Les émiles de Gab la Rafale

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Ce furent des camarades de régiment qui me donnèrent ce surnom de Gab la Rafale ; quant aux émiles, c’est ainsi qu’un de mes personnages, Alphonse Dulaurier, baptise le courriel des souverainistes, l’e-mail anglo-saxon.
Ce livre est le premier pour lequel je n’aurai noirci ni carnet, ni cahier, ni feuilles volantes ; utilisé ni crayon, ni porte-plume, ni stylo ; dont il n’existe aucun manuscrit. C’est mon premier bébé de l’ère virtuelle, mon premier bébé électronique. Les Émiles de Gab la Rafale sont aussi le premier livre où les mots jaillis de mon cœur et de mon cerveau, les soubresauts de mon humeur volage, sont datés à l’heure, à la minute près : ce n’est pas un livre, c’est un électrocardiogramme, un sismographe. Je l’ai baptisé roman, en songeant à mon infortuné ami Hervé Guibert qui avait ainsi appelé ses Mémoires, et surtout parce que cette vie bariolée, contrastée, me semble aussi romanesque que la plus ingénieuse des fictions.
G. M.
Publié le : mardi 3 mars 2015
Lecture(s) : 5
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782756106625
Nombre de pages : 366
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Gabriel Matzneff
Les Émiles de Gab la Rafale
roman électronique


Ce furent des camarades de régiment qui me
donnèrent ce surnom de Gab la Rafale ; quant aux
émiles, c’est ainsi qu’un de mes personnages,
Alphonse Dulaurier, baptise le courriel des
souverainistes, l’e-mail anglo-saxon.
Ce livre est le premier pour lequel je n’aurai noirci ni
carnet, ni cahier, ni feuilles volantes ; utilisé ni crayon,
ni porte-plume, ni stylo ; dont il n’existe aucun
manuscrit. C’est mon premier bébé de l’ère virtuelle,
mon premier bébé électronique. Les Émiles de Gab la
Rafale sont aussi le premier livre où les mots jaillis de
mon cœur et de mon cerveau, les soubresauts de mon humeur volage, sont datés à l’heure, à la minute près :
ce n’est pas un livre, c’est un électrocardiogramme,
un sismographe. Je l’ai baptisé roman, en songeant à
mon infortuné ami Hervé Guibert qui avait ainsi
appelé ses Mémoires, et surtout parce que cette vie
bariolée, contrastée, me semble aussi romanesque que
la plus ingénieuse des fictions.

