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Esquisses pour un portrait du vrai libertin

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32 pages

Texte révisé suivi d'une biographie de Roger Vailland. S'appuyant sur l'oeuvre du Marquis de Sade, Le Don Juan de Molière ou encore Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, l'auteur de 325.000 francs démontre dans ce bref essai que "L'amour-plaisir est un plaisir social, non seulement parce qu'il se fait à deux ou à plusieurs, mais surtout parce qu'il est lié bien plus étroitement à une stratégie qui met en action les ressorts les plus cachés de la vie de société qu'à ce bref engagement qu'on nomme vulgairement "plaisir" et qui n'en est que le terme et en quelque sorte le prétexte." Pour le vrai libertin, assure-t-il, il n'y a aucun tabou et rien ne lui est plus opposé que l'homme à femmes. On peut comparer le libertin "à ces amateurs avertis que le trompe-l'oeil, le maniérisme, voire même la virtuosité ne peuvent égarer" [...] Il applique une rigueur toujours croissante à la recherche du plaisir. C'est pourquoi "le jeu d'amour exige des partenaires de haute vertu." Toutefois, "lorsque le libertin recherche plus spécialement cette sorte de plaisir qu'il est convenu d'appeler érotique, il préfère les filles car, comme dans tous les domaines de l'art, le véritable amateur préfère s'adresser à des gens de métier, à des professionnels."


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Rien n'est plus contraire à l'esprit du libertinage que la conception goethéenne des "affinités électives". Toutes les formes romantiques de l'amour ont procédé d'elle. Elle est à l'amour ce que la doctrine de la prédestination est à la religion. Elle aboutit en fin de siècle à l'amour fatal des mélodrames et des romans populaires.
Elle se retrouve également dans les théories patabiologiques de Schopenhauer, expliquant l'amour par l'attrait mutuel qu'exerce sur les amants une sorte de préfiguration de l'enfant idéal. La femme petite et grasse se trouverait ainsi aimantée, par l'instinct de la race, vers l'homme grand et maigre afin que leurs tares réciproques s'annulent dans leurs rejetons. *
La grande découverte des libertins fut au contraire que les plaisirs de l'amour n'ont que des rapports fortuits avec les nécessités de la reproduction.
À une époque où l'éducation formait les esprits à se satisfaire d'explications qui légitiment les souffrances de l'homme par la faute d'Adam, et les côtes du melon par la bonté d'une Providence qui veut nous permettre de les découper aisément, il paraissait inscrit dans la nature des choses que la jouissance n'ait d'autre fin que de nous inciter à procréer. Telle est, semblait-il, la Nature, que le chrétien rend sublime en la contrariant en lui-même et que le débauché pervertit en la détournant de ses fins.
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