Madame de Sévigné

De