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Le Destin d'Anastasie

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Co-édition numérique Del Busso Éditeur/Numeriklivres

Elle disait « À chaque chaudron son couvercle » et elle savait l’importance d’un couvercle bien ajusté. Elle disait même « Qui choisit prend pire », pour bien marquer qu’on ne doit en aucun cas contrer le destin, qui de toute façon aura raison. Elle n’avait pas lu Claudel, mais elle savait que le destin, comme Dieu – c’était peut-être pareil –, écrit droit avec des lignes courbes.


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Numériquement vôtre,

L’équipe de Numériklivres

Déjà paru du même auteur
chez Del Busso Éditeur,
Le mal de père, 2010
www.delbussoediteur.com

 

 

 

 

Version numérique coéditée par
© Numeriklivres Éditions et Del Busso éditeur
Dépôt légal : 4e trimestre 2011
ISBN 978-2-924060-25-4
Tous droits réservés.

 

 

 

© Del Busso Éditeur 2011
Dépôt légal : 4e trimestre 2011
Bibliothèque et Archives nationales du Québec

À Isabelle, François,
Christian et Nicolas.

Avant-propos

Elle disait « À chaque chaudron son couvercle » et elle savait l'importance d'un couvercle bien ajusté. Elle disait même « Qui choisit prend pire », pour bien marquer qu'on ne doit en aucun cas contrer le destin, qui de toute façon aura raison. Elle n'avait pas lu Claudel, mais elle savait que le destin, comme Dieu – c'était peut-être pareil –, écrit droit avec des lignes courbes. Il n'arrive jamais que ce qui doit arriver et nul ne le sait d'avance ; on peut cependant se garder disponible, réceptif, pour prendre les bons tournants aux bons moments.

Dans un précédent livre, j'ai voulu explorer ma relation au père. Et en tentant de comprendre cet étrange mal d'être que j'ai relié à un père mort trop tôt et dont je croyais n'avoir jamais eu besoin, je me suis aussi interrogé sur mon rapport à ma mère, Anastasie Doucet. Elle m'a comblé d'amour et c'est peut-être pour cette raison que, pendant cinquante ans, je n'ai plus pensé à mon père. Après sa mort, je m'en suis détaché et j'ai commencé à imaginer sa vie intime, comme si elle n'avait pas été ma mère. Un mot s'est alors et immédiatement imposé pour la définir : le destin, auquel, peut-être, elle se soumettait trop aveuglément. On peut appeler cela du fatalisme, si l'on veut. Moi, je dis simplement qu'elle avait le sens du destin. Ni fabuleux, ni tragique : juste le sien, unique.

Le fil de l'histoire, je l'ai suivi tel quel, depuis sa naissance jusqu'à sa mort. Mais j'ai inventé toute la trame, en trichant parfois avec les dates et changeant les noms de ses enfants, en essayant, surtout, de saisir ses pensées secrètes, qu'elle ne dévoilait jamais, car cette femme parlait peu. Une image d'elle reste particulièrement gravée dans ma mémoire. Lorsque l'un de ses enfants venait la chercher pour une sortie, elle était déjà prête un quart d'heure à l'avance, assise sur une chaise droite dans l'entrée de son appartement, chapeau sur la tête et sac à main sur les genoux : cette image est aussi belle, pour moi, que celle d'Anna Karénine attendant sur le quai de la gare le train pour Moscou, bien droite et tenant elle aussi son élégant sac à main rouge. Anastasie n'a jamais vu Moscou et n'a jamais eu à choisir entre un mari infidèle et un amant passionné ; elle n'a jamais, non plus, songé à se jeter devant un train, comme le fit Anna Karénine et comme l'avait peut-être fait son père. À chacun son destin, mais celui d'Anastasie n'est pas moins grand.

I
La mort du père

Cest un doux matin de juillet, ce sont les vacances scolaires et elle se permet de flâner au lit. Elle ouvre un œil, le referme, retourne à ses rêves. Elle se voit courant dans un champ fleuri, sautillant dans sa robe bleue et chantonnant « When Irish eyes are smiling… », une vieille ballade irlandaise que lui a enseignée sa mère. Puis, sans transition, elle se voit sortant de l’église Sainte-Famille / Holy Family dans une grande robe de mariée en satin blanc, au bras de son nouvel époux qu’elle ne voit pas parce qu’elle regarde droit devant et parce que, de toute façon, ses yeux sont trop baignés de larmes. Les cloches sonnent à toute volée, à toute volée, mais cette sonnerie est curieusement relayée par le sifflement d’un train, puis par un grincement strident et le bruit de wagons qui s’entrechoquent. D’un seul coup, Anastasie se réveille, s’assied bien droite dans son lit et crie « papa ». Elle se lève, court pieds nus en jaquette vers la voie ferrée où le train de huit heures vient de s’arrêter juste après la traverse à niveau. Sa mère aussi court, son frère Mathias et sa sœur Alice aussi, qui découvrent ensemble le corps inerte et déchiqueté d’Andrew Doucet, son père.

La vie d’Anastasie vient de basculer dans la culpabilité autant que dans le chagrin. Son père était aveugle depuis cinq ans et c’est elle qui, depuis ce temps, le conduisait deux fois par jour aux champs, car il fallait à chaque fois traverser la voie ferrée qui coupait leurs terres, à cinquante mètres de la maison. Pourquoi, ce matin-là, a-t-elle traîné au lit, oubliant que son père avait l’habitude de traverser la voie avant ce train de huit heures ? Pourquoi Andrew ne l’a-t-il pas attendue ? Il est trop tard pour poser la question, aucune réponse ne saurait la satisfaire. Son chagrin est infini, mais elle ne pleure pas. Toutes ses larmes semblent bloquées dans son ventre, où elle éprouve des douleurs aiguës qu’elle ne se souvient pas d’avoir jamais connues. De toute façon, elle doit se montrer forte pour deux, car sa mère Roseanne, elle, hurle sa douleur, mais semble incapable de prendre les décisions qui s’imposent : l’aîné Mathias la transporte jusqu’à la maison où, prétextant son extrême fatigue, elle décide de se mettre au lit. Elle ne se relèvera que pour les funérailles. Anastasie demande qu’on fasse venir le médecin, pour le certificat de décès, et un juge de paix qui sera chargé d’enquêter. Puis elle demande à sa grande sœur Alice d’aller chercher la grosse Baxton, qui saura faire la toilette du mort. Elle sait déjà qu’elle ne retournera pas à l’école en septembre. Sa mère aura besoin d’elle pour s’occuper des plus jeunes : Éveline l’espiègle, la douce Cécile et le petit Léo qu’elle aime tant.

C’est la nuit suivante qu’elle devint femme. Au réveil elle s’aperçut que sa jaquette et le drap étaient tachés de sang et elle comprit aussitôt que ses maux de ventre de la veille n’avaient peut-être rien à voir avec la mort de son père. Sa mère avait d’ailleurs prévu l’événement et avait mis à côté du lit d’Anastasie les bandelettes découpées à même de vieux draps ; elle les mit sous sa culotte et il n’en fut plus question. Elle regarda la date au calendrier orné de l’image du Sacré-Cœur : 15 juillet 1910. Les funérailles eurent lieu le lendemain. Mathias et Alice, les aînés, conduisaient le deuil avec leur mère ; Anastasie suivait derrière en tenant par la main son jeune frère Léo, pendant que la cousine Nellie s’occupait d’Éveline et de Cécile. Au moment de la mise en terre, Anastasie se jura que, si elle avait des enfants, l’un d’eux s’appellerait Andrew ou André, selon que son mari serait anglophone ou francophone.

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