Dictionnaire passionnel de Marie Lafarge

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Depuis 1840, il existe un mystère Marie Cappelle Lafarge. La question lancinante n'est pas de savoir si elle a empoisonné son mari avec de l'arsenic. Des centaines de crimes de cette nature ont été commis et leurs auteurs sont rapidement tombés dans l'immense fosse de l'oubli. Il faut se demander pourquoi, plus de 175 ans après sa condamnation, elle reste d'une inexplicable actualité dans les livres, les émissions de radio, les reportages et les films à la télévision. Ce dictionnaire, sorte de pièce de théâtre à plusieurs centaines de personnages, apporte des réponses: Marie était écrivaine et nous a laissé des preuves de son talent, elle revendiquait sa liberté de femme (elle adorait George Sand!), elle renâclait devant le mariage obligatoire et arrangé, était passionnée de littérature et de musique. Son mystère est accentué par l'incertitude sur ses origines, peut-être royales! Partez à la rencontre d'une extraordinaire personnalité décapitée par la prison et la maladie mais qui nargue toujours le temps qui passe. En 2016, Marie Cappelle Lafarge sera au coeur de manifestations qui célébreront le bicentenaire de sa naissance.
Publié le : mercredi 10 février 2016
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EAN13 : 9782342048025
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Du même auteur



L’Épopée du talc. Talc de Luzenac.
Éditions Christian Lacour, Nîmes, 1990
Parlez-moi d’Ariège,
Éditions Dominique Bedou, Gourdon (Lot). 1992
Enlevez les cales,
Récit poétique sur l’extraordinaire aventure de l’Aéropostale,
Éditions (Lot), 1992
À fleur de cœur,
Éditions Le Journal de l’Ariège, 1994
Adelin Moulis, cent ans pour l’Ariège,
Biographie de l’historien, poète, félibre et folkloriste ariégeois,
Éditions Christian Lacour, Nîmes, 1996
Albiès, mon village d’Ariège,
Monographie sur son village natal.
Éditions Christian Lacour, Nîmes, 1996
Ivresses.
Éditions Christian Lacour, Nîmes, 2003
Le Livre des livres d’Ariège,
Bibliographie ariégeoise de 1539 à nos jours,
Éditions Christian Lacour, 2008 Gilles Castroviejo










DICTIONNAIRE PASSIONNEL
DE MARIE LAFARGE















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Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication par Mon Petit Éditeur en 2016


Préface



Voilà un ouvrage singulier, tout comme le personnage qu’il va
nous faire approcher, qu’il va parfois faire véritablement parler, nous
parler.
Voyons en un bref raccourci quelle fut l’histoire malheureuse
d’une personne hantant parfois encore l’esprit de certains juristes et
les bibliothèques.
En 1840, Marie-Fortunée Cappelle, devenue depuis peu Marie
Lafarge, est suspectée d’avoir empoisonné son mari Charles à l’arsenic.
Elle est condamnée aux travaux forcés. Elle a 24 ans. Douze années
passent. Napoléon III la gracie en 1852. Le temps pour elle de
rejoindre une vallée encaissée de l’Ariège dans l’espoir que des eaux
bienfaitrices enrayent le mal qui la ronge. Et la mort l’emporte
quelques semaines plus tard. Le cimetière d’Ornolac reçoit sa
dépouille. Elle y repose toujours, loin des siens, très loin…
Elle s’était plongée dans l’écriture. Des milliers de lettres et deux
livres : « Mémoires » et « Heures de prison ». Un vrai style, qui
n’appartient qu’à elle.
Arsenic ? Pas arsenic ? Coupable ? Non coupable ? Cela est une
autre histoire, judiciaire. Un drame. Mais depuis plus de 170 ans
certains s’interrogent toujours. Les interrogations et les interrogateurs
seront-ils moins nombreux après la lecture de cet ouvrage ?
Il est bien vrai que pour connaître un personnage hors du
commun, tel Mme Lafarge, il est souvent préférable de lire ses écrits
plutôt qu’une biographie qui, bien souvent, serait tendancieuse :
l’historien ariégeois Gilles Castroviejo a su choisir les textes dans
lesquels Marie Cappelle, Vve Lafarge, se découvre sans détours. Il a
su extraire des citations des personnages ayant côtoyé celle qui fut
accusée : et là, non seulement, par petites touches, nous approchons
davantage la véritable Marie Cappelle, mais aussi nous subissons une
7 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
e véritable immersion dans ce XIX siècle si annonciateur de celui qui
suivra.
Toujours est-il que nous nous trouvons en présence d’un ouvrage
conséquent, novateur dans sa présentation et son approche, ouvrage
qui manquait à ceux qui désiraient mieux connaître le personnage
condamné en 1840, ouvrage indispensable aussi à ceux qui veulent
e s’imprégner de ce XIX siècle d’une manière différente. Ce livre
représente un travail considérable.
Là sont contées d’une manière inusitée la vie et la psychologie de
Marie Fortunée Cappelle, souvent par personnages et autres détails
ou anecdotes interposés. Le style d’écriture quelque peu anecdotique
décuple le plaisir de la lecture et la facilite, permettant d’ouvrir ce livre
à n’importe quelle page : on se sent entraîné aussitôt, on ressent la
passion de l’auteur pour son travail, pour cette époque et ce
personnage susceptible de nous donner un exemple et une leçon de courage
face à l’adversité.
Et puis, quelle écriture que celle de cette condamnée à perpétuité !
Et cette incroyable et improbable interview croisée entre Marie
Lafarge – personnage de chair – et… Emma Bovary, personnage
éponyme du roman bien connu ! Il y a ici la démonstration éclatante
que le grand Flaubert s’est plus que largement inspiré de la
malheureuse histoire de Marie Cappelle pour écrire l’ouvrage qui lui valut…
un procès.
L’initiateur que nous sommes du "cercle historique" portant les
deux patronymes de l’illustre condamnée, se trouve conforté sur
certains points par cette lecture, poussé à poursuivre une tâche parfois
ingrate ; nous nous devions de remercier Gilles Castroviejo qui avait
déjà œuvré dans un autre ouvrage et une conférence à propos du
personnage hors norme que fut Mme Lafarge : notre historien
émérite fait désormais partie du cercle très fermé des membres d’honneur
de notre association.
Pour mieux "porter un jugement" sur cette affaire Lafarge, il faut
relire toutes les dépositions, les échanges qui eurent lieu à l’époque
dans le cadre de ce procès ; mais notre érudit, en mettant en relief
quelques non-sens, nous fait aussi replonger dans l’affaire judiciaire, il
nous interpelle, il nous fait nous interroger : coupable ou innocente ?
Il faut aussi connaître l’époque en question et le personnage
parais8 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
sant insondable que fut Marie Cappelle : les pages qui vont suivre le
permettent.
Un livre qui sera utile à tout historien sérieux qui voudrait pousser
plus avant ses recherches et qui fera le bonheur de toutes les
personnes – encore nombreuses – qui veulent se documenter sur cette
singulière affaire judiciaire.
L’historien ariégeois a acquis là le titre non usurpé d’historien de
Marie Lafarge en nous concoctant une espèce de dictionnaire,
d’encyclopédie cappellienne, un bottin, une sorte de Who’s who.
Un ouvrage des plus utiles au chercheur, quel que soit son
domaine d’investigation, avec des "cotes" d’un caractère particulier : les
références de toutes les publications qui constituent la majeure partie
des sources de l’auteur.
Travail colossal, gigantesque !
Bref, vous l’aurez compris, Gilles Castroviejo a réussi un tour de
force qu’il convient d’applaudir et de reconnaître.
En reprenant une phrase de l’introduction faite par notre
malheureuse héroïne à ses "Mémoires" : "Je ne vous dédie pas un livre, je vous confie
mes actions et mes pensées…", on peut dire de notre historien cappellien
qu’il ne nous dédie pas un livre mais qu’il nous confie les actions et
les pensées de Marie Cappelle.
Michel Gache,
initiateur du cercle « Marie Cappelle – Marie Lafarge »

9


En guise d’introduction



« L’homme outrage, mais le temps venge ».
(Marie Lafarge)

Ai-je été influencé par Marie Lafarge elle-même, en me lançant
dans la rédaction de ce dictionnaire, entreprise un peu folle, car on
croit toujours que sa propre passion ira embraser d’autres
imaginations et fera d’autres ardents adeptes ? C’est Marie qui m’a suggéré,
qui plus est avec un alexandrin, « de préférer en tout l’impossible au
possible ». (M1, p 154-155).

Ce n’est pas un livre, ce n’est pas un dictionnaire que vous vous
apprêtez à consulter. C’est comme si vous aviez en main un billet
pour assister à une pièce de théâtre dont le rôle principal est tenu par
Marie Cappelle Lafarge, entre 1816 et 1852. Mais elle n’est pas seule !
Des centaines de personnages, de sa naissance à sa mort, vont
l’accompagner sur le théâtre de sa vie, du plus anonyme des
domestiques jusqu’au roi de France. Peut-on imaginer une distribution plus
prestigieuse ? Est-il possible d’écrire un scénario plus tourmenté et
plus riche que celui de son existence ? L’héroïne a du charme, un
incontestable talent de musicienne et d’écrivaine, une culture solide et
éclectique, un « carnet d’adresses » impressionnant… Mais sa vie c’est
aussi, la maladie, un mariage forcé, une condamnation pour
empoisonnement, plus de douze ans en prison, plus de douze ans pendants
lesquels elle va crier, hurler, clamer, son innocence et puis une mort à
la fleur de l’âge. Sur cette scène évoluent un roi, une reine, un futur
empereur, des ducs, des marquis, des ministres, des maréchaux, des
généraux, les plus grands avocats de l’époque, des magistrats célèbres,
des savants, des journalistes, des écrivains connus, des servantes qui
11 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
feront tout pour vivre la prison avec Marie Lafarge… La tragédie se
nourrit d’angoisse, de « suspens » (Raspail arrivera-t-il à temps ?), de
larmes, de lâchetés, de mensonges, de retournements imprévus du
cours des choses ; le suicide frappe le jeune Guyot ; la poésie prend le
visage de Félix Clavé… Le décor lui-même oscille entre les salons
dorés de la Banque de France et la cuisine noire, froide et enfumée du
Glandier, dans le caquètement et les saletés des poules. Les scènes se
déroulent dans les châteaux de Villers-Hélon, Busagny, Corcy,
Longpont, Osny, Ittenwiller, encombrés de militaires haut gradés, de
comtesses, de députés… Les périodes noires ont pour cadre les
prisons de Brive, Tulle, Montpellier ou l’asile de Saint-Paul-de-Mausole.
Les derniers jours de Marie, dans l’Ariège, sont insoutenables quand
on sait qu’à la déchéance physique vient s’ajouter l’ignominie de tous
ceux qui répugnent même à lui offrir une simple paillasse car elle est
« l’empoisonneuse », toujours indésirable, toujours chassée du monde
des vivants, alors qu’elle a passé plus de douze ans en prison et qu’elle
a, en principe, payé pour son crime. Sont-ils nombreux ceux qui se
sont dit : et si elle était innocente ? Et si elle avait passé autant de temps en
prison pour un crime qu’elle n’a pas commis ?

Marie Capelle n’est pas née dans la haute noblesse comme la
marquise de Brinvilliers. Elle n’était probablement pas la plus belle car
ceux qui l’ont vue la décrivent comme possédant beaucoup plus de
charme que de beauté, ce qui est souvent une manière élégante de
dire que la dame en question n’est pas d’une exceptionnelle beauté.
Elle n’était pas la plus intelligente, ni la plus instruite, car son
éducation, même si elle fut riche, ne fut pas un modèle d’orthodoxie,
ballottée entre divers membres de sa famille et contrariée par une
santé fragile. Elle n’était pas la plus criminelle, accusée d’un seul crime
alors que, par exemple, Hélène Jégado dont le procès a eu lieu le
6 décembre 1851, fut accusée de 26 empoisonnements et 8 tentatives.
Elle n’a pas eu la chance de Mme Lacoste, jugée quelques années
après, pour un empoisonnement à l’arsenic et qui fut acquittée bien
qu’on eût trouvé dans le corps de son mari une quantité plus
considérable d’arsenic que dans celui de Charles Lafarge. Elle n’était pas aussi
jeune que Violette Nozière (1915-1966), qui défraya la chronique
judiciaire et criminelle dans les années 1930 alors qu’elle avait à peine
12 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
dix-huit ans. Elle n’est pas la seule à avoir écrit ses « Mémoires » de
prison, même si son style a de la personnalité et du corps, car, comme
un bon vin, il semble se bonifier au fil des ans et des siècles. Et
pourtant c’est Marie Lafarge qui traverse les siècles et se rit du temps. Sans
Marie Lafarge, qui parlerait aujourd’hui d’Orfila, de Lachaud,
d’Odilon Barrot, de Paillet, de Marie de Léautaud, etc. ?
Marie Lafarge a beaucoup de mérite d’avoir échappé à l’oubli,
qu’elle redoutait plus que la mort, car elle cumule un certain nombre
de « tares » éminemment rédhibitoires, certaines d’entre elles liées à la
e condition féminine subie au XIX siècle, d’autres relevant d’un
enchaînement démoniaque de circonstances privées. Avant tout, elle est
une femme, d’un milieu aisé, très cultivée et d’une intelligence très
supérieure à la moyenne. Elle revendique haut et fort sa liberté,
insupportable insoumise renâclant et se cabrant devant les grands
principes éducatifs de son époque, en ces temps où la femme doit se
taire, obéir, se soumettre à son mari et donner naissance à de très
nombreux enfants. Ensuite, bien sûr, elle est lourdement condamnée
et judiciairement rayée de la liste des vivants. Enfin, peut-être son
plus grand crime, malgré toutes ces entraves et ces aspects très
négatifs de sa personnalité et de sa vie, elle a l’incroyable audace d’écrire
beaucoup et bien, à tel point que je ne vois guère qu’Albertine
Sarrazin pour contester à Marie Lafarge le titre de numéro un parmi les
femmes prisonnières écrivaines de talent.

Ce dictionnaire recense plusieurs centaines de personnes ayant
connu Marie Cappelle Lafarge ou l’ayant côtoyée, soit avant son
mariage, soit ensuite au Glandier, puis à Brive, à Tulle, Montpellier,
Saint-Rémy-de-Provence et Ussat-les-Bains. Il faut y rajouter une
kyrielle d’écrivains et de journalistes ainsi que toutes les personnes qui
ont apporté un témoignage sur elle ou qui en ont parlé sans l’avoir
jamais rencontrée. Cette liste est évidemment très incomplète. Ne
peuvent figurer dans cet ouvrage celles et ceux qui ne sont
mentionnés que par une initiale et qui, pour la plupart, ne sont pas
identifiables aujourd’hui. Sont également absents, évidemment, tous
ceux dont Marie Lafarge n’a jamais parlé dans ses écrits. L’intérêt de
cet ouvrage ne réside pas dans l’accumulation de plusieurs centaines
de noms, inconnus d’ailleurs dans leur immense majorité et qui ne
13 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
seraient jamais sortis du néant sans Marie Lafarge. Ce dictionnaire,
grâce à tous les personnages qui défilent sous nos yeux, nous apporte
des éclairages complémentaires, parfois inédits, sur la personnalité de
Marie Lafarge. Chaque personne citée nous livre une facette de notre
« héroïne ». Et si cette prétendue empoisonneuse est encore célèbre à
notre époque ce n’est évidemment pas pour son crime très banal (elle
a peut-être empoisonné son mari avec de l’arsenic !) mais précisément
par l’extraordinaire richesse de sa personnalité. Les acteurs de ce
dictionnaire, petits ou grands, domestiques ou maréchaux, médecins ou
magistrats, accusateurs ou défenseurs, sont autant de miroirs dans
lesquels se reflètent les pensées, les actions, les rires, les pleurs, les
émotions de Marie Lafarge. Il est juste qu’ils bénéficient, à ce titre, de
la notoriété toujours actuelle de Marie Lafarge. Dans un puzzle, les
différents morceaux ne sont ni majeurs, ni secondaires, car ils sont
tous d’égale importance. Concernant Marie Lafarge, les mots et les
comportements de Clémentine Servas, sa servante, en disent au
moins autant que les envolées de Me Paillet, les paroles affectueuses
de M. de Tourdonnet ou les aigres propos de certains de ses
accusateurs. Chaque personnage projette un peu de sa propre personnalité
sur celle de Marie Lafarge et, par le jeu de réfléchissements
réciproques, éclaire de sa propre lumière la complexité de Marie Lafarge.
Non, il n’y a pas de « petit morceau » dans la construction du puzzle
Marie Lafarge !

La vérité ? Quelle vérité ? Si je suis absolument incapable de vous
l’offrir, je puis au moins vous apporter une importante quantité de
témoignages et de vérités parcellaires qui ont été enregistrés à cette
époque-là (écrits de Marie Lafarge, procès, livres, journaux,
revues…), soit bien plus tard (ouvrages, enquêtes, recherches diverses),
après la mort de Marie Lafarge, au premier rang desquels il faut placer
son admirable correspondance. L’immense majorité de ces textes sont
sujets à caution et peuvent être interprétés. Marie Lafarge ne dit pas
toujours la vérité ou plutôt, elle choisit souvent la vérité qui l’arrange.
Mais on pourrait dire à peu près la même chose de tous les
protagonistes de cette affaire, qu’ils soient témoins, jurés, avocats, magistrats,
curés, députés, journalistes, amis, parents, ennemis, etc. Il est
complètement hors de question de refaire les procès de Marie Lafarge et de
14 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
fournir, environ 175 ans après le drame, des preuves indiscutables de
sa culpabilité ou de son innocence. Dans ce dictionnaire, mes
opinions importent peu et d’ailleurs, comment pourrais-je en afficher de
nouvelles qui posséderaient l’attrait de l’original et la pertinence d’un
argument irréfutable ? Du seul fait que je me sois lancé dans
l’aventure de ce dictionnaire et en se référant uniquement au titre de
cet ouvrage, on peut aisément deviner de quel côté penchent ma
raison et mon cœur.

Et si cette présentation sous forme d’un dictionnaire n’était
finalement, de ma part, qu’un prétexte ? J’ai voulu, grâce aux très
nombreux extraits des écrits de Marie Lafarge, vous faire découvrir,
peut-être, et apprécier, je l’espère, son style, la fluidité de sa pensée et
la très grande liberté de son esprit qui ne craint pas d’aborder les
sujets les plus délicats, je veux dire pour une femme née en 1816. Marie
Lafarge sait aussi avoir de l’humour et elle manie l’ironie avec
beaucoup de finesse. Et puis, que de pages déchirantes et lourdes de
chagrin quand elle évoque son très cher village de Villers-Hélon, son
grand-père qu’elle chérissait tant, la mort de son père, ses angoisses,
ses souffrances, ses cris déchirants qui cognent à notre esprit
lorsqu’elle clame, inlassablement, son innocence !
Cet ouvrage aura pleinement atteint son but si, quelques-uns
d’entre vous, après avoir picoré des informations au hasard des pages
ou l’avoir lu consciencieusement, ne se soucient plus du tout de la
culpabilité ou de l’innocence de Marie Lafarge pour ne voir en elle
qu’un écrivain talentueux. Quelle importance de savoir aujourd’hui
pour quels méfaits Albertine Sarrazin a été incarcérée ? Faut-il
connaître par le détail la vie des écrivains, avec parfois des zones
d’ombre, pour apprécier leurs créations ? À quoi cela peut-il bien
e servir, en ce début du XXI siècle, de s’interroger sur la destination de
l’arsenic acheté par Marie Lafarge en 1839-1840 : mort des rats ou
mort de Charles Lafarge ? Même si Marie Lafarge a été une
criminelle, les faits divers se dissolvent dans le temps, contrairement aux
écrits de qualité. Que Marie Lafarge quitte l’univers des crimes pour
accéder, enfin, et durablement, à celui des écrivains, est mon souhait
le plus ardent !
15


Le cercle historique
"Marie Cappelle – Marie Lafarge"
présenté par son initiateur



Une association ? Pourquoi ? Comment ? Qui ?
L’affaire Lafarge ! Une jeune femme déracinée de 24 ans est
mariée à la va-vite par une famille un peu lassée par une personnalité
complexe. Il suffit alors qu’un mari à la santé chancelante meure de
façon inexpliquée pour que la jeune veuve se retrouve accusée d’un
crime, condamnée aux travaux forcés à perpétuité, emprisonnée dans
une sinistre tour.
Une phtisie contractée dès les débuts de l’emprisonnement et des
complications ultérieures auront raison d’une constitution fragile ; ce
sera une mort atroce, en 1852, à 36 ans, loin des siens.
Rappelons-nous les dernières paroles de celle qui fut une
remarquable femme de lettres : « Je meurs tranquille et innocente, victime de mes
ennemis… »
Après lecture de très nombreux ouvrages et celle des comptes
rendus in extenso du procès, nous avons décidé d’agir en faisant
nôtre la formule de Descartes : « Je réputais presque pour faux tout ce qui
n’était que vraisemblable », en passant donc au crible de l’évidence tout
ce qui s’est dit ou a été écrit.
Il s’agit pour nous (cf. statuts) de « veiller à ce que se perpétue tout ce
qui se rapporte à Marie Fortunée Cappelle, Vve Pouch-Lafarge… tirer tous les
enseignements possibles des faits ayant jalonné sa vie… souligner l’apport de son
écriture à notre littérature… diligenter toutes recherches utiles… »… entre
autres !
Nous resituons Marie-Fortunée dans le contexte de l’époque et
étudions différents aspects : juridique, scientifique, littéraire,
philoso17 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
phique, psychologique, spirituel même… Il est fait appel à toutes
celles et ceux dont les connaissances de par les études poursuivies, les
compétences acquises par la profession, les liens éventuels avec les
protagonistes de l’affaire, les connaissances générales et la sympathie
pour l’héroïne, peuvent amener une pierre à cet édifice singulier.
Ayant archivé depuis plus de cinq années de nombreuses données,
nous partageons volontiers nos connaissances.
Nous avons participé à une émission de télévision sur une chaîne
spécialisée.
Nous pouvons aider l’écrivain, le littérateur, l’historien, le monde
du spectacle…
Nous avons soutenu récemment une étudiante en licence
d’histoire et suivons pas à pas la progression d’une autre se destinant
à la magistrature ; nous avons répondu à l’appel d’une personne
extérieure qui voulait vérifier si un lointain aïeul avait fait partie des jurés
du procès de septembre 1840.
La vie de notre association type loi de 1901 – qualifiée de "cercle
historique" et qui regroupe des membres cotisants et des membres
d’honneur – est ponctuée de conférences, de déplacements sur les
lieux où Marie a vécu, de réunions de travail.
Viennent rejoindre notre cercle des personnes de tous âges, de
toutes régions, de tous horizons socioprofessionnels.
Nous œuvrons dans le plus grand respect des personnes ayant
vécu et de celles pouvant être concernées aujourd’hui.
Parmi nos récents travaux : recherches de vestiges sur les lieux où
les protagonistes ont vécu, situation et restauration de sépultures,
étude approfondie et comparative des symptômes de la maladie de
l’époux Charles Lafarge…
Une démarche en direction de la Cour de cassation a été initiée.
Pour nous accompagner, un site :
http://assocmarielafarge.monsite-orange.fr une adresse mail :
ass.mariecappellelafarge@orange.fr
18


Quelques précisions…
pour rendre plus agréables la lecture
et la consultation de ce dictionnaire



Le personnage central de ce dictionnaire, je l’appellerai Marie
Cappelle jusqu’à la date de son mariage, en août 1839, ensuite ce sera
Marie Lafarge.

Certaines orthographes de noms propres sont fluctuantes. J’ai
retenu celle qui me paraissait la plus courante ou la plus certaine, tout
en indiquant les variantes. Pour les noms de lieux, j’ai choisi
l’orthographe actuelle (Villers-Hélon et non pas Villers-Hellon) ; en
ce qui concerne les départements de la région parisienne, de la même
façon, j’ai opté pour le nom actuel (vous ne trouverez pas la
Seine-etOise). Dans certains cas (extraits d’état civil), j’ai respecté
l’orthographe d’origine.

Toutes les femmes figurent sous leur nom de jeune fille avec un
renvoi à leur nom d’épouse.
Certains personnages étant susceptibles de figurer dans plusieurs
rubriques (Politiques et magistrats, par exemple) j’ai choisi la rubrique
qui m’a paru la plus appropriée et mis un renvoi dans la deuxième.

Entre crochets [ ], ce sont mes commentaires ou des précisions
nécessaires à la compréhension du texte que je cite.

En ce qui concerne la revue de presse, je n’ai pas cherché, même
approximativement, un semblant d’exhaustivité ! Il y faudrait bien
plus qu’une vie humaine, même longue ! Toutefois, concernant les
19 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
années 1840 et 1841, ainsi que quelques moments importants dans la
vie de Marie Lafarge, j’ai davantage poussé mes recherches.
20


Remerciements



Michel Gache est l’initiateur du cercle "Marie Cappelle – Marie
Lafarge" et le président depuis l’origine. Cette association a été créée
en septembre 2009. Il accomplit, à sa tête, un travail considérable.
C’est, grâce ou à cause de lui que j’ai « replongé », que j’ai repris mes
recherches sur Marie Lafarge, commencées en 1999, poursuivies
pendant deux ans, mais interrompues ensuite jusqu’en 2010. Qu’il soit
remercié pour son minutieux travail de relecture, pour les
nombreuses erreurs relevées et corrigées, pour les détails concernant les
naissances, les mariages, les décès (il est incollable sur les
généalogies !), pour ses encouragements et pour sa disponibilité.

Alain Arnaud est le pilier de l’association dans l’Aisne, historien
résidant à Villers-Hélon, et j’ai eu la chance de parcourir les rues de ce
village en sa compagnie, de visiter l’église, le château (de l’extérieur !)
et de faire ample moisson de renseignements, de détails, de précisions
sur le village, sur Marie Cappelle et sa famille.

Que soient aussi remerciés les membres de l’association Marie
Cappelle-Lafarge pour leur travail de fourmi aux Archives
départementales, dans les cimetières…

Merci Sophie, Léa, Laure, Guillaume, Vincent, Tristan,
JeanClaude pour sa relecture, mes amis et mes proches qui m’ont écouté,
toujours très courtoisement, parler souvent et parfois longuement de
Marie Lafarge.

Merci Philippe, pour ton travail d’imprimeur, car c’est toi qui m’as
fourni les exemplaires photocopiés que j’ai envoyés aux différents
éditeurs contactés.
21 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE

Merci à toi, lecteur que je ne connais pas, de lire ce dictionnaire de
Marie Lafarge ! Tu combats, à ta façon, l’oubli que redoutait tant
Marie Cappelle Lafarge.
22