G. M.



EAN numérique : 978-2-7561-0661-8978-2-7561-0642-7

EAN livre papier : 9782756103693



www.leoscheer.com LES ÉMILES DE GAB LA RAFALEDU MÊME AUTEUR
Romans
L’ARCHIMANDRITE, La Table Ronde et La Petite Vermillon
NOUS N’IRONS PLUS AU LUXEMBOURG, La Table Ronde et La Petite
Vermillon
ISAÏE RÉJOUIS-TOI, La Table Ronde et La Petite Vermillon
IVRE DU VIN PERDU, La Table Ronde et Folio
HARRISON PLAZA, La Table Ronde
LES LÈVRES MENTEUSES, La Table Ronde et Folio
MAMMA, LI TURCHI !, La Table Ronde et La Petite Vermillon
VOICI VENIR LE FIANCÉ, La Table Ronde
Poèmes
DOUZE POÈMES POUR FRANCESCA, Alfred Eibel Éditeur et La Table
Ronde
SUPER FLUMINA BABYLONIS, La Table Ronde
Récits
COMME LE FEU MÊLÉ D’AROMATES, La Table Ronde et La Petite
Vermillon
LE CARNET ARABE, La Table Ronde et La Petite Vermillon
BOULEVARD SAINT-GERMAIN, Le Rocher et La Petite Vermillon
Suite de la bibliographie en fin de volume
Éditions Léo Scheer, 2010©
www.leoscheer.com
www.matzneff.comGABRIEL MATZNEFF
LES ÉMILES DE GAB LA RAFALE
roman électronique
Éditions Léo ScheerPRÉFACE
Ce furent des camarades de régiment qui, durant le service militaire,
me donnèrent ce surnom de Gab la Rafale, car j’étais le meilleur
tireur au fusil-mitrailleur de ma section : à deux cents mètres, je
mettais une balle dans le cul d’une mouche.
Quant aux émiles, c’est l’un de mes personnages, Alphonse
Dulaurier, que n’enthousiasme ni le « courriel » des souverainistes,
ni l’« e-mail » anglo-saxon, qui, dans mon dernier roman, Voici
venir le Fiancé, publié en 2006, baptise les lettres électroniques de
ce sobriquet à la fois bien français et proche euphoniquement de
1l’américain .
Cet émile n’est toutefois pas farina del mio sacco. Ce fut dans la
bouche d’une jolie blonde dont je partageais alors la vie, Sophie P.,
que je l’entendis pour la première fois. La même Sophie qui, au
chapitre 44 de Boulevard Saint-Germain, me souffle qu’on ne dit
plus « les jeunes », ni « les jeûnes », mais « les djeun’s ». Mes vieux
maîtres, d’Héraclite à Hergé, m’instruisent, mais les trucs rigolos,
ce sont mes jeunes maîtresses qui me les enseignent. Et pas seulement
les « trucs rigolos » : c’est avec elles que j’ai connu, que je connais,
mes expériences cardinales. Ma vie durant, j’aurai beaucoup plus
appris au lit qu’à la bibliothèque.
1. Un sobriquet qui a en outre le mérite d’être le prénom de deux complices
bien-aimés, Littré et Cioran.
7Ces genres littéraires nouveaux que sont le sms et l’émile m’ont
tout de suite intrigué, diverti.
Je fais un large usage du premier dans Voici venir le Fiancé dont
l’un des personnages, une jeune fille, Delphine, bombarde de
messaggini (ah ! les diminutifs italiens, messaggino, telefonino, c’est
autre chose que les horribles « texto » et « téléphone portable »
franchouillards !) Raoul, son amant.
Et voici mes débuts dans l’émile – je me suis abonné à Internet le
20 avril 2005 – où, je m’en suis rendu compte illico, j’adopte un style
qui n’est celui ni de mes romans, ni de mon journal intime, ni de
mes récits ou essais, ni de mes poèmes ; un style singulier, qui s’accorde
à l’immédiateté de l’émile, non seulement par la spontanéité de
l’écriture (ce qui l’accommunerait au journal intime), mais aussi par
la diligence de l’envoi et de la lecture qu’en fait le destinataire. Oui,
un genre nouveau, vierge et, last but not least, stimulant, car
favorable à ces brusques variations de thème, de ton, de registre
que, depuis mes premiers balbutiements de plume, j’ai toujours
affectionnées. Un genre qui s’accorde à ma physis d’impatient, de
vif-argent. Un genre où se manifestent en pleine (et, aux yeux des
quakers du nouvel ordre moral, scandaleuse) lumière mes idées
fixes, mes bizarres contradictions. Si j’étais un écrivain du
dixseptième siècle – mon adoré dix-septième siècle, celui des
mousquetaires et des Messieurs de Port-Royal, d’Anne-Geneviève
de Longueville et de La Rochefoucauld –, j’écrirais : mes bizarres
contrariétés.
Ce livre est le premier pour lequel je n’aurai noirci ni carnet, ni
cahier, ni feuilles volantes ; utilisé ni crayon, ni porte-plume, ni
stylo ; dont il n’existe aucun manuscrit. C’est mon premier bébé de
l’ère virtuelle, mon premier bébé électronique. Les Émiles de Gab la
