23 ans pour toujours

De
Publié par

Les coeurs solitaires n'aiment pas le 14 février, moi c'est le 18 parce que c'est le jour où mon fils a renoncé à la vie. À 23 ans, il était beau et grand, ingénieur des grandes écoles, avait tout pour réussir et pourtant... Quand nos corps s'unissent pour faire un enfant, quand le ventre de la mère se déchire pour donner la vie, on ne pense jamais au pire, jamais vraiment! D'accord pour un peu de fièvre si une molaire doit percer, pour des genoux en sang si le vélo fait des siennes ou un plâtre si le ski est mal assuré mais jamais on ne fait un enfant pour qu'il se tue! Confronté à l'innommable, au chaos infini que représente la perte d'un enfant, j'ai puisé un peu de réconfort dans les mots des autres. Leurs témoignages d'épreuves tout aussi terribles m'ont aidé à tenir, alors à mon tour, je viens déposer quelques mots à la mémoire de mon fils. Pour comprendre, accepter, supporter mais aussi et surtout pour partager, pour aider ceux qui comme nous, traversent ou ont traversé cette épreuve ô combien douloureuse...
Publié le : mercredi 6 janvier 2016
Lecture(s) : 15
Tags :
Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342046793
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342046793
Nombre de pages : 86
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Du même auteur
Raison d’état, 2007, Nouveaux Auteurs On achève bien les héros, Policier, Mon Petit Éditeur, 2013 Dernier tango à Kaboul, Roman noir, Mon Petit Éditeur, 2014
Patrick Florès 23 ANS POUR TOUJOURS
Mon Petit Éditeur
Retrouvez notre catalogue sur le site de Mon Petit Éditeur : http://www.monpetitediteur.com Ce texte publié par Mon Petit Éditeur est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Mon Petit Éditeur 175, boulevard Anatole France 93200 Saint-Denis – France IDDN.FR.010.0120791.000.R.P.2015.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication par Mon Petit Éditeur en 2015
Merci à Claude Roblédo pour son implication et pour la délicatesse de son illustration.
1. Les petits cailloux blancs « Vous avez de beaux enfants ! » Une américaine nous a dit ça un jour où nous descendions de bateau, après une excursion pour voir les dauphins. Ce jour-là, nous avions été flattés, amusés mais à dire vrai, nous n’y avions guère prêté attention. Nous pensions tellement être heureux, intouchables que la réflexion de cette femme devant nos trois fils en pleine force de la jeunesse nous avait paru anecdotique. L’aîné avait vingt ans, ses frères dix-huit et onze ans, nous écumions les plages de Floride, alors comment savoir que trois ans plus tard, nous irions fleurir une tombe ? Notre famille était soudée, nos enfants brillants à l’école, alors comment deviner qu’un jour, il nous faudrait commander une stèle funéraire pour une vie n’ayant pas dépassé vingt-trois ans ? Pour la perte d’un enfant, il paraît qu’il n’y a pas de mots ! Évidemment que c’est inhumain, cataclysmique, nucléaire mais raison de plus pour essayer de mettre des mots sur une blessure qui ne se refermera plus ! Ne serait-ce que pour digérer, accepter, mais aussi pour se souvenir, témoigner et surtout honorer. J’en ai lu des témoignages de ces mères courage qui avaient porté leur enfant handicapé jusqu’au bout, des récits bouleversants tellement ils dégageaient d’abnégation, d’optimisme et d’amour et j’aurais aimé, moi aussi, pouvoir 7
23 ANS POUR TOUJOURS
écrire une de ces belles leçons de vie mais la réalité n’est parfoisque dramatique ! Il était impossible de communiquer avec Julien, pourtant je n’en garde aucune colère, aucun ressentiment. Une pathologie sournoise l’empêchait de s’ouvrir à nous, d’où l’insupportable vide de nos rapports ! C’est monstrueux mais parfois j’aurais préféré avoir un enfant handicapé à la pathologie lourde, avec un fauteuil, des soins journaliers, des batailles à gagner jour après jour contre la fatalité car cela m’aurait sans doute rendu meilleur père ! C’est horrible à dire quand des familles s’épuisent pour sauver leurs enfants qui souffrent des pires maux mais au moins, j’aurais vu son mal, j’aurais été là pour l’épauler, pour le tenir droit si sa colonne défaillait, pour le nourrir si ses membres y rechignaient et pour le veiller si ses poumons l’empêchaient de se reposer. Ma femme aussi, bien sûr, aurait été parfaite car elle aurait donné toutes ses forces et plus encore pour la chair de sa chair mais hélas, il est des maladies qui rongent de l’intérieur sans que rien ne se voie ! Et dans ces cas-là, vous ne pouvez rien faire jusqu’à ce qu’une actualité sur le net annonce