Le Grand départ

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Orphelin à l'âge de sept ans, après avoir été placé à l'Assistance publique par sa mère mourante qui n'avait pas le choix, Serge a ensuite été adopté par un couple de petit-bourgeois "cathos intégristes". Voici le récit de dix années de mauvais traitements et, littéralement, de tortures psychologiques, subis durant ce qui restait de son enfance blessée, puis au long de son adolescence. Et enfin, un jour, le Grand Départ libérateur... Heureusement, des personnes bienveillantes ont croisé son chemin, leur influence sera décisive pour la suite de son existence. L'auteur a écrit, avant tout pour rendre hommage à sa courageuse mère et poussé par l'absolue nécessité de témoigner, avec l'espoir, sinon de susciter le débat, au moins de sensibiliser quelques responsables sur le délicat sujet de l'adoption du point de vue des enfants. Les droits de la personne mineure doivent être respectés, et surtout leur droit à la parole et celui à être écouté, ce qui leur est dénié depuis toujours: ce sont principalement des adultes qui parlent à la place des mineurs en souffrance. Il est grand temps, également, de modifier les critères de sélection des adoptants ou des, familles d'accueil, afin qu'ils ne soient pas uniquement d'ordre financier et matériels ou reposant sur la composition des couples... Ce travail d'écriture, commencé il y a bien longtemps, aboutit tout à fait involontairement au moment où, en France, le débat sur l'adoption par des couples de même sexe fait rage, comme si, seuls quelques couples, dits "normaux", étaient à même de donner de l'amour à un enfant!
Publié le : jeudi 19 septembre 2013
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342011814
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342011814
Nombre de pages : 106
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Serge Médot
LE GRAND DÉPART
 
Mon Petit Éditeur
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IDDN.FR.010.0118905.000.R.P.2013.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2013
Chapitre I 1. Départ pour lAssistance publique  mi mars 1969
« Mets ton pull, mon chéri, et prends ton petit sac » Yvonne ouvre la porte de lappartement perché au cin-quième étage dun banal immeuble de la banlieue parisienne, soulève avec difficulté sa grosse valise, et fait sortir Serge. Ah, ces 5 étages, quils lui semblent chaque jour un peu plus hauts et un peu plus durs. Combien de fois a-t-elle été obligée de sinviter chez une voisine en chemin, pour cacher sa faiblesse et son angoisse ? Pas question de montrer quoi que ce soit, et surtout pas devant son petit dernier qui a 7 ans, déjà. Lenfant tardif de lamour, né 12 ans après son second. Elle claque la porte et au moment de mettre la clé dans la serrure, se ravise, hausse les épaules, prends la main de son petit et commence à descendre les maudites marches. Arrivés au troisième, elle sent tout à coup la pieuvre aux tentacules de fer lui broyer ses entrailles. « Continue seul, je te rejoins en bas » arrive-t-elle à balbutier. Elle est livide, mais garde un sourire crispé. Serge parti en cou-rant, elle lâche sa valise en se laissant couler sur le carrelage si froid et si laid. Le petit ne sinquiète pas trop, il a déjà vu sa mère dans cet état : les crises, qui la font tomber et se tordre de douleur, finissent toujours par se calmer. Ensuite, il a droit à des câlins interminables et parfois même à des friandises. Par-fois aussi, dans ces moments-là, elle pleure, lui crie de sortir, et là il nest pas rassuré du tout Il se pelotonne dans sa cham-bre, attrape le nounours marron, Winnie, ou le blanc « qui vient
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de la banquise », et lui raconte tout. Il faut dire quil a 2 familles complètes de nounours : la blanche et la brune, du plus grand au plus petit pour chacune des branches ; Le papa, cest le mar-ron, la maman, le nounours blanc (allez savoir pourquoi ?) tous les autres sont frères. Cest bien utile, une famille nombreuse de nounours, pour se faire consoler, surtout quand des hommes sans visage surgissent à nimporte quelle heure. Son grand frère Daniel veut alors se battre avec eux, parce quils veulent empor-ter la télévision. Est-ce que ce sont des voleurs, ou quils nont pas de télé ? Ils crient tous ensemble, sa maman pleure, et jure quelle trouvera largent dès quelle pourra travailler. Serge a un peu peur, mais Daniel est si rassurant : cest son Dieu. Souvent le soir Daniel shabille, et sort voir les filles ou a rendez-vous avec des copains, sur sa splendide mobylette. Il est grand, beau et costaud, et il sent bon. Yvonne dit sou-vent quil est lhomme de la famille, et Daniel répond en riant : « un de plus ! ». Le petit demande toujours ce que ça veut dire, mais les autres rigolent et lui disent quil est trop petit pour comprendre. Il finit toujours par se jeter dans les bras de Daniel en lui disant « tu es mon frère et mon père alors ? ». Son père, ça fait belle lurette quon nen a plus entendu parler. Il ne la jamais connu, et ne sait pas ce que cest quun père : ses copains du même bâtiment, ils disent toujours en tremblant « faut que jremonte, mon père va rentrer ». Parfois, quand Serge va chez les uns ou les autres, il voit un grand ou gros type qui ne parle pas, qui sent mauvais et qui crie parfois. Ça doit être ça un père. Souvent, le type le regarde de travers, et Serge na quune envie, disparaître. Dans son dos il entend chuchoter que sa mère « cest celle qui a eu autant denfants que de maris, et en plus, elle est veuve cest pas clair tout ça si cest pas malheureux davoir eu un enfant si tard, avec un inconnu » Serge saute de marche en marche, et arrivé sur le palier du 1erétage, une porte souvre : cest Colette, la copine de maman.  Comment va ta mère petit ?