Marie Cappelle Lafarge



« C’était, sous le rapport de l’esprit, une femme véritablement supérieure.
Ayant le double de son âge, et devant avoir dès lors, en outre de mes études
spéciales, le double de connaissances et d’instruction, je la trouvai constamment au
niveau, souvent au-dessus, de ce que je savais en littérature, en philosophie, en
science, surtout en science du monde, la plus longue à acquérir ».
(MoreauChristophe, Inspecteur général des prisons, « Le Petit Journal »,
10 novembre 1874).
« Elle ne demande pas justice bruyamment. Elle meurt de savoir-vivre. Elle
ménage la position des siens dans le monde. Malgré un injuste oubli elle se sacrifie.
C’est Iphigénie même. Mais elle sait que l’incorruptible Histoire la vengera
nécessairement un jour, lui assurant avec le tribut de douces larmes, l’estime des gens de
cœur ». (C. Brival. « Le Figaro », 4 mars 1938).
Sa naissance
Non, Marie Lafarge n’est pas née à Villers-Hélon (Aisne) ! Elle est
née à Paris, le 15 janvier 1816. « Je suis née le jour de la fête de mon père, en
1816 ». (M 1, p. 3). Voici son acte de naissance : « Du seize janvier mil
huit cent seize. Acte de naissance de Marie-Fortunée, née hier à neuf heures un
quart du soir, rue de Courcelles n° 17, fille de M. Antoine-Laurent, baron
Cappelle, chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, officier de la légion
d’honneur, chevalier de l’ordre de la Réunion, lieutenant-colonel au corps royal
d’artillerie, âgé de trente-sept ans, et de Caroline Fortunée Collard, âgée de dix
neuf ans, son épouse. Sur la déclaration faite à nous Amador Jean-Pierre Grillon
Deschapelles, adjoint au maire du 1er, par ledit sieur Cappelle, en présence des
sieurs Fortuné Debrack, chevalier de Saint-Louis, officier de la légion d’honneur,
chef d’escadron de cavalerie, âgé de 26 ans, demeurant rue du faubourg
Poissonnière, n° 52 et de Noël-Alexis Fiterne, menuisier, 36 ans, rue de Valois,
n° 22 ».
23 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
Ses origines
La polémique et les querelles au sujet de Marie Lafarge
commencent dès la question de ses origines et de ses ancêtres. D’ailleurs,
Marie Lafarge a elle-même donné les deux versions de sa généalogie,
l’officielle mais non probable dans ses « Mémoires » et celle qui est non
officielle mais la plus souvent retenue, y compris par les
contemporains de Mme de Genlis.
Voici la version donnée dans les « Mémoires », écrits et publiés
après sa condamnation, afin probablement de ne pas hérisser
davantage les susceptibilités royales et de se ménager d’éventuels appuis
pour une grâce ou une réhabilitation. « Ma grand-mère était la fille d’un
Anglais, le colonel Campton. Elle avait neuf ans et portait encore le deuil de son
père quand Dieu lui enleva sa mère. Mme de Genlis, gouvernante des enfants de
M. le duc d’Orléans, fut la providence de la pauvre petite orpheline ; elle
l’accueillit à son arrivée en France et lui fit partager les leçons de sa royale élève,
Mlle d’Orléans. Mme de Valence, fille de Mme de Genlis, prit chez elle la jeune
Hermine, ajouta au don d’une éducation parfaite le bienfait d’une intime affection,
se fit la sœur de ses bons et mauvais jours et reçut avec son dernier soupir sa
dernière pensée ». (M1, p. 11-12).
Et voici ce qu’écrit Marie Lafarge dans deux lettres adressées à
l’abbé Brunet depuis la prison de Montpellier :
« Mme la comtesse de Valence, fille de Mme de Genlis, et par conséquent
sœur maternelle de ma grand-mère, fille de M. le duc d’Orléans et de Mme de
Genlis (ceci, mon frère, est pour vous seul), votre cher titre m’obligeait à vous dire
ce que j’appelle nos hontes de famille ; car je ne saurais reconnaître, ainsi que
quelques-uns de mes parents, comme un titre de noblesse illégitime ce qui a été une
faute devant Dieu et un scandale devant les hommes. (C1, p. 84). Maintenant,
mon frère, je suis forcée d’entrer dans quelques détails de famille intimes et
absolument écrits par la sœur au frère, au frère seul [ces trois mots en italique]…
Mme de Genlis-Sillery – qui avait déjà une fille – Mme de Valence – en eut
deux autres du duc d’Orléans : Paméla, qui épousa lord Fitz-Gerald ; Herminie
qui épousa mon grand-père, M. J. Collard ». (C1 p. 131). Marie Lafarge est
donc, peut-être, l’arrière-petite-fille de Mme de Genlis et du duc
d’Orléans, père du roi Louis-Philippe. Elle est, en outre, la nièce du
baron Paul Garat secrétaire général de la Banque de France et du
baron de Martens, éminent diplomate prussien. Il faut préciser ici que
si les « Mémoires » de Marie Lafarge s’éloignent parfois, peu ou prou,
24 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
de la vérité, ceux de Mme de Genlis s’en écartent très souvent et très
franchement.
Admettons : Marie Cappelle n’a pas la moindre goutte de sang
royal dans ses veines ! Admettons : elle n’est la petite-fille « que » de
Jacques Collard, simple colonel, même s’il a fréquenté des généraux
qui sont restés ses amis. Alors surviennent quelques « pourquoi »
intrigants !
Pourquoi la princesse Eugène Adélaïde Louise d’Orléans, dite
madame Adélaïde, a-t-elle payé la pension d’Antonine Cappelle, la
sœur de Marie ?
Pourquoi Pauline Bonaparte, sœur de Napoléon Bonaparte,
estelle la marraine de Maurice Collard, fils de Jacques Collard, le
grandpère de Marie ?
Pourquoi Marie-Thérèse Bourbon-Sicile, reine de France, a-t-elle
dit qu’elle croyait Marie Lafarge innocente et qu’elle veillait sur elle ?
Pourquoi la famille d’Orléans, avec le futur roi Louis-Philippe, se
déplace-t-elle au château de Villers-Hélon en août 1829 ?
Pourquoi la duchesse d’Orléans s’est-elle intéressée à la cause de
Marie Lafarge ?
Pourquoi Talleyrand rend-il visite à Jacques Collard, à
VillersHélon ?
Sont-ce là des égards dus à un simple colonel, pour aussi brillant
qu’il ait pu être pendant sa période d’activité ?
Enfin, Marie Lafarge révèle à l’abbé Brunet le secret, dit-elle, de
ses origines. Marie Lafarge a été rangée, par certains, dans la catégorie
des menteuses professionnelles. Mais il faudrait, en plus, qu’elle soit
complètement folle pour inventer une pareille histoire et… y croire.
Mais elle n’est pas la seule à être « folle » puisque de nombreux
contemporains de Mme de Genlis, eux aussi, y ont cru fermement, l’ont
dit et l’ont écrit.
Revue de presse
« Le Figaro » 4 mars 1938 : « Je serai vengée… je serai pleurée ».
Court article de C. Brival sur les origines de Marie Lafarge.
25 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
Son portrait physique
« J’arrivai en ce monde assez laide pour effrayer jusqu’aux illusions
maternelles ». (M1, p. 3). Laissons parler ceux qui l’ont rencontrée ou qui
l’ont vue, soit au cours d’une des nombreuses audiences des deux
procès, soit après ces deux terribles épreuves qu’elle a subies.
Son éditeur, A. René, a dû rencontrer Marie Lafarge à plusieurs
reprises. Voici le portrait qu’il en trace : « Il est difficile de bien peindre sa
figure ; l’expression en est si mobile et si profonde à la fois qu’elle échappe aux
regards de l’observateur ; ses traits sont cependant assez saillants ; ses yeux noirs,
pleins d’éclat et d’expression, animent ce visage toujours pâle et souffrant, et
projettent sur ses joues amaigries une vie qui les fait paraître plus malades encore. De
longs cheveux noirs, ramenés en bandeau, tournent comme un crêpe funèbre autour
de sa tête, et cependant le visage n’est pas triste ; un sourire jeune, vivant, doux et
railleur, lui donne de la fraîcheur et presque de l’enfance. Puis sa voix est si
doucement modelée, si spirituellement agréable, si cordialement affectueuse, qu’elle
pénètre et entraîne la conviction ». (M3, p 106-107).
Lors de l’ouverture du procès pour empoisonnement, le
3 septembre 1840, voici comment elle apparaît : « Mme Lafarge est pâle,
ses cheveux d’un noir d’ébène, rangés en bandeaux sur son front, semblent en
rendre la pâleur plus remarquable encore. Ses yeux baissés, ses longues paupières,
ses sourcils élégamment arqués sur son front uni, la régularité de ses traits, la
conformation exacte d’une bouche assez grande mais qui laisse apercevoir des dents
petites et blanches… la coupe de cette figure blanche, encadrée dans une épaisse
auréole de deuil… ». (Pagnerre, 1, p 33).
« Nous avons vu Marie Cappelle sur la sellette des accusés : son front encadré
de larges bandeaux de cheveux noirs est proéminent au sommet ; les pommettes des
joues sont très saillantes, les yeux sont beaux mais ils ont parfois une singulière
expression de dureté ; le nez est gros et mal fait, la bouche est ironique ; enfin un
teint jaune-vert, bistré sous les yeux, donne à sa physionomie quelque chose de
commun au premier coup d’œil ; mais parfois aussi l’expression se modifie,
s’anime et, sous l’empire d’une puissante émotion, le visage prend tout à coup un
caractère de distinction, les yeux une douceur infinie et tout l’ensemble, un charme,
erune fascination inexprimables ». (« La Nouvelle Revue » du 1 janvier 1913
cite un article de Charles de Matharel de Fiennes du 5 octobre 1841.
Ce journaliste a rédigé pendant quinze ans le courrier théâtral du
« Siècle »).
26 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
« Ses traits un peu forts, ses yeux noirs pleins d’expression, son visage pâle,
ses longs cheveux noirs lissés en épais bandeaux et réunis en opulente couronne sur
le haut de la tête, sa démarche élégante et majestueuse à la fois, son sourire
enchanteur, tantôt mutin, tantôt mélancolique, sa voix harmonieuse et sympathique, tout
en elle attirait. Son imagination mobile, un peu romanesque, sa distinction native,
ses habitudes d’élégance, la sortaient du commun et, après l’avoir entendue, on la
trouvait décidément belle ». (Armand Fouquier ; « Drames judiciaires »).
« Elle n’était pas jolie… avec une bouche démesurément grande, un menton
proéminent et un nez allongé en pointe ». (Pierre Bouchardon, « L’affaire
Lafarge ». Paris, Albin Michel, 1924, p 11). On a compris que Pierre
Bouchardon n’aime pas Marie Lafarge !
« Mme Lafarge… est une femme que la douleur dévore, sans trop avoir altéré
la régularité des formes qui durent en faire une belle jeune fille, lorsqu’elle jouissait
de sa fortune et de sa santé… Son regard… n’a rien perdu de cette magie qui
parait avoir tant fasciné de fois ses amis, comme ses ennemis ». (Raspail, C2, p
222).
« Ma mère m’avait tant de fois répété que j’étais laide, je le voyais si bien en
comparant dans la glace ma tête à la jolie tête bouclée d’Antonine [sa sœur], que
je m’étais juré d’acquérir assez d’esprit pour faire oublier ce qui me manquait,
assez d’amabilité pour me rendre jolie ». (M1, p 119).
Son portrait moral
Voici comment Marie Cappelle se décrit vers 1834, à l’époque de
ses dix-huit ans : « J’étais irréfléchie, imprudente, voulant agir comme je rêvais,
ne prenant jamais le sentier frayé par l’opinion, préférant un précipice à une
ornière… Mon esprit est entêté, volontaire, orgueilleux ; mon cœur seul le domine, et
c’est par lui que je puis me diriger. (M1, p 144-145). Si je consentais à être
trouvée laide, je me révoltais contre la supposition d’être trouvée sotte… J’ajoutai à
cela le tort de parer la réalité pour la rendre aimable à mon imagination, celui
plus grand encore de sentir l’amour du beau peut-être davantage que l’amour du
bien, de remplir plus facilement l’excès du devoir que les devoirs mêmes, et de
préférer en tout l’impossible au possible ». (M1, p 154-155). Plus tard, dans
une lettre à l’abbé Brunet : « Je me désespère de cette indépendance de pensées,
de cette imagination indomptable qui ne permettent pas à votre pauvre sœur Marie
d’être la femme forte que vous pourriez aimer ». (C1, p 80). « Hélas, mon frère,
nulle femme plus que moi n’a besoin qu’on la guide. Éteignez cette « folle du
logis », armez mon cœur, éclairez ma conscience. J’ai l’amour du bon, du beau et
27 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
du vrai ; mais en voulant escalader la perfection, il m’arrive de reculer en deçà du
point où je m’étais élancée ». (C1, p 121, 122).
« Ses manières sont un type de distinction et de simplicité : pas de prétention
mais pas de trivialité. Sa causerie est aimable, mélancolique, mais aussi
quelquefois vive, passionnée. Jamais une parole de brutale indignation, toujours un prompt
retour à la douceur et au pardon… D’un esprit mobile et impressionnable à
l’excès elle passe en peu d’heures par toutes les phases du désespoir ou de la gaieté ;
oubliant parfois son horrible position, elle pétille d’esprit et de légèreté, elle répand
çà et là les gracieuses richesses de son imagination… ». (A. René, M3, p
107108).
« Nature complexe, exagérée en tout, d’une instruction superficielle et
décousue, elle était née avec certaines tares ou certains vices qui devaient lui être fatals…
avant tout, elle était profondément menteuse… Elle mentait pour le plaisir de
mentir… (p 11-12) Mythomane, pas seulement ! Marie Lafarge était encore,
selon toute apparence, kleptomane (p 18) ». (Pierre Bouchardon, « L’affaire
Lafarge ». Paris, Albin Michel, 1924).
« D’intelligence vive et d’imagination déréglée ; d’une instruction…
superficielle et d’une éducation négligée ; écrivant non sans talent mais avec prétention ;
menteuse et romanesque : se défendant d’avoir dérobé les diamants de sa meilleure
amie en la calomniant avec perfidie… dégénérée hystérique, très probablement ; en
tous cas, inquiétante comme un sphinx, attirante comme une sirène, Marie
Cappelle possédait au plus haut point la magie de la séduction ». (Chapel
d’Espinassoux M. G. de. Bulletin de l’Académie des sciences et lettres
de Montpellier ; février-juin 1926 ; communication faite le 22 mars
1926. « L’origine du conflit d’Orfila et de Raspail dans l’affaire Lafarge » p
113 à 125).
« Je me souviens de la jeune Capelle, de l’avoir fait sauter sur mes genoux, je
remarquai son cerveau développé, son esprit subtil et si prématurément intelligent,
vif et malin ». (« Dix ans à la cour du roi Louis-Philippe et souvenirs du temps
de l’empire et de la Restauration ». Appert Benjamin, tome 3, p 215. Paris,
1846).
« … avait dans le caractère une disposition à l’intrigue et une profonde
dissimulation ». (Acte d’accusation, Pagnerre, p 14).
« Marie Cappelle… doit être classée parmi ce qu’on a nommé les « dégénérés
supérieurs ». Or, la caractéristique de ces derniers, doués souvent des dons les plus
brillants, c’est de posséder des lacunes profondes dans le jugement, des défectuosités
28 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
dans la sensibilité morale, et de devenir la proie de l’idée fixe ». (Guy de
Passillé. « Madame Lafarge » ; éditions Émile-Paul Frères, Paris, 1934, p 121).
« Sa conversation, douce et caressante, conserve dans le malheur et dans
l’humiliation, ce reflet de bonté et ce je-ne-sais-quoi d’harmonieux et de
sympathique qui rendait Marie Cappelle si intéressante à l’époque de sa prospérité. Il est
difficile de rencontrer une femme du monde qui sache mieux se placer au niveau
des personnes qui lui parlent et ne mettre, dans ses réponses que juste la somme
d’esprit dont fait preuve son interlocuteur. Elle cherche à plaire à tous et jamais à
effacer personne. Elle cause de toutes choses avec le même intérêt et le même
avantage ». (Raspail, C2, p 223).
Sa santé
La santé de Marie, depuis son plus jeune âge, est un inquiétant
sujet de préoccupation, pour ses parents, ses tantes, son grand-père, ses
amis et, plus tard, ses juges, ses défenseurs et ses geôliers. Les
quelques extraits suivants donnent une petite idée des souffrances
physiques que Marie a dû endurer. (Voir aussi : Sangsues).
Ses jours sont déjà en danger dès l’époque de son bref séjour à
l’école de Saint-Denis. « On me ramena à Saint-Denis… au bout de trois
semaines… je fus dangereusement malade d’une fièvre cérébrale augmentée d’une
fluxion de poitrine. On écrivit à mon père qu’il n’y avait plus d’espoir… ». (M1,
p 50).
Elle parle ensuite très régulièrement de sa santé dans tous ses
écrits. « Cette suite de contrariétés m’a rendu la fièvre, mon crachement de
sang… (C1, p 44). Sans être très malade, je ne mange pas, je dors encore moins,
j’ai peine à me traîner de mon fauteuil à ma fenêtre. Je suis très pâle, très maigre,
j’ai une petite fièvre qui n’augmente jamais et qui diminue encore moins. (C1, p
106). Je souffre presque continuellement ; j’ai des palpitations, je me trouve mal
au moindre mouvement brusque… Depuis une grippe doublée de pneumonie que
j’ai eue à la fin de novembre, je ne puis plus même monter ces dix degrés… (C1,
p 127) ma santé me force à éloigner de moi toutes préoccupations de nature à
m’émouvoir. Je quitte mon lit pour mon fauteuil et il faut qu’on me soutienne pour
monter deux marches et aller trouver le soleil. (C1, p 208). Mon médecin craint
un retour violent des douleurs névralgiques qui brisent ma tête depuis un mois.
(C2, p 100). Depuis que je suis arrivée ici [Montpellier, famille Collard,
juin 1852, libérée] je suis la chose de la toux et de la fièvre, de la médecine et
des médecins… ». (C2, p 140).
29 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
« [Prison de Montpellier. Marie est très gravement malade ; elle
s’observe dans un miroir ; tout le monde pense qu’elle va mourir.]
Mes douleurs de tête deviennent insupportables ; d’heure en heure, je sens se
rétrécir le cercle d’airain qui serre mon front. Mes mains brûlent et j’ai froid… Mes
yeux ont un éclat qui glace. Leurs prunelles ardentes semblent prêtes à trouer leur
orbite, pour n’y plus regarder qu’en dedans. La pâleur de mon front est terreuse.
Mes joues sont plus décolorées encore et, de chaque côté de ma bouche, l’ongle bleu
de la mort a creusé déjà ce trait grimaçant et hideux, spectre moqueur des sourires
éteints ». (HP, p 199, 200). Elle écrit alors les mots suivants d’une
émouvante sobriété qui sont, incontestablement, pour elle, les
derniers. Elle restera d’ailleurs un an sans écrire. « Ce qui était n’est plus…
ce qui sera n’est pas encore. Je touche à l’heure d’agonie. Adieu tout ce que j’aime.
Je lègue ma mémoire aux hommes de cœur… mon pardon à mes ennemis… qu’on
me laisse seule avec Dieu ». (HP, p 209).
« [à Ussat] La pauvre femme croyait sa santé raffermie par les eaux ; elle ne
savait pas qu’elle avait au cœur une maladie incurable, c’était une hydro
péricardite ». (Boyer d’Agen. C2, p 36).
Revue de presse
« Le Constitutionnel » 19 septembre 1840 : l’état de santé de
Marie Lafarge est alarmant.
« Journal de Toulouse » 8 janvier 1841 : demande de Marie
Lafarge auprès du roi, signée de ses médecins, pour obtenir son
transfèrement dans une maison de santé.
« La Presse » 21 janvier 1841 : « La santé de Marie Lafarge est
toujours profondément altérée… on parle à peine de Madame Lafarge et tout le
monde paraît l’avoir oubliée ».
« La Presse » 6 août 1841 : en août 1841, lors du procès en appel
des diamants, on constate que Marie Lafarge a pris de l’embonpoint
depuis septembre 1840.
« La Presse » 23 mars 1842 : « Des signes certains d’aliénation mentale
viennent de se déclarer chez Mme Lafarge. D’après le rapport fait par les
médecins, l’administration de la maison centrale a écrit à l’autorité supérieure pour
demander qu’elle fût transférée dans une maison d’aliénés ».
« Journal de Toulouse » 8 juillet 1842 : « sa nourriture se borne à du
lait et à quelque peu de chocolat. Elle est dans un état d’atrophie dont il serait
difficile de se faire une idée, elle garde le lit… ».
30 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
« Journal des débats » 15 janvier 1851 : cite l’« Écho du Midi de
Montpellier » parlant de la santé de Marie Lafarge qui pourrait être
transférée dans une maison de santé de Limoges.
Sa mort
Les journaux ont annoncé sa mort plusieurs fois, avant le
7 septembre 1852. En juillet 1840 et en juillet 1841, elle serait morte
empoisonnée ; en avril 1843 elle serait morte brutalement.
Acte de décès
« L’an mil huit cent cinquante deux et le huitième jour du mois de septembre,
à dix heures du matin, par devant nous, Jean-Baptiste Munié, maire, officier de
l’état civil de la commune d’Ussat, canton de Tarascon, département de l’Ariège,
sont comparus le sieur Clément Guissel, âgé de trente six ans, domestique chez le
sieur Nicolas au Bains et Cassagne Alexis, âgé de trente huit ans, cuisigné, voisin
de la maison de Nicolas, demeurant à Ussat, lesquels nous ont déclaré que le jour
d’hier à dix heures du matin, est décédée Marie-Aimée Fortunée né Capelle,
femme Lafarge, âgée de trente sept ans, domicilière demeurant à Montpellier,
département de l’Hérault, et les déclarants ont déclaré ne savoir signé le présent
acte après que lecture en a été faite
Que nous avons signé nous maire
Le Maire : Mugnié. » [Orthographe d’origine].

« [Prison de Montpellier] J’ai peur de mourir seule dans ce désert de fer et
de pierre ». (C1, p 127).
« Madame Marie Cappelle… a rendu son âme à Dieu, ce matin, à neuf
heures et demie… Encore une fois, elle a été admirable aux approches de la
mort ». (Abbé Bonnel, C2, p 340).
Revue de presse
Courant juillet et début août 1840 une rumeur s’est répandue,
annonçant l’empoisonnement de Marie Lafarge : « La Presse » 9 et
22 juillet 1840 ; 4 août 1840, « Le Siècle » 21 et 27 juillet 1840 mais
aussi : « La Gazette de France », « Le Moniteur parisien » et « La France ».
31 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
Marie meurt une deuxième fois en avril 1843. « Le Glaneur »
avril 1843 : « Un journal a répandu le bruit que Mme Lafarge était morte
subitement dans sa prison. Cette nouvelle est fausse ».
« La Presse » 27 juillet 1840 : lettre de Lachaud démentant
l’empoisonnement de Marie Lafarge.
« Journal de Toulouse politique et littéraire » 9 septembre 1852
« Nous recevons d’Ussat la lettre suivante
Ussat le 7 septembre
Monsieur le rédacteur
Il semblait depuis quelques jours que les bains d’Ussat avaient produit un
effet magique sur Mme Lafarge ; elle-même un instant avait cru que sa santé, brisée
par les tortures morales auxquelles elle était en proie depuis si longtemps, allait
renaître… Déception ! L’expiation terrible de douze ans de sa vie, les
humiliations dont on l’abreuvait, la mort inattendue du généreux colonel qui l’avait prise
sous sa protection ; tant d’événements qui se sont succédé si rapides l’ont conduite
prématurément au tombeau. Elle est morte le 7 [septembre], à 9 heures du
matin, à la suite d’une courte agonie. Nous nous abstiendrons de toute réflexion
particulière sur la vie orageuse de cette femme si tristement célèbre dans nos annales
judiciaires. Nous dirons seulement qu’avant sa mort elle a reçu tous les secours de
la religion et qu’elle a quitté la terre réconciliée avec Dieu. B… »
[probablement l’abbé Bonnel qui a assisté Marie Lafarge dans ses derniers
instants].
« Journal de Toulouse politique et littéraire » 10 septembre 1852
« On nous écrit de Tarascon (Ariège) à la date du 7 septembre la lettre
suivante qui contient de nouveaux détails sur la mort de Mme Lafarge.
Mme Lafarge a succombé à une maladie de poitrine, à l’âge de 37 ans ; avant
de rendre le dernier soupir, elle a exprimé le désir d’être ensevelie à côté de la
dépouille du colonel Audoury, l’ami de son père, celui qui n’a cessé de lui prodiguer
les plus douces consolations dans son malheur ; cet infortuné colonel, que les
champs de bataille avaient tant de fois respecté, vint, il y a environ deux mois, à
Ussat, en compagnie de Mme Lafarge et y trouva la mort. Conformément à la
dernière volonté de la mourante, une nouvelle fosse s’ouvre aujourd’hui, attenante à
celle du colonel Audoury, pour recevoir les restes mortels de cette illustre criminelle.
Mme Lafarge était à Ussat depuis qu’elle avait quitté la maison centrale de
Montpellier ; ce n’était plus qu’un squelette ambulant ; les souffrances physiques et
32 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
morales qui pendant dix ans ont déchiré son âme, l’avaient frappé d’une maladie
mortelle ; dans le principe, les bains paraissaient alléger son mal ; aussi
voulaitelle y prolonger son séjour.
Si l’infortunée Mme Lafarge, à 25 ans, a fixé les yeux de l’Europe par
l’horrible drame qu’elle a joué, il faut le dire, elle s’est fait remarquer plusieurs
jours avant sa mort par des sentiments éminemment pieux ; elle a appelé tous les
secours de la religion et elle a fait une mort toute chrétienne.
Un Tarasconnais ».

« L’Ariégeois » 11 septembre 1852 : « Madame Lafarge est décédée à
Ussat le mardi 7 de ce mois, à 3 heures du matin [sic]. Elle paraissait éprouver
d’heureux effets de l’usage des bains ; mais cette organisation épuisée par tant
d’impressions douloureuses, ne se soutenait plus que par des moyens pour ainsi
dire artificiels et par une force morale qui ne s’est jamais démentie. Madame
Lafarge trouvait depuis longtemps dans la religion ses seules consolations. Sa piété
et sa mort ont été un sujet d’édification pour le respectable ecclésiastique qui avait
à la fois toute son estime et sa confiance. Les rares facultés et cette vive intelligence
par lesquelles madame Lafarge exerçait sur les personnes qui l’approchaient une
séduction irrésistible, ne se sont éteintes en elle qu’avec la vie. Elle a été ensevelie le
8, à 5 heures du soir, dans le cimetière du village d’Ornolac, à quelques minutes
de l’établissement thermal. L’église des bains où les derniers offices ont été célébrés,
était remplie par une foule de personnes qui ont accompagné le cercueil jusqu’au
dernier asile. Madame Lafarge repose auprès du colonel Audoury qui l’avait
précédée de 20 jours dans la tombe. L’on sait que le colonel après avoir eu pour
protecteur et ami le colonel Cappelle, père de Madame Lafarge, avait voué à son
tour à celle-ci un culte affectueux d’estime et de protection. Madame Lafarge était
dans sa trente-sixième année ».

« La Presse » 14 septembre 1852 : reprend l’intégralité de
l’article du « Journal de Toulouse » du 10 septembre 1852.
« La Presse » 16 septembre 1852 : reproduit l’article de « La
Gazette des Tribunaux » ; lettre d’un correspondant d’Ussat-les-Bains du
9 septembre 1852. « Les douze années de captivité subies par Mme Lafarge,
mais surtout les tortures morales qu’elle a dû éprouver depuis sa condamnation,
avaient profondément altéré sa santé. Au commencement d’août elle vint aux
bains d’Ussat, accompagnée de Mlle C… [Adèle Collard] sa parente et du
colonel A… [Audoury] ancien compagnon d’armes de son père. Grâce à ce
33 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
double patronage, elle trouva dans l’un des principaux établissements du lieu une
hospitalité facile et les égards que l’on ne refuse jamais au malheur. Mme Lafarge
sortait peu, elle ne quittait guère son appartement que pour aller à la chapelle ou
au bain ; mais elle recevait volontiers les personnes qui demandaient à la voir et a
même laissé quelques autographes à celles qui lui avaient témoigné le plus de
sympathies… Le vieux colonel A… est mort à Ussat, le 15 août, des suites d’une
maladie dont il y avait apporté le germe. A cette occasion, Mme Lafarge disait
qu’elle serait heureuse de mourir, elle aussi, un jour de la fête de la Vierge. Et
c’est précisément la veille de Notre Dame de septembre qu’elle rendait, au même
lieu, le dernier soupir…
Le retour de Mme Lafarge à Ussat [après un très court séjour à
Toulouse] fut marqué par un incident regrettable dont je ne vous parlerai pas.
Repoussée des divers établissements auxquels elle demandait asile, elle vint avec sa
fidèle cousine chercher un refuge dans une pauvre hôtellerie où l’on ne reçoit guère
que de pauvres gens. J’ai vu la modeste chambre qu’elle habitait et l’ameublement
peut-être plus modeste encore. Figurez-vous un espace de 6 mètres carrés tout au
plus, éclairé par une étroite ouverture et par un supplément de jour qui pénétrait à
l’intérieur quand la porte d’entrée roulait sur ses gongs. De cette chambre, située
sur le derrière de l’habitation, la vue plonge sur un petit sol nu qu’abrite contre les
vents du Nord la roche rougeâtre et décharnée d’Ussat. C’est de ce triste séjour que
Mme Lafarge datait samedi dernier le délicieux écrit que voici. C’est un billet de
remerciement adressé au médecin-inspecteur qui lui avait fait cadeau d’un panier
de pêches.
« Vous avez usurpé, vis à vis de nous, monsieur, le rôle de la providence, et,
grâce à vos bontés, nous nous trouvons à Ussat dans la position de ces moineaux
des champs qui récoltent sans avoir rien semé. Deux Hébreux ne seraient pas de
trop pour porter vos superbes pêches, cousines germaines, j’en suis sûre, du raisin
modèle de Chanaan. Un rayon de soleil a déteint sur ces beaux fruits, tout gonflés
de sève et de rosée. Ils sautent des yeux aux lèvres ; mais Dieu me garde de vous
en remercier avec des mots : les sentiments profonds sont muets et, bien loin de
vouloir tenter d’acquitter en quelques lignes les dettes de ma reconnaissance, c’est
avec bonheur que je me garde votre obligée. Marie Cappelle. Sur le cachet de cire
noire, parfaitement conservé, on lit ces mots : Au ciel.
C’est ce même jour, samedi, que j’ai vu pour la première fois Mme Lafarge, à
l’heure où elle allait se baigner. Elle était vêtue de noir et marchait appuyée sur le
bras de son ange tutélaire, Mlle C. [Adèle Collard]… Il faut renoncer à
dépeindre ce squelette ambulant et voûté auquel la vie ne tenait plus que par un fil.
34 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
C’était bien encore pourtant cette prunelle humide et brillante dont il fut tant parlé
jadis, ce sourcil largement arqué, ces cheveux noirs lissés sur un front pâle, ces
lèvres pincées, ce menton pointu, en un mot, cet ensemble de physionomie
exceptionnelle bien digne d’occuper l’attention des physiologistes modernes. J’eus encore
l’occasion de la voir le lendemain dimanche, à la chapelle, où le hasard m’avait
placé près d’elle et dont elle suivit les offices avec un recueillement pieux.
Mme Lafarge avait le projet de quitter Ussat le 10 septembre, elle avait même
arrêté sa place pour ce jour-là. Afin de suppléer aux aliments ordinaires que son
estomac repoussait, elle faisait un fréquent usage de café, d’éther et autres
substances liquides dont le nom m’échappe actuellement. Il paraît que le dimanche la
dose fut considérablement augmentée ; le soir, des oppressions d’une nature
inquiétante se manifestèrent chez elle ; bientôt les étouffements redoublèrent. Dans la
nuit, on ne conservait que peu d’espoir ; le lundi matin, à neuf heures un quart,
elle avait cessé de vivre, après avoir demandé et reçu les derniers sacrements. »
« Y a-t-il de l’espoir ? » disait-elle, quelques moments avant, à l’un des
médecins appelés à son chevet. Et sur la réponse piteusement affirmative de ce dernier,
elle ajoutait d’une voix étouffée « Encore ! ».
Les personnes qui l’ont approchée dans son agonie ont été édifiées de ses
sentiments de résignation chrétienne. « Je pardonne, a-t-elle dit, à ceux qui m’ont tuée,
comme j’espère être pardonnée là-haut ». Puis, s’adressant aux sœurs de la charité
qui l’environnaient, elle leur a fait ses derniers adieux en ces termes : « Adieu,
mes sœurs, nous nous reverrons au ciel ! » Et prenant en même temps le crucifix
de l’une de ces saintes filles, elle le portait à ses lèvres et l’embrassait avec ferveur.
J’ai eu le privilège d’être admis dans la chambre où reposait la dépouille
mortelle de Mme Lafarge. Je ne veux ni défendre ni offenser sa mémoire, mais je n’ai
pu m’empêcher d’admirer le calme et la sérénité de cette figure, d’où le froid de la
mort avait fait disparaître ce qui la déparait pendant la vie. On eût dit le sommeil
d’une jeune fille rêvant des béatitudes célestes.
Après les fatigues d’un long voyage, au pied du lit funèbre, était agenouillée sa
cousine, moderne Antigone, dont le dévouement si pur est au dessus des éloges.
Je ne vous parle pas de l’incident provoqué par l’illumination soudaine de
quelques commères et qui a fait retarder les obsèques d’une demi-journée. Il faut
dire aussi que l’état parfait de conservation du cadavre et quelques autres
symptômes plus ou moins certains donnaient au bruit qui s’était répandu d’un cas de
léthargie une apparence de vérité qui n’a pas tardé à s’évanouir.
Les funérailles ont eu lieu hier mercredi [sic : hier mardi], jour de Notre
Dame. Une croix, le prêtre et quelques personnes guidées par un sentiment
chré35 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
tien, qui suivaient le cercueil, tel était le cortège de celle dont le nom eut, il y a
douze ans, à pareille époque, un si déplorable retentissement.
Mme Lafarge a été inhumée dans le cimetière de la commune d’Ornolac. Sa
tombe est creusée à gauche de celle du colonel A… auprès duquel elle avait
exprimé le désir d’être ensevelie. On prétend qu’un mausolée commun couvrira leurs
restes.
Mme Lafarge avait trente six ans ; elle laisse, dit-on, des « Mémoires »
intitulés : « Dix années de captivité ». En reconnaissance des soins qu’elle avait reçus
du médecin-inspecteur et du bien que lui avaient fait éprouver les eaux thermales,
elle devait écrire ses impressions sur Ussat. Le sujet eût été digne de sa plume ;
mais la mort ne lui en a pas laissé le temps. » J. Rumeau.
« Journal des débats » 17 septembre 1852 : « Détails sur les
derniers moments de Mme Lafarge ». Reproduction intégrale de l’article paru
dans « La Gazette des Tribunaux » et publié également par « La Presse ».
« L’Illustration » 25 septembre 1852, cité par Robin « L’affaire
Lafarge » (p 165). « La mort de Mme Lafarge a passé presque inaperçue. Cette
femme trop célèbre avait publié des « Mémoires » de son vivant et elle laisse encore
des Mémoires. La triste héroïne du Glandier ne s’était pas résignée à l’oubli, c’est
une dernière expiation et la seule, dit-on, à laquelle la condamnée se soit refusée…
Aucune fleur de rhétorique ou autre, que nous sachions, ne fut jetée sur sa tombe.
Son souvenir s’est effacé dans le retentissement du crime ».
« Revue de Paris » octobre 1852 : « Une des grandes illustrations
judiciaires de ce temps, Mme Lafarge, vient de mourir aux bains d’Ussat, dans le
département de l’Ariège ».
« Le Gaulois » 21 juin 1892 : brochure de M. Guyon, directeur
de La Patrie, « Vieux neuf sur une cause célèbre » sur les derniers jours de
Marie Lafarge à Ussat-les-Bains et sa mort.
36


