Jo, le Goupil, section Alzheimer

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Jo, le Goupil, section Alzheimer est un récit romancé, tiré en grande partie des notes prises au jour le jour par l'auteur, tout au long d'un cheminement au cours duquel il a accompagné son père, de son domicile à l'hôpital, puis au sein de l'unité Alzheimer d'une maison de retraite, jusqu'au seuil de la mort. "Le Goupil" était le surnom, très révélateur, qu'un médecin avait donné à son père. Surprenants par leur logique et leur humour, attendrissants ou tragiques, les propos que tenait le Goupil trahissaient une recherche désespérée d'une certaine cohérence, même quand il s'était mis à confondre une autre résidente avec son épouse. Et son épouse, qui souffrait de cette situation avec beaucoup de pudeur, décéda brutalement cinq semaines avant la mort du Goupil.
Publié le : jeudi 9 janvier 2014
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342017984
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342017984
Nombre de pages : 160
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Michel François
JO, LE GOUPIL, SECTION ALZHEIMER
 
Mon Petit Éditeur
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IDDN.FR.010.0119219.000.R.P.2013.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2014
«We are such stuff as dreams are made on, and our little life is rounded with a sleep». Nous sommes de létoffe dont on fait les rêves, et une frange de sommeil borde notre petite vie. 1 William Shakespeare (The Tempest)
1  Toutes les traductions sont des traductions personnelles de lauteur sauf indication contraire, le cas échéant.
Prologue En enfilant lalliance au doigt de mon père, sur son lit de mort, dans sa chambre de lunité Alzheimer, jai refait le geste que ma mère avait accompli soixante-trois ans plus tôt, lors-quelle épousa celui à qui elle allait consacrer sa vie entière, pour le meilleur et pour le pire, avant de le précéder de cinq semaines dans son entrée dans lautre monde, terrassée par la douleur et lincompréhension devant ce quétait devenu son époux.
Jai pensé aussi à ces hommes et ces femmes de lunité Al-zheimer, que mon épouse et moi avions appris à connaître et à aimer au fil des jours et des visites, à leurs peines, à leurs facé-ties, aux pleurs et aux éclats de rire, aux moments surréalistes que nous avons passés à leur côté, aux phrases et aux mélodies que toutes ces situations évoquaient en nous, aux textes dauteurs français, anglais ou allemands, quon se remémorait pour essayer de donner un sens intemporel à ce compagnon-nage insolite.
Cest en souvenir de mes parents et de nos amis atteints dune maladie que les spécialistes qualifieront, à leur guise, dAlzheimer, de démence obsessionnelle, sénile ou autre, que jai écrit ce récit, quelque peu romancé par endroits, mais suffi-samment précis dans la restitution de multiples anecdotes, qui témoignent de la sensibilité, de la logique surréaliste, de lhumanité profonde de ces gens, dont il est très probable que nous fassions partie un jour ou lautre.
Michel François, lépoux de Laurianne.
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Chapitre 1 « Ici a commencé pour moi ce que jappellerai lépanchement du songe dans la vie réelle. » Gérard de Nerval (Aurélia) Le médecin de lunité Alzheimer lappelait « le Goupil », parce quil le trouvait madré le papy et quil avait vraiment lair dun renard, pas très grand, le visage pointu, le crâne ovale, pas très chauve, un nez fouineur et surtout, des yeux, des yeux expressifs, qui vous regardaient avec gentillesse, naïveté, et une touche de malice innocente. Derrière ces yeux, un cerveau qui fonctionnait à sa manière, avec une logique qui lui était propre, cohérente dans son inco-hérence, surprenante, fondée sur le sens premier des mots, lobservation des réactions dautrui et sur, sur ses rêves, qui, pour lui, étaient la réalité, une réalité que les autres semblaient avoir du mal à percevoir. De son vrai nom, le Goupil sappelait Joseph. Personne ne lappelait Jo, sauf Laurianne, sa bru, quelque-fois, pour le taquiner. Joseph, le Goupil, vivait dans une très grande maison avec son épouse, Marie-Thérèse. Ils étaient mariés depuis soixante-trois ans et lon pouvait presque dire que la vie avait été pour
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JO, LE GOUPIL, SECTION ALZHEIMER
eux un long fleuve tranquille, en excluant bien sûr la période de la seconde guerre mondiale, durant laquelle le Goupil avait connu les affres de la clandestinité et langoisse quotidienne dêtre arrêté par loccupant. Son quatre-vingt-dixième anniversaire sétait bien passé. La famille était venue, de Paris, de France, dAngleterre et dAllemagne, une grande famille, un peu chahutée par la guerre, mais paisiblement ressoudée dans les années soixante. On sétait réuni dans une petite auberge de campagne ; cétait presque le printemps, le soleil chauffait les vieux os du Goupil et de son épouse, Marie-Thérèse. Ils clignaient des yeux sur la photo, entourés de toute la fa-mille proche et lointaine, des Français, des Allemands, des Anglais, à qui il avait promis de vivre encore de nombreux an-niversaires : « many happy returns of the day » :  On recommencera, chaque année, jusquà mes cent ans, affirma le Goupil. Certes, le Goupil ne soccupait plus guère, lui-même, de ses affaires depuis quelques années, mais il passait encore le plus clair de son temps assis à son vieux bureau, à faire semblant de classer des papiers, quil perdait et retrouvait  ou ne retrouvait plus  régulièrement. Quelquefois il mettait la maison sens dessus dessous, au grand dam de son épouse. Marie-Thérèse ressemblait un peu à Marie-Thérèse dAutriche, de la maison de Habsbourg-Lorraine, telle que peinte par Martin van Meytens au milieu du dix-huitième siècle : un front très haut et harmonieusement bombé, des yeux bleus parfois inquiets ou sévères, mais souvent pétillants dhumour, un nez droit, un teint clair.
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