un ‘accident de personne’, qui vous plonge dans le chaos ! Mais encore une fois, je n’ai aucune colère car il était la première victime de son mal. Il était le premier à en souffrir et nous n’avons pu être qu’inutiles. Il n’y a donc de place que pour la tristesse puisque sa disparition est irrémédiable, définitive. Et ce constat d’impuissance est d’autant plus terrible que nous, sa mère et moi, portions en nous assez d’amour pour combler trois enfants ! Toujours gagas de nos nouveau-nés, nous étions incapables de les laisser pleurer la nuit pour les ‘dresser’. C’est bien simple : nous ne leur passions rien, nous leur donnions tout ! D’ailleurs, cela ne s’est pas amélioré, puisque aujourd’hui, la chatte dort sur le canapé trois places pendant que nous nous 8
23 ANS POUR TOUJOURS
serrons sur le deux places pour voir la télé ! On ne se refait pas mais cela ne suffit pas toujours. Ah, on s’inquiétait quand ils n’avaient pas leur casquette sous le soleil, on parlait à voix basse quand ils dormaient à côté et on ne manquait aucune vaccination, mais il y a des horreurs qui vous arrachent tout ! On a beau déborder de tendresse, leur expliquer que ‘le père Noël vient dans cinq dodos’ (pour qu’ils comprennent le nombre de jours qu’il reste avant l’ouverture des cadeaux) et les élever dans un cocon douillet pour leur transmettre l’amour qu’on a reçu : ils peuvent sauter du nid et s’écraser en cinq secondes ! Tout l’amour prodigué se trouve alors nié, bafoué, jeté aux oubliettes et le sentiment de gâchis qui en découle est immense et indélébile. Au-delà de la peine, de l’incompréhension, de la culpabilité, il recouvre tout de sa chape de béton indigeste et balaie toutes les certitudes sur le monde. Certains en voudraient peut-être à la terre entière et comment les blâmer : il faut bien se trouver un bouc émissaire pour accepter l’impensable horreur ! Pour nous, la colère s’est vite estompée car elle ne risquait pas de nous ramener notre fils. Au contraire, après tant de douleur, nous avions besoin de sérénité, alors nous avons pris toutes les sources de paix qui s’offraient à nous : les fleurs, la religion, les soutiens, l’amour. Jamais je n’aurais cru pouvoir apprécier une tombe, pourtant, nous y allons tous les jours et les fleurs sont belles. Nous les soignons avec une attention particulière, comme si leur croissance ou leur beauté allait racheter quelque chose ! Ou comme si c’était la seule expression qui nous restait pour montrer combien on souhaitait s’occuper de lui ! Alors, la tombe est toujours fleurie, presque belle et presque gaie. Peut-être que cette profusion végétale aide à 9
23 ANS POUR TOUJOURS
masquer une insupportable vérité : sa dépouille abîmée gît sous des pétales de roses et ces fleurs, pacifiques et sereines, font penser qu’il est bien, à dormir là, sous notre regard bienveillant. Et pour être sûr qu’il ne se perde pas, ma femme a rajouté des petits cailloux blancs : comme ça, il pourra toujours nous retrouver, même du plus profond de sa nuit… Autre réconfort : la foi. Les paroles du prêtre, si émouvantes, les prières régulières pour se barricader dans une vision rassurante et les cierges qui brûlent pour qu’il soit avec nous se sont avérés également précieux pour surmonter cette épreuve. Certains pourraient hurler, se moquer ou trouver qu’on n’est pas rancuniers quandIla permis une telle atrocité mais je crois fondamentalement que la vie est un don, un luxe qu’il faut choyer, surtout quand tant d’autres sont emportés par le cancer ou autres malheurs ; et je crois aussi que nous avons le libre arbitre de mener nos existences donc, il n’y a aucune raison de pester contre le Ciel ! Au contraire, croire nous aide à penser qu’aujourd’hui, notre fils ne souffre plus et surtout qu’il est bien, accueilli et réconforté dans la lumière et l’amour éternels. Nous pensons que grâce à cela, il a retrouvé la paix et qu’il nous voit. J’espère simplement qu’il nous enverra des signes, avec le temps, pour continuer d’être avec nous. C’est peut-être idiot mais dès que des nuages blancs se forment, je scrute le ciel, on ne sait jamais… Une autre aide précieuse est venue de tous les soutiens qu’on nous a témoignés ! C’était incroyable et c’était beau ! Il y avait tellement d’émotion et d’empathie que l’enterrement était presque un ‘bon’ souvenir. Ce jour-là, les larmes coulaient à flot, bien évidemment, et l’on avait mal au ventre à force de souffrir mais tous ces gens, tous ces proches qui nous ont embrassés, soutenus, qui ont 10
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

suivant