Marie Lafarge écrivain



« Lire Mme Lafarge c’est s’attacher à elle pour toujours ».
Louis Palauqui

Ce n’est généralement pas par le biais de la littérature que l’on
aborde Marie Lafarge. Elle est étiquetée depuis 1840 dans la rubrique
des faits divers criminels, même si, de temps en temps, quelques
écrivains ou journalistes parlent de sa culture, de son style, de son aisance
dans l’art du portrait et des promesses que ses écrits ont fait naître,
pourtant enfantés dans des conditions extrêmement difficiles. Malgré
ses souffrances morales et physiques, en dépit de ses doutes et des
nombreux obstacles qu’elle a rencontrés, elle a réussi à nous faire
parvenir des textes, achevés ou fragmentaires, qui en disent long sur
sa faculté à choisir le verbe ou l’adjectif le plus juste, l’image la plus
appropriée ou la pensée la plus profonde soutenue par les mots les
plus adaptés. La vie ne lui aura laissé que douze ans, entrecoupés de
pauses et de multiples côtoiements du précipice de la mort pour
imprimer sa griffe littéraire. Voici l’intégralité de ses œuvres publiées ou
esquissées, certaines n’étant connues que de manière incertaine et ne
reposant que sur quelques témoignages. Suivent quelques avis,
favorables ou pas, sur Marie Lafarge écrivain, la plupart figurant dans les
commentaires publiés à l’occasion de la parution de ses écrits,
essentiellement les « Mémoires », seul ouvrage, en quatre volumes (seuls les
deux premiers volumes ont été rédigés par elle-même), paru de son
vivant.
37 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
Les « Mémoires »
Plusieurs éditions des « Mémoires » de Marie Lafarge ont vu le jour,
la dernière datant de 2015. La première édition des « Mémoires » est
épuisée en quatre jours.
« Les Mémoires de Marie Cappelle veuve Lafarge écrits par
elle-même », Paris, A. René, imprimeurs éditeurs, rue de Seine, 32, 1841.
Tome 1, 337 p et tome 2, 391 p.
Voici quelques extraits de la préface « Les éditeurs au public » :
« La publication de ce livre est un fait grave, diversement apprécié… Par un
procédé familier aux avocats, M. Odilon Barrot a qualifié à l’avance de libelle
diffamatoire un ouvrage qu’il n’avait pas lu, et d’instrument cupide un éditeur
qu’il ne connaissait pas… Au milieu de tant d’éléments de désespoir, cette femme
déjà frappée par la loi, cette femme épuisée de corps et d’esprit… se met à l’œuvre
avec sa plume. En quelques semaines elle écrit deux volumes étonnants de verve,
de chaleur, d’originalité, de grâce et de fine ironie… Comme elle ne sait ni plaider,
ni argumenter, elle ne plaide pas, elle n’argumente pas, elle raconte… parce que la
justice a marché plus vite que sa plume, parce qu’elle est condamnée, il lui serait
interdit, au nom de la morale publique, ou plutôt au nom de ses adversaires, de
crier jusqu’à la mort qu’elle n’est pas coupable !… Nous avons eu la prétention
de contribuer autant qu’il est en nous à l’accomplissement d’un but qui doit être
celui de tous : la manifestation de la vérité ».
Le premier tome va de la naissance de Marie Cappelle en 1816
jusqu’à mai 1839, juste avant son séjour à Busagny où va se dérouler
l’épisode des diamants : « Je suis née le jour de la fête de mon père… mon
voyage à Busagny fut fixé aux premiers jours de juin [1839] »… Le deuxième
tome retrace la vie de Marie Cappelle de juin 1839 jusqu’à la prison de
Brive. Les derniers mots sont les suivants : « … avec un courage désespéré
je franchis le seuil de ma tombe ». [Le 25 janvier 1840 à la prison de Brive].
« Mémoires de Marie Cappelle veuve Lafarge, suite. Écrite sur
ses notes et contenant sa correspondance (tome troisième) ». Paris, A. René,
1842, 376 p.
« Mémoires , suite. Écrite sur
ses notes et contenant sa correspondance (tome quatrième) ». Paris, A. René,
1842, 368 p.
Outre de nombreuses notes et lettres de Marie Lafarge, ces
troisième et quatrième tomes nous apportent, sous la plume de l’éditeur
A. René, une analyse très fine et argumentée des erreurs commises et
38 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
des incohérences envahissant ce procès. A. René se révèle un avocat
particulièrement efficace de Marie Lafarge, décortiquant les faits, les
mots, les comportements, les audiences… Avocat pour la postérité
puisque en 1842, la Cour de Cassation s’est prononcée depuis plus
d’un an sur le rejet du pourvoi et le jugement est donc
définitivement… injuste et scandaleux.
« Mémoires ». Illustrations d’Alphonse de Neuville (1836 –
1885). Paru en feuilleton dans « Les bons romans », fasc. 688-723
(1866), tome 14, vol. 9 de la collection.
« Mémoires de Madame Lafarge, née Marie Cappelle. Écrits
par elle-même ». Paris, Michel Lévy frères, 314 p, 1867. Un seul volume,
sans la préface de A. René figurant dans l’édition de 1841.
« Mémoires de Madame Lafarge » nouvelle édition, Michel
Lévy Frères, Librairie nouvelle, Paris, 1875.
« Mémoires de Marie Cappelle veuve Lafarge écrits par
ellemême ». Éditions Christian Lacour, Nîmes, 2002, en 2 volumes
identiques à la version originale.
« Dans le silence recueilli de ma prison. Mémoires, 1840,
présentés et annotés par Arlette Lebigre, Paris, Tallandier, 2008, 390 p ».
« Dans sa cellule, une jeune femme de vingt-quatre ans écrit ses Mémoires :
Marie Lafarge vient d’être condamnée à perpétuité pour avoir empoisonné son
mari, malgré les doutes que les expertises ont laissé subsister. La France entière
s’est passionnée pour son procès. Ces Mémoires, écrits à la manière d’un roman,
ne dissipent pas le mystère qui entoure l’affaire, mais constituent un témoignage
remarquable sur la condition féminine au XIXe siècle : rêves d’adolescence brisés
par un mariage arrangé avec un rustre, qui conduit son épouse au fin fond de la
Corrèze, dans une bâtisse lugubre au milieu d’une famille hostile. Lorsque M.
Lafarge succombe à un mal non identifié, Marie est soupçonnée de meurtre.
L’historienne Arlette Lebigre, spécialiste du droit criminel, prend alors la plume
pour faire revivre ce procès dans lequel, pour la première fois, les magistrats eurent
recours à des experts en toxicologie ».
« Mais qui étiez-vous Marie Capelle ? » suivi des « Mémoires
de Madame Lafarge ». Noël Gayraud. Éditions de la Rue Mémoire,
2015, 317 p.
39 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
Ce que dit Marie Lafarge de ses « Mémoires »
« M*** me dit qu’il faut terminer bien promptement les premiers volumes de
mes Mémoires. J’écris toute la nuit, tout le jour ». (C2, p 174). « Je crois que les
Mémoires ont paru ce matin à Paris. Nous n’en avons pas encore reçu ; mais, ce
matin, j’ai lu un affreux article contre eux [celui de Jules Janin paru dans le
Journal des débats du 20 septembre 1841]. Un doute cruel torture ma
pensée. Aurais-je eu tort d’écrire ? Ce qui devait amener ma réhabilitation
amènera-t-il ma perte ?… Lisez tout ce qui se dit contre moi. Faut-il laisser paraître
une seconde édition ? Faut-il arrêter le mal ? Ma voix doit-elle s’élever ou doit-elle
s’éteindre ». (C2, p 158 et 159 ; lettre à Babaud-Laribière). Ici, entre tous
les amis, nous n’avons qu’un seul exemplaire des Mémoires… (C2, p 161). Je
vais me remettre à l’ouvrage. J’aurais voulu faire quelque livre qui parût avant le
troisième volume des Mémoires, mais j’ai peur. Toutes ces critiques m’ont fait
douter de moi. Je ne veux pas ajouter aux pyramides de sottises, de lieux
communs, d’inutilités qui sortent chaque jour des antres de la Presse. La médiocrité
m’épouvante. (C2, p 162). Des pensées de haine n’ont point envenimé ma
plume ; je n’écris pas contre des ennemis, j’écris pour sauver mon innocence de la
calomnie, j’écris pour mon honneur, j’écris pour mes amis… Quant aux épreuves,
je m’en rapporte complètement à vous pour la correction des détails… Je trouve le
titre de « Mémoires » un peu ambitieux, celui de « Justification » trop avocat ; je
vous demande votre avis… Je crois qu’il est quelques ombres nécessaires dans les
portraits, pour qu’ils soient acceptés pour vrais et pour qu’ils ne tombent pas dans
cette catégorie de bas panégyriques que je déteste par-dessus tout… Une lettre de
M. de T. m’apprend que les « Mémoires » ne seront pas saisis, que nous n’avons
à craindre qu’un procès… Je ne vous cacherai pas, Monsieur, que j’ai été
profondément affectée des attaques si cruelles qui ont accueilli les « Mémoires ». Je ne
demandais pas des louanges mais une censure sévère et raisonnée… Vous désirez
que je travaille à mon troisième volume. Dois-je vous l’avouer ? Je ne l’ai pas fait
et je puis pas le faire encore. Les déchaînements de mes ennemis, les injustices de la
justice, la cruauté des organes de l’opinion, des espérances brisées, tout, depuis
quelques mois, ajoute à l’amertume, à l’indignation, à la colère de mon âme. Ma
plume écrirait des vérités trop mordantes, des appréciations peut-être exagérées, des
paroles de vengeance et de haine. (C2, p 248 à 256. Lettre à M. René,
éditeur des Mémoires)… ne faudrait-il pas attendre l’effet des « Mémoires » ? Je
leur ai confié la vérité avec ses mille petits détails… (C2, p 306). Les faits en
sont strictement vrais. J’avais la fièvre au cerveau, ma douleur exaspérée s’éveillait
sans trouver une larme… Je ne peux pas effacer ces pages, empreintes de tous mes
40 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
défauts, de toutes mes faiblesses d’autrefois, mais je saurai les racheter
dignement ». (C2, p 331).
« Il en a été fait une excellente traduction [des Mémoires]. La presse
anglaise s’est montrée généreusement favorable. Elle déclare ne pas vouloir se
prononcer sur la chose jugée mais, sur la partie littéraire des « Mémoires », elle a
une indulgence très grande et même un peu flatteuse. J’ai fait une préface pour cette
édition, à la prière de l’éditeur, et je l’adresse aux dames anglaises ». (C2, p
161).
Quelques opinions sur les Mémoires
Avant parution
« La Presse » 18 juillet 1841 : allusion aux « Mémoires » qui vont
paraître prochainement.
« La Presse » 11 août 1841 et le « Journal de Toulouse »
14 août 1841 : extrait des « Mémoires ».
« Journal des Débats » 21 août 1841 et le « Journal de
Toulouse » 23 août 1841 : « On annonce que le ministère public, dans l’intérêt de
la morale et du respect que commandent les décisions de justice, aurait annoncé
l’intention d’opérer la saisie de ces « Mémoires » au moment de leur publication ».
Après parution
« La tribune dramatique » 1841 t 1, p 82-84 : « Il y a là, depuis le
premier mot jusqu’au dernier, de terribles enseignements ; c’est qu’il y a là un
puissant intérêt qui vous tient cloués à ce livre écrit par une femme jeune et flétrie,
dans un cachot, loin de tous les hommes, sous une hache… Si Mme Lafarge n’a
point volé, si Mme Lafarge n’a point tué son mari, il n’y aura pas assez d’extases
dans le ciel pour cette malheureuse victime de l’erreur des hommes. Mais quelle
hypocrisie ! Quelle lâcheté ! Quelle dégradation ! Si les bijoux ont été volés, si le
poison a été versé ! ». (Jacques Arago).
« La Tribune dramatique », 1841, tome 1 ; Lettres critiques à
Mme Louise de Saint-Loup ; (Ramon Gomeril). « Ne croyez pas,
Madame, que les journaux dirigent l’opinion en France. Ils se laissent diriger par
elle, et s’écoutent les uns les autres comme les moutons de Panurge… Lisez les
feuilletons sur Marie Cappelle ; lisez ensuite ses Mémoires. Vous resterez
confondue de cette niaise déclamation dont tous les chiffons politiques l’ont poursuivie…
Nous aussi, nous croyons que Marie Capelle a volé les diamants ; mais jamais ce
41 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
vol ne sera pour nous une preuve qu’elle écrive comme une cuisinière un peu stylée,
lorsque ses « Mémoires » sont rédigés avec un esprit d’observation, une couleur et
une éloquence qui la placent fort au-dessus de Mme de Sévigné ».
« Revue de Paris », Tome XXXV, 1841. (Desplaces Auguste).
« Je ne m’imagine pas qu’on eût encore fait éclater une aussi impudente
frénésie de scandale, déployé jamais d’aussi grotesques sympathies pour le crime paré de
perfides atours, comme on l’a vu à l’occasion de Mme Lafarge !… Cette dernière
planche de salut, à laquelle s’attache désespérément sa fortune, va l’entraîner pour
jamais dans la réprobation universelle… Si Mme Lafarge espérait se faire par
cette publication une renommée d’écrivain, son espoir assurément était une
illusion… le plus souvent sa phraséologie, toute de salon et de boudoir, n’a rien de
littéraire… A tout instant, les mots de Dieu et de poésie abondent pieusement sur
les lèvres de Marie Cappelle et ces mots, retentissant dans une telle bouche,
importunent l’oreille comme des notes discordantes ».
« Bibliographie catholique » août 1841 à juin 1842, p 72.
« L’apparition de ces « Mémoires » a soulevé dans les journaux une assez vive
polémique… nous nous bornerons à signaler ces « Mémoires » comme un mauvais
livre sous tous les rapports, et à détourner de sa lecture autant que cela dépendra
de nous… Marie Cappelle est la réalisation complète des types du roman
moderne. C’est en cela surtout qu’on acquiert la preuve à peu près certaine que ses
lectures l’ont perdue. Qui pourrait dire l’influence qu’ont eue sur elle les livres
dangereux pour lesquels elle avoue son penchant ? Or, n’est-ce pas là un motif de
plus pour flétrir non seulement les livres immoraux, mais les feuilletons détestables
que plus d’un journal ne craint pas de publier et dont le danger est bien plus
effrayant que celui des livres ».
« Écho de la littérature et des beaux arts en France et à
l’étranger » septembre 1841. Ernest de Belenet : « … empressement
avec lequel le public vient d’accueillir cette déplorable publication… Voilà les
hommes qui applaudissent à l’immoralité pourvu qu’elle soit effrontément originale
ou délicatement parée… voilà pour qui, entre mille autres, « Les Mémoires du
diable » [Frédéric Soulié] arrivent à cette vogue scandaleuse… [tous ces
auteurs immoraux] sont coupables du crime du Glandier s’il a été commis… dans
cette vie [celle de Marie Lafarge] se résume tristement la société d’aujourd’hui
telle que nous l’ont faite les traditions immorales et anti-religieuses du siècle
dernier… Malencontreux avocat, Marie Cappelle, par la publication de ses
« Mémoires », s’est, peut-être, fait un plus grand mal dans l’opinion que n’eussent
pu le faire ses défenseurs les plus gauches… cette femme a de l’esprit, il est
impos42 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
sible de le nier… c’est la société qu’elle a vue, c’est la littérature dont elle s’est
nourrie, qui, d’une femme remarquable ont fait l’étrange héroïne que vous savez ».
« Le Siècle » 16 septembre 1841 : « Voici enfin les « Mémoires » de
Mme Lafarge écrits par elle-même. On assure que cet ouvrage est fait pour exciter
au plus haut degré la curiosité publique ». (Accompagné d’une publicité
pour l’ouvrage).
« Les Coulisses » 19 septembre 1841 : quelques lignes de la
préface sont citées.
« Journal des Débats » 20 septembre 1841. (Jules Janin) : « Il le
faut, je vais vous raconter toute cette honteuse histoire ; tant pis pour moi, tant pis
pour vous, si c’est là une nécessité de notre époque d’affronter un dégoût pareil…
Je vais me contenir car après tout, il s’agit du livre d’une morte… Que le crime
soit devenu l’enseigne de la gloire littéraire, qu’il suffise d’avoir la main tachée et
salie pour couvrir d’une prose immonde les pages d’un livre, c’est impossible…
Avant le vol et le poison, cette fille on la trouvait noire, laide, peu avenante ; après
son double crime, elle était reconnue belle, élégante, spirituelle, éloquente entre
toutes les femmes… Tout ce livre est une pleurnicherie pleine d’ennui ou pleine
d’horreur… elle jette son venin partout où elle peut l’étendre… tout le livre de
Madame Lafarge est encore un plus gros mensonge que ses déclarations au
procès… Voilà cette Sévigné fangeuse qu’on nous annonçait de toutes parts… cette
semaine… Paris s’est amusé à parcourir les ignobles et stupides Mémoires de
Mme Lafarge… ».
« Les Coulisses » 23 septembre 1841 : « Sainte Lafarge canonisée
par elle-même. Marie Cappelle a fait tout simplement un appendice à « La vie des
Saints » et l’être déifié, canonisé, sanctifié, c’est elle, partout et toujours elle…
Sainte Lafarge priez pour nous !… L’auteur de ces « Mémoires » promettait
mieux que cela, littérairement parlant. Elle n’a rien tenu, comme tous ces esprits
peut-être supérieurs dont le cœur est sec, aride, sans ressort, et ne peut rien fournir
dans l’accouplement des idées et des sentiments, ces sources de la production…
Nous lui conseillons de pleurer deux forfaits : le premier, vous le connaissez, le
second, ce sont ses « Mémoires ». »
« Journal de Toulouse politique et littéraire » 27 septembre
1841 : « Hier, dans un café de Paris, une scène singulière a eu lieu. On y a
publiquement lacéré et brûlé un exemplaire des « Mémoires » de Marie Capelle ».
« Revue critique des livres nouveaux » juillet 1843 : «
Mémoires » de Marie Capelle. L’article indique que ces « Mémoires »
n’apportent aucun élément nouveau par rapport à la condamnation.
43 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
« Quant à moi, après avoir lu ses « Mémoires », j’avoue qu’il m’est impossible
de la croire innocente. Ils ne contiennent pas l’expression d’un bon sentiment, et
sont quelquefois repoussants par le cynisme dont elle s’accuse avant son mariage ».
(Georgette Ducrest. « Mémoires sur l’impératrice Joséphine, sur la ville, sur la
Cour et les salons de Paris sous l’Empire ». Paris, 1863, p 86).
« Journal des débats » 11 avril 1872 : cet article cite les «
Mémoires » de Marie Lafarge pour faire un parallèle avec Courbet exclu
de l’Exposition pour ses idées politiques. Les « Mémoires » de Marie
Lafarge n’ont occasionné aucune protestation, ni de l’Académie
française, ni de la Société des gens de Lettres.
« La Presse » 14 novembre 1897. (Henri d’Alméras) : « Littérature
criminelle » : « … cette tendre madame Lafarge qui n’empoisonna son mari,
d’ailleurs si peu aimable, que pour publier des « Mémoires » qui firent pleurer
toute une génération de femmes… Jamais, depuis que le monde existe, on n’avait
vu un aussi émouvant mélange d’arsenic et de sensibilité ».
« Le Temps » 20 janvier 1911 : « Mme Lafarge a publié des «
Mémoires » que je viens de lire ; c’est délicieusement spirituel mais il n’y a presque
pas de sentiment. Une foule de gens, qui ont paru au procès, sont déchirés et
couverts de ridicule par cette publication qui, du reste, est abîmée dans les journaux ».
(Lettre de Henry Murger du 18 septembre 1841 qui parle des «
Mémoires » de Marie Lafarge ; article de Jules Claretie à propos du
cinquantenaire de la mort de Henry Murger).
« Le Temps » 18 décembre 1912 : « … ses « Mémoires », chef
d’œuvre de candeur ou de perfidie, on ne sait pas, mais chef d’œuvre à coup
sûr… » T. G.
« La Revue critique des idées et des livres » 10 février 1914 :
« Ces « Mémoires », document curieux sur une époque, elle eut peut-être tort de les
écrire. Sa mémoire en souffrira. Je crains fort que sa réhabilitation n’en soit
compromise ». (Henry de Bruchard).
« De toutes les présomptions morales qui ont établi la culpabilité de Marie
Cappelle il n’en est pas de plus accablante que ses « Mémoires ». Quelle nature
constamment dépravée et perverse au milieu d’un caquetage de grisette
prétentieuse ». (Le Constitutionnel).
« Heures de prison »
« Heures de prison » par Madame Lafarge (née Marie Capelle)
[avec un p alors que pour les Mémoires il y a deux p] ; Paris Librairie
44 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
nouvelle ; boulevard des Italiens, 15, en face de la Maison Orée ;
1854, 390 p ; préface de Collard datée du 17 juin 1853. Cet ouvrage
débute le 24 octobre 1841, à la prison de Tulle, quelques jours avant
le départ pour la prison de Montpellier.
Marie, bien qu’écrivant « Mémoires », parle d’écrits qui seront
publiés sous le titre « Heures de prison ». Les « Mémoires » sont publiés en
septembre 1841, époque où Marie n’est pas encore à Montpellier et
qu’elle ne correspond donc pas avec l’abbé Brunet. « J’ai fini un premier
volume de « Mémoires » en prison. Je le garderai manuscrit jusqu’à ce que votre
chère et vénérée censure vienne me donner ses avis. (C1, p 58 ; lettre à l’abbé
Brunet). J’ai fini deux premiers volumes de « Mémoires » et j’achève trois autres
volumes. (C1, p 102 ; lettre à l’abbé Brunet) « Sœur Saint-Louis vous
portera mon manuscrit [pour l’abbé Brunet]. Peut-être y trouverez-vous quelques
incorrections de copie. Mon écriture est si mauvaise que j’ai eu pitié de vos yeux et
l’ai fait copier pour vous l’envoyer… soyez sévère. Je regarderai une correction de
votre main comme la preuve de l’intérêt que vous me portez ; je suivrai avec une
religieuse obéissance vos conseils et vos critiques ». (C1, p 108, p 109). « Mes
derniers « Mémoires » ne paraîtront pas avant que je sois libre, libre par la grâce
des hommes ou par celle de Dieu ». (C1, p 111).

« En livrant à la publicité l’ouvrage qu’on va lire, j’acquitte un legs, je remplis
un devoir. Marie Cappelle était ma petite nièce, mon frère était son aïeul… La
prisonnière, qui jusque là m’était personnellement inconnue, arriva à Montpellier
le 11 novembre 1841… Dès ce moment je ne vis plus une nièce : je sentis que
j’avais une seconde fille et mes enfants l’adoptèrent comme une sœur… Les
« Heures de prison » sont la reproduction fidèle de toutes les souffrances, de toutes
les douloureuses péripéties dont nous avons été les témoins… œuvre inachevée que
son état de souffrance la força d’interrompre vers la fin de 1847 et qu’elle se
proposait de compléter par des articles de littérature et d’histoire dont elle avait
rassemblé les matériaux… L’humble cimetière d’Ornolac a reçu les restes de la
morte… une croix renversée couvrira sa tombe… Qu’on ne me demande plus
rien ». (Extraits de la préface de Collard). « Les « Heures de prison »
paraîtront dans la quinzaine. Je vous en adresserai un exemplaire. C’est
malheureusement un ouvrage bien incomplet. La pauvre femme ne croyait pas
mourir si tôt ». (C2, p 351 ; lettre de Maurice Collard à l’abbé Bonnel).
45 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
« Heures de prison » Madame Lafarge née Cappelle, nouvelle
édition, Michel Lévy frères, Librairie nouvelle, 1867. Réédition Paris,
1874, 311 p.
« Heures de prison » Madame Lafarge née Cappelle. Réédition
Éditions Christian Lacour, Nîmes, 2002, 390 p.

« Les heures de prison, que cette même plume traça en éclairs aussi fulgurants
que fugitifs dans la nuit perpétuelle de sa cellule… ». (C1, p IX).
« Non seulement personne ne possède une ligne de mes « Heures de prison »,
mais encore, excepté vous, je n’en ai laissé lire une ligne à personne. Je n’en ai
qu’un volume et demi de transcrit, et j’attends la santé pour en dicter la suite et en
écrire la fin. (C2, p 142 ; lettre à Émile de Girardin). On a reproché à mes
premiers « Mémoires » l’ironie railleuse. Je m’étais trop occupée de mes ennemis,
en les écrivant. Cette fois, je les oublie pour reporter ma pensée sur mes amis et
leur faire l’hommage du peu de talent que j’ai pu acquérir, par dix années d’étude
consciencieuse et incessante. » (C1, p 210).

« … il y a encore des partisans de son innocence ! Elle mentait si habilement,
si doucement, avec un tel air de victime ! Qui ne connaîtrait sa vie que par les
« Heures de prison » la prendrait pour une martyre, seulement assez
ennuyeuse… ». (Gourmont Rémy de. Mercure de France 1910, vol 86,
n° 315, p. 487 in Empoisonneuses, à propos de Marie Bourette).
« Réédition d’un livre écrit par une femme qui éprouvait le besoin de se draper
dans son malheur. Le style est boursouflé, rempli de pathos. Les phrases sont vides
de sens et fatigantes à lire ». (Revue anecdotique des lettres et des arts,
1855 T 1, p 64).
« Ses « Heures de prison » sont un véritable chef d’œuvre où les pensées les
plus élevées se joignent aux réflexions philosophiques les plus profondes. Nous
aimerions voir toutes les dégénérées hystériques aussi douées. Que de bien
équilibrées abandonneraient la littérature ! » (Jean Baudéant et Armand Pasturel.
Étude juridique et psychologique d’une cause criminelle célèbre.
Affaire Lafarge. A. Maloine éditeur, 1913, 128 p).
Revue de presse
« Journal de Toulouse » 16 octobre 1853 : « Un éditeur [le nom
n’est pas cité] vient de mettre en vente un livre au titre affriolant. Je veux parler
de trois volumes à couverture jaune citron qui paraissent sous cette rubrique
46 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
« Heures de prison » par Mme Lafarge (Marie Cappelle). On dit qu’il s’y trouve
çà et là des anecdotes assaisonnées de noms propres ».
« Le Figaro » 12 novembre 1854 : publicité pour « Heures de
prison ». « Marie Capelle raconte dans ces pages résignées sa vie de réclusion et de
silence. Avec une mélancolie si touchante, avec de tels cris de l’âme, que les cœurs
les plus prévenus s’émeuvent à ces plaintes douces ».
« Correspondance »
On estime que Marie Lafarge a écrit plusieurs milliers de lettres.
Elle en a reçu probablement davantage, lettres d’amour, de
consolation, d’espérance, de gens sensés ou détraqués ou bien courrier de
flétrissure, de boue et de fange, mais en nombre très limité.
Sa correspondance, du moins pour les lettres qui ont été
retrouvées, a été publiée et annotée par M. Augustin Boyer d’Agen, avec des
illustrations. Paris, Mercure de France, 1913.
Correspondance, tome 1 (332 p) : Abbé Brunet ; Frédéric
Lacombe ; Delafont ; Charles Lachaud ; fragments.
Correspondance, tome 2 (349 p) : Charles Lafarge ; Raymond
Pontier ; Maurice, Gustave et Adèle Collard ; Alexandre Dumas ;
Émile de Girardin ; Jacques Jasmin ; Babaud-Laribière ;
Lavillemarais ; Théophile Mercier ; Napoléon III ; Orfila ; Raspail ; Divers.

Correspondence (sic), Lafarge Marie (1816 – 1852) ; reprise de
l’édition de 1913 annotée par Boyer d’Agen ; Nabu Press, volumes 1
et 2.
Revue de presse
« Le Figaro » 4 octobre 1866 : « Je n’y trouve rien [dans les lettres
de Marie Lafarge]… dans ces lettres, de sincèrement et de profondément ému,
rien de poignant, pas un de ces irrésistibles cris qui vous remuent jusqu’au fond de
l’âme, pas un de ces fragments de vérité qui, pour ainsi dire, vous percent l’esprit
comme un rayon… [dans une note à cet article, Jules Claretie ajoute]
Dans les lettres de Mme Lafarge il faut faire la part du temps et la part du
romantisme. Que la sincérité de la femme soit suspectée, rien de plus naturel ; mais
nier le tempérament de l’écrivain, rien de plus injuste ».
« La Nouvelle Revue » mai 1913 : « Ces lettres doublement
révélatrices, en ce qu’elles attestent à la fois la délicate maîtrise de l’écrivain et
47 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
l’innocence de l’accusée, méritent d’être lues et relues par tous ceux qui aiment les
belles envolées d’une langue riche de toutes les virtuosités de la lyre des mots ».
« La Lanterne » 16 septembre 1913 : « M. Boyer d’Agen est un
polygraphe érudit et consciencieux ; journaliste, poète, romancier, il s’est fait une
notoriété dans les questions catholiques et romaines… A l’heure actuelle,
M. Boyer d’Agen se consacre – avec bien d’autres – à la réhabilitation de la
mémoire de la mélancolique et touchante Mme Lafarge et il nous offre ses
« Lettres inédites » en nous disant : lisez et prononcez-vous ».
« La Nouvelle Revue » novembre 1913 : court article sur «
Correspondance de Madame Lafarge ».
er« Mercure de France » 1 novembre 1913 : « Madame Lafarge :
correspondance publiée et annotée par M. Boyer d’Agen. Mercure de France, 2
volumes » ; [aucun commentaire].
Le Figaro 11 novembre, 5 décembre 1913 : article sur la «
Correspondance » de Marie Lafarge : « Ces lettres ne m’ont pas tout à fait
convaincu de son innocence ; par contre, elles m’ont donné une haute idée de son
talent d’épistolière ; ces lettres sont admirables, vraiment, et elles resteront parmi
les plus belles qui aient été écrites dans la langue française ». Ph. Emmanuel
Glaser.
« Revue du traditionalisme français » janvier-février 1914 :
Article sur « Madame Lafarge. Correspondance » p 30-31.
« L’Homme libre » 21 janvier 1914 : La correspondance de
Madame Lafarge de Boyer d’Agen. Article de M. C. Jacquemaire, très
réservé sur le talent littéraire de Marie Lafarge.
« Annales universitaires de l’Algérie » 1915 : « Mme Lafarge,
Correspondance » par Boyer d’Agen. (Georges Yver).
er « La Nouvelle Revue » 1 novembre 1922 : Une lettre inédite de
Mme Lafarge. Marie Cappelle à M. Valbret inventeur d’un calorique
ingénieux [pas dans C1 ni C2] Prison de Montpellier, sd. p 313-320 :
« « La Correspondance » de Mme Lafarge ne se limite pas à ces deux premiers
volumes. La matière d’une publication nouvelle est assemblée présentement dans
les mêmes archives d’où M. Boyer d’Agen extrait cette lettre ». Hélas, il n’y eut
pas de troisième tome !
Autres écrits
Nous rentrons, avec ces autres écrits, dans le domaine des
conjectures tout autant que des regrets, au regard de la perte de ces œuvres,
48 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
peut-être d’une grande qualité littéraire ou dramatique, s’agissant de
pièces destinées au théâtre.
« J’ai quelques manuscrits qui n’ont besoin que d’être revus à tête libre et
reposée ». (C2, p 139). « Il n’y a nul doute qu’elle ait laissé un manuscrit non
achevé qu’elle destinait à ma mère en reconnaissance de ses bons soins. Qu’est-il
devenu ? Nous n’avons jamais pu le savoir. » (Lettre de M. Menville,
d’Ussat-les-Bains, à M. Varloy, p 206).
« La Presse » 5 août 1840 : « Depuis quelques jours on fait circuler
confidentiellement à Brive quelques pièces de vers qu’elles a composées dans sa
captivité. »
Capel (Voir : Capel André).
« Je m’occupe en ce moment d’un innocent qui est mort sur l’échafaud pour
sauver son beau-père, d’un pauvre innocent jugé et condamné par le jury de la
Corrèze, l’an IX de la République… moi qui ai voué mon respect et mon
admiration à la sainte victime, je veux essayer de la faire partager à mes amis. »
(Lettre à l’éditeur René ; C2, p 255-256). « Nous avons entre les mains le
travail annoncé par Mme Lafarge [sur Capel] et bien d’autres ébauches qui
prouvent la liberté d’esprit avec laquelle elle pouvait aborder toute sorte de sujets
d’étude même au milieu des souffrances physiques et morales de la prison.
Peutêtre, un jour, si nous parvenons à déchiffrer ces feuilles qui recevaient le premier jet
de sa pensée, les livrerons-nous à la publicité ». (A. René, éditeur des «
Mémoires »).
Une femme perdue
Boyer d’Agen écrivit, en 1913, à Jules Claretie pour lui rappeler
que dans un de ses feuilletons dramatiques du « Soir », le 14 juillet
1874, à propos du « Postillon de Fougerolles » de Gabriel, il avait signalé
une pièce identique et inédite qu’avait écrite Mme Lafarge dans sa
prison. « Gabriel, ajouta M. Claretie, possédait le manuscrit, il vint me le
soumettre. Il y avait des situations profondément touchantes et rigoureuses dans cette
œuvre inconnue de Mme Lafarge. L’empoisonnement du Glandier y était
curieusement dramatisé. Qu’est devenue cette pièce depuis la mort de Gabriel ? Où
estelle ? Qui la possède ? » (L’Intermédiaire des chercheurs et des curieux ;
er1914, 1 semestre).

