; et, trcmblans toujours
pour leur vie ils en devancent le terme.
Fié veille-toi lâche insouciance la Renom-
niée publie par-tout nos victoires i Paris^seul
peut les flétrir j l'esprit de 89 doit renaîtra
pour effacer l'esprit du 2 septembre.
C'est ainsi sénateurs que j'ai constam-
nient relevé l'esprit public voila mon crime
flux yeux des conspirateurs. Dans, tous les
temps, je lésai poursuivis;
ceux de la ville en un mot, j'ai affronté et
leurs poignards On n'est pas'
encore assez pour convaincre, dans ce siècle
pervers de toute la pureté de mon ame
(7)
A4
elle est portée a un trop haut degré de par.
fecrion pour qu'aucuns j'ose le dire excep-
té deux qui, comme moi exposent leur viç
W)\/v la chose publique soient en état (le
l'apprécier. Les Brutus, les Beaurepaire, sont
désignés pour les grandes-époques du monde
'si je n'ai pas leur célébrité, j'ai toutes leurs
vertus. C'est avec ces armes pures, que je
défierai les poignards des lâches assassins.
Si je meurs par leurs coups ma vie en ser^
plus glorieuse dans l'avenir et l'ombre des
médians fera ressortir davantage les traits de
mon tableau.
Je reprends mon texte Peu de jours après
ce fameux voyage de Varennes, je publiai
mes adresses au roi, la reine au ci-devant
prince de Coudé, etc. On n'en a pas oublié
l'énergie elles renferment l'exacte relation
du sort de Louis Capet. Quelles démarches
ne fis-je pàs. alors pour que ces adresse?
fussent mises sous ses yeux M, Gouviort
s'en chargea me promit de les remettre e.t
je dus l'en croire car il m'assura qu'il iié.
toit question que de moi au château que
j'inquiétois vivement les esclaves de .la
cour etc. Je ne tardai pas à être assaiîlio
d'une foule d'émissaires inconnus qui se pré-
sentèrent chez moi, pour me demandeur de
ces adresses. Entr'autres un vieux comraan«
deur de Malte, lequel portoit sa vieille déco-
ration dans sa poche, chercha dans uno
(fO
conversation adroite à m'intéresser au sort
déplorable disoit-il de Louis XVI j et de
sa respectable famille. Ma réponse fut si
brève et si démocrate, que je ne lui donnai
pa^ le temps d'achever sa période; je la ter-
minai brusquement, en nie levant, par ces
mots « Les rois sont des vers rondeurs qui
dévorent la substance des peuples jusqu'aux
M canne et son chapeau, et me dit, en sor-.
tant «Je vous croyois royaliste madame?
Oui monsieur )e le suis mais dans l'es-
prit de la constitution et hors d'elle, je ne
connois plus de roi
Quelques mois après arriva la disgrâce
dIt sieur Duport. On me dispensera de dire
tout ce que je pense de cet horrmie. On me
reproche sa connoissance j je dois dire la vé-
rUë pour ce qui me concerne je le connois-
sois avant qu'il fût ministre ,et '(:'est le seul
homme dont j'aurois atteste la probité; Je lui
déclarai ouvertement la guerre dès qu'il fut
on place l'amitié et ta chose publique m'en
faisbient une loi. Je lui montrai* l'abîme sur
locpiel il cchafaudoitsa fortune et ses digne.
tés. Quelque fut sa dissimulation', je m'ap-
perçus que mes observations lui devenoient
insupportables. Je mis le comble à sohres-
sentiment par une conversation que j'eus
avec, lui chez moi en présence de plusieurs
tisonnes, et dans laquelle je letraitaj comme

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