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 Elle a mal aujourdhui. Elle est au-dessus, elle arrive. Tu sais, on part dans une maison spéciale pour que jattende que ma maman soit guérie. On va bien la soigner ! La voisine, les larmes aux yeux, le prend dans ses bras :  Mon pauvre petit, tu vois, comme ça, ta maman naura plus mal. Bon assieds-toi sagement sur lescalier, je reviens. Elle remonte les étages et trouve Yvonne assise sur une mar-che, pâle, épuisée.  Oh Yvonne, je suis tellement désolée pour vous et vo-tre petit, votre sur va pouvoir sen occuper ? Vous savez comment cest chez nous, impossible de vous le garder, cest trop petit Croyez bien que je suis triste de ne pas pouvoir vous aider, surtout en ce moment  Merci Colette, ne vous inquiétez pas, je lemmène dans un centre provisoire de lAssistance Publique, je le récupérerai dès que je sortirai de lhôpital dans quelques jours. Ils vont me faire des examens, ils pensent que ce nest pas normal que je souffre, mais rien de grave, ils vont tout vérifier et me donner ce quil faut.  Nhésitez pas quand vous reviendrez, je vous le garderai, je moccuperai de vos courses et de votre ménage. Allez, faut bien sentraider ! Vous êtes bonne, mais jespère quon nen arrivera pas là. Yvonne reprend la descente, aidée de Colette, et retrouve Serge en bas.  Regarde maman, jai mon écureuil en sucre que tu mas donné, je le garde jusquà ce que tu reviennes.  Oui mon chéri, viens maintenant on va prendre le bus. Colette, brave voisine, solidaire et désintéressée ne sait pas encore quelle ne reverra jamais ni Yvonne ni Serge. Ils traversent le parking devant limmeuble. Ils croisent des voisins ainsi que des inconnus qui la dévisagent, mais tous dé-tournent vite le regard, gênés par sa détresse. Ils marchent tous deux dans la lumière de ces premières belles journées de prin-
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temps. Yvonne songe quelle doit emmener son petit près des Buttes-Chaumont, de lautre côté de Paris, puis revenir dans cet hôpital en briques, fierté de la commune, grâce à son service « grands brûlés ». Malgré la douleur elle nest pas trop inquiète, mais elle vit seule avec son petit dernier : elle est obligée de le confier à un centre provisoire de lAP, dans lequel on place les enfants dont les parents sont en instance de divorce ou traver-sent une difficulté familiale passagère. Daniel, second enfant, a 19 ans et fait son armée. Martine, sa fille aînée sest mariée ré-cemment, enceinte, à un marin militaire, dont elle est devenue la boniche : il la bat, et cela va durer Sa mère, Marie-Louise, est presque impotente et ne peut soccuper du petit. Quand à sa sur, Pierrette, elles ne se parlent plus : Pierrette fait tout pour que son fils devienne médecin, et rien ne compte en dehors de lui, pas même son mari, petit employé quelle écrase de son mépris. Il faut dire quaprès-guerre, Pierrette na pas su saisir la chance qui tombait littéralement du ciel : ah, ces Américains si sympathiques, et pour lesquels la vie matérielle ne semblait pas être un problème mais les conventions Ce nest pourtant pas faute davoir « flirté », avec quelques secrètes parties de jambes en lair offertes en acompte, restées sans lendemain Si elle avait été plus maline, elle vivrait aujourdhui dans une grande maison en bois, avec un grand jardin, et une grosse voi-ture. Son fils sappellerait John, parlerait anglais et irait à luniversité de Columbia ! Tout ce beau programme se réduit à un appartement en HLM et à une Simca doccasion Comme pour Yvonne, mais la voiture et le mari en moins, 2 enfants en plus !! La façade de létablissement de lAssistance Publique est si-nistre et impressionnante, à mi-chemin entre prison et caserne. Yvonne sent une boule lui nouer la gorge, mais se résigne à entrer avec Serge. Lui court partout, et elle doit élever la voix pour quil revienne près delle. Une employée au ton acide la dirige vers un réfectoire : elle doit y prendre un repas avec son
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