49 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
« Le Nouvelliste » 29 juillet 1853 : un drame de Marie Lafarge
« Une femme perdue ». Cette œuvre, transmise à un journaliste
[probablement Georges Claretie] est accompagnée d’une lettre que Marie
Lafarge a adressée à Mlle Rachel dans laquelle elle prie la comédienne
de bien vouloir en accepter le rôle principal.
« La Féerie illustrée » 2 avril 1859 : article sur « La femme
perdue ». Marie Lafarge se serait inspirée de « Eulalie Pontois » de Frédéric
Soulié.
« Le Figaro » 2 février 1907 : « Elle écrivait sous des pseudonymes des
articles remarquables aux journaux et je possède des manuscrits inédits qu’elle
écrivait dans sa prison de Montpellier et que je publierai quelque jour, articles
remarquables sur Montalembert, sur Barbès, sur Michelet… Elle acheva même
une pièce de théâtre qu’elle destinait, dit-on, à Rachel, sous ce titre : Une femme
perdue ». (Georges Claretie).
« Le Temps » 5 novembre 1909 : Jules Claretie parle de « Une
femme perdue » de Marie Lafarge. « J’ai eu et lu précisément de Marie Lafarge
une pièce de théâtre où elle plaidait elle-même son innocence en une suite de scènes
assez éloquemment dialoguées. L’œuvre avait trois actes. Le dernier, que je
connais, n’a jamais pu être retrouvé à la mort de celui qui me l’avait communiqué.
C’était le plus intéressant des trois car il se passait à la cour d’assises même, et
l’héroïne du Glandier y mettait en scène sa propre personne. Mme Lafarge avait
ironiquement donné à son drame ce titre : Une femme perdue ». (Jules Claretie.
« La vie à Paris ». 1909).
« Bulletin de la société ariégeoise des sciences, lettres et
arts » 1922-1925, p 87 : « De la part de notre collègue Georges Vidal,
pharmacien à Montpellier, sont transmis plusieurs articles du journal « L’Éclair »
(janvier 1923) qui font connaître quelques faits relatifs à la détention de Madame
Lafarge à Montpellier. On y relate dans quelles conditions l’héroïne du Glandier
composa un drame intitulé : Madame de Mely. Ce drame, incomplet d’ailleurs,
dont « L’Éclair » donne l’analyse est, à certains égards, un plaidoyer. On le sait,
Madame Lafarge, a passé une partie de sa vie à Montpellier, plus tard à Ussat, à
essayer de démontrer son innocence sous les formes les plus diverses ».
« Le Gaulois » 11 mars 1922 : « Mme Lafarge écrivit, elle aussi, ses
« Mémoires » qui furent imprimés en 1841. C’était un plaidoyer plein de verve,
d’ironie et d’originalité dans lequel elle s’inscrivait en faux contre le jugement qui
l’avait frappée. Elle composa, en outre, « Heures de prison », petit volume
em50 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
preint d’une mélancolique et tendre résignation. Et dans ses papiers on retrouva le
manuscrit d’un drame : « Une femme perdue ». (Armand Villette).
« Le Figaro » 13 novembre 1922 : « … cette singulière et énigmatique
graphomane, poète, épistolière, faiseuse de Mémoires et même auteur dramatique,
employant ses loisirs de la maison centrale à écrire un drame encore inédit et que je
publierai peut-être quelque jour ». (Georges Claretie).
« Le Figaro » 20 février 1923 : de sa prison, Madame Lafarge
écrit un drame où elle se met en scène. Elle l’envoie, pour être
retouché, à un auteur dramatique, Gabriel de Lurieu dit Gabriel. Celui-ci
l’apporta ensuite à Jules Claretie, le père de Georges Claretie, l’auteur
de cet article. Ce drame a pour titre « Madame de Mely » ; le dernier
acte, le meilleur selon Georges Claretie, est perdu. Voici le résumé
qu’il donne de ce mélodrame : « Une jeune fille pauvre, romanesque et jolie,
épouse son tuteur, un vieil amiral qui ne peut être qu’un père. Mais elle devient la
proie et la maîtresse d’un aventurier qui veut l’épouser. Pour cela, il empoisonne le
mari. On soupçonne la femme : elle est innocente et obtient un non-lieu. Mais pour
fuir les calomnies, elle se réfugie en Suisse sous le nom de Mathilde de Mély. Là,
elle rencontre un noble gentilhomme, le comte de Halberg, qui veut l’épouser. Mais
alors réapparaît l’empoisonneur qui aime toujours Mathilde ; il cherche à l’enlever,
à rompre son mariage. Un vieux capitaine qui a été jadis l’ami de l’amiral,
surprend leur conversation, menace le criminel de le livrer à la justice :
— Soit, mais je dirai que Mathilde fut ma complice.
Le capitaine le provoque en duel, il refuse. Alors l’officier le frappe d’un coup
d’épée. Le criminel est-il tué, blessé ? Je ne sais. Là s’arrête mon manuscrit. »
(Georges Claretie).
« Bulletin de l’Académie des sciences et lettres de
Montpellier » février-juin 1926, p 76 : « M. Chamayou revient sur certains détails
de l’affaire Lafarge en particulier sur les troubles amenés à Montpellier par la
célèbre prisonnière. Il a entre les mains un volume de vers prétentieux écrit ici
même et il espère pouvoir en faire le sujet d’une prochaine communication ».
Avis sur Marie Lafarge écrivain
« Dans ses écrits, qui sont nombreux, elle a montré un réel talent d’écrivain ».
e(Decourt 2 trimestre 1973, n° 3, p 2).
« Ses écrits révèlent un vrai talent d’écrivain… Le style en est sobre, imagé,
pittoresque, frappant par la recherche du mot propre ; il abonde sur les hommes et
51 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
les choses en réflexions les plus judicieuses, pimentées d’une ironie légère, enjouée,
spirituelle ». (Jean Baudéant et Armand Pasturel).
« Une correspondance romanesque sortie de la plume la plus étincelante que
jamais femme ait asservie à la poursuite de l’originalité ». (Plaidoyers et
discours, publiés par Jules Le Berquier ; préface du même.... 2 tomes,
Marchal, Billard ; Paris ; 1881).
Il convient « de placer cet écrivain parmi les plus remarquables de son temps
pour la langue maîtresse qu’il y emploie et de tous les temps pour le génie humain
qu’il y exprime ». (Boyer d’Agen. Préface de la correspondance, 1913, p
VIII).
« Elle excelle dans le paysage et surtout dans le portrait. Elle a l’observation
fine, malicieuse, voire méchante et le trait aiguisé. Elle saisit instantanément les
ridicules, a des trouvailles de mots et son Histoire naturelle, pourrait-on dire, des
gens du bas Limousin a gardé, après plus de 80 ans [le livre date de 1924]
toute son originale saveur ». (Pierre Bouchardon, L’affaire Lafarge, p 27).
« Elle campe un personnage en quelques phrases, et il n’est plus possible après
qu’elle l’a décrit, de l’oublier. Voilà bien l’indéniable marque du talent. On
« voit » M. Talleyrand. Il suffit de savoir qu’il « boite avec son esprit ». On a pu
dire avec raison que Balzac n’aurait pas désavoué certains de ses portraits. Elle a
le tour alerte et spirituel d’une marquise de Sévigné, avec moins d’afféterie. Les
anecdotes les plus simples prennent avec elle de l’intérêt. Son trait est piquant sans
être méchant et l’on sent qu’il est juste. Elle a voulu cacher ses angoisses, comme
elle l’a écrit, sous la légèreté de ses sarcasmes. Elle voit, enfin, les paysages en
grand peintre qui, ayant déjà le sens de l’harmonie et des couleurs, devine l’âme
des choses derrière le décor ». (Fernande Lhérisson. « Madame Lafarge,
écrivain romantique ». Pages choisies précédées d’une étude sur sa vie et ses
œuvres. Bordeaux, Delmas, 1934, 147 p).
« Son jugement est sûr, profond, personnel et spirituel. C’est un peintre. Sa
sensibilité et sa délicatesse sont exquises. C’est une amoureuse de l’étude. Lire
Mme Lafarge c’est s’attacher à elle pour toujours. Ses dominantes sont la grâce de
l’esprit, la clarté de l’intelligence, la sûreté du jugement servies par un style
incomparablement vivant. Son œuvre devrait tenir dans la littérature romantique une
place bien définie. Les « Heures de prison » devraient être placées dans toutes les
bibliothèques… Le charme d’un esprit artiste, cultivé et profond, servi par un style
imagé et par une parole élégante ». (Louis Palauqui. « Madame Lafarge,
écrivain ». Foix, Gadrat, 1917, 23 p).
52 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
Revue de presse
« Le Figaro » 18 janvier 1857 ; « Le Journal monstre »
février 1857 : madame Lafarge journaliste, lettre de Montpellier du
12 août 1849 à « Mon cher Eugène ».
« Le Petit Journal » 27 octobre 1874 : « Ce n’était pas un plaidoyer
qu’elle faisait ; elle se contentait d’écrire à sa manière, avec une originalité de style
que l’on chercherait en vain chez plus d’un écrivain de profession, les incidents de
sa vie passée ».
« Gil Blas » 11 avril 1893 : Marie Lafarge journaliste ; lettre à
Kunnholtz-Lordat du Babillard.
« Journal des débats » 2 février 1913 : « La littérature cellulaire »
(Marie Lafarge citée).
er« La Nouvelle Revue » 1 janvier 1913 : « La littérature de
Madame Lafarge » p 18 à 30. (André Gayot).
« La Croix » 22 janvier 1918 : « Madame Lafarge écrivain ». (Louis
Palauqui. Revue des Indépendants, Paris. « Esquisse de l’histoire
anecdotique et littéraire de l’héroïne du Glandier, avec portrait »).
« Le Matin » 18 novembre 1934 : Marie Lafarge écrivain. «
Madame Lafarge écrivain romantique » de Fernande Lhérisson. (Germaine
Beaumont).
Quelques articles généraux sur l’affaire Lafarge
« Journal des débats » 2 février 1840 : annonce, par « L’Indicateur
corrézien » du 28 janvier, du décès de Charles Lafarge. Marie Lafarge
est soupçonnée et écrouée à la prison de Brive.
« » 4 février 1840 : cite « Le Messager » « Les
journaux et les salons retentissent depuis plusieurs jours d’une horrible catastrophe
dont le village de Glandier (département de la Corrèze) aurait été témoin. Une
jeune femme, qui serait accusée, se trouve en ce moment sous la main de la justice.
Cette jeune femme appartient à une des familles des plus honorables de la capitale.
Dans l’intérêt de cette famille désolée et dans l’intérêt de la morale publique, alors
qu’il n’existe que des soupçons, ne serait-il pas convenable que l’on s’abstînt de
prononcer (sic) avant l’heure de la justice et que l’on ne propageât pas sous des
formes plus ou moins malveillantes des bruits dont plusieurs portent le caractère de
la plus révoltante fausseté ».
« Journal des débats » 8, 12, 20 et 24 février 1840 : articles sur
l’affaire de Glandier.
53 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
er« Journal de Toulouse » 1 mars 1840 : empoisonnement et vol
de diamants.
« La Presse » 2 mars 1840 : affaire de Glandier, surtout
diamants.
« Journal des débats » 3 juin 1840 : affaire de Glandier, article
du Progrès de la Corrèze.
« La Presse » 6, 8 et 9 juin 1840 : affaire du Glandier.
« Le Figaro » 13 septembre 1840 : Marie Lafarge citée dans un
article intitulé : « Des amours, des crimes et des grands journaux ».
« Les Coulisses » 11 août 1841 : Madame Lafarge.
« Le Figaro » 28 février 1864 : début de la série intitulée : «
Maerdame Lafarge » ; 1 mai 1864 : fin de cette série.
« Le Gaulois » 16 décembre 1882 : supplément littéraire ; long
article consacré à l’affaire Lafarge, quelques jours après la mort de
Charles Lachaud.
« Journal du dimanche » 26 mars 1899 : court résumé de
l’affaire Lafarge.
« Le Petit Parisien » 3 août 1903 : « Crimes anciens », long article
sur l’affaire Lafarge.
« Je sais tout » 15 août 1906 au 15 janvier 1907, p 251 à 258 : le
drame du Glandier. (Henri Varennes).
« Journal des débats » 19 et 26 octobre 1906 : long article sur
Marie Lafarge. (André Hallays).
« Limoges illustré » 15 mars 1910 : « Chanteclair » dans son numéro
de février [1910] donne un intéressant article sur « Mme Lafarge » [cet article
er sera reproduit intégralement dans le numéro du 1 avril 1910 de
Limoges illustré].
« Le Rappel » 19 juillet 1910 : « Figures oubliées : Madame Lafarge ».
(Ernest-L. Laroche).
« Bulletin de la société scientifique, historique et
archéologique de la Corrèze » septembre 1921 : « Madame Lafarge » p
225227.
« La Lanterne » 8 octobre 1922 : l’erreur judiciaire du Glandier.
« La Presse » 8 février 1923 : un grand procès d’autrefois. La
troublante Mme Lafarge. (Paul Mathiex).
« Le Matin » 19 janvier 1930 : le mystère du Glandier.
54


Charles Lafarge (1811-1840)



Charles Lafarge est né le 31 mai 1811 à Vigeois (Corrèze) et mort
le 14 janvier 1840 au Glandier, commune de Beyssac (Corrèze). Il fut
inhumé au cimetière de ce village. En décembre 1834, il épouse
Félicie Coinchon Beaufort ; c’est la première dot qui partage sa vie. Il
devient maire de Beyssac en juin 1837 en succédant à Étienne
Cousty ; son premier adjoint est François Roque, décédé soudainement le
7 décembre 1839 à 44 ans, en sa maison de La Grande Vieille.
Celuici avait été nommé adjoint à la mairie de Beyssac pour pallier les
divers empêchements de Charles Lafarge. Cette famille avait hébergé le
vieux Père Dom Christophe, inhumé au cimetière de Beyssac, vers
1793, chartreux resté seul au Glandier après les saccages de la
Révolution et qui transmit à cette famille le grand sceau de la chartreuse.
Charles Lafarge n’est pas le riche propriétaire que présentent ses
amis et partisans aux familles Garat et de Martens. Son « château » n’a
ni terrasses, ni jardins magnifiques, ni salons, ni décorations de goût.
Marie Lafarge décrira cette froide bâtisse, humide, froide, envahie par
les rats et gouvernée par une femme revêche. La moralité dont se
porteront garants diverses personnalités de la Corrèze, ainsi d’ailleurs
que le curé d’Uzerche, n’est pas aussi immaculée qu’ils le clament car
cette famille a été impliquée dans une très sombre histoire en 1818
(Voir Chantal Sobieniak) et l’histoire retiendra que Charles Lafarge
était menteur, cupide, dissimulateur, et même escroc, s’entourant de
domestiques troubles et capables de produire de faux billets et de
fausses reconnaissances de dettes.
C’est lors de son séjour à Paris, de fin novembre à début
janvier 1840, que démarre véritablement l’affaire Lafarge. Profitant du
« carnet d’adresses » de Marie Lafarge, il vient chercher des fonds
dans la capitale pour déposer et développer son brevet relatif à une
55 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
fabrication révolutionnaire du fer. Il revient de Paris, dit-il, avec
25 000 francs mais cette somme ne sera jamais retrouvée.
Son portrait
« Je connaissais beaucoup M. Lafarge… jeune homme que j’avais toujours vu
plein d’honneur, mais incapable d’administrer un établissement. Il avait pas mal
d’orgueil et point de jugement… » (Lettre de Frédéric Lacombe à M.
Delafont ; C1, p 200).
« [selon les renseignements fournis par M. de Martens] M. Lafarge
avait vingt-huit ans, une famille honorable, une moralité reconnue, une grande
capacité, et le désir de pousser aussi loin que possible son industrie ; il possédait
une des propriétés les plus agréables du Limousin, une usine, un haut fourneau,
deux cent mille francs en fonds de terre… et des revenus considérables sur la
forge… Je trouvai M. Lafarge bien laid. C’était la figure et la taille la plus
industrielle. (M2, p 70, 72). M. Lafarge a 28 ans, une assez laide figure, une
tournure et des manières très sauvages, mais de belles dents, un air de bonhomie,
les sentiments les plus droits, les plus désintéressés, une réputation excellente… Il
est maître de forges, a ses propriétés dans le Limousin… une belle fortune, un joli
château… Mon mari n’est pas très beau mais parfaitement bon… M. Lafarge
aime à recevoir du monde chez lui, il en a très souvent… Dis à mon oncle que M.
Lafarge aime beaucoup Jean-Jacques Rousseau… (C2, p 262, p 263, p 264, p
265). Charles est l’homme le plus correspondant à ce qui m’entoure, cachant sous
une enveloppe sauvage et inculte un noble cœur, m’aimant par-dessus tout, et
mettant toutes ses pensées à me rendre heureuse. Il m’adore et me révère ». (C2, p
270).
[Le docteur Pontier dit à Marie Lafarge] « que M. Lafarge était
inculte, sauvage, rude comme ses montagnes ; que toutes ses études avaient été
dirigées dans un but d’utilité et de travail ; qu’il n’avait pas d’esprit mais
beaucoup de bon sens, et qu’il serait très facile de dompter par le cœur ses habitudes
positives et matérielles ». (M2, p 138).
Sa santé
Selon la version officielle, c’est-à-dire selon l’arrêt rendu par la
cour d’assises de la Corrèze, Charles Lafarge est mort empoisonné
par l’arsenic que lui a généreusement fourni son épouse, Marie
Lafarge. Mais était-il, à ce moment-là, en décembre 1839 et janvier 1840,
56 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
d’une vigoureuse santé ? Il est permis d’émettre quelques doutes à ce
sujet.
« M. Lafarge, après son mariage avec ma pauvre fille, fut voir ma famille à
Moulins ; il eut, m’a-t-on dit, une attaque si forte qu’il demandait un couteau, un
canif pour se saigner. Il disait : « Je suis mort si on ne m’ouvre pas la veine…
[un jour sa fille lui dit en parlant de Charles Lafarge] Il est resté quatre
heures demi-froid comme un marbre et tout raide… Ma fille me dit qu’elle avait
vu de la salive aux coins des lèvres de son mari. (Pagnerre 2, p 201,
déposition de M. Coinchon Beaufort). Les deux maladies cachées qu’avait Charles
Lafarge se traitent par des onguents arsenicaux et des médicaments dans lesquels
il peut entrer de l’arsenic. (C1, p 30). [Avant sa dernière maladie] Une
nuit… Mlle Brun et moi… ne pûmes qu’avec peine l’empêcher de s’ouvrir les
veines avec un rasoir, et fûmes obligées de le couvrir d’eau froide, de l’exposer à
l’air glacé d’une nuit de janvier, d’oublier enfin le soin de son angine pour calmer
les horribles convulsions qui le torturaient. (M2, p 309). Je savais que les
migraines étaient chez lui très violentes, qu’elles étaient même suivies d’attaques de
nerfs qui plus d’une fois m’avaient causé une peur épouvantable. » (Pagnerre 2,
p 78).
[Il faut rassembler des documents] « sur la gravité de la situation qui
devait naturellement même influencer d’une manière terrible sur la santé de M.
Lafarge, redoubler la violence de ses attaques habituelles d’épilepsie, peut-être
même le porter au suicide ». (C1, p 197).
[Les jurés] « ne peuvent pas savoir si les traces obtenues par les expériences
de la chimie révèlent un crime ou simplement dénoncent un traitement secret.
(Lettre de Marie Lafarge à Orfila, C2 p 192). La maladie nerveuse de
Charles Lafarge est une triste vérité très facile à constater ». (C2 p 287).
« Quand je le vis sourire et pleurer en me donnant le baiser du retour [le
3 janvier 1840] je fus effrayée de son changement ». (M2, p 292).
Ses affaires
« Il serait bien utile aussi de rassembler des documents sur les faillites de
MM. Lafarge et Buffière, sur l’emploi de la valeur de 28 000 francs enlevée
auprès du lit même du mort… (C1, p 196). Mon oncle apporte des papiers qui
prouveraient que M. Lafarge n’avait pas seulement de mauvaises affaires, mais
encore des affaires déshonorantes. Au mois de janvier, il était chargé de paiements
si considérables que toute ma fortune n’aurait pu les acquitter ». (C1, p 307).
57 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
Sa mort
« Les termes approchaient, les ressources ne venaient pas et le crime allait se
faire jour [fausses valeurs, faux billets]. Il était perdu et sans ressource. Que
faire alors ? Ce qu’il fit : se détruire par le poison ». (Lettre de Frédéric
Lacombe à M. Delafont) (C1, p 200).
« Si près du déshonneur, un suicide n’était-il pas croyable ? C’est un peu
l’avis de mon oncle, ce n’est pas le mien. Aurait-il choisi un genre de mort si long,
si douloureux ? » (C1, p 307).
« Il m’avoua [docteur Fleyniat] qu’il était effrayé de l’engourdissement
glacial des extrémités, de la faiblesse du pouls, et des symptômes peu naturels et peu
communs que présentait cette maladie ». (M2, p 329).
Correspondance
Lettres de Marie Lafarge à Charles Lafarge : C2, p 49 à 53,
lettre du 15 août 1839 ; C2, p 55 à 59, décembre 1839 ; C2, p 61 à 62,
décembre 1839.
Lettres de Charles Lafarge à Marie Lafarge : C2, p 53 à 54,
20 novembre 1839 ; C2, p 54 à 55, 27 novembre 1839 ; C2, p 59 à 61,
3 décembre 1839 ; C2, p 64, 18 décembre 1839 ; C2, p 65 à 67,
19 décembre 1839 ; C2, p 63 à 64, décembre 1839.
Revue de presse
« La Presse » 21 août 1840 : « Le bruit courait au palais ce matin que
les analyses faites par les chimistes pour constater quelle était la cause de la mort
de M. Lafarge n’ont amené la découverte d’aucune trace d’arsenic dans l’estomac
et les intestins ».
« Le Siècle » 5 septembre 1840, le « Journal de Toulouse »
7 septembre 1840 : lettre de Marie à Charles Lafarge du 15 août
1839.
« Journal des débats politiques et littéraires » 5 septembre
1840 : « Charles Lafarge possédait beaucoup de poisons, d’alcalis ou autres
réactifs dont il se servait dans ses expériences chimiques, appliquées principalement
à la minéralogie ».
58


Abbés, religieuses, évêque



Comme ils ont aimé Marie Lafarge (à part, peut-être, l’abbé
Combalot), comme ils en ont parlé avec une grande affection
religieuse, comme ils ont tous été bouleversés par sa piété, l’ardeur de
ses croyances et la profondeur de sa foi ! Ont-ils tous été abusés par
les mensonges de Marie Lafarge, d’autant qu’ils ont recueilli ses
confessions ? Comme les Sœurs de Marie-Joseph, à Montpellier, ont
fait tout leur possible, dans les limites de l’autorisé, pour lui adoucir la
vie ! Comme elles ont soutenu cette prisonnière hors du commun !
Ont-elles toutes été victimes des supposées élucubrations de Marie
Lafarge ?
ALOUVRY Guy-Louis-Jean-Marie (1799-1873)
Il est né le 5 mars 1799 et mort le 29 décembre 1873. Il est évêque
de Pamiers de 1846 à 1856. L’abbé Bonnel écrit à l’évêque de Pamiers
le 12 septembre 1852 pour lui demander s’il doit mettre par écrit les
dernières déclarations de Marie Lafarge faites hors confession.
L’évêque lui répond, le 13 septembre 1852, par l’intermédiaire du
chanoine Gidel : « Monseigneur pense que vous devez vous abstenir de toute
attestation, surtout écrite ». (C2, p 341 et 342).
ANGÈLE Sœur
« Adieu, mon ami [il s’agit de Charles Lachaud] et à toujours. Sœur
Angèle et Sœur Stanislas veulent que je vous dise des choses aussi aimables de leur
part que je vous en dirai de la mienne ». (C1, p 298).
BONNEL Louis-Joseph abbé (1805-1895)
Il est né à Saurat (Ariège) le 24 août 1805 et mort à Ussat en 1895.
Sa tombe se trouve sous le porche de l’église d’Ornolac, à droite de
59 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
l’entrée, à quelques mètres du cimetière et des tombes de Marie
Lafarge et du colonel Audoury. Il fut le curé d’Ornolac pendant 60 ans.
« Ordonné prêtre en 1834, vicaire de Seix la même année puis curé d’Ornolac
en 1835 et aumônier d’Ussat ; il ne voulut jamais quitter son humble paroisse. Il
y mourut en 1895, des suites d’une pneumonie contractée en allant, par une nuit
d’hiver, porter les sacrements à un malade dans la montagne. Il avait une telle
réputation de sainteté qu’en 1854, M. Fortoul, ministre des Cultes et de
l’Instruction publique, le manda à Paris pour assister, à ses derniers moments, la
maréchale Ney, princesse de la Moskova qui l’avait connu aux eaux d’Ussat et
réclamait son saint ministère. Il fut l’ami et le conseiller de la duchesse de
Dalmatie, de la comtesse de Persigny, de Me Casimir-Périer, de la comtesse de La
Rochefoucauld, de Lamartine, du peintre Decamps, du général d’Hautpoul, du
général Lejeune, du duc de Sabran, du duc de Crillon, du comte de Falloux etc. »
(Adrien Varloy, « Madame Lafarge », p 207).
« Il avait un frère habitant les environs de Paris, dont la fille a épousé un
avocat fort connu du barreau de Paris, Me Decori ». (La Chronique médicale :
15 janvier 1910 ; Paul Muller).
Correspondance
Lettres de Marie Lafarge à l’abbé Bonnel : C2, p 336 à 337,
30 août 1852 ; C2, p 337 à 338, sd.
Lettre de l’abbé Bonnel à l’abbé X… à Montpellier : C2, p 339 à
341, 7 septembre 1852.
Lettre de l’abbé Bonnel à l’évêque de Pamiers : C2, p 341, 342,
12 septembre 1852.
Lettre de l’évêque de Pamiers à l’abbé Bonnel : C2, p 342, 343,
13 septembre 1852.
Lettre de l’abbé Bonnel à Maurice Collard : C2, p 345 à 347,
20 septembre 1853.
« Le Figaro » 13 juillet 1892 : signale la brochure de M. E.
Guyon, directeur de « La Patrie », et intitulée « Vieux neuf sur une cause
célèbre ». Récit de l’abbé Bonnel sur la mort de Marie Lafarge.
BOUTIN Jean-Jacques (vers 1796-)
Curé d’Uzerche en 1840.
Procès
60 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
eIl dépose le 5 septembre 1840 lors de la 3 audience (Pagnerre 2, p
121) : « Dit ne rien connaître sur l’affaire et demande qu’on lui pose des
questions… C’était une famille infiniment honorable [la famille Lafarge], jouissant
de la considération publique, d’une très bonne réputation… La famille vivait
dans la plus complète union. J’ai eu des relations avec Mme Lafarge comme
confident religieux ».
« M. Boutin, curé d’Uzerche, garantissait la moralité… » [de la famille
Lafarge, juste avant le mariage]. (M2, p 74).
Journal des débats 2 mars 1840 : Marie Lafarge a fait appeler à
la prison M. Boutin, curé d’Uzerche.
BRUNET Prosper Antoine, abbé (1813-1861)
Né en 1813, chanoine de la cathédrale de Limoges, il meurt le
er 1 mars 1861. Prédicateur renommé à la grande éloquence oratoire,
chevalier de la Légion d’Honneur, il est souvent considéré comme le
« directeur de conscience » de Marie Lafarge. On connaît vingt-deux
admirables lettres de Marie Lafarge à l’abbé Brunet.
« M. Brunet était venu à Limoges avec Mgr Bernard Buissas, chanoine et
archiprêtre de la cathédrale de Toulouse, qui fut nommé évêque de ce diocèse en
1844. Ce prêtre, fort distingué, s’était surtout donné à la prédication où il
réussissait pleinement, et c’est pour ses talents oratoires qu’il fut décoré de la Légion
er d’Honneur. Il mourut le 1 mars 1861, chanoine de la cathédrale de Limoges. Il
n’était pas le vicaire général du diocèse reconnu par le gouvernement mais
Mgr Buissas, dans l’intimité de qui il vivait, put lui donner les pouvoirs de vicaire
général pour ce qui regarde le spirituel ». (Boyer d’Agen. C1, p 7).
Correspondance
Lettres de Marie Lafarge à l’abbé Brunet : 20 décembre 1845, C1,
p 7 à 17 ; C1, p 17 à 31, sd ; C1, p 32 à 34, sd ; C1, p 35 à 37, sd ; C1,
p 37 à 47, sd ; C1, p 48 à 56, sd ; C1, p 57 à 66, sd ; 17 juillet 1846,
C1, p 67 à 77, sd ; C1, p 78 à 87, sd ; C1, p 89 à 93, sd ; C1, p 93 à
106, sd ; C1, p 106 à 110, sd ; C1, p 110 à 115, sd ; C1, p 115 à 117,
sd ; C1, p 117, sd ; C1, p 117 à 121, sd ; C1, p 121 à 125, sd ; C1, p
125 à 135, sd ; C1, p 136 à 145, sd ; C1, 145 à 149, sd ; C1, p 150 à
151, sd ; C1, p 151 à 153, sd.
61 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
Revue de presse
Divers articles parus dans les journaux et revues suivants, en
février et mars 1913, signalent la parution de ces lettres de Marie
er Lafarge à l’abbé Brunet : « Le Mercure de France » (1 février 1913 et
16 mars 1913), « Le Figaro littéraire » (22 février 1913 et 15 mars 1913),
« Gil Blas » (25 février 1913), « Le Matin » (18 mars 1913). « Le
Radical » (3 février 1913) précise que les lettres de Marie Lafarge à l’abbé
Brunet furent confiées par l’abbé à une de ses pénitentes qui les remit
elle-même à M. Albin Body, archiviste de la ville de Spa.
CHABROL
Il est aumônier à la prison de Montpellier.
« Il parait que M. Chabrol ayant trouvé justement mauvais que le directeur
fît « un sermon dans l’église » à propos des grâces, se serait dispensé d’y assister en
forme de protestation. (C1, p 65). M. Chabrol est assez peu bien avec l’évêque…
(C1, p 92). L’aumônier, M. Chabrol, qui avait soutenu le directeur tant qu’il
reavait eu besoin de lui pour être nommé de 1 classe, se joint aux Religieuses pour
les pousser à l’insubordination. (C1, p 119). J’expliquerai à M. Brives la
position de M. l’abbé Chabrol. Je lui ai déjà fait effacer des calomnies qu’il croyait un
peu ». (C1, p 121).
CHARGROS
Cet abbé intervient à Saint-Paul-de-Mausole (Saint-Rémy de
Provence).
« L’abbé Chargros me consolait en m’aimant. C’était un père, un ami ; mais,
la supérieure étant devenue jalouse de ces sympathies, il fallut cesser les visites ».
CHOLLET Abbé (1796-1868)
Il est né à La Ville-aux-Bois-lès-Dizy (Aisne), le 19 janvier 1796,
ordonné prêtre à Cahors (Lot) en 1821 ; il est successivement
curédoyen de Vermand (Aisne), en 1829, puis de Villers-Cotterêts (Aisne)
de 1834 à sa mort. C’est lui qui bénit les deux cloches de
VillersHélon le 18 septembre 1836.
« [L’abbé parle de Marie Lafarge :] Sa vie était simple et uniforme, ses
mœurs pures et irréprochables. Je l’ai vue plusieurs fois dans toute sa splendeur et
dans toute sa gloire : elle était l’ornement de toutes les fêtes, les délices d’un
respec62 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
table vieillard, l’honneur de toute une famille chérie, dont tous les membres étaient
admirablement unis ensemble. Je l’ai entendue au piano dans des circonstances
solennelles et en présence de l’élite de la société du canton, mêler sa voix mélodieuse
aux sons tantôt graves, tantôt si doux de son instrument : les flots de l’harmonie
qu’elle savait en tirer, vous tenaient comme ravis d’admiration et suspendus en
l’écoutant. Quoique bien faible musicien, je l’ai accompagnée moi-même dans la
romance de l’Angélus par Loisa Puget [1810-1889, compositrice française,
célèbre par ses romances et ses chansonnettes]. Rien assurément
n’annonçait alors, rien ne faisait pressentir la carrière orageuse qu’elle était appelée
à parcourir bientôt, ni les douleurs inénarrables dont elle et sa famille devaient
bientôt être abreuvées ». (Extrait de « Un serment mal gardé ou
VillersCotterêts et ses environs », p 127, par M. Chollet, curé-doyen,
VillersCotterêts et Soissons, 1853. Cité dans Bulletin de la société historique
et scientifique de Soissons, tome 8, 1940-1943, p 164).
COMBALOT abbé (1797-1873)
Né le 21 août 1797 à Chatenay (Isère), il meurt le 18 mars 1873. Il
rend visite à Marie Lafarge, à deux reprises, à la prison de
Montpellier.
« J’étais prête… mon âme allait s’ouvrir à la sainte parole du prêtre, à la
douce lumière du ciel… et c’est la foudre qui est venue la sillonner de ses éclairs…
Paix à l’homme, respect au prêtre ! Que mon silence monte à Dieu ! Et
pourtant ! ». (HP, p 181). « Ah ! quelle différence, entre cette sainteté primitive
[celle de l’abbé Coural] et les foudres de l’abbé Combalot… » (C1, p 52)
(Lettre à l’abbé Brunet ; « ce jeudi saint »).
L’abbé Combalot est profondément convaincu que Marie Lafarge
a empoisonné son mari. Il laisse entendre que la coupable doit se
reconnaître comme telle au lieu de continuer son rôle de victime.
Après avoir rencontré Marie Lafarge, l’abbé, dans son sermon du
dimanche, prêche sur les dangers du monde et déclare : « Mes frères, je
n’ajouterai rien car ce que je vous dis, le scandale d’un exemple récent le confirme,
et la preuve en est trop près de vous pour que jamais vous puissiez l’oublier ».
[Marie Lafarge ajoute] « Au moment où le prédicateur prononçait de sa voix
la plus forte ces dernières paroles, un frémissement a parcouru l’auditoire et les
regards se sont tournés vers mon digne oncle… Il n’a pas rougi car il croit en moi
mais qu’il a dû souffrir ! » (HP, p 185-186). Profondément blessée, Marie
Lafarge fait dire à l’abbé qu’elle ne le recevra plus.
63 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
L’abbé Combalot comparait devant la cour d’assises de la Seine le
6 mars 1844 à la suite de la publication de son ouvrage : « Mémoire
adressé aux évêques de France et aux pères de famille sur la guerre faite à l’Église
et à la société par le monopole universitaire ». Il y écrit, par exemple : « Le
monopole universitaire, en plongeant la jeunesse dans une indifférence impie, dévore
l’avenir de la France… On ne le dira jamais assez, les prêtres seuls savent former
la jeunesse ; eux seuls peuvent la préparer aux grands devoirs de la vie publique ».
L’abbé est accusé de diffamation envers une administration publique,
d’injures publiques envers la même administration, d’avoir cherché à
troubler la paix publique en excitant le mépris ou la haine contre une
classe de personnes, de provocation à la haine entre les différentes
classes de la société et enfin d’excitation à la haine et au mépris du
gouvernement du Roi. La cour le condamne à 15 jours de prison et à
4 000 francs d’amende.
Ouvrage
« L’abbé Combalot missionnaire apostolique » : l’union
catholique de 1820 à 1870. Paris, Gaume et Cie éditeurs, 1891, 656 p
(Deux visites à Marie Lafarge : p 191 à 195). Ricard Mgr.
« Le Figaro » 6 juillet 1892 : « Biographie de l’abbé Combalot » par
Mgr Ricard.
COURAL Pierre abbé (1789-1867)
Né le 12 octobre 1789 à Saint-Chinian (Hérault), il meurt le
21 mars 1867 à Montpellier. Il entre au grand séminaire de
Montpellier en 1810 ; ordonné prêtre le 11 mars 1815, il est nommé le même
jour à la paroisse d’Argilliers (Gard). La grande œuvre de sa vie est la
fondation de la « Solitude de Nazareth », créé en 1843, « refuge pour les
condamnées libérées, pour les pauvres filles qui sont tombées dans le vice et pour
celles qui sont exposées au danger de se perdre dans le monde ». Aumônier de la
Maison centrale de Montpellier, lui aussi, directeur de conscience de
Marie Lafarge. « Depuis que l’abbé Coural me parle de Dieu, je ne me sens
plus orpheline. Ma patrie n’est plus la terre que je quitte, mais le ciel que je vais
chercher. (HP, p 204). Samedi j’avais passé ma journée à pleurer. M. l’abbé
Coural avait pleuré avec moi. (C1, p 35). J’ai passé la matinée avec le vénérable
abbé Coural. Il a raison. Il aurait fallu être prête à vivre pour être trouvée digne
de mourir ». (HP, p 251).
64 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
Marie Lafarge parle souvent de l’abbé Coural dans « Heures de
prison » pour louer son humanité, son humilité et sa générosité : « J’ai vu
entrer chez moi l’apôtre dont ma tante m’avait parlé la veille. Il ressemblait si fort
à ses vertus que je l’ai salué sur le champ du nom de père. (HP, p 191).
Toujours humble, toujours bon, et le front courbé sous l’idée fixe de ses pieuses
espérances, il allait, des prisons aux mansardes, sonder les plaies de l’indigence,
étudier ses besoins, ses hontes, et souvent ses martyres. (HP, p 307). Je n’ai
jamais vu l’abbé Coural dans ma cellule sans lire sur ses traits la grandeur de
l’abnégation, la puissance du sacrifice, la noblesse du caractère, affranchi du moi
humain… L’expression habituelle de sa physionomie est une sérénité humble et
douce. Sa foi respire dans son sourire, l’oubli de lui-même se révèle dans chacune
de ses paroles, dans le moindre de ses mouvements… Il s’enveloppe dans son
humilité… Prêtre laborieux, il n’a pas la science qui éblouit, il a celle qui
éclaire… Dit-il moi, il pense nous. Son cœur bat dans le cœur des pauvres ; son
âme n’est jamais qu’en Dieu. (HP, p 316-317). Ma vénération pour ce bon père
est extrême, c’est un diamant enchâssé dans de la ouate, un saint sublime quand
son cœur vibre, d’une naïveté biblique, d’une bonté infinie… (C1, p 51). J’ai déjà
parlé de M. Coural, ce cœur noble et bon, cet esprit docte et simple, cette âme
d’élite, qui ne se montre jamais mieux qu’en se cachant. M. Coural est le prêtre
qui s’oublie pour n’oublier personne, qui souffre avec ceux qui souffrent, pleure
avec ceux qui pleurent, console toutes les infortunes qui l’approchent et prie pour
celles qu’il ne peut atteindre de la main et du cœur. L’abbé Coural a commencé sa
carrière évangélique par être curé de campagne… Sa dernière cure fut, je crois,
Argilliès [Argilliers dans le Gard]… Il la quitta pour venir habiter
Montpellier ». (HP, p 298, 299, 301).
Marie Lafarge va l’aider, à sa façon, à réaliser sa grande ambition :
la création de l’établissement « La solitude de Nazareth ». « Notre excellent
père l’abbé Coural est si préoccupé des projets de voyage à Paris qu’il oublie ses
griefs contre M. de Villars… (C1, p 16). Notre excellent père est toujours ma
perle de consolation et de bonté. Je fais en ce moment, pour lui, les statuts de
l’administration de Nazareth demandés par le préfet, afin de faire reconnaître
l’établissement par le Gouvernement. (C1, p 141). Philosophe chrétien, l’abbé
Coural ne songeait pas à substituer une vie molle et facile à la vie laborieuse du
peuple. Il aimait les pauvres ; il les voulait heureux mais sans les désirer riches…
Cette maison qui va s’ouvrir, il l’appellera Nazareth, en souvenir de cette autre
maison, humble et bénie qu’habita le Christ… Nazareth !!! Quel nom plus doux
à choisir pour l’asile des pauvres et des abandonnés ! » (HP, p 309-310).
65 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
L’abbé Coural, intimement convaincu de l’innocence de Marie
Lafarge, entreprend des démarches pour tenter de la faire libérer :
« L’excellent abbé Coural voulait aller lui-même à Paris plaider ma cause auprès
de ces augustes arbitres de la justice humaine. (C1, p 26). Le bon M. Coural
joindra une pétition pour la reine à celle de mon oncle. » (C1, p 84). L’abbé
Coural écrit au roi, en 1846 : « Sire, j’ai la conviction profonde de l’innocence
de Marie Capelle. Et cette conviction, je ne la dois à aucune influence étrangère,
mais à une étude consciente et réfléchie du caractère, des sentiments et des actes de
la pauvre condamnée. Sire, ne rejetez point ma prière : grâce pour l’infortunée,
grâce ! ». (C1, p 88) et à la reine, la même année (deux lettres
différentes) : « Grâce, Madame, grâce pour une pauvre femme innocente et
prisonnière depuis sept ans ! » (C1, p 89). « L’excellent abbé Coural qui devait
obtenir une entrevue de la Reine par la Maréchale Gérard… ». (C1, p 123).
Ouvrages à consulter
« La vie et les œuvres » du vénérable serviteur de Dieu
Pierre Coural » prêtre du diocèse de Montpellier, fondateur de la
solitude de Nazareth. Avec portrait. Par l’abbé D. Coural.
Montpellier, Félix Seguin, 1871, XIII-356 p. À la fin de cet ouvrage figure
« Éloge du père Coural par Mme Lafarge » (p 341-342), (HP, p 316-317).
« Vie de l’abbé Martin (d’Agde) curé de Saint-Denis à
Montpellier » précédée d’une introduction contenant des notices
biographiques sur quelques prêtres du diocèse. Rouët A, 1869 [dont
l’abbé Coural, p 58 à 66].
« Apologie de la solitude de Nazareth ». Abbé Pierre Coural ;
1855 ; 27 p ; Montpellier ; P. Grolier.
COYPEL
Vicaire qui célèbre le mariage de Charles Lafarge et de Marie
Cappelle le 12 août 1839 à l’église paroissiale de Notre-Dame des
Victoires à Paris.
DUFOUR (1800-1854)
Il est curé de Villers-Hélon de 1826 jusqu’à sa mort.
« Jeune encore, il avait la tolérance de l’expérience et de la vertu. Il ne
combattait pas avec des paroles les dissertations un peu voltairiennes de mon grand-père
66 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
mais par ses actions. Il faisait aimer la religion, respecter ses ministres, oublier
tant soit peu les incrédules pensées du dix-huitième siècle ». (M1, p 69). Lors de
l’épidémie de choléra du printemps 1832 « notre bon curé, M. Dufour, se
conduisit en apôtre et, se multipliant avec le danger, devint la providence de trois
villages ». (M1, p 114).
Procès
eIl dépose le 14 septembre 1840 lors de la 12 audience (Pagnerre
2, p 350). « Pendant tout le temps qu’elle a passé dans ma paroisse, elle n’a pas
cessé de suivre les nobles exemples de sa mère, en secourant les pauvres et en
visitant les malheureux. Je pourrais citer bien des traits de son désintéressement et de
sa charité [de Marie Lafarge] lorsqu’il s’agissait de distribuer aux pauvres des
aumônes, du pain et des vêtements… J’ai toujours eu lieu de croire sa conduite très
bonne et je n’ai jamais rien remarqué de répréhensible dans ses actions… Tout le
monde la regrette ».
GIDEL
Chanoine de l’évêché de Pamiers qui répond à l’abbé Bonnel (voir
ALOUVRY).
JUDITH sœur
« Vos filles se portent bien, sœur Judith souffre moins de ses rhumatismes.
Centrale de Montpellier, (C1, p 46). Sœur Judith n’est pas encore bien
remise de sa maladie ». (C1, p 86).
MÉLANIE Sœur
« La lettre de la bonne sœur Mélanie m’a rendue heureuse ; c’est une douce
âme, ouverte à l’infortune et compatissante à toutes les agonies de la douleur. (C1,
p 50). Sœur Mélanie m’a traduit votre sainte prière pour le succès de mes
démarches. Elle m’a donné votre petit reliquaire et, son cœur parlant éloquemment
d’amitié, elle avait emporté ma promesse de vous écrire et m’avait laissé l’espoir de
vous voir retrouver un moment pour vous consoler. (C1, p 150). Mélanie, la
gentille sœur dont le regard m’aime… elle a passé son bras autour de ma taille et,
attirant ma tête sur son épaule, elle l’a abritée sous les plis pressés de son large
voile noir doublé de bleu ». (HP, p 153-154).
67 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
PHILOMÈNE Sœur
« … la sœur assistante qui s’appelait Philomène mais que l’on désignait
beaucoup plus sous le sobriquet de Violente, à cause de sa nature brusque et
emportée… Elle connaissait toutes les prisonnières par leur nom, par leur numéro.
Il n’était pas de recoin de la maison qui ne reçut quotidiennement sa visite ». (La
belle Miette – Théodore Henry – Jules Rouff et Cie, éditeurs. Paris,
1888 ; 1202 p ; p 646).
« [L’évêque] se laissant seulement un peu trop dominer par la bonne Sœur
Philomène qui, elle-même, est conduite par la petite Marie. (C1, p 51). Habituée
à la paix inaltérable du bon abbé Coural qui ne s’émeut un peu que des colères
roses de mère Philomène. (C1, p 139). Excusez-moi, m’a-t-elle dit… J’ai l’ordre
de vous enlever votre mante. Je la rapporterai ce soir et je la laisserai toute la nuit.
(HP, p 119). Tout en parlant, sœur Philomène s’était approchée de mon lit…
elle m’avait décoiffée de mon bonnet à deux rangs de garnitures pour me recoiffer
du bonnet réglementaire à un seul rang ». (HP, p 124). Les décisions
stupides et incompréhensibles ont toujours leur place, je suppose, dans
les règlements intérieurs de toutes les prisons du monde.
« Sœur Philomène m’a confié que le directeur avait reçu une lettre anonyme à
mon adresse. Cette lettre contenait, avec un petit paquet de poudre, le conseil d’oser
mourir, et d’échapper ainsi, par la mort, au déshonneur et aux tortures d’une
captivité perpétuelle ». (HP, p 131). Cette lettre parvient au moment où,
selon toute vraisemblance, Denis Barbier se trouve à Montpellier, si
l’on en croit plusieurs témoignages concordants.
ROUZAUD
« Bulletin de la Société ariégeoise des sciences, lettres et
arts » 1912-1913, séance du 9 janvier 1913, p 260 : « M. l’abbé
Rouzaud communique à l’assemblée quelques documents inédits sur la célèbre
empoisonneuse Marie Lafarge à qui l’essai actuel de réhabilitation, tenté par le
sénateur Martin, donne une nouvelle et triste célébrité. Quelques-uns de ces
documents sont dus à l’amabilité de l’abbé Vergnies, curé du Fossat, ancien curé
d’Ornolac. M. l’abbé Rouzaud est chargé de rédiger sur cette question un travail
qui paraîtra dans le bulletin de notre Société ». [Je n’ai pas trouvé ce texte,
en supposant qu’il ait été publié !]
68 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
SAINTE-FOY Sœur
Elle est, en 1841, la supérieure des religieuses de l’ordre
MarieJoseph. « [Le Directeur] veut se venger de certains griefs qu’il a conservés
contre Mère Sainte-Foy… (C1, p 63). La lutte de vos Religieuses avec M. de
Villars, loin de décroître, grandit et s’envenime sans cesse. Mère Sainte-Foy, avec
sa douceur ferme et conciliante, n’a rien obtenu ; M. de Villars lui a refusé
l’entrée de la prison ». (C1, p 118). J’écrirai à l’excellent M. Brives ; j’engage
Sœur Sainte-Foix à lui écrire par le même courrier… Mère Sainte-Foy pourra
entrer dans l’explication de tout ce qu’on reproche aux Sœurs sans avoir l’air de se
défendre. » (C1, p 120 et 121).
SAINT-JEAN Sœur
« … un rapport envoyé par lui [M. de Villars] au Commissaire ext.
demande la suspension et le renvoi de Sœur Saint-Louis et de Sœur Saint-Jean ».
(C1, p 118).
SAINT-LOUIS Sœur
« … je souffrais horriblement lorsque sœur Saint-Louis vint m’apporter votre
petit billet. (C1, p 35). Mme la Supérieure Saint-Louis a été parfaitement bonne
pour moi, en cette occasion [visites de Marie Lafarge aux malades]. (C1, p
36). J’ai passé une heure, hier, avec Mère Saint-Louis… Mère Saint-Louis est
une digne et respectable Supérieure. L’élévation l’a rendue aimable ; je la trouvais
froide, maintenant je l’aime véritablement. (C1, p 47). Le directeur ayant dit
plusieurs fois à sœur Saint-Louis qu’elle était trop sévère, qu’elle marquait les
femmes sans discernement, sœur Saint-Louis a donné l’ordre à ses sœurs de se
montrer plus faciles. (C1, p 64). Sœur Saint-Louis est très froide. Elle s’est
toujours tenue, vis-à-vis de moi, à l’écart et je n’ai pas trouvé, dans nos
sympathies, une sympathie réciproque, le moment d’entraînement nécessaire pour amener
la confiance et lui offrir une sincère amitié. (C1, p 72). Sœur Saint-Louis est une
très digne supérieure. (C1, p 86). La Supérieure Saint-Louis avait été mal pour
moi, ces derniers temps ; nous ne nous parlions pas. Ce matin, elle est venue me
féliciter de la démarche de Raspail, qui demande à ce que mon jugement soit cassé,
et nous nous sommes raccommodées sincèrement. (C1, p 115). Un rapport envoyé
par lui [M. de Villars] au Commissaire ext. demande la suspension et le renvoi
de Sœur Saint-Louis et de Sœur Saint-Jean ». (C1, p 118).
C’est Sœur Saint-Louis qui portera le manuscrit de « Heures de
prison » à l’abbé Brunet. (C1, p 108).
69 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
SENTENAC Hugues
Prêtre, « Auteur d’une brochure qu’il publia pour répondre au venimeux
article de Jules Janin, inséré au Journal des Débats [le 20 septembre 1841],
après la publication des « Mémoires » de Mme Lafarge ». (Boyer d’Agen). « Si
vous voulez me défendre, Monsieur, si vous ne craignez pas de prêter à une pauvre
calomniée le généreux appui de votre plume et de votre conviction, ma
reconnaissance sera bien grande et je vous confie mon innocence, comme mon plus cher
trésor ». (C2, p 261).
Voici ce que l’on peut lire dans : « Les Euménides. Recueil de
pamphlets et de libelles sur les hommes et les choses en Belgique depuis 1830 jusqu’à
ce jour. Tome 2. Bruxelles, 1837 » : « Je soussigné Hugues de Sentenac (dit père
Isidore-Marie, religieux prêtre de l’étroite observance de Cîteaux) connaissant la
vraie foi catholique, apostolique, anathémise publiquement l’hérésie du siège
romain, de laquelle j’ai malheureusement été infecté et me réunis à l’église primitive
de J.-C. dans laquelle je veux vivre et mourir… Je jure sur les Évangiles de J.-C.
que les sacrements dont je fais l’énumération, savoir : l’eucharistie, la
confirmation, la pénitence, l’extrême-onction, l’ordre et le mariage, sont absurdes,
condamnables, pleins de fausseté et j’atteste qu’ils n’ont été inventés que pour
satisfaire aux besoins du pontife qui avait soif de fortune et de grandeur ». (p
225).
Correspondance
Lettres de Marie Lafarge à Hugues Sentenac : C2, p 257 à 258, sd ;
C2, p 258 à 259, sd ; C2, p 260, sd ; C2, p 260 à 261 15 octobre 1841.
SÉRAPHINE Sœur
« Un nouveau message verbal de Sœur Séraphine me prouve irrévocablement
que j’avais tort d’attendre ». (C1, p 150).
SŒURS DE MARIE-JOSEPH
La congrégation des Sœurs de Marie-Joseph a été fondée le
15 octobre 1805 par Mlle Élisabeth Duplex, de Lyon. Très tôt, la
congrégation s’est préoccupée de la réinsertion des détenues, créant
des foyers pour les sortantes de prison. De la Monarchie de juillet au
e début de la III République, les sœurs se sont progressivement
implantées dans la plupart des prisons centrales et des maisons d’arrêt
70 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
pour femmes ; elles étaient évidemment présentes à la Centrale de
Montpellier, dès 1840.
« Dans le système cellulaire, les Religieuses exercent seulement une surveillance
consolante. Elles parlent au cœur isolé, lui jettent une parole qu’il puisse méditer,
étudient le caractère de l’individu et le traitent avec des ménagements ou des
rigueurs appropriés à ses antécédents, à sa valeur morale et intellectuelle, à sa
position d’éducation… » (C1, p 60).
STANISLAS Sœur
« Adieu, mon ami [Charles Lachaud] et à toujours. Sœur Angèle et Sœur
Stanislas veulent que je vous dise des choses aussi aimables de leur part… ». (C1,
p 298).
STÉPHANIE Sœur
« Sœur Stéphanie, ma sœur de l’infirmerie, vient me consoler, me guérir de
force, en me faisant avaler des bouillons, pour l’amour de Dieu. (C1, p 46). Sœur
Stéphanie, autrefois à l’infirmerie, avait pour moi des bontés maternelles… Si
j’avais une des crises nerveuses qui me jettent presque durant des heures entières à
la mort, elle était au chevet de mon lit, aussitôt que ma famille. Une nuit même,
elle m’a veillée, consolée, résignée, en priant pour deux, à mes côtés… la douce et
chère charité de sœur Stéphanie ». (C1, p 68).
VERGNIES
Voir : Abbé ROUZAUD.
71


Amis de Marie Lafarge ou de sa famille



Ce chapitre présente des gens de toutes les couches de la société.
C’est un ouvrier graveur parisien que Marie ne connaît pas, un fils de
général, peut-être le premier grand amour de Marie, un comte, une
comtesse, une vicomtesse, une marquise et même une maréchale.
Voici aussi celui qui fut le premier valet de chambre de Napoléon
ainsi que le fils du secrétaire intime de Napoléon. Certains noms se
limitent à un… prénom : Ferdinand, François, Anatole, Sophie. Ces
personnages n’ont droit qu’à une ou deux lignes mais ils doivent
exister dans ce dictionnaire car ils sont la preuve du foisonnant tourbillon
de gens d’origines et de conditions diverses qui gravitent autour de
Marie Cappelle.
ANATOLE
« J’ai vu Anatole, ces jours-ci ; mais il ne sait pas encore la grande nouvelle
[le mariage de Marie Lafarge] ». (C2, p 265).
BOURGOUING Mme de (1759-1838)
Marie-Benoîte-Joséphine Prévost de La Croix, baronne de
Bourgoing puis comtesse de La Croix, administratrice française, née en
1759 à Neules (Charente-Maritime) et décédée le 11 février 1838. Elle
est l’épouse du diplomate Jean François de Bourgouing (1748-1811).
Sa fille Ernestine épouse, fin 1821, le général Mac Donald.
Mme de Bourgoing fut nommée, par ordonnance du 11 juillet
1820, surintendante de la Maison d’éducation de la Légion d’honneur
à Saint Denis ; elle restera à ce poste jusqu’à sa retraite le
31 décembre 1837. La comtesse de La Croix fut remplacée, en 1837,
dans ses fonctions de surintendante par la baronne Dannery.
73 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
« Nous sommes reçues par Mme de Bourgoing, surintendante, qui m’embrasse
sur le front, m’annonce qu’elle a une fille de plus et que je suis destinée à rester
auprès d’elle. (M1, p 34). Mme de Bourgouing était pleine de bontés pour moi ;
c’était une excellente femme fort digne sous le grand cordon de la Légion d’honneur
et s’occupant très peu de son administration ». (M1, p 46).
Voir : Saint-Denis (lieux).
BRÉNIAC
« En les mettant dans une petite caisse et en les adressant à M. Théodore
Bréniac, ils ne courraient aucun risque… ». [quelques bijoux de famille]
(C1, p 209).
BUISSIÈRE de
[parmi les amis reçus à Strasbourg] « MM. De Bussière qui avaient de
l’esprit, de l’instruction et de la gaîté ». (M1, p 118).
CATEAU
« Cateau est venue me voir ce matin ; elle m’a amené la sœur d’André pour
blanchisseuse ». (C2, p 59).
CHARPENTIER Charles Esprit François (1810-1879)
Né à Paris le 25 septembre 1810 ; mort le 29 janvier 1879 en
Suisse et rapatrié en février à Vailly-sur-Aisne. Comte, fils du général
Henri-François-Marie Charpentier (1769-1831), né le 23 juin 1769 à
Soissons, décédé le 14 octobre 1831. Ce dernier, anobli par Napoléon
erI , fut inspecteur des forêts du duc d’Orléans.
Charles Charpentier habite le château d’Oigny-en-Valois (Aisne),
donné par son père, à sa mort, en 1831, une dizaine de kilomètres au
sud-ouest de Villers-Hélon, en forêt de Retz. Il est le promoteur
d’une petite ligne de chemin de fer de plus de 8 km, entre
VillersCotterêts et Port-aux-Pêches au sud, qui fait appel à la gravité et aux
chevaux, dans le but de faciliter le transport des produits forestiers
ervers Paris (mise en service le 1 mai 1839). L’affaire périclitant, le
comte ira se réfugier quelque temps en Italie. Il fait paraître des écrits
sur l’Algérie en 1848. Il habitera en Suisse et se mariera en
septembre 1866.
74 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
Marie Lafarge en était amoureuse et elle souhaitait l’épouser. Une
longue excursion est prévue depuis longtemps (automne 1836 ?) avec
son oncle Maurice et, au dernier moment, Charles Charpentier va se
joindre à eux. « On en faisait un croquemitaine de jeunes filles ; c’était,
disaiton, un très mauvais sujet, dont la conduite était aussi immorale que ses sentiments
et ses paroles ». (M1, p 249).
« [En 1837 ?] « M. le comte Ch*** vint faire sa visite annuellement
unique… Il fut reçu près de moi, me parut tristement frappé de mon changement ;
il s’informa de mes souffrances avec une affectueuse sollicitude. (M1, p 289).
[Marie Cappelle a été gravement malade pendant trois mois. Puis il
revient régulièrement.] Il venait toujours quand nous étions seuls, s’occupait
particulièrement de moi, cherchait les sujets de conversation qui semblaient
m’intéresser, m’apportait des livres, des revues, des poésies. (M1, p 290). Il était
entouré de gens qui le ruinaient pour s’enrichir, l’encensaient pour le tromper,
exploitaient sa vanité pour le perdre. (M1, p 294). [début 1838 ?] Marie, je
vous aime, oh ! Je vous aime de toute la puissance de mon âme… J’accepte,
répondis-je tout bas à son regard. Dans un an ? Dans un an ». (M1, p 310).
[automne 1838] Je vous avais choisie entre toutes, mais mes affaires, ma
fortune… Puis-je vous entraîner dans une ruine complète ? (M1, p 328). [c’est la
rupture brutale, infiniment douloureuse]… lorsque la porte se fut fermée,
je me trouvai mal, je passais toute la nuit à genoux, la tête appuyée sur les deux
mains de ma pauvre Antonine… Vers le matin j’entendis un pas de cheval…
c’était le sien… Trois fois il retourna la tête, trois fois j’eus besoin de rassembler
tout mon courage ; enfin il lança son cheval au galop. Je ne le vis plus… je ne l’ai
plus revu. (M1, p 329-330). J’aimais, j’aimais sincèrement celui auquel je me
croyais destinée. J’appris qu’il était ruiné, forcé de s’expatrier. Je lui offris tout ce
que j’avais de fortune pour acquitter ses dettes et tout ce que j’avais de jeune
courage pour l’aider à gagner notre vie et notre bonheur ». (C1, p 19).
Charles Charpentier est probablement l’homme auquel elle pense
et dont elle parle dans sa lettre du 15 août 1839. Elle précise d’ailleurs
qu’il s’appelle Charles.
Charles Lafarge fait une scène de jalousie à Marie, à son retour de
Paris, qui pense que Marie Lafarge à écrit à Charles Charpentier.
« [Charles Lafarge]… mais on me l’a assuré [Marie Lafarge] Que j’avais
écrit à M. Ch… [Charles Lafarge] à peu près Alors c’est
une infâme calomnie ou une singulière coïncidence. J’exige que vous
l’éclaircissiez… ». (M2, p 294).
75 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
DAUMESNIL Anne Fortunée Léonie (1795-1884)
Voir : GARAT Léonie.
DAUMESNIL Marie (1816-1899)
Elle est la fille du général et d’Anne Fortunée Léonie Garat,
surintendante de la Légion d’honneur ; elle épouse Timoléon Amédée
Plessis-Guichard de Noas.
« Je retrouvai à Saint-Denis la fille du général Daumesnil ; c’était une amie
d’enfance mais elle ne put me consoler dans ce premier moment. (M1, p 35).
Marie Daumesnil partageait mes folles escapades et puis la punition méritée. Tout
était en commun entre nous… » (M1, p 45). Je retrouvai Marie [à
Vincennes], ma vieille amie d’enfance et de pension, métamorphosée en une jeune
personne uniquement occupée de sa toilette… » (M1, p 111).
DAUMESNIL Pierre, baron (1776-1832)
Voir : Militaires.
DESFOSSÉE Agathe, comtesse, épouse DULAULOIS
Épouse du général Dulaulois.
« … amie de mon père qui habitait un délicieux château sur les bords de
l’Aisne [à Villeneuve-Saint-Germain, Aisne]. Mme Dulauloy avait été si
admirablement belle à vingt ans qu’elle l’était encore à soixante. Tout en elle et
autour d’elle portait un cachet d’élégante simplicité, d’ordre de recherche… Elle
quittait sa solitude pour me mener aux bals de Soissons, corrigeait, devançait la
mode pour me composer de délicieuses toilettes. (M1, p 304-305).
Mme Dulauloy, à laquelle j’allai aussi parler de ce mariage [avec Charles
Lafarge], me dit qu’il y aurait de la folie à ne pas accepter. (M2, p 76). Tu
peux t’imaginer dans quelle presse nous sommes pour le trousseau ! Le mien sera
raisonnable mais très beau de linge. C’est Mme Dulauloy qui l’a commandé avec
moi. (C2, p 264). Ce trousseau était ravissant, commode, et choisi par
Mme Dulauloy, qui lui avait donné son cachet de bon goût et d’élégante
simplicité ». (M2, 81).
76 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
DESTILLIÈRE Mlle
C’est la marraine de Marie Cappelle. « Mon baptême devait être une
préface de mariage entre Mlle Destillière, amie de ma mère, et M. de Brack… [le
général] ». (M1, p 4).
DULAULOIS Agathe, comtesse, née Desfossée
Voir : DESFOSSÉE Agathe.
ELMORE M.
Anglais, voisin de campagne des Collard, époux de Zoé Seguin.
« [M. Elmore] dont les écuries de Londres renfermaient les meilleurs
coureurs, les plus purs étalons… M. Elmore n’était pas beau ; il avait des cheveux
roux, ne savait pas deux mots de français… ». (M1, p 25-26).
« M. Elmore ne connaît personne à qui il puisse s’adresser [pour aider
Charles Lafarge qui se trouve alors à Paris] ; aussi je crois inutile de lui en
écrire ». (C2, p 57).
Lettre de Marie Lafarge pour lui annoncer son mariage « Je veux
vous écrire une grande nouvelle, mon cher monsieur Elmore… Si cela ne vous est
pas impossible, je vous attends sur-le-champ, car je veux aussi votre prière en cette
circonstance ». (C2, p 262, 263). Lettre de Marie Lafarge pour l’inviter
au Glandier « … vous y serez reçu avec plaisir, vous y serez entièrement libre…
Toute ma nouvelle famille est parfaite pour moi… Répondez-moi vite, n’oubliez
pas que je vous attends avec impatience ». (C2, p 274, septembre 1839 ?).
Correspondance
Lettres de Marie Lafarge à M. Elmore : C2, p 262 à 263,
août 1839 ; C2, p 274 à 275, septembre 1839 ?
ELMORE Zoé
Voir : SEGUIN Zoé.
FERDINAND
« M. Ferdinand lui-même se fit un peu moins que grosse et lourde bête, pour
me plaire. Miracle des miracles ! ». (C2, p 58).
77 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
FRANCOIS
« … le bonhomme François avec son humeur rauque et sa riche voix ». (HP,
p 365).
FRAPPA Lina
« Je prenais quelques leçons de chant de Mme Lina Frappa, qui chantait
délicieusement et avait un cœur et une bonté que je préférais encore à sa jolie voix ».
(M1, p 333).
GANAY Ernest de
« … au charmant bal de la maréchale Suchet… j’y rencontrai M. Ernest de
Ganay, que j’avais vu souvent à Villers-Hélon, qui causait avec esprit, était un
peu méchant et fort aimable ». (M1, p 140).
HALLEZ baron
« [Lors des séjours à Ittenwiller] Le baron Hallez, qui possédait
quelques-uns des plus riches mamelons des Vosges, avec leurs forêts, leurs prairies
et les antiques ruines de leurs châteaux féodaux, nous donnait des matinées
grimpantes qui étaient ravissantes… les deux fils de M. Hallez y étaient
ordinairement mes chevaliers ; ils avaient dix-sept ou dix-huit ans, de l’esprit, de
la gaîté ». (M1, p 125 et 127).
LAVILLEMARAIS Jules
« Un certain nombre d’ouvriers de Paris, représentés par M. Jules
Lavillemarais, jeune ouvrier graveur, avaient fait parvenir à Mme Lafarge le témoignage
de leur croyance et de leur sympathie ». (M4, p 108).
Correspondance
Lettres de Marie Lafarge à Lavillemarais : C2, p 164 à 166, 1841 ;
C2 p 166-167, juin 1841.
LEHON Mme comtesse
[Une amie de sa tante Garat] « qui était une adorable femme et une
femme très adorée ». (M1, p 264).
78 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
MARCHAND M.
[À Strasbourg] « M. Marchand, premier valet de chambre de Napoléon,
avait de l’instruction mais il était triste, recueilli, et il portait dans le regard
l’expression d’un grand souvenir et d’un grand regret ». (M1, p 131).
MENNEVAL de
[Parmi les amis reçus à Strasbourg] « … fils du secrétaire intime de
Napoléon, qui possédait une jolie petite figure, une jolie petite taille, un joli petit
pied, un joli petit esprit et un amour immense pour Mathilde de Coehorn ». (M1,
p 118).
MONTESQUIOU M. de (1793-1881)
« M. de Montesquiou était un homme grave, sérieux, instruit, occupé
exclusivement de l’éducation de son fils [Fernand] et de l’embellissement de Long-Pont.
Il savait être encore un aimable voisin et un châtelain parfaitement gracieux et
hospitalier ». (M1, p 104).
MONTESQUIOU Gabrielle de (1800-1851)
Voir : MORNAY-MONTCHEVREUIL Gabrielle Amicie de.
MONTROND M. de
Ami de Talleyrand, parfois chargé de missions diplomatiques.
« … intime ami de mon grand-père, vint aussi le voir pendant quelques jours ; il
était bien gai, bien aimable… M. de Montrond avait été avec mon grand-père très
à la mode sous le Directoire ; ils parlaient souvent ensemble de Mmes Rolland,
Tallien, de Genlis et de Staël… ». (M1, p 55).
MORNAY Auguste-Joseph-Christophe-Jules, marquis de
(17981852)
Voir : Politiques.
MORNAY Marquise de
« M. de Mornay avait épousé la fille du maréchal Soult, belle personne qui
joignait à une grande âme une bonté pleine de dignité. Lorsqu’elle entrait dans le
grand salon de Long-Pont, tenant à la main ses deux enfants, elle avait sur le
79 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
front la noble fierté d’une mère romaine, et ses joyaux étaient aussi beaux que
ceux de Cornélie. (M1, p 174-175). La Reine, la duchesse d’Orléans, la
maréchale Gérard, la marquise de Mornay se sont noblement intéressées à ma cause ».
(C1, p 102).
MORNAY-MONCHEVREUIL Gabrielle de, épouse
MONTESQUIOU (1800-1851)
Gabrielle Amicie de Mornay-Montchevreuil (1800-26 juillet
1851) ; épouse de Pierre François de Montesquiou-Fezensac
(17931881), sœur du marquis de Mornay. Ils habitent l’abbaye de Longpont
(Aisne).
« Le vicomte et la vicomtesse de Montesquiou ont une grande fortune et sont
encore plus riches de vertus, de bonheur et d’aïeux… Mme de Montesquiou était
très liée avec ma mère, non seulement par une amitié de voisinage, mais aussi par
une amitié de cœur et de pensée ; elle était l’idole de mon bon grand-père. (M1, p
103-104). [été 1835] Mme de Montesquiou m’accueillait avec une bonté
parfaite. Elle m’avait permis de l’aimer et je le faisais de tout mon cœur. Souvent je
lui demandais quelques conseils, souvent elle me grondait doucement ; toujours on
pouvait interroger sa vie pour se guider dans le droit chemin. (M1, p 173-174).
[vers juillet 1839] L’excellente Mme de Montesquiou me reçut comme un enfant
retrouvé, avec une touchante sollicitude pour ma santé, mes sentiments, mes projets
à venir. Il fut convenu qu’après les six semaines que je devais donner à Mme de
Montbreton, je viendrais m’établir chez elle ». (M2, p 56).
Correspondance
Lettre de Marie Lafarge à Mme de Montesquiou (C2, p 280 à 282,
31 décembre 1839).
OUDOT Mme
« … mon cœur qui vous aime, vous honore et vous bénit. (C2, p 294).
Madame je pense à vous et je vous aime, car votre âme a été bien généreuse dans la
croyance qu’elle a donnée à mon âme ». (C2, p 302).
Correspondance
Lettres de Marie Lafarge à Mme Oudot : C2, p 302-303,
juin 1841 ; C2, p 294 à 295, août 1841.
80 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
QUATREVEAUX
« Quatreveaux, mon bête ». (HP, p 365).
ROTHSCHILD M. de
Peut-être James de Rothschild (1792-1868), fondateur de la
branche de Paris de la famille de Rothschild. « [Marie écrit à Charles,
à Paris] Tu n’as pas oublié, sans doute, de tenter M. de Rothschild par
l’entremise de mon oncle de Martens… ». (C2, p 57).
SAHUNE M. de
Conservateur des forêts de la Couronne.
Marie Lafarge lui écrit le 22 novembre 1839 pour lui demander
d’intervenir, s’il le peut, pour aider Charles Lafarge dans ses
démarches pour l’obtention de son brevet. « J’ose venir vous demander
indiscrètement un véritable service et un petit souvenir… Le sujet qui l’éloigne de
moi [Charles Lafarge] est le désir d’obtenir un brevet qui lui permette de jouir,
pendant quelques années, d’une grande amélioration apportée par lui dans la
fabrication du fer. On doit nommer une commission ; de sa prompte formation
dépend le retour de mon mari. Si vous le pouvez, usez de votre influence pour le
renvoyer près de moi. (Pagnerre 2, p 411). J’aime M. de Sahune, j’aime le chef
de bureau, j’aime tous ceux qui abrègent ton absence ». (C2, p 57).
Correspondance
Lettre de Marie Lafarge à M. de Sahune du 22 décembre 1939
(Pagnerre 2, p 411).
Revue de presse
« La Presse » 21 septembre 1840 : lettre de Marie Lafarge à M.
de Sahune du 22 décembre 1839.
SCHMITT
« Nous avions [à Strasbourg] pour maître d’histoire et de style un jeune
ministre protestant plein d’indulgence et de talent ; je me souviens encore des bonnes
leçons de M. Schmitt, de sa gravité pendant le travail, de sa complaisance quand
81 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
avait sonné l’heure du départ et de la liberté. (M1, p 78-79). Avez-vous des
nouvelles des excellents Schmitt ? » (C1, p 210).
SEGUIN Zoé épouse ELMORE
Fille de M. Seguin, fournisseur aux armées.
« … était peu jolie et cependant assez admirée ; on oubliait ce qui lui
manquait car son sourire était charmant, ses yeux vifs, sa taille souple et gracieuse, son
pied mignon et son esprit mordant ; elle était encore très coquette et dévote. (M1, p
26). Presque tous les automnes, Mme Elmore, la fille du fameux Seguin,
fournisseur des armées d’Espagne, quittait l’Angleterre pour venir passer quelques mois
à Villers-Hélon. (M1, p 23). J’ai été hier annoncer mon mariage à
Mme Elmore. Je l’ai trouvée charmante, comme toujours ». (C2, p 263).
SOPHIE
« J’ai reçu de bonnes lettres de Sophie ; elle va bien, toujours virginalement
isolée et ennuyée ». (C2, p 279).
STANDISH Lord
« Lord Standish, pair d’Angleterre, hôte de ma famille à Villers-Hélon,
n’avait pu obtenir du préfet le droit de me serrer la main ». (HP, p 382).
SUCHET maréchale
[séjour de Marie Cappelle à Paris] « Les gracieuses paroles de la
gracieuse maréchale, qui me dit avoir beaucoup connu et beaucoup apprécié mon père,
furent une première joie ». (M1, p 140).
TOURDONNET Mme de
« Mme de T. [Tourdonnet] est venue ce matin [prison de Brive] ; elle est
aussi noblement croyante que son mari. Je l’ai reçue avec trop d’émotion pour
essayer de lui parler ; mais nous avons pleuré longtemps ensemble ; elle a gardé ma
main dans sa main ». (M3, p 23).
82 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
TOURDONNET comte de
Une grande amitié va naître et se développer entre Marie Lafarge
et le marquis de Tourdonnet, le châtelain paisible de
Saint-MartinSepert, château voisin du Glandier.
Il dirige le premier le haras de Pompadour. Il est là lorsque Marie
Lafarge arrive à Montpellier.
« A Vigeois, on me présenta un de nos voisins, le comte de Tourdonnet.
C’était un homme aimable, d’un caractère et d’un esprit chevaleresques, un ancien
officier de marine devenu par ses blanches opinions un très paisible châtelain. Sa
conversation me plut et je fus heureuse de le savoir marié à une jeune et jolie femme
qui pourrait me devenir une douce distraction pour ma solitude et une amie pour
ma pensée. (M2, p 162). Un mois après mon arrivée au Glandier, je fus invitée
au baptême d’une des filles de M. de Tourdonnet… ses paroles, ses regards vous
donnaient la plus sincère bienvenue ; il vous recevait avec cœur et esprit. (M2, p
201-202). J’avais quelquefois la visite de M. de T***, avec lequel j’étais
heureuse de pouvoir échanger quelques idées… J’avais fait le projet d’aller passer
deux jours à son château et de faire une plus ample connaissance avec Mme de
T***. (M2, p 270-271). [Charles Lafarge questionne]… avoue que M. de
T. t’a fait la cour en mon absence. [Marie Lafarge répond :] Il m’a adressé des
vers et quelques compliments, voilà tout. (M2, p 295). De tous mes amis, M. de
Tourdonnet est celui qui a toujours exercé le plus d’influence sur les révoltes
désespérées de ma volonté. D’autres, plus faibles, m’ont aimée pour me consoler. Lui
m’a voulu faire de son amitié une vertu ». (HP, p 87).
Procès
« MM. De Lasteyrie et de Tourdonnet viendraient bien s’entendre avec vous
[Frédéric Lacombe], s’ils pouvaient rassembler de nouveaux renseignements sur
Denis ». (C1, p 179). Je lui demande [à de Lasteyrie] en grâce de se mettre en
rapport avec vous [Frédéric Lacombe]. J’adresse aussi la même prière à M. de
Tourdonnet. (C1, p 184). Si vous voyez [Frédéric Lacombe] MM. De
Tourdonnet et de Lasteyrie, dites-leur que je les bénis et que j’espère encore. (C1, p
192). J’ai vu, aujourd’hui même, M. de Tourdonnet. Il a des renseignements
précieux à fournir ; il a même des écrits. (C1, p 201). M. de Tourdonnet doit
voir le procureur du roi, de Brive, un de ces jours, pour des renseignements sur le
faux témoignage [de Denis Barbier]. (C1, p 202). M. de Tourdonnet est venu
me voir, quelques heures ; son amitié est toujours un bienfait : elle me fait presque
oublier verrous et liberté. Il ne peut quitter Saint-Martin, dans l’attente d’une
83 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
paternité horriblement retardataire, et je crois que son dévouement souffre avec moi
de cet éloignement forcé. (C2, p 154). Ne pourrai-je pas revoir une dernière fois ce
premier ami de mon infortune ?… Son absence ajoute un deuil à tous mes
deuils… J’aurais voulu poser un baiser, une larme, sur le front de ses beaux petits
enfants. J’aurais voulu saluer d’un dernier merci la noble amitié et le pieux
dévouement de madame de Tourdonnet. (HP, p 15). M. de Tourdonnet a voulu me
demander comment j’avais supporté la fatigue du voyage [de Tulle à
Montpellier]… Son regard a rencontré le mien et il s’est tu. (HP, p 68). Si vous voulez
fuir, madame, si vous le voulez, nous tenterons tout pour vous sauver. (HP, p
70). M. de Tourdonnet a été autorisé à me voir une dernière fois avant son
départ… [il dit à Marie Lafarge] Il faut que vous viviez ici, et vous y vivrez, car
vous ne voudrez pas donner au monde le droit de penser et de dire que vous n’avez
eu d’autre courage que le courage de l’orgueil ». (HP, p 93, p 94).
« Le Petit Journal » 11 et 12 novembre 1874 : ancien officier de
marine, retiré dans ses terres à l’avènement de Louis-Philippe pour ne
pas lui prêter serment… « M. de Tourdonnet… devint l’ardent chevalier de
son innocence attaquée… Ce fut lui qui, sans compter, pourvut à tous les frais
que nécessitait sa justification, sa défense… Le voyage en poste pour aller chercher
Raspail et le ramener en est un échantillon ».
VALENÇAY duc de
[parmi les chasseurs à Villers-Cotterêts] « … le duc de Valençay,
neveu du prince de Talleyrand, qui devait hériter d’une partie de la fortune de son
oncle et qui avait hérité déjà d’une partie de son esprit… » (M1, p 147).
VALENTINE
« Écris-moi donc une idée pour mon présent à Valentine ». (C2, p 265).
VATRY Mme
[Une amie de sa tante Garat] « Mme de Vatry, pleine de grâces, pleine
d’esprit, pleine de talents… ». (M1, p 264).
VICTORINE
« Parle-moi donc de Victorine. Crois-tu qu’on veuille la marier ou qu’il y ait
quelque chose en train ? » (C2, p 278).
84 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
WELLS Mme
[Une amie de sa tante Garat] « … qui possédait une bonté tout aussi
gracieuse que sa beauté. (M1, p 264). D’après ta lettre, tu auras été chez
Mme Wells ; je doute que tu y aies réussi… ». (C2, p 57).
85


Avocats, avoués, jurés, notaires



Voici quelques très grands noms du barreau, mais aussi de la
politique, pour certains d’entre eux, qui ont eu une brillante carrière de
député ou de ministre. Ils défendent ou ils accusent Marie Lafarge…
Ils peuvent même en être amoureux. Le plus célèbre, Charles
Lachaud, est considéré, depuis 1840, comme celui qui a ardemment
défendu Marie Lafarge lors du procès devant la cour d’assises de
Tulle… alors qu’il n’a jamais pris la parole ! Voilà un bel exemple de
la façon dont les légendes peuvent naître et perdurer. Plus
furtivement, apparaîtront quelques jurés, quelques notaires.
BABAUD-LARIBIÈRE François-Saturnin-Léonide (1819-1873)
« Né à Confolens (Charente) le 5 avril 1819, mort à Perpignan le 25 avril
1873. Fit ses études de droit à Poitiers, se fit inscrire en 1840 au barreau de
Limoges… Élu le 23 avril 1848 représentant du peuple dans le département de
la Charente… Ne fut pas réélu à la Législative de 1849… Initié [en
francmaçonnerie] le 15 juillet 1838 à la loge La Vraie Harmonie, Orient de
Poitiers. Conseiller de l’Ordre du Grand Orient en 1868, il fut, en juin 1870, élu
Grand Maître et conserva cette charge jusqu’à sa disparition en 1873. Le
4 septembre 1870, nommé par Gambetta, préfet de la Charente, puis des
Pyrénées Orientales (1872-1873), il se montra discret au moment de la Commune de
Paris avant de condamner formellement les Maçons qui avaient, ès qualités, pris
parti pour l’insurrection ». (Dictionnaire des parlementaires français
de 1789 à 1889. Adolphe Robert et Gaston Cougny, 1889, Paris,
Bourloton, éditeur. Dictionnaire de la franc-maçonnerie. Daniel
Liegou. 2 édition 2006, PUF, p 97).
C’est lui qui va à Paris pour convaincre Raspail de venir au procès
de Tulle, après l’intervention d’Orfila. « M. Raspail vous a appris dans son
éloquente lettre, tous les retards que nous éprouvâmes dans notre inconcevable
87 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
vitesse… Quand nous descendions la côte de Tulle tout était fini ; il y avait cinq
heures que notre amie était sacrifiée… Deux jours après, nous étions partis ; elle
restait seule avec son malheur, et nos larmes n’avaient pas même le pouvoir
d’adoucir quelque peu sa position ». (C2, p 152).
« J’ai écrit à MM. Bac, Babaud-Laribière… pour leur demander aide et
protection. (C2, p 245). M. Babaud-Laribière, l’excellent ami que vous connaissez,
s’est chargé, à Paris, de la négociation, de concert avec Mme Pauline Chaix et M.
Leroy d’Étiolles. (C1, p 194). Elle [Marie Lafarge] m’a prié [il s’agit de
Frédéric Lacombe] d’adresser à M. Babaud-Laribière la dénonciation en faux
témoignage et le mémoire contre Denis. (C1, p 201). Veuillez expliquer à M.
Raspail tout ce qui s’est passé, les premières expériences, M. Orfila… Dites-lui
ma foi en lui, mon malheur et mon innocence ; amenez-le, le plus vite possible.
(C2, p 151). Si vous préfériez écrire à M. Babaud-Laribière, son adresse est à
Confolens (Charente), rédacteur de L’Indépendant ». (C1, p 197).
« Ne pensez qu’au bien que vous m’avez fait… Préservez-moi de l’oubli. (C2
p 153). Je vis dans l’attente du pourvoi, ayant besoin d’espérer et n’osant guère…
Adieu, noble apôtre de la pauvre Marie. Convertissez les incrédules et gardez-moi
mes fidèles croyants. (C2 p 154-155). Si j’ai appris à mépriser la calomnie qui
voudrait faire rougir mon front, je suis impuissante à me résigner à celle qui
voudrait faire rougir le front de mes amis ». (C2, p 156).
Correspondance
Lettres de Marie Lafarge à Babaud-Laribière : C2, p 151 du
15 septembre 1840 ; C2, p 151 à 153 du 9 octobre 1840 ; C2, p 154 à
156 du 15 octobre 1840 ; C2, p 156 à 157, du 16 août 1841 ; C2, p
158 à 159, de septembre 1841 ; C2, p 159 à 160, d’octobre 1841 ; C2,
p 160 à 163, de fin octobre 1841.
BAC Jean-Baptiste-Théodore (1809-1865)
Né à Limoges le 14 avril 1809 ; mort à Paris le 30 mai 1865,
quatorze mois après avoir perdu son fils âgé de neuf ans.
« Licencié en droit en 1830, il débuta au barreau de Limoges… La
République de 1848 le nomma commissaire du gouvernement provisoire dans la
HauteVienne. Les électeurs de ce département l’envoyèrent à l’Assemblée Constituante.
Le 13 mai 1849 il fut réélu… à l’Assemblée législative… En vertu du décret du
11 janvier 1852, Bac dut quitter la France. Il y rentra quelques années plus tard
et se fit inscrire au barreau de Paris ». (Dictionnaire des parlementaires
88 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
français de 1789 à 1889. Adolphe Robert et Gaston Cougny – 1889 –
Paris, Bourloton, éditeur).
Le 27 avril 1848 des incidents éclatent à Limoges. Théodore Bac
prendra la tête du mouvement et pendant 20 jours, jusqu’au 18 mai,
Limoges sera aux mains d’un pouvoir ouvrier. Il est membre de la
Société populaire de Limoges, créée le 26 février 1848, et maire de
cette ville du 8 avril à novembre 1848. Il s’opposa au coup d’État de
Louis-Napoléon Bonaparte aux côtés de Victor Hugo, et fut compris
dans le décret du 11 janvier 1852 qui expulsait 66 députés du
territoire français.
Il était « déjà le plus brillant avocat de sa ville natale lorsque le procès de
Mme Lafarge, dont il fut le défenseur conjointement avec Me Lachaud, répandit
son nom dans toute la France… Bac fut une des personnalités les plus
remarquables de notre barreau, un de ces hommes rares qui apportent dans la vie
politique une probité, une droiture et une bonté que rien ne peut faire fléchir ; ses
adversaires politiques eux-mêmes ont toujours rendu justice à son désintéressement.
Nature honnête, plein de respect pour la robe qu’il portait et pour son titre
d’ancien représentant du peuple, il choisissait scrupuleusement, dans les causes
qu’on lui présentait, celles qu’il pouvait défendre avec une conviction profonde… ».
(Dictionnaire Larousse 1867 ; cité par Philippe Decourt, n° 4, tome 1,
p 106-107).
Procès
Un des avocats de Marie Lafarge (barreau de Limoges) lors des
deux procès.
reJeudi 9 juillet 1840 : 1 audience
Plaidoirie de Me Bac. Audience du 9 juillet 1840 (Pagnerre 1, p 35
à 43) : il demande que Marie Lafarge soit changée de place ; il
demande aussi « qu’il ne soit statué sur l’affaire qui vous a été soumise qu’après
qu’il aura été statué sur l’affaire criminelle ». Il dit n’avoir trouvé aucun
exemple de cette démarche dans les annales de la justice et souligne
que l’article 365 du code d’instruction criminelle indique que les
peines ne s’ajoutent pas et que la peine la plus forte est seule
prononcée.
Réplique de Me Bac à Dumont Saint Priest. (Pagnerre 1, p 56 à
62).
89 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
Nouvelle réplique de Me Bac, à M. Rivet. (Pagnerre 1, p 63). Il
précise qu’il a attaqué le système et non les hommes.
Samedi 11 juillet 1840, 2e audience : Plaidoirie de Me Bac pour
la suspension d’appel. (Pagnerre, procès 1, p 71 à 74).
Réplique de Me Bac à l’intervention de Dumont Saint Priest.
(Pagnerre 1, p 76-77).
Suite audience du 14 juillet 1840 : Lettre de Me Bac aux
journaux (Pagnerre 1, p 151-152) : il répond aux attaques de Me Coralli et
dit qu’il n’est pas l’auteur de l’article si violemment attaqué.
Audience du 13 août 1840 : Me Bac demande que les deux
premiers appels soient disjoints du 3e. Le 1er vise à surseoir à l’affaire
correctionnelle jusqu’au jugement de l’affaire criminelle ; le 2e est une
demande de sursis pour produire des témoins ; le 3e concerne la
condamnation de Marie Lafarge. (« Journal des débats » 14 août 1840).
Audience du 11 septembre 1840 : Me Bac évoque le système de
défense de Marie Lafarge qui n’a jamais envisagé une accusation
contre qui que ce soit. (Pagnerre 2, p 309 à 313).

« Le procès Lafarge le mit tout à coup en lumière. Sa notoriété naquit dans le
même berceau que celle de son camarade Lachaud. Ils furent comme les deux
jumeaux de la même renommée… Dans le procès Marcellange il fit preuve d’une
sensibilité exquise, d’une poésie débordante… Le dernier procès qu’il a plaidé est
un procès d’assistance judiciaire pour un ouvrier victime d’un accident… Un jour
qu’on le félicitait sur une plaidoirie pour un banquier, il répondit : je sens que
j’aurais bien mieux plaidé si j’avais plaidé pour rien et pour un pauvre diable ».
(Dernier quartier des Vieilles lunes d’un avocat. Frédéric Thomas
(1814-1884). L. Hachette (Paris), 1869).
« … Me Bac, qu’on a vainement accusé d’un amour romanesque pour sa
cliente… [Me Bac] croyait à la métempsychose. Il était persuadé qu’il se
souvenait de ses existences antérieures, à travers les siècles. (C1, p 218)… répondu
quelques lignes à M. Bac qui m’a écrit pour m’envoyer croyance, confiance et
résignation. (C1, p 252). Je reçois à l’instant une lettre de M. Bac qui m’annonce
que la cour de Limoges a statué et que mon affaire est appelée pour les assises
d’août. (C1, p 255). M. Bac m’oublie… (C2, 15 octobre 1840, p 154)…
ma défense, jusque là unie, s’est alors partagée : Me Bac s’est éloigné… ». (C2, p
204).
90 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
Il aurait répondu à Élie Berthet, le romancier et son ami de
jeunesse : [à propos de Marie Lafarge] « Pensez-en tout le mal que vous
voudrez… Peut-être encore, n’en penserez-vous pas assez… ». Mais
l’authenticité de cette phrase est parfois mise en doute, notamment
par Philippe Decourt : « Cette déclaration n’est pas seulement fausse, elle est
absolument contraire au caractère foncièrement honnête de Bac ». (n° 4, tome 1,
p 106-107).
Correspondance
Lettre de Me Bac à Mme de Léautaud. (Pagnerre 1, p 103).
Lettre des défenseurs de Mme Lafarge (Me Bac et Lachaud) aux
journaux. (Pagnerre 1, p 142).
Ouvrage :
« Théodore Bac. Notice biographique par son ancien
secrétaire ». (Paul Parrelon). Paris, 1867, 44 p.

Revue de presse
« Journal des débats politiques et littéraires » 13 juillet 1840 :
lettre de Lachaud et Bac aux journaux.
« Journal de Toulouse » 17 et 18 mars 1841 : Me Bac et lettre de
Marie Lafarge.
« La petite revue » 15 mai-12 août 1865 et « Le Figaro » 4 juin
1865 : mort de Théodore Bac (p 55).
« Le Petit Parisien » 10 février 1913 : réhabilitation et Théodore
Bac. (Paul Ginisty).
« La Lanterne » 16 avril 1914 : Théodore Bac.
« Lectures pour tous » octobre 1932 : « Gens de robe au banc des
criminels ». Procès le 20 juillet 1841 avec les avocats Bac et Coralli.
Pierre Bouchardon.
BARROT Camille-Hyacinthe-Odilon (1791-1873)
Né à Villefort (Lozère) le 19 juillet 1791, fils de Jean André Barrot
homme de loi, juge au tribunal du district de Langogne et de Jeanne
Virginie Thérèse de Borrelli ; mort à Bougival (Yvelines) le 6 août
1873. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise, 36e division. Il est
91 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
reçu avocat et admis au barreau en 1811. Le 28 octobre 1830, il est
élu député de l’Eure par le collège de département, et réélu le 5 juillet
1831. Il est aussi l’un des principaux actionnaires du journal
erd’opposition « Le Siècle », lancé le 1 juillet 1836 par Armand Dutacq,
le plus gros tirage de la presse de l’époque. Président du conseil
général de l’Aisne et élu par ce département à l’Assemblée constituante le
23 avril 1848. Louis Napoléon Bonaparte qui vient de prendre ses
fonctions de président de la République, le nomme chef du
gouvernement et ministre de la Justice le 20 décembre 1848. Le deuxième
gouvernement Odilon Barrot : du 2 juin 1849 au 31 octobre 1849 ;
lors du coup d’État de 1851, brièvement emprisonné, il se retire de la
politique active. Après la chute du Second Empire, l’Assemblée
nationale le nomme membre du Conseil d’État. Il sera, quelques années
plus tard, le premier vice-président du Conseil d’État de la
IIIe République. (Dictionnaire des parlementaires français de 1789
à 1889. Adolphe Robert et Gaston Cougny – 1889 – Paris,
Bourloton, éditeur.)
« Vous avez voulu écrire mon nom dans l’histoire avec des caractères de boue
et de sang ; je veux m’élever assez haut pour arriver innocente à la postérité. Dieu
me donnera la gloire de cacher vos opprobres et la vérité pour confondre vos
jugements ». (C2, p 88).
Procès
Avocat (avec Me Coralli) de Mme de Léautaud au procès des
diamants.
Il intervient lors de l’audience du 5 août 1841 : il souhaite un débat
sur le fonds.
Il intervient brièvement lors de l’audience du 7 août 1841.
Ce qu’ils en pensent
« Notre orateur était grave, sa parole était sentencieuse, son geste solennel ; ses
mœurs passaient pour austères et ses plus grands ennemis politiques le déclaraient
irréprochable… C’est le type le plus parfait qui existe ici-bas, de l’orgueil naïf et
du contentement de soi-même… Guizot lui dit un jour : vous êtes la probité
peureuse, l’indécision solennelle et la nullité grave… Habite rue de la Ferme des
Mathurins… premiers symptômes de cette indécision fatale et de cette nullité
présomptueuse dont il devait donner par la suite un si grand nombre de
témoi92 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
gnages … pendant dix-huit ans, Odilon Barrot n’eut pas en politique un seul
élan de sérieuse initiative. Il n’eut qu’une idée fixe, devenir ministre… Odilon
Barrot résume en sa personne soixante années de sottise bourgeoise et d’ambition
maladroite ». (Odilon Barrot par Eugène de Mirecourt ; G. Havard,
éditeur (Paris)-1858).
« Un petit dieu déchu ! Il a été soleil une heure ; ministre un jour ; il a été
pendant dix-huit ans la gloire des bourgeois… Météore du 24 février, ce grand
homme n’est en réalité qu’une nébuleuse ; de loin, géant ; de près, néant ».
(Théodore Labourieu. « Le petit Vapereau : lanterne biographique et
satirique ». Imprimerie de Walder, Paris, sd).
« J’avais ouvert les Mémoires d’Odilon Barrot avec une certaine confiance. Je
ne m’attendais pas à un bien vif plaisir littéraire ; je savais [qu’il avait] plus de
gravité que d’éclat, plus d’autorité que de charme, plus de fond que de forme… ».
Pontmartin A. de – Michel-Lévy frères (Paris), 1875.
« Odilon Barrot appartint toute sa vie à la loge parisienne des «
Trisonophes ». Il participa également à l’activité de la loge « Les Trois jours », en
e1830 ». (Dictionnaire de la franc-maçonnerie. Daniel Ligou. 2 édition
2006, PUF, p 97).
Correspondance
Lettre de Marie Lafarge à Odilon Barrot (C2, p 88, sd).
BATAILLE Henri
« … eut la charge malheureuse [avec Émile Blavet] de soutenir l’orateur
[Charles Lachaud] à la barre et de le ramener dans son cabinet de travail où il
voulut mourir devant le portrait de sa première inoubliable amie [Marie
Lafarge] ». (C2, p 14).
BERRYER Pierre Antoine (1790-1869)
Avocat et homme politique français dit « Berryer fils », né le 4
janvier 1790 à Paris et mort le 29 novembre 1868 à Augerville-la-Rivière
(Loiret). Grand avocat et parlementaire, il fut le défenseur du
maréchal Ney, de Debelle, Cambronne, Canuel, Donnadieu, de
Chateaubriand en 1834, de Lamennais en 1826. Il défendit
LouisNapoléon Bonaparte devant la Chambre des pairs, après la tentative
de Boulogne. Élu à l’Académie française le 12 février 1852, en
rem93 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
placement du comte de Saint-Priest. Il fut reçu le 22 février 1855 par
le comte de Salvandy. Député de 1830 à 1848, représentant du peuple
aux Assemblées constituante et législative de 1848-1849, député au
Corps législatif de 1863 à 1868. La révolution de février, à laquelle
Berryer avait si puissamment travaillé, ne lui causa pas plus de peine
que de surprise. Lors du coup d’État, il se retira du mouvement, et
refusa toute candidature. « Depuis Mirabeau, a dit Cormenin, personne
n’a égalé M. Berryer ». (Notice de l’Académie Française et Biographie
extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889
(A. Robert et G. Cougny.)
« … M. Chaix d’Estanges, sans contredit le premier avocat criminaliste de
France, après Berryer. (C1, p 193). Aussitôt que M. Dugabé aura pu prendre
les derniers avis de son oncle Berryer, malheureusement à Nantes pour un procès
civil… je vous mettrai en rapport avec l’avocat auquel j’aurai confié la grande
œuvre de mon salut ». (C1, p 188).
« A quelqu’un qui le félicitait de son admission à l’Académie française : Oh !
mon Dieu, répondit-il, rien n’est plus simple… je n’ai eu qu’à parler ». (« Revue
anecdotique des lettres et des arts » 1855, T 1, p 79).
Il fut tardivement initié, le 23 décembre 1848, à la loge « Les
Chevaliers croisés » dépendant du Suprême Conseil. (Dictionnaire de la
francemaçonnerie. Daniel Ligou. 2 édition 2006, PUF, p 97).
BONJEAN
Avocat du comte et de la comtesse de Léautaud lors de l’audience
du 18 juin 1841 : examen du pourvoi en cassation de Marie Lafarge
dans l’affaire des diamants : « La mort civile n’empêche pas Marie Lafarge
de publier ses « Mémoires » et de renouveler les outrages contre M. et Mme de
Léautaud ».
BRINDEL
Juré, avocat à Ussel, Conseiller général de la Corrèze.
Il a déclaré, avant le tirage au sort de la liste des jurés : « Le débat ne
m’enlèvera pas la persuasion que j’ai de la culpabilité de madame Lafarge, je la
condamnerai si le sort m’appelle au nombre des jurés ». (Adrien Varloy. «
Madame Lafarge », p 121).
94 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
Correspondance
Lettre de Marie Lafarge à Brindel : C2, p 306 à 307, 19 septembre
1840.
Revue de presse
« La Presse » 2 octobre 1840 : « On vient de découvrir que M. Brindel,
le président du jury, dont l’opinion a dû nécessairement avoir un grand poids sur
celle de ses collègues… est l’oncle par alliance de Mlle Anna Brun dont la
déposition a été l’une des plus accablantes pour l’accusée ».
« La Presse » 22 octobre 1840 : Brindel écrit à « La Presse » que le
bruit qu’on a répandu selon lequel il était parent de Mlle Brun n’a
aucun fondement.
BRUGÈRE Henri
Notaire à Condat à qui Marie Lafarge confie une lettre le
22 janvier 1840 pour qu’il la remette au procureur général de
Limoges, Dumont Saint Priest. Henri Brugère est le cousin germain de
Charles Lafarge qu’il n’aimait pas beaucoup ; en revanche, Marie
Lafarge lui plaisait. Son beau-père est M. Saint-Avit. Henri Brugère est
le père du général Henri-Joseph Brugère, né à Uzerche (Corrèze) le
27 juin 1841 et mort au Lautaret le 31 août 1918.
« Je remarquai M. Brugère, qu’on m’avait ordonné de craindre et de détester,
et dont l’esprit méchant m’amusait un peu sans m’effrayer beaucoup… (M2, p
163). M. Joseph Materre et H. Brugère ne voulurent pas me quitter pendant la
sinistre épreuve qui devait décider entre moi et mes ennemis. Il y avait du cœur
dans leurs paroles et dans leurs regards. (M2, p 360). M. Brugère, resté près de
moi, ne pouvait, dans sa position de famille, diriger ma conduite. (M2, p 379).
Ce même jour [celui où les gendarmes arrivent au Glandier] M. Brugère,
achevant sa mission protectrice et généreuse, partit pour Limoges, afin de m’obtenir
du procureur général la permission de rester chez moi sous la garde d’un peloton de
gendarmerie. Son voyage n’obtint aucun résultat ». (M2, p 384).
« Le Journal des débats » 29 mai 1914 : « Un témoignage du général
Brugère dans l’affaire Lafarge. Communication au groupe d’études limousines.
Marie Lafarge était fréquemment reçue à Uzerche dans la maison du notaire ; elle
y venait en compagnie du commandant Materre, l’oncle du général Brugère… Le
notaire promit à Marie Lafarge l’assistance d’un jurisconsulte, son oncle, M. de
95 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
Saint-Avit, résidant à Tulle. Marie Lafarge aurait souhaité que M. de Saint
Avit fût son avocat mais lors du procès il avait la goutte ».
CHAIX-D’EST-ANGE Gustave, Louis (1800-1876)
Avocat. Né le 11 avril 1800 à Reims (Marne) ; décédé le
14 décembre 1876 à Paris. Député en 1831, puis de 1836 à 1846.
Sénateur du 1er janvier 1862 au 1er janvier 1870. « Était le fils d’un
procureur général près la cour de justice criminelle de Reims. Son talent de parole,
qu’il mit d’abord au service de la cause libérale, lui valut, au barreau de Paris,
une réputation précoce. On lui confia plusieurs causes importantes : l’affaire des
événements de juin 1820, celle de la conspiration du 19 août (même année) ; dans
le célèbre procès des sergents de la Rochelle, la mordante plaidoirie qu’il prononça
acheva de le signaler à l’attention publique. De 1842 à 1844,
Chaix-d’EstAnge fut bâtonnier de l’ordre des avocats du barreau de Paris. Il rentra le
29 novembre 1857 dans la magistrature impériale comme procureur général près
la cour de Paris. Il y resta jusqu’au 16 août 1862. Le 18 octobre 1863, il fut
appelé à la vice-présidence du conseil d’État. Membre et vice-président du conseil
municipal de Paris, après avoir été, pendant les premiers temps de l’administration
de M. Haussmann, l’avocat de la ville, il fut promu, le 13 août 1871,
grandofficier de la Légion d’honneur. Le 4 septembre le rendit à la vie privée ».
(Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789
à 1889 (A. Robert et G. Cougny.)
« M. Chaix d’Estanges – sans contredit le premier avocat criminaliste de
France après Berryer – a consenti à se mettre en rapport avec moi et mes amis et à
étudier mon affaire dans les plus petits détails… il est impossible qu’un homme
d’un talent aussi pratique que M. Chaix d’Estanges ne voie pas la trame de
toutes ces infamies, ourdies pour me perdre et dont nos faibles yeux n’aperçoivent
que les fils ». (C1, p 193).
« Le Figaro littéraire » 5 février 1881 : un portrait de Paillet et
de Chaix-d’Est-Ange. (Jules Le Berquier).
CHAMBINE M. de
« Nous cherchons à t’envoyer un homme d’affaires pour régler les intérêts de
fortune. Je viens d’envoyer chercher M. de Chambine. M. de Chambine pourrait
aussi faire quelques arrangements avec toi pour les forges ». (Pagnerre 2, p 189.
Lettre de Mme Garat à Marie Lafarge du 21 janvier 1840).
96 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
[le samedi 10 août 1839 à midi, jour de son mariage] « Je causai de
littérature avec M. de Chambine, mon ancien notaire, qui était là très inoccupé,
car son esprit original avait depuis peu secoué le joug des contrats et des
testaments ». (M2, p 91).
CHAMBON
Juré, M. Chambon aurait écrit à M. Dalbin, son parent, receveur
des finances à Mauriac pour lui demander ce qu’il devait faire.
M. Dalbin a déclaré à plusieurs personnes qu’il a conseillé à son
parent de s’en référer à la déposition de M. Orfila juge suprême en cette
matière. (Me Lanvin, audience du 11 décembre 1840).
CHAUVERON Louis-Philibert de (vers 1792-1858)
Avocat au barreau de Limoges, il a souvent conseillé la famille
Lafarge ; il réside à Voutezac, propriété des Agas, commune dont il fut
le maire de 1823 à 1830. Il déclenche des rires lors de sa déposition.
Procès
eIl dépose le 6 septembre 1840 lors de la 4 audience (Pagnerre 2, p
179 à p 186) : « Je tâcherai de produire l’expression de la vérité avec tout l’éclat
d’organe qui doit lui appartenir ». Il évoque l’arrivée de Marie Lafarge au
Glandier, la lettre du 15 août 1839, sa venue au Glandier afin de
conseiller Charles sur sa conduite à tenir avec Marie.
eIl dépose aussi le 7 septembre 1840 lors de la 5 audience
(Pagnerre 2, p 187 à 195) : « Je suis de Limoges, moi ; je me suis marié à Vigeois
en 1811. A cette époque le père Lafarge était percepteur et habitait près de moi ;
la plus étroite amitié nous unissait ; j’ai demeuré dix ou douze ans à Vigeois.
Plus tard il devint juge de paix. J’avais eu l’intention d’acheter Glandier ».
L’avocat général lui pose de nombreuses questions sur les testaments
mais le témoin se retranche le plus souvent derrière le secret
professionnel.
« … avocat, se disant l’ami intime et l’homme d’affaires de la famille
[Lafarge] ». (M2, p 74). Je trouvai en M. de Chauveron de l’esprit et beaucoup de
bon sens un peu voilé sous des formes assez majestueusement avocates pour être
jugées ridicules. Parlait-il musique, c’était avec une solennité imposante ; faisait-il
un compliment, c’était avec la gravité austère à l’usage des oraisons funèbres ;
97 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
enfin, il disait bonjour avec éloquence, et demandait un verre d’eau avec une
entraînante persuasion ». (M2, p 137).
CORALLI (CORALLY, CORALY) (1801-1851)
Avocat de Mme Lafarge mère qui s’est portée partie civile
(empoisonnement).
Avocat de la famille Léautaud lors du procès des diamants.
« Né à Montpellier le 12 janvier 1801 ; mort à Paris le 21 avril 1851…
Député de 1839 à 1842 du département de la Haute-Vienne, collège de
SaintYrieix, représentant du peuple aux assemblées Constituante et législative de
1848-1849… Après sa réélection le 13 mai 1849, il combattit la politique du
prince-président, se prononça à nouveau contre l’expédition romaine, contre les lois
restrictives du suffrage universel, du droit de réunion etc. et mourut avant la fin de
la législature… Exerçait à Limoges la profession d’avocat ». (Dictionnaire des
parlementaires français de 1789 à 1889. Adolphe Robert et Gaston
Cougny – 1889 – Paris, Bourloton, éditeur.)
Procès
Il intervient à la 1re audience, le 9 juillet 1840 (Pagnerre 1, p 47 à
53) : « Il est temps que les débats s’engagent devant la justice ». Il réfute les
arguments de Me Bac et Me Lachaud demandant le sursis et insiste
sur la souffrance de Mme de Léautaud et celle de sa famille.
Le 11 juillet 1840, 2e audience : plaidoirie de Me Coralli contre la
suspension d’appel. (Pagnerre 1, p 74 à 76). Discours de Me Coralli
pour « exposé des faits et celui de nos griefs » : il cite plusieurs lettres dont
celles de Félix Clavé. (Pagnerre 1, p 80 à 105).
Le 14 juillet 1840, lors de la 4e audience, (Pagnerre 1, p 144 à 150)
il revient sur les faits et apporte quelques précisions.
Il intervient lors de l’audience du 13 août 1840.
Me Bac demande que les deux premiers appels soient disjoints du
3e. Le 1er vise à surseoir à l’affaire correctionnelle jusqu’au jugement
de l’affaire criminelle ; le 2e est une demande de sursis pour produire
des témoins ; le 3e concerne la condamnation de Marie Lafarge. Me
Coralli et le procureur sont d’accord avec Me Bac.
Il intervient à l’audience du 3 mai 1841. Me Coralli s’attache à
établir que M. de Léautaud n’a jamais dénoncé le vol des diamants.
Il intervient à l’audience du 4 mai 1841.
98 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
Il intervient à l’audience du 5 août 1841 : il refuse un nouveau
délai.
Il intervient lors de l’audience du 7 août 1841. Après un rappel des
faits, il donne libre cours à sa haine de Marie Lafarge, allant même à
parler de vengeance dans une respectable enceinte de la justice : « [à
propos de Marie Lafarge]… il semblait impossible qu’un pareil monstre pût
exister ; on ne voulait pas croire à tant de perversité… Il faut que le jugement soit
prompt ; il faut une vengeance ; il faut que les travaux forcés soient appliqués à
cette femme ; il faut qu’elle partage les souffrances qu’elle a répandues partout ; il
faut qu’elle sache enfin ce que c’est qu’une prison [elle est en prison de puis le
23 janvier 1840, donc depuis environ 19 mois !] ; qu’elle y entre et que ce
soit pour n’en sortir que comme la Brinvilliers en est sortie ». Quelle mesure
dans le propos ! Quelle dignité dans l’exercice de sa fonction !
« Je ne puis m’empêcher de parler un peu de Me Coralli, avocat et député. J’ai
lu tous les discours dans cette affaire et j’avouerai qu’il a laissé derrière lui
« l’Intimé » des Plaideurs… Et partout cette phrase prétentieuse, boursouflée,
redondante, répétant trois fois la même chose. Et ces fades éloges de la beauté de
madame de Léautaud, et des grâces de madame de Montbreton… et cette ridicule
forme de langage qui fait que Me Coralli s’écrie : On a sali notre vie de jeune fille.
Comme tout cela a été prévu par Racine ! » (Les guêpes. Série 02/par
Alphonse Karr. M. Lévy frères (Paris), 1867-1874).
« Que vous ne compreniez pas le dévouement, Monsieur, je le conçois ; que
vous ne vous sacrifiiez pas pour un ami, vous le dites, je le crois facilement. (C1, p
321). Me Coralli, dans sa réplique, a poussé si loin l’insulte et les lâches
interpellations qu’il m’a fallu me lever indignée et lui dire, à la face du monde, qu’il était
un lâche et qu’il avait menti ». (C2, p 171).
Correspondance
Lettre de Marie Lafarge à Coralli (C2, p 89 à 91, 8 août 1841).
DAVERNE
Avocat à la Cour de cassation ; parent de Deviolaine.
Procès
Avec Me Lanvin, chargé de soutenir le pourvoi de Marie Lafarge
devant la Cour de cassation, les 10, 11 et 12 décembre 1840
(empoi99 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
sonnement) : « Pourquoi la mission que vous avez reçue de la loi vous
interditelle de pénétrer le lugubre mystère du Glandier, d’y porter le flambeau de votre
haute et impartiale justice ? Non, une nouvelle et funeste page ne viendra pas
s’ajouter à la tragique histoire des erreurs judiciaires ». (Plaidoyers des avocats
Daverne et Lanvin, pour Mme Lafarge, devant la chambre criminelle
de la Cour de cassation (décembre 1840), Paris, Impr. Moquet et Cie,
1840, 68 p).
Il intervient lors de l’audience du 18 juin 1841, en cassation
(procès des diamants).
Il est présent lors de l’audience du 9 octobre 1841 en Cour de
cassation.
« La Presse » 22 octobre 1840 : les avocats Daverne et Lanvin
chargés de soutenir le pourvoi de Marie Lafarge.
DECORI Félix
Avocat à la cour de Paris. Parent de l’abbé Bonnel, curé
d’Ussatles-Bains, ville où mourut Marie Lafarge. (C2, p 36).
« Le Figaro littéraire » 28 décembre 1912 : « A propos de
Mme Lafarge » : il retrace rapidement l’affaire et il évoque les derniers
instants de Marie Lafarge vus par l’abbé Bonnel auquel, précise-t-il,
d’étroits liens de famille le rattachent. Il cite la lettre de l’abbé à
Mgr l’évêque de Pamiers du 12 septembre 1852 et la réponse de ce
dernier.
DESMOETTE
Avocat à la cour royale de Paris ; secrétaire de Paillet ; un des
défenseurs de Marie Lafarge à Tulle. Il sera ensuite préfet de la Corrèze.
DUGABÉ Charles Casimir (1799-1874)
Avocat au barreau de Toulouse puis de Paris ; il veut participer à
la réhabilitation de Marie Lafarge.
« Né le 27 février 1799 à Le Mas d’Azil (Ariège) ; décédé le 14 avril
1874. Député de 1834 à 1848. Étudia le droit et exerça à Toulouse la
profession d’avocat, jusqu’au moment où il fut élu (21 juin 1834). M. Dugabé alla
s’asseoir sur les bancs de la droite de la Chambre, à côté de M. Berryer.
Longtemps il conforma ses votes à ceux du célèbre orateur. Les élections du 4 novembre
100 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
1837, par 102 voix sur 203 votants et 226 inscrits, renouvelèrent son mandat
au député de Foix, qui fut encore réélu le 2 mars 1839. Mais un brusque
revirement s’opéra alors dans les opinions de M. Dugabé. « Du jour au lendemain, dit
une biographie, il fit un changement de front ; il approuva ce qu’il avait
énergiquement blâmé la veille ; il attaqua vivement ce qu’il avait approuvé. Aujourd’hui
M. Dugabé est une propriété du ministère. Quel est le secret de cette conquête sur
le parti légitimiste ? M. le ministre de l’Intérieur pourrait seul le dire. » Aux
élections du 9 juillet 1842, M. Dugabé ne l’emporta qu’à une voix de majorité ;
il obtint, en effet, 113 voix (225 votants, 251 inscrits), contre 112 à M.
Théodore Bénazet. Mais sa situation s’affermit quatre ans plus tard, et il fut réélu
encore une fois, le 1er août 1846, avec 148 voix (266 votants, 290 inscrits),
contre 117 au vicomte de Saintenac. Jusqu’à la révolution de février, il continua de
soutenir de ses votes le gouvernement auquel il s’était rallié ; puis il rentra dans la
vie privée ». (Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires
français de 1789 à 1889 (A. Robert et G. Cougny).
« … un des premiers avocats de Paris ; un homme dont le talent est moins
dans la tête que dans le cœur ; qui, par sa position de député, de neveu de M.
Berryer et d’ami presque intime de la plupart des ministres, peut immensément
pour l’avenir de ma cause. (C1, p 164). M. Dugabé, retenu en ce moment à
Paris par des affaires personnelles, m’a envoyé son meilleur ami [Alboize de
Pujol]. (C1, p 172). M. Dugabé, qui sait ce qu’il a si généreusement fait et
peut-être souffert pour ma cause, me dit que lui seul peut, mieux que personne,
empêcher les pertes de temps pour mesures incomplètes ou mal prises. (C1, p
173). M. Dugabé a non seulement une position qui abaissera devant nous les
difficultés, mais un coup d’œil qui embrasse tous les moyens, tous les rayons, toutes
les ombres d’une affaire. (C1, p 176). Voici, coup sur coup, trois lettres de M.
Dugabé, qui me pressent d’agir auprès de vous [Frédéric Lacombe]. (C1, p
181). M. Dugabé me charge de vous demander mille fois pardon [à Frédéric
Lacombe], s’il ne vous écrit pas lui-même en ce moment, parce qu’il est accablé
des préoccupations, démarches etc. nécessitées par mon affaire et une affaire à lui
personnelle qui doit se juger le 25 décembre. (C1, p 184). M. Dugabé eut un
procès politique, qui déchaîna toute la presse de la droite et de la gauche contre lui.
En même temps, des mauvais vouloirs de partis le forcèrent à faire rayer son nom
du tableau des avocats de Paris ». (C1, p 186).
101 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
DUSSOL
Juré, il aurait déclaré : « M. Orfila ne trouverait rien que l’accusée n’en
serait pas moins condamnée ». (Adrien Varloy. « Madame Lafarge », p 122).
DUVAL
C’est devant ce notaire, à Paris, qu’est passé le contrat de mariage
entre Charles et Marie Lafarge le samedi 10 août 1839 à midi : la
fortune de Marie Lafarge est évaluée à 45 000 francs or ; Charles estime
la sienne à 200 000 francs.
LACHAUD Charles-Alexandre (1818-1882)
« Voilà ce que valent les préjugés populaires. Je resterai comme l’avocat de
Mme Lafarge et je n’ai jamais pris la parole dans son procès ». (« Le Gaulois »
4 janvier 1883 : (article de son fils Georges Lachaud)). Donc,
confirmation absolue : Me Lachaud n’a jamais pris la parole lors du procès
pour empoisonnement de Marie Lafarge. Il est intervenu, en
revanche, lors du procès des diamants. Et pourtant ! Il est impossible
de trouver un seul article d’un journal ou d’une revue ou un ouvrage
consacré à ce célèbre avocat qui n’associe pas son nom à celui de
Marie Lafarge. Comme d’autres acteurs de cette affaire Lafarge,
parlerait-on encore beaucoup de lui aujourd’hui sans la renommée actuelle
de Marie Lafarge ?
Il est né le 25 février 1818 à Treignac (Corrèze) et mort le
9 décembre 1882, à sept heures du soir, 11, rue Bonaparte, à Paris,
dans son cabinet du 3e étage. Il épouse, en 1844, Louise Ancelot
(1825-1887), fille de Virginie Ancelot, romancière, auteur dramatique,
mémorialiste et peintre française et de Jacques-François Ancelot, élu à
l’Académie française en 1841. Charles Lachaud et son épouse eurent
deux enfants : Georges, filleul d’Alfred de Vigny, et Thérèse qui sera
la mère de Marc Sangnier.
« En 1836 vint à Paris suivre les cours à la faculté. Reçu licencié il se fit
inscrire au barreau de Tulle… En 1844 s’établit à Paris… De 1858 à 1867 a
fait partie du Conseil de l’Ordre des avocats. En 1869 il s’est présenté comme
ecandidat indépendant au Corps législatif devant les électeurs de la 8
circonscription de Paris et a obtenu une minorité de 9 000 voix environ… A épousé la fille
de l’académicien Ancelot. Chevalier de la Légion d’honneur le 12 août 1865 ».
102 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
(Biographie nationale des contemporains. Ernest Glaeser. 1878, p 381
et 382).
« Sa réputation s’établit lors du procès de Mme Lafarge dont il fut le
défenseur. Membre du Conseil de l’Ordre (1858-1867). Plaida notamment dans les
affaires Bocarmé, de Mercy, Tropmann, Bazaine (1873), dans le procès P. de
Cassagnac contre le général de Wimpffen (1875) etc. Essaya à plusieurs reprises,
mais sans succès, d’entrer dans la vie politique comme député. Son fils Georges,
avocat et littérateur, né à Paris en 1846 ». (Dictionnaire des dictionnaires.
Lettres, sciences, arts, encyclopédie universelle. T. 4, sous la direction
de Paul Guérin. Impr. réunies (Paris)-18..)
Portrait
« Il a [dit Gambetta de Lachaud] le front haut, lumineux, lisse et rond,
la figure chaude et éclairée, la joue puissante comme un Romain, la lèvre large,
saillante… la narine dilatée, bruissante, reposant sur un nez solide aux attaches
droites, la bouche riche et ronde… l’œil gros, rond… le corps droit, bien campé,
avec un air d’agilité juvénile ; l’embonpoint léger et plein de finesse ». (Boyer
d’Agen. C1, p 213). Me Gambetta a été le principal secrétaire de
Lachaud. « Il avait tout lu, tout vu, il connaissait tout le monde, il était au courant
de toute chose ».
Procès
Audience du 9 juillet 1840 (Pagnerre 1, p 43 à 46) : il
intervient pour dire que Marie Lafarge n’a pas eu le temps de produire
tous les témoins ; il demande un sursis.
Il intervient encore lors de l’audience du 13 août 1840, ainsi que
lors de l’audience du 3 mai 1841 : il soutient que Marie Lafarge, morte
civilement, ne peut être poursuivie pour un délit antérieur à sa
condamnation. « L’innocence de Marie Cappelle est au fond de notre âme, elle doit
en jaillir ». Il combat la compétence du tribunal correctionnel ; c’est
une des premières plaidoiries importantes de ce jeune avocat de 23
ans : « J’ai une passion profonde pour le malheur que j’estime ; oui j’ai trouvé
dans ma raison et dans mon cœur l’innocence de Marie Capelle et plus son
infortune est grande plus mon dévouement sera entier, absolu… [s’adressant à Me
Coralli] Mensonges, voyez-vous, mensonges que toutes ces paroles de calomnie.
Pour votre honneur à vous-même, rétractez-les. Messieurs, je vous demande une
103 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
dernière fois de vous déclarer incompétents ; pour Marie Cappelle comme pour
madame de Léautaud, ce tribunal ne suffit pas ».
Il intervient encore lors de l’audience du 4 mai 1841 ainsi que lors
de l’audience du 5 août 1841 : « Je n’ai à vous présenter aujourd’hui qu’une
simple question de délai ».
Commentaires
« Dès le début de sa carrière, il se révéla tel qu’il devait être jusqu’à la
dernière heure. Il se dévoua éperdument à la défense de Mme Lafarge, dont il soutint
jusqu’au bout la complète innocence ». (Veron Pierre. Galop général. E.
Dentu, Paris, 1885).
« Chez la princesse, ce soir, Lachaud parlait, en amoureux, de son ancien
amour pour Mme Lafarge. Il disait qu’aujourd’hui encore, il avait dans son
cabinet un portrait d’elle, au-dessus d’un divan, et que lorsqu’il rentrait fatigué du
palais, il faisait une sieste sur ce divan, s’endormant les yeux sur l’image de
l’assassine ». (Journal des Goncourt : mémoires de la vie littéraire....
Tome VI. (1878-1884). 2e série. 3e volume. 4e mille. - 1884 -G.
Charpentier et E. Fasquelle (Paris)-1851-1896).
« Lachaud n’a pas été un défenseur il a été le défenseur. Un orateur, si l’on
veut, et un orateur admirable, habile à tous accords, à toutes les modulations,
ayant à sa disposition, dix voix, vingt voix différentes, selon qu’il s’agissait de
convaincre ou de séduire, de toucher ou de terrifier ; mais avant tout un tacticien de
premier ordre et un psychologue auprès duquel les spécialistes de ce nom sont des
enfants qui balbutient… Ce fut un esprit délicieux, une âme indulgente et
charmante. Il a été bon pour les humbles, il a aimé son art par-dessus tout, il a été le
protecteur, l’ami de tous ceux qui pensent et en des temps difficiles, le défenseur
désintéressé et généreux de la liberté de penser ». (Le Palais de Justice de Paris
: son monde et ses mœurs par la Presse judiciaire parisienne... /
préface de M. Alexandre Dumas fils. Librairies-Imprimeries réunies
(Paris), 1892).
[avec Émile Blavet] « Henri Bataille eut la malheureuse charge de soutenir
l’orateur défaillant et de le ramener dans son cabinet de travail où il voulut mourir
devant le portrait de sa première inoubliable amie ». (C2, p 13-14).
Écrits de Marie Lafarge sur Charles Lachaud
C’est la première rencontre de Marie Lafarge avec le jeune avocat
Charles Lachaud. « … et j’allais quitter bien vite ce terrible palais, lorsque je
104 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
fus retenue par la parole éloquente et pleine de pensées du jeune avocat qui
défendait l’accusée… le soir… je fus heureuse de rencontrer le jeune défenseur qui, le
matin, m’avait fait éprouver une émotion profonde… je surprenais le regard de M.
Lachaud qui, attaché sur moi, semblait m’interroger, m’étudier, me deviner ; ce
regard, soupçonneux et sévère au moment de notre promenade, exprimait au retour
une sympathique tristesse ; il semblait me protéger, me défendre, me promettre un
ami pour l’avenir. (M2, p 183-184-185). [le jour de son arrestation]
M. Lachaud ne m’envoyait pas de vulgaires consolations mais il accordait à la
pauvre femme humiliée, flétrie, son dévouement et son respect… Qu’il en soit
béni ! » (M2, p 386-387).
Il est présent le 8 novembre 1841 lors du départ de Marie Lafarge
de la prison de Tulle vers Montpellier (HP, p 11). « M. Lachaud est
entré dans ma chambre. Il m’a saluée tristement, s’est assis devant moi, et m’a
regardée longtemps de ce regard profond de l’homme qui veut graver un souvenir
suprême dans son cœur. (HP, p 9, Tulle, 24 octobre 1841). M. Lachaud sort
de chez le préfet. Je ne serai pas enfermé dans une voiture cellulaire. (HP, p 13).
Cette vie monotone était celle de tous les jours. M. Lachaud arrivait à la prison
un peu après l’angélus du midi. Il venait à moi, chaque fois plus triste, plus désolé
de ce renoncement à la vie, qui se révélait dans tous mes actes, comme l’arrêt
irrévocable de ma volonté… Nos entretiens ne pouvaient être longs. M. Lachaud les
continuait avec ma famille. (HP, p 219-220). M. Lachaud, se rapprochant de
MM. les professeurs, les entraîna un peu à l’écart, et je l’entendis s’entretenir avec
eux des diverses phases de ma maladie, de la gravité incontestable de mon état, du
danger réel que j’avais couru et de celui que je pouvais courir encore. (HP, p
223224). Pour être plus près de Marie Lafarge, il envisage même de
s’inscrire au barreau de Montpellier. Oui, madame, me dit-il d’une voix
émue, si le ministre m’autorise à me joindre une ou deux fois par semaine aux
visites de votre famille, je me fais inscrire sur le tableau des avocats de Montpellier
et, tant que vous resterez prisonnière, j’y resterai. (HP, p 228). M. Lachaud
dont le nom est si noblement uni à mon malheur… ». (C1, p 165).
« Me Lachaud, mon ancien avocat, m’a écrit que le terrible procès Praslin
avait porté l’attention publique sur les effets de l’arsenic donné à hautes doses, et il
m’engage à publier un Mémoire sur la question de médecine légale de mon procès.
(C1, p 122). M. Lachaud écrivit même à M. Saint Priest, [au sujet de
Denis Barbier], Procureur général de Limoges, qui avait défendu qu’on prît
aucune mesure relative à mon procès sans lui en référer ». (C1, p 166).
M. Lachaud, un de mes avocats, va, pour mes affaires, à Paris. Je lui donne votre
105 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
adresse, chère dame. [Mme P***] Lui permettrez-vous d’aller vous parler de
mon affection et de toute ma reconnaissance. C’est un ami dévoué qui sait tout ce
que j’ai souffert ». (C2, p 301).
Une forme d’amour s’est-elle installée entre ces deux êtres ? «
[Prison de Montpellier, sans date] Je ne sais ce que je vous dis mais je sens que je
vous aime. M’aimez-vous encore ? Oui ! Oui ! Votre lettre est un trésor qui
rassérène mon cœur, dans ses heures de découragement et de doute… Je vous en
supplie, soyez fort. Je vous aime tant ! et si Dieu me prête vie et liberté, je vous le
prouverai si bien… Adieu, ami chéri, adieu ! ». (C1, p 293-294).
Mort de Charles Lachaud
De très nombreux journaux ont annoncé la mort de Charles
Lachaud, notamment : « Le Gaulois » (B. Loustalot) « Le Figaro » (Albert
Bataille) du 10 décembre 1882. « Le XIX° siècle » « La Presse » « La
Lanterne » « Le Petit Parisien » du 12 décembre 1882 ; « La semaine des
familles » du 23 décembre 1882.
Correspondance
Lettres de Marie Lafarge à Charles Lachaud : C1, p 227,
janvier 1840 ; C1, p 227, février 1840 ; C1, p 228, 11 avril 1840 ; C1, p
228 à 231, 15 avril 1840 ; C1, p 231 à 232, 18 avril 1840 ; C1, p 232 à
233, 21 avril 1840 ; C1, p 233 à 235, 7 mai 1840 ; C1, p 235, 14 mai
1840 ; C1, p 235 à 236, 14 mai 1840 ; C1, p 236 à 237, juin 1840 ; C1,
p 237 à 238, juin 1840 ; C1, p 239 à 240, juin 1840 ; C1, p 240 à 241,
juin 1840 ; C1, p 242, juin 1840 ; C1, p 242 à 243, juin 1840 ; C1, p
244 à 245, juin 1840 ; C1, p 246 à 247, 26 juin 1840 ; C1, p 247 à 248,
28 juin 1840 ; C1, p 248 à 250, 29 ; C1, p 250 à 251,
11 juillet 1840 ; C1, p 251 à 252, 18 juillet 1840 ; C1, p 252 à 253,
21 ; C1, p 253 à 254, 23 juill; C1, p 254 à 255,
27 ; C1, p 255 à 256, 30 juillet 1840 ; C1, p 256 à 258,
6 août 1840 ; C1, p 258 à 259, 7 août 1840 ; C1, p 259 à 261, 16 août
1840 ; C1, p 261 à 262, 7 octobre 1840 ; C1, p 262, février 1841 ; C1,
p 262 à 263, 10 octobre 1841 ; C1, p 264 à 265, 20 octobre 1841 ; C1,
p 265 à 266, 27 1 ; C1, p 267 à 268, 31 ; C1,
p 268 à 269, 25 février 1841 ; C1, p 269 à 270, 6 avril 1841 ; C1, p 270
à 271, 12 avril 1841 ; C1, p 271 à 272, avril 1841 ; C1, p 274 à 275,
21 juin 1841 ; C1, p 282 à 283, 26 octobre 1841 ; C1, p 275 à 276,
106 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
22 juin 1841 ; C1, p 277, juin 1841 ; C1, p 277 à 279, juin 1841 ; C1, p
279 à 280, 8 septembre 1841 ; C1, p 280 à 281, septembre 1841 ; C1,
p 282 à 283, 26 octobre 1841 ; C1, p 283 à 284, fin octobre 1841 ; C1,
p 288 à 292, 1845 ; C1, p 284 à 288, Montpellier, sd ; C1, p 292 à 294,
sd ; C1, p 295 à 299, sd.
Lettre des défenseurs de Mme Lafarge (Me Bac et Lachaud) aux
journaux. (Pagnerre 1, p 142).
Revue de presse
« La Presse » 2 juin 1840 : au sujet d’une lettre de Lachaud
précisant plusieurs points sur Marie Lafarge.
« Journal des débats » 13 juillet 1840 : lettre de Lachaud et Bac
aux journaux.
« » 7 octobre 1840 ; « Le Siècle » et « La
Presse » du 8 octobre 1840 : lettre de Lachaud à Paillet du
er 1 octobre 1840.
« Journal de Toulouse » 18 janvier 1843 : Lachaud a rendu visite
à Marie Lafarge.
« Le Figaro » 4 décembre 1856 : lettre de Charles Lachaud au
sujet du faux empoisonnement de Marie Lafarge.
« Le Figaro » 11 décembre 1866 : long article sur Charles
Lachaud. (B. Jouvin).
« Le petit journal » 27 juillet 1868 : Marie Lafarge, Lachaud et
Bac cités à propos de l’affaire Marcellange.
« Le Petit journal » 13 novembre 1869 : long article sur
Lachaud. (Thomas Grimm). « Aujourd’hui encore, parlez à Me Lachaud de
Mme Lafarge et il vous répondra en toute sincérité : une martyre !… Courant
sans cesse d’un bout de la France à l’autre, vivant pour ainsi dire en wagon ».
« Le Tintamarre » 11 janvier 1874 : Marie Lafarge et Lachaud.
« Le Gaulois » 13 janvier 1879 : quelques souvenirs sur Charles
Lachaud. (Montjoyeux).
« Le XIX° siècle » 14 décembre 1882 : « Il y avait chez Me
Lachaud un charme pénétrant, une bonhomie malicieuse, une tendresse indulgente
pour les pauvres gens qu’on ne saurait trop rappeler ». (F. Ducuing).
« Le petit journal » 15 décembre 1882 : long article sur Marie
Lafarge à l’occasion de la mort de Lachaud.
107 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
« Le Gaulois » 4 janvier 1883 : Gambetta et Lachaud. (Georges
Lachaud) (fils de Charles Lachaud).
« Bulletin de la société des lettres, sciences et arts de la
Corrèze » 1894 Tome 16 : « Hommes illustres de Treignac : Charles Lachaud »,
p 149-177. (E. Decoux-Lagoutte).
« Journal des débats » 3 mars 1911 : conférence de
HenriRobert à l’université des Annales 51, rue Saint-Georges : Une cause
célèbre, Lachaud, l’affaire Lafarge.
« Le Figaro littéraire » 16 mars 1912 : « Souvenirs d’un président
d’assises » La dernière plaidoirie de Lachaud à la cour d’assises. (Bérard
des Glajeux).
« Journal des débats » 28 juillet 1912 : Lachaud et l’affaire
Lafarge. (Maurice Spronck).
« La France judiciaire » 14 décembre 1930 : conférence à
Bruxelles de Me Campinchi « Le barreau de Paris en 1840 : Me Lachaud
et l’affaire Lafarge ».
Nombreux articles à l’occasion du cinquantenaire de la mort de
Lachaud.
« Ric Rac » 20 août 1932 : cinquantenaire [avec un peu d’avance]
de la mort de Lachaud
« Le Figaro » 8 décembre 1932 : le dimanche 11 décembre 1932,
à 11 heures du matin, à l’occasion du cinquantenaire de sa mort, une
plaque commémorative sera inaugurée au n° 11 de la rue Bonaparte, à
Paris, sur l’immeuble dans lequel a vécu et est mort le défenseur de
Madame Lafarge, Troppmann, Bazeine, de Villemessant et de tant de
causes célèbres.
« Le Figaro » 10 décembre 1932 : « Le souvenir de Me Lachaud »
(Marie Lafarge est citée). (Gaston Picard).
« Le Figaro » 1932 : télégramme du 9 décembre
1882 adressé au Figaro et cité dans cet article : « J’ai la profonde douleur
de vous annoncer que mon père a rendu le dernier soupir ce soir à 7 heures ».
(Georges Lachaud) « Une attaque de paralysie avait frappé un an plus tôt Me
Lachaud. Il prononçait une dernière plaidoirie en février, dans l’affaire du caissier
Doerr… Pas de discours lors des obsèques. Le roi du verbe ne voulait pas que le
verbe le célébrât. Plus de quatre mille personnes avaient suivi le convoi funèbre, où
trois couronnes attestaient de l’amitié du Figaro ».
108 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
« Le Figaro » 12 décembre 1932 : cinquantenaire de la mort de
Lachaud (Marie Lafarge citée). (Henry Hugault).
« Le Matin » 1932 : inauguration d’une plaque au
11, rue Bonaparte à Paris en souvenir de Charles Lachaud.
Ouvrage
Plaidoyers de Ch. Lachaud, recueillis par Félix Sangnier.
Tome 1 et 2 - G. Charpentier (Paris)-1885. Tome 1, p 3 à p 33, Marie
Lafarge, audience du 3 mai 1841 (affaire des diamants).
LACOMBE Frédéric
Notaire de Tulle dont le beau-frère Roussarie a écrit sous le nom
de « Timon de Tulle » un certain nombre d’ouvrages philosophiques.
(C1, p 159). Curateur de Marie, à la requête des époux de Léautaud,
en raison de la mort civile frappant Marie Lafarge.
Il est présent à l’audience du 5 août 1841.
Il est là lors du départ de Marie Lafarge de la prison de Tulle vers
Montpellier. (HP, p 11).
« Frédéric Lacombe, cet intègre notaire de Tulle dont l’étude fut, d’abord,
ouverte aux antilafargistes qui y tinrent leur club d’accusateurs publics jusqu’à ce
que ce simple honnête homme, reconnaissant en son âme et conscience que l’accusée
était condamnée sans preuves, chassa de son temple légal ces vendeurs passionnés
des sentences coupables et, loyal adversaire de Mme Lafarge, s’en fit le partisan et
le tuteur ». (Boyer d’Agen, C2, p 18).
« D’abord gagné à la cause de la calomnie et me croyant coupable,
M. Lacombe usait de son influence pour m’aliéner l’opinion publique et
l’intéresser aux espérances haineuses de mes ennemis… Mais il arriva un jour où
l’honnête homme se trouva de trop dans ces mystérieuses collusions de colères
intéressées et de rancunes vénales… il arriva un jour… où il fut conquis à la cause de
mon innocence et, d’ami des oppresseurs, devint l’amie de l’opprimée. (HP, p
1213). J’ai dit à M. Dugabé par quel retour providentiel je vous avais compté, aimé,
béni, parmi les plus chers de mes amis. Je lui ai dit qu’anciennement lié d’intérêt
avec MM. Lafarge et Buffière vous pouviez moins qu’un autre résister à la
prévention que leurs injustes accusations faisaient naître contre moi. (C1, p 167).
Ami de M. Coralli, étant en relations d’affaires et de vieille amitié avec toute la
famille Lafarge, vous deviez me détester. [Marie Lafarge à Frédéric
Lacombe] ». (C1, p 203).
109 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
Correspondance
Lettres de Marie Lafarge à Frédéric Lacombe : C1, p 163 à 170, du
22 octobre 1843 ; C1, p 170 à 178, sd ; C1, p 178 à 180, sd ; C1, p 180
à 185, du 22 novembre 1844 ; C1, p 185 à 189, du 5 janvier 1845 ; C1,
p 191 à 193, du 25 janvier 1845 ; C1, p 193 à 198, du 29 mars 1845 ;
C1, p 205 à 211, probablement du 19 mars 1851 ; C1, p 202 à 204,
sd ; C1, p 202 à 204, sd.
Lettres de Delafont à Frédéric Lacombe : C1, p 189 à 191, du
22 janvier 1845 ; C1, p 198 à 199, du 4 avril 1845.
Lettre de Frédéric Lacombe à Delafont : C1, p 199 à 202, du
4 avril 1845.
Revue de presse
« Mercure de France » 16 mai 1913 : lettres inédites de
Mme Lafarge, de son oncle et de son curateur [Frédéric Lacombe], un
épisode judiciaire 1843 ? p 322-361.
LALANDE Charles
Avocat à Brive ; le premier avocat à qui s’adresse Marie Lafarge ; il
lui aurait proposé de quitter le Glandier pour Paris, après la mort de
Charles Lafarge, pour passer ensuite à l’étranger.
Procès
Lors de la 11e audience, le 13 septembre 1840 (Pagnerre 2, p 347),
Jean-Baptiste Marcoste rapporte que M. Lalande lui aurait dit qu’il
avait conseillé à Marie Lafarge de quitter le Glandier et qu’il la
conduirait à Paris.
« M. Lalande, avocat de M. Roque, s’occupa alors de mes affaires. Il me
demanda si j’avais un testament… M. Lalande me parla ensuite des calomnies qui
m’avaient poursuivie. Il m’apprit que Mme Lafarge [mère] s’était arrêtée à
Pompadour, qu’elle n’avait pas renoncé à ses odieuses accusations… J’interrogeai
M. Lalande sur l’opinion de Brive au sujet de cette accusation portée contre
moi… Dans ce cas [arrestation] madame, ajoutait M. Lalande, il faudrait vous
sauver… je serais près de vous ; j’ai un cabriolet, un bon cheval, un passeport qui
a été délivré à ma femme et qui vous servira à merveille ». (M2, p
373-374375).
110 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
LANVIN
Procès
Avocat de Marie Lafarge, avec Me Daverne, pour le pourvoi en
cassation (procès empoisonnement) les 10, 11 et 12 décembre 1840.
Le 11 décembre, il aborde les moyens de cassation que n’a pas
évoqués Me Daverne. « Un grand nombre d’hommes éclairés et consciencieux
souhaitent que l’affaire soit soumise à de nouveaux débats ».
Le 12 décembre, il énumère des irrégularités concernant certains
jurés.
Revue de presse
« La Presse » 22 octobre 1840 : les avocats Daverne et Lanvin
chargés de soutenir le pourvoi de Marie Lafarge.
« La Presse » 30 novembre 1840 : affaire Lafarge remise à cause
de la maladie de Me Lanvin.
« Journal des débats » 17 décembre 1840 : lettre de Lanvin du
15 décembre au « Journal des débats ». Il conteste le mémoire d’Orfila et
y répondra prochainement avec preuves à l’appui.
LASTEYRIE de
Percepteur, il fait partie des « personnes très honorables » à qui
ont été rapportés les propos de Denis Barbier sur Marie Lafarge. (C2,
p 239) (Requête présentée le 24 juillet 1841 à Messieurs le Président
et juges près le tribunal civil de Tulle ; rédaction de François Raspail
et du Dr Manceau).
« Un autre de mes jurés, un cher et loyal croyant. (C1, p 166). S’entendre
avec M. de Lasteyrie, pour savoir quels sont les témoins, pour les faire parler,
raviver leurs souvenirs. Je ne doute pas que le bon et grand cœur de M. de
Lasteyrie ne batte encore pour mon malheur, qu’il ne consente volontiers à venir à Tulle
pour s’entendre avec vous des choses à faire ». (Marie Lafarge à Frédéric
Lacombe, C1, p 167).
« MM. de Lasteyrie et de Tourdonnet viendraient bien s’entendre avec vous
[Frédéric Lacombe], s’ils pouvaient rassembler de nouveaux renseignements sur
Denis ». (C1, p 179).
« Si vous voyez MM. De Tourdonnet et de Lasteyrie, dites-leur que je les
bénis et que j’espère encore ». (C1, p 192).
111 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
LEGRIS (ou LEGROS)
Notaire de Marie Lafarge, à Soissons.
« Dans sa dernière lettre, M. Lafarge m’apprenait qu’il n’avait pas encore
reçu l’argent de M. Legris, que son retour dépendait de cet envoi ». (M2, p 292).
MARCOSTE Jean-Baptiste
Avoué à Brive.
Procès
eIl dépose le 13 septembre 1840, lors de la 11 audience (Pagnerre
2, p 346) : « L’hiver dernier, je fus un soir chez M. Antoine Roch père, à
Brive… [il dit] qu’il avait de bonnes raisons pour ne pas croire que M. Lafarge
était mort empoisonné ». Il ne peut croire que Marie Lafarge ait
empoisonné son mari « pour rentrer dans ses biens » et, dans le même temps, ait
contracté une obligation de 30 000 fr. en faveur de son mari… Il confirme que les
vases contenant les objets à expertiser n’étaient pas cachetés… M. le greffier m’a
montré l’estomac de Lafarge dans le tiroir de son bureau… » [!!!]
MIALET François Xavier (1794 – 1861)
Avoué de la partie civile, il assiste Me Coralli, lors du procès des
diamants dont la première audience a lieu le 9 juillet 1840, devant le
tribunal correctionnel de Brive.
er Il a été maire de Brive du 19 mars 1837 au 1 février 1840.
NASSAU Édouard (ou NASSEAU) (vers 1810- ?)
Avocat à Confolens (Charente).
Procès
eIl dépose le 7 septembre 1840 lors de la 5 audience (Pagnerre 2, p
e223) et le 8 septembre lors de la 6 audience (Pagnerre 2, p 226) ; il est
entendu en vertu du pouvoir discrétionnaire ; il loge avec M.
Catrufeaux qui lui présente Denis « le féroce, une espèce de vampire ». Il
rapporte certains propos de Denis qu’il a entendus, particulièrement
violents à l’endroit de Marie Lafarge, notamment qu’elle nourrissait
son mari à l’arsenic depuis quinze jours. « Il a dit qu’il voulait boire le
112 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
sang de Mme Lafarge… Ah ! La scélérate, quand j’y serai, elle n’aura pas les
yeux comme elle les a maintenant ».
Incident avec l’avocat général qui lui reproche d’avoir «
provoqué » le témoin Denis qui est intouchable aux yeux du Ministère
public !
PAILLET Alphonse Gabriel Victor (1795-1855)
Né le 17 novembre 1795 à Soissons. Mort à Paris le 16 novembre
1855. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise, 27e division, 3e
ligne, S, 28. Son tombeau est orné d’un bas-relief, œuvre de
Doublemart. Une statue fut élevée à sa mémoire par la ville de Soissons et
dévoilée le 26 juillet 1863. Il est l’avocat de Marie Lafarge lors du
procès pour empoisonnement.
Son père, notaire à Soissons, avait rempli des fonctions
municipales. Sa mère était Mlle Frion de Vauvarennes. À 12 ans il entre au
lycée Charlemagne à Paris. Après le bac, c’est l’école de droit de Paris.
Il débute comme avocat à Soissons. Le 10 octobre 1824, il s’inscrit au
barreau de Paris, le même jour que le crime de Papavoine qu’il va
défendre. (À cette époque le barreau de Paris comptait 435 avocats
inscrits et 389 stagiaires). Il va notamment s’illustrer, par la suite, dans
les affaires suivantes : Seguin, Lafarge, Quénisset, Fieschi. Il est élu
député de Château-Thierry de 1846 à 1848. Le vendredi 16 novembre
1855, la veille de ses 59 ans, il se rend au palais pour plaider. Pendant
sa plaidoirie il s’écroule, il est mort, foudroyé par une attaque
d’apoplexie.
On a de lui les ouvrages suivants : « Manuel de droit français »
(1812) ; « Législation et jurisprudence des successions » (1816) ; « Droit public
français » (1822). (Biographie extraite du dictionnaire des
parlementaires français de 1789 à 1889 – A. Robert et G. Cougny). La
fréquentation du théâtre était un de ses plus chers délassements.
Ses obsèques ont lieu le 19 novembre 1855. M. Bethmont,
bâtonnier de l’ordre des avocats à la cour impériale de Paris rend hommage
au disparu... (Imprimerie de A. Guyot et Scribe, Paris,1855) : « Il est
mort à deux heures, au milieu d’une plaidoirie commencée avec un esprit plein de
grâce. Tout d’un coup, un nuage de mort a passé sur cette belle intelligence ; sa
voix, si ferme toujours, a balbutié, et il s’est affaissé sur lui-même. La justice s’est
arrêtée. Le chef de la magistrature s’est précipité de son siège pour tendre la main
113 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
au soldat judiciaire qui défaillait. Inutile secours ! Il tombait mort et, suivant ses
prophétiques paroles, sa robe était son linceul ».
Procès
Première audience, le 3 septembre 1840 : il n’y a pas lieu
d’entendre des témoins qui se sont constitués partie civile dans le
procès en correctionnelle. « On a voulu faire servir le procès correctionnel de
préface au procès criminel ». (Pagnerre 2, p 67-70).
Cinquième audience, le 7 septembre 1840 : commentaires de
Me Paillet sur les testaments de Charles Lafarge (Pagnerre 2, p 193 à
195).
Huitième audience, 10 septembre 1840 : « … probablement… il
n’y aura de bonne expertise que celle qui viendra en aide à l’accusation
défaillante ». (Pagnerre 2, p 292-293).
Quinzième et seizième audiences, les 17 et 18 septembre
1840 (Pagnerre 2, p 390 à 442 : plaidoirie de Me Paillet.
Présent les 10 et 11 décembre 1840, mais silencieux, lors de
l’examen du pourvoi (empoisonnement) devant la Cour de cassation.
Il assiste, sans intervenir, à l’audience de cassation, dans l’affaire
des diamants, le 18 juin 1841.
« Ce maître, plus académique que tribun… (C1, p 217). M. Paillet devait
venir m’appuyer sur sa croyance d’honnête homme, sur sa participation d’homme
éloquent. (C2, p 89). J’ai été peinée de quelques paroles amères contre M. Paillet
[dans la lettre de Raspail]. (C2, p 153). M. Paillet m’écrit exactement et,
sans me donner de nouvelles positives, m’envoie de bonnes probabilités. (C2, p
154). Je vous assure que, cette fois, [la lettre date de 1845, Marie Lafarge
envisage un nouveau procès] ce ne sera point M. Paillet. Je veux du cœur,
une foi entière, un talent entraînant. (C1, p 188)… M. Paillet approuve le
pourvoi et déconseille l’opposition qu’il veut me faire remplacer par une
protestation modérée. (C2, p 157). Me Paillet a toujours menacé de se retirer de la
défense, si mon nom [Raspail] même était prononcé devant la Cour… Me Paillet
est l’avocat de M. Orfila en plus d’une affaire. (Lettre de Raspail au
Dr Favre) (C2, p 226). Vous n’avez pas vu Me Paillet et j’en suis désolée ; car
vous auriez compris qu’à côté des opinions qui pouvaient vous faire étrangers l’un
à l’autre, il y avait un caractère et une loyauté, qui devaient vous rendre frères.
(Lettre à Raspail ; C2, p 235). [M. Paillet]… frappé de l’immense portée de
ces propos qui, selon lui, pouvaient faire crouler toute l’accusation, fit porter une
114 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
accusation de faux témoignage contre Denis, devant le parquet de Tulle ». (C2, p
290).
Correspondance
Lettres de Marie Lafarge à Alphonse Paillet : C2, p 208 à 209 du
26 septembre 1840 ; C2, p 209 à 212 de la prison de Tulle, 1840 ; C2,
er p 213 à 214 du 1 octobre 1840.
Ouvrages
« Plaidoyer de Me Paillet », bâtonnier de l’ordre des avocats à la
cour royale de Paris, pour Marie-Fortunée Cappelle, veuve de Charles
Pouch Lafarge, accusée d’empoisonnement sur la personne de son
mari, devant la cour d’assises de la Corrèze (septembre 1840), Paris,
impr. Moquet et Cie, sd, 88 p.
« Plaidoyers et discours, publiés par Jules Le Berquier ».
Tome 1, Marchal, Billard ; Paris ; 1881 (Affaire Lafarge, p 123 à p
257).
« Histoire du département de l’Aisne », 1890 : courte
biographie de Paillet p 73-74.
Revue de presse
« Journal des débats » 24 septembre 1840 : quelques lignes sur
le mot de Marie Lafarge à Paillet.
Le « Journal des débats » et « La Presse » du 2 octobre 1840 ; « Le
Siècle » du 3 octobre 1840 ; le « Journal de Toulouse » du 5 octobre 1840 ;
« L’Écho d’Ancenis » du 8 octobre 1840 publient la lettre de Marie
Lafarge du 26 septembre 1840 à Paillet.
« Journal des débats » 7 octobre 1840 : lettres de Paillet au
er « Journal des débats » du 4 octobre ; de Lachaud à Paillet du 1 octobre ;
er de Marie Lafarge à Paillet du 1 octobre.
« Le Siècle » 7 octobre 1840 : lettre de Paillet aux journaux « Le
Droit » et « La Gazette des tribunaux » concernant la lettre de Raspail à
Fabre.
« La Presse » et « Le Siècle » 8 octobre 1840 : lettre de Paillet
du 4 octobre 1840 au directeur de « La Gazette des hôpitaux » ; lettre de
115 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
Lachaud à Paillet du 1er octobre 1840 et lettre de Marie Lafarge à
Paillet du 1er octobre 1840.
« Le Figaro littéraire » 5 février 1881 : un portrait de Paillet
+ Chaix-d’Est-Ange de Jules Le Berquier.
PASSERIEU
Juré. « Aussitôt que nous eûmes connaissance de ces faits par une lettre de M.
Passerieu… [propos de Denis Barbier] ». (C1, p 166).
« … le pauvre et bon M. Passerieu mourut peu de temps après mon
jugement ». (C1, p 166).
« Il faudrait… voir M. Rivet… afin de recueillir tous les documents écrits ou
verbaux qu’il a dû garder de la déposition de M. Passerieu ». (C1, p 167).
PEYREDIEU
Avoué, il assiste Me Bac et Me Lachaud lors du procès des
diamants dont la première audience a lieu le 9 juillet 1840. Le seul des
conseils de Marie Lafarge présent à Brive. Marie Lafarge évoque le
procès des diamants, en appel : « Plaignez-moi : il est affreux de combattre
ceux qu’on a aimés, il est affreux d’éviter un jugement quand la conscience est
pure ».
« Dieu veuille que notre pourvoi soit accepté et que la lutte recommence ».
(C2, p 307 à 308 ; 8 octobre 1840).
Correspondance
Lettres de Marie Lafarge à Peyredieu : C2, p 304 à 306, juin 1841 ;
C2, p 307 à 308, 8 octobre 1841.
PLAZANET
Juré qui aurait déclaré : « Je n’ai pas besoin d’attendre les débats pour
condamner Mme Lafarge ; j’en sais assez comme cela ; si elle a le malheur de
tomber sous mon verdict, je la condamne à mort ». (Me Lanvin, audience du
11 décembre 1840).
116 DICTIONNAIRE PASSIONNEL DE MARIE LAFARGE
SABATHIER
« Journal de Toulouse » 10 avril 1840 : « Me Sabathier, avocat à
Toulouse, qui doit défendre Mme Lafarge dans cette affaire [diamants], est
arrivé à Brive ». Ce n’est pas lui qui sera choisi.
SAINT-AVIT de
Beau-père d’Henri Brugère. « Il [M. Brugère] appela à mon aide M.
Saint-Avit, son beau-père, dont la réputation comme jurisconsulte s’étend bien
audelà de la Corrèze et du Limousin. La santé de M. Saint-Avit ne lui permit pas
de se rendre au Glandier ». (M2, p 379).
SIREY Aimé (vers 1807-1842)
Fils de Jean-Baptiste Sirey, jurisconsulte (1762-1845) et de Annette
De Lasteyrie du Saillant, femme de lettres (22 mars 1780 –
27 septembre 1843). Avocat à Paris, demeurant 9, rue d’Aguessau.
« … Conseil général [de la Corrèze] dont j’ai l’honneur de faire partie… ».
(Pagnerre 2, p 115 à 117).
eIl dépose le 4 septembre 1840, lors de la 2 audience. (Pagnerre 2,
p 115 à 117).
eIl dépose aussi le 7 septembre 1840, lors de la 5 audience
(Pagnerre 2, p 187), pour redire ce qu’il a dit lors de sa première
déposition. Il cite les propos de François Angelvy (« mon fermier de la
terre de Comborn, située dans le voisinage du Glandier ») lui disant, le
5 janvier 1840, que Charles Lafarge ne profiterait d’aucune prospérité
dans ses affaires, suite à son invention et à la fortune acquise grâce à
son mariage, car il mourrait empoisonné.
Son père, Jean Baptiste Sirey, fixé à Brive depuis quelque temps,
est présent à l’ouverture du procès des diamants.
TERRIOUX
Juré, il aurait déclaré : « Je désire que les chimistes de Paris trouvent du
poison dans le corps de Lafarge ». (Adrien Varloy. « Madame Lafarge », p
121). Ce fait est vérifié par M. Lafond, avocat au barreau de Tulle.
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