Diderot

De

Article biographique de Marcel Pagnol sur Denis Diderot suivi d'une Brève histoire de l'Encyclopédie. Écrivain, philosophe des Lumières, encyclopédiste, Diderot fut avant tout un grand créateur. Auteur de La Religieuse, de Jacques le Fataliste, du Neveu de Rameau, de la Lettre sur les aveugles, il a inventé l'Encyclopédie, la Nouvelle, la Critique d'art, la Comédie dramatique, et dans chacun de ces genres, il improvisa des modèles, qui sont presque tous des chefs-d'oeuvre.


Publié le : vendredi 23 novembre 2012
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EAN13 : 9782824900605
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Marcel Pagnol
Diderot
Vie et oeuvre de Denis Diderot
suivi d'une Brève histoire
de l'Encyclopédie
La République des Lettres
Vie de Diderot
Louis-Michel van Loo,Diderot, 1767
Denis Diderot est né à Langres le 5 octobre 1713, d'un père qui était coutelier, et il eut un frère chanoine. Il devait mourir le 31 juillet 1784, cinq ans avant cette Révolution que son oeuvre avait préparée.
Il entra à neuf ans chez les Jésuites, qui furent frappés par l'intelligence de l'enfant, et il reçut la tonsure à douze ans. Mais son père, on ne sait pourquoi, s'opposa à sa vocation religieuse, et il l'envoya terminer ses études à Paris, au collège d'Harcourt.
Ce n'est qu'à trente-deux ans, après de longues années de misère, qu'il publia son premier ouvrage, une traduction libre de L'Essai sur le mérite et la vertu, oeuvre d'ailleurs sans grande importance (1745). Mais à partir de cette année commence une production d'oeuvres littéraires et philosophiques qui ne s'arrêtera qu'à sa mort.
De plus, tout au long de ces trente-sept années, Diderot entretint une correspondance presque comparable à celle de Voltaire, tandis que son effort principal se portait sur l'Encyclopédie, qui devait se composer de vingt et un gros volumes de texte, et de douze volumes de planches, avec deux volumes d'index. Diderot a dit de lui-même: "J'avais en une journée cent physionomies. J'étais serein, triste, rêveur, tendre, violent, passionné, enthousiaste." Il semble que l'on puisse ajouter: "fervent, sceptique, généreux, impitoyable, chaste, fidèle, licencieux et volage".
Cette diversité, ce "protéisme" furent très admirés par nombre de ses contemporains, et Rousseau disait de lui à Mme d'Epinay: "Diderot est un génie transcendant, comme il n'y en a pas deux dans ce siècle." Il ne semble pourtant pas que la postérité ait eu pour lui une admiration aussi totale que celle de Rousseau. L'homme fut sans doute un grand caractère. Son dévouement total à l'Encyclopédie, son courage en face des puissants, sa passion du travail, sa générosité font de lui une des puissantes figures du XVIIIe siècle. Il a pu écrire sans mentir: "On ne me vole pas ma vie: je la donne. Un plaisir qui n'est que pour moi me touche faiblement... C'est pour moi et pour mes amis que je lis, que je réfléchis, que j'écris, que je médite, que j'entends, que je regarde, que je sens. Dans leur absence, ma dévotion rapporte tout à eux, et je songe sans cesse à leur bonheur."
Il est certain que sa bonté fut une part de son génie, et il est remarquable que ce sceptique, qui attaqua avec tant de violence la théologie chrétienne, ait prétendu diriger sa vie par les
préceptes de l'Evangile. Aussi bien, sa philosophie est assez sommaire, et ses opinions sont parfois contradictoires. Sa seule grande idée qui n'ait jamais varié, c'est qu'il faut détruire les religions, afin de fonder la science. Sur ce point capital, le sceptique n'a jamais eu le moindre doute. Il a combattu tous les dogmes avec une égale passion, et l'énormeEncyclopédieen est l'immortel témoignage. Immortel, non point par sa partie négative, qui n'est pas très originale. Les arguments qu'il invoque contre les Eglises sont ceux de la raison raisonnante, c'est-à-dire ceux de Voltaire et de bien d'autres. Mais la partie constructive représente véritablement le péristyle de la science moderne. "Jamais, écrivait Grimm, génies ne se sont ressemblés comme celui de Bacon et de M. Diderot." Certes, Francis Bacon, qui fut le génial auteur du Novum organum, et qui mourut en inventant l'art de conserver les viandes par le froid, paraît être le père et le fondateur des sciences expérimentales. Mais cent cinquante ans plus tard, le fils du coutelier de Langres réunissait les premiers résultats acquis par la nouvelle méthode. Avec son esprit cartésien, il les classait, il les coordonnait, et sur les fondations jetées par Francis Bacon, il a fait sortir de terre les assises du monument: cette partie de son oeuvre est sans doute impérissable.
Le style de ses ouvrages philosophiques est merveilleusement clair, rapide, original: on le reconnaît à première vue. Cependant, il est parfois déparé par des négligences: il semble que l'auteur, se fiant à sa verve, à son don d'improvisation -- qui est unique -- ait souvent négligé de relire la page qu'il venait d'écrire. En revanche, ses ouvrages littéraires font regretter que cet écrivain de génie n'ait pas consacré aux lettres la meilleure partie de son temps, car ses pages les plus belles sont précisément celles qui ne prouvent rien:Le Neveu de Rameauet Jacques le Fatalistesont d'authentiques chefs-d'oeuvre de la littérature de tous les temps. Certes, l'Encyclopédieest admirable, mais elle nous a...
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