Rafale sont aussi le premier livre où les mots jaillis de mon cœur et
de mon cerveau, les soubresauts de mon humeur volage, sont datés
à l’heure, à la minute près : ce n’est pas un livre, c’est un
électrocardiogramme, un sismographe. Je l’ai baptisé roman, en songeant
à mon infortuné ami Hervé Guibert qui avait ainsi appelé ses
8Mémoires, et surtout parce que cette vie bariolée, contrastée, me
semble aussi romanesque que la plus ingénieuse des fictions.
G. M.
P. S. « Ce qui l’accommunerait au journal intime », encore un
italianisme de l’auteur de Mamma, li Turchi !, et un italianisme
1délibéré . Lorsque je suis entré dans la vie littéraire, je me sentais
français, je croyais être un écrivain français et considéré comme
tel ; mais plus le temps passe, plus je me sens rejeté par le sérail
littéraire français, plus je me sens étranger, métèque, et fier de
l’être. Vivent donc les italianismes !
1. Accomunare : rapprocher, unir ; avoir en commun. Niente ci accomuna : nous
n’avons rien en commun. Il dolore accomuna gli uomini : la souffrance rapproche
les hommes.À la mémoire de Christian Cambuzat, qui pendant trente-cinq ans fut mon
professeur d’opiniâtreté, de sveltesse, de tempestiva abstinentia, un ami très
cher dont la vie et la mort furent celles d’un homme libre.« Mais toi, tant qu’il fait jour, ne néglige pas les fruits de la vie ! Si nombreux
soient les baisers que nous donnons, ils sont peu de chose. Quand nos
couronnes se fanent, tu vois leurs pétales flotter pêle-mêle à la surface de
nos coupes ; ainsi de nous, amants aux grandes espérances : demain peut-être
clora notre destin. »
1Properce, Élégies, II, 15
« Je suis fier parce que je ne suis rien. »
Giacomo Casanova, au prince Charles-Joseph de Ligne
« La petite fille et son vilain monsieur
Se moquent des jaloux, des envieux,
Ils font l’amour et du latin
Tout en buvant du chambertin. »
Gabriel Matzneff, Poème à Véronique B., inédit
1. Tu modo, dum lucet, fructum ne desere vitae ! / Omnia si dederis oscula, pauca
dabis. / Ac veluti folia arentis liquere corollas, / Quae passim calathis strata natare
vides, / Sic nobis, qui nunc magnum spiramus amantes, / Forsitan includet crastina
fata dies.CHAPITRE 1
Mercredi 20 avril.
14 h 14, à René S.
As-tu reçu ma réponse ? Internet est pour moi du chinois et quand je
n’ai pas quelqu’un qui m’aide, je ne fais que de fausses manœuvres !
Je te disais qu’au Grand Palais je ne suis arrivé qu’à 12 h 45 et en
suis sorti vers 14 h 30. Nous avons dû nous succéder devant les
toiles sans jamais nous croiser. J’ai particulièrement aimé le Baccho
e Venere de Nattier.
Vendredi 22 avril.
17 h 13, à René S.
Si je t’ai écrit trois fois le même émile, c’est parce que je n’étais
guère sûr de la justesse de mes manœuvres.
Ce matin, sur le parvis de Notre-Dame, j’ai visité les deux tentes
dressées par les Arméniens où divers documents rappellent le
génocide de 1915. Et demain j’irai peut-être à 16 h 30 sur les
Champs-Élysées où des organisations arméniennes vont ranimer
la flamme sous l’Arc de Triomphe. Vive l’Arménie !
Cela dit, j’ai dans les années 80 aimé une jeune Turquesse, lycéenne
à Molière, dont je garde un tendre souvenir : l’amour est
international, grâce aux dieux !
Lundi 25 avril.
09 h 07, à Géraldine de L.
Mon bel ange, comme convenu, je vérifie si je puis envoyer des
15émiles ; si aucun ennui technique ne s’y oppose. Baci. Tutto tuo.
20 h 38, à Véronique B.
Contessina mia ! Appena tornato dalla chiesa (le funzioni della
settimana santa sono delle vere gare di resistenza), trovo il tuo messaggino.
1Grazie per l’émile dei nostri amici golosi. Evviva Don Alfonso !
20 h 43, à Bernard D. et Michel F.
J’ai résisté aussi longtemps que j’ai pu, telle la chèvre de M. Seguin,
mais j’ai fini par être avalé par le loup Internet. Ainsi vous serez
sans excuse de ne pas me donner de vos nouvelles !
Mercredi 27 avril.
08 h 20, à Véronique B.
Depuis mon arrivée à Marrakech le 9 mars dernier jusqu’à ce matin,
j’ai perdu 8,200 kilos. Encore 2,800 kilos à perdre et je serai à mon
poids idéal, celui de ma plus grande forme. Sono felice come una
Pasqua (c’est d’actualité !).
17 h 45, à Véronique B.
Ho avuto nel pomeriggio una terza lezione d’informatica. Il professore,
fratello della mia manicure (e amica) Emmanuelle, dice che me la
2cavo bene .
