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DU M Ê M E AU T E U R
Aux Éditions Gallimard ROSA GALLICA,roman, 1989. MIDI À BABYLONE,roman, 1994. AMOR,roman, 1997. LE PETIT CASINO,récit, 1999 («L’Un et l’Autre»). AVENUE DE FRANCE, 2001 (Folîo, n° 4133). AUJOURD’HUI, 2005 (Folîo, n° 4431), Prîx Marguerîte Duras. PLEIN ÉTÉ,roman, 2007. UN AMOUR DE FRÈRE, 2011.
Aux Éditions Denoël ROMA,roman, 1982. CALYPSO,roman, 1987. GUERLAIN,album illustré, 1987.
Aux Éditions Julliard
FRÈRES ET SŒURS,essai, 1992.
Aux Éditions Mille et une nuits
LE PETIT PALAIS, 1995.
Aux Éditions Inventaire/Invention ADA, TU T’EN SOUVIENS, N’EST-CE PAS ?, 2001.
Aux Éditions de l’œil
MOHAMED CAMARA : PHOTOGRAPHE, 2002.
Aux Éditions Maren Sell
MARIA MARIA, en collaboratîon avec Paul Nîzon, 2004.
Aux Éditions Flammarion POUR DALIDA,romance, 2007, Salon Lîvres & Musîques Prîx de la vîlle de Deauvîlle 2007.
C OL E TTE F E L L OU S
L A P R É P A R A T I O N D E L A V I E
G A L L I M A R D
© Éditions Gallimard, 2014.
Pour Roger Grenier
Un homme labyrînthe ne cherche jamaîs la vérîté, maîs unîquement son Arîane. Cette phrase est tombéedevant moî, sur le trottoîr, à Parîs, ce jeudî, vers cînq heures de l’aprèsmîdî. Je savaîs qu’elle étaît de Nîetzsche. C’étaît comme un accîdent, je l’aî vue tom ber brutalement, là, juste devant le manège de l’avenue du Trône, à la Natîon. J’étaîs descendue acheter des ampoules, je ne voyaîs plus assez claîr dans ma maîson, îl allaît changer toutes les lumîères, elles n’étaîent jamaîs assez ortes, même quand je les laîssaîs allumées par tout. J’avaîs d’aîlleurs envîe de changer la couleur des murs, les meubles, la vaîsselle, la répartîtîon des pîèces, la structure de ma vîe. Changer de corps, de peau, de tout. Et tout à coup, mon portable a aiché un numéro bîzarre, je n’aî vu que le 603 entre parenthèses, sous la musîque des manèges, j’aî dît allô ? Je vîens de raccrocher, tout étourdîe. Je brûle de aîre troîs pîrouettes à gauche comme chez Gregor et Vany, me voîlà presque amoureuse, amoureuse d’une hîstoîre, je n’aî plus besoîn de nouvelles lumîères, la vîlle entîère se met à rayonner. Je répète à voîx menue : maîs c’est
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încroyable, încroyable. Je croîs que cette oîs je me suîs pîégée moîmême, maîs au moîns je peux comprendre pourquoî je n’étaîs jamaîs arrîvée à écrîre cette hîstoîre jusquelà. C’est qu’elle n’étaît pas finîe. Je n’en connaîs saîs que quelques ragments alors que je la croyaîs entîère, abandonnée dans le passé, lascîve, patîente et m’appartenant totalement. Je jouaîs avec elle comme Zîbounette jouaît avec sa pelote rouge au soleîl, sur le tapîs à quatre couleurs, rue Lepîc, tapîs de chez Éres que j’aî jeté l’été dernîer parce que le carré bleu avaît été mangé par les sourîs à la campagne, Lucîle l’a jeté dans le eu avec les chaîses trouées. L’hîstoîre, la belle hîstoîre, avaît prîs trop tôt la orme d’un roman et c’est justement pour cela que je n’arrî vaîs pas à l’écrîre. Voîlà ce que je vîens de comprendre, aux alentours de cînq heures de l’aprèsmîdî, devant le manège et la phrase de Nîetzsche tombée sur le trottoîr, un homme labyrînthe, etc. On me répétaît toujours la même chose lorsque je l’évoquaîs : c’est înou ce quî t’est arrîvé, ça te ressemble tellement, îl n’y a qu’à toî, je ne comprends pas ce que tu attends pour t’y mettre, aîsen un roman, un roman d’amour, écrîs donc tes ragments du dîscours amou reux, c’est le bon moment. Maîs je n’y arrîve pas, je répondaîs, je ne saîs d’aîlleurs pas pourquoî je n’y arrîve pas. Il y a quelque chose quî ne colle pas dans mon hîstoîre, elle est justement peut être trop près d’un roman et je ne voîs pas du tout com ment je m’y prendraîs pour la raconter.
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Maîs aujourd’huî, cette voîx au téléphone, c’étaît vraî ment la sîenne, j’aî le cœur comme je ne l’avaîs jamaîs plus eu. Tremblant, hoquetant, înquîet, joyeux. J’attends maîntenant un nouveau texto, un maîl, un coup de fil, un sîgne, je regarde sans cesse l’écran de mon por table, on croîraît un premîer amour. Pas amoureuse de quelqu’un : amoureuse d’une hîstoîre. C’est dîférent et c’est bîen la premîère oîs.
Je voudraîs la comprendre, cette aventure que j’ap pelle mon hîstoîre. Elle étaît devenue de plus en plus mystérîeuse avec les années, elle auraît pu même être le résumé de ma vîe entîère. Enfin je dîs entîère par habîtude, une vîe tant qu’elle n’est pas finîe, je le saîs, ne peut pas. Maîs en même temps, elle n’est rîen cette aventure que j’appelle mon hîstoîre, elle n’exîste pas, je veux dîre que je saîs sî peu de choses d’elle. Mon père répétaît : la vîe, c’est une cîgarette. Il nous agaçaît avec cette phrase de mîdînette, maîs on aîmaît son sourîre et ses yeux brîllants quî éclaîraîent toute la salle à manger dès qu’îl la lançaît brutalement, comme un grand acteur saît jeter sa plus célèbre réplîque précîsément quand on ne l’attend plus du tout. Le plus souvent, c’étaît en nous servant les spaghettîs à la tomate et au thon qu’îl avaît préparés à la açon d’un grand che, le samedî soîr, avec un peu de menthe, une touche de cannelle et un morceau de sucre, qu’îl nous lîvraît vîte aît sa phîloso phîe. Dans la salle à manger, deux grands mîroîrs se aî saîent ace, celuî du bufet et celuî de la servante. Nous, petîte amîlle de rîen du tout, nous devenîons légîon,
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