Jeudi 28 avril.
08 h 01, à Marie-Agnès B.
Quel merveilleux jeudi saint (qui commence, je te le rappelle, le
mercredi en fin de journée) ! Faire mon salut dans tes bras, c’est
être de mon vivant au paradis.
22 h 06, à Marie R.
Je rentre d’un très bel (et épuisant, car il dure plus de trois heures
1. À peine rentré de l’église (ces offices de la semaine sainte sont de véritables
épreuves d’endurance), je lis ton sms. Merci pour l’émile de nos gourmands amis.
Vive Don Alfonso !
2. J’ai eu cet après-midi une troisième leçon d’informatique. Le professeur, frère
de ma manucure (et amie) Emmanuelle, dit que je ne me débrouille pas mal.
16et on reste sans cesse debout) office des Douze Évangiles, célébré le
soir du jeudi saint, et je trouve votre message !
Un voyage en Suisse ? Je ne garde pas un souvenir heureux du
précédent, car ce fut lors de ce séjour helvétique que vous prîtes la
décision de rompre avec moi, mais je vous souhaite néanmoins
de boire du bon lait, du fendant aussi, et de manger de l’excellent
chocolat.
Je ne comprends pas bien la fin de votre émile : vous allez donc
quitter Bordeaux ? Et pour aller où ? Pas au Canada, j’espère, il y fait
trop froid.
Vendredi 29 avril.
12 h 48, à Véronique B.
Carissima contessina, je sors à peine d’un admirable office de la
Plachtchanitza, ou Mise au Tombeau du Christ. J’ai bien pensé à
toi et demandé à la Vierge de te protéger, de t’aider dans toutes tes
entreprises. Baci dal tuo Mistigri.
P. S. Aujourd’hui, jeûne absolu, mais je bois d’abondance, à cause
des reins.
erDimanche 1 mai.
20 h 43, à Julie d’H.
La nuit dernière, très beaux, priants et longs offices de la
Résurrection (les matines, puis la liturgie), et ensuite les agapes où,
après un carême strict, je me suis tapé la cloche – agapes qui se sont
déroulées jusqu’à trois heures du matin dans une salle mise à notre
disposition par nos amis catholiques de… Saint-Étienne-du-Mont,
ta paroisse. Tu le vois, le monde est petit. Voyons-nous vite avec
René et son amie. Christ est ressuscité !
Lundi 2 mai.
11 h 33, à Réjane C.
Merci de ta leçon matinale et printanière. Quand j’aurai écrit la
préface pour L’Archimandrite en poche, je te l’enverrai par cette
171voie électronique, mais venir à pied rue Séguier , en voisin, est
beaucoup plus agréable.
16 h 05, à Marie R.
Voyageuse Marie, je n’avais pas compris qu’à la Suisse succédait
immédiatement Barcelone ; je pensais qu’entre les deux vous
vous poseriez un petit temps à Bordeaux. Je repars pour l’Italie ;
cependant, je rentrerai dans l’après-midi du 29 pour voter non au
projet de Constitution pondu par les marchands de bretelles, sans
illusions d’ailleurs.
Mercredi 4 mai.
10 h 41, à Marie R.
Adorable Marie, bon séjour au pays des banquiers, du cuckoo clock
et du chocolat. Baiser de votre admirateur number one (la liste est
longue, je ne le sais que trop, mais depuis l’été 2004 je tiens à ce
titre de number one, même s’il n’est plus qu’honorifique, hélas !).
16 h 19, à Véronique B.
Contessina, ti penso. Non vedo l’ora di bighellonare con la mia
Mistigretta fra le calli, le piazzette, i campi, i sotoporteghi di Venezia.
2Cristo è risorto ! Tre baci pasquali. La Lotteria !
21 h 04, à Olivier C. et Albert D.
Vous aurez noté que je me modernise : je me suis abonné à Internet
et dispose donc d’une adresse électronique !
Jeudi 5 mai.
07 h 29, à Julie d’H.
Merci de ton message matutinal. À la chaleur et au soleil du
dimanche de Pâques orthodoxe (j’ai passé la journée à la piscine de
Saint-Germain-en-Laye) succèdent le froid et le ciel maussade de
l’Ascension romaine : le Christ risque de s’enrhumer s’il monte
1. C’était alors l’adresse des Éditions de La Table Ronde.
2. Je pense à toi. Je suis impatient de badauder à Venise avec ma Mistigrette.
Christ est ressuscité ! Trois baisers de Pâques.
18MES AMOURS DÉCOMPOSÉS (1983-1984), Gallimard et Folio
CALAMITY GAB (janvier 1985-avril 1986), Gallimard
LA PRUNELLE DE MES YEUX (mai 1986-décembre 1987), Gallimard
et Folio
LES DEMOISELLES DU TARANNE (1988), Gallimard
CARNETS NOIRS 2007-2008, Léo Scheer
À paraître
1Journal intime 1989-2006
1. Lorsqu’il sera publié dans sa totalité, mon journal intime 1953-2008 portera
ce titre général : Carnets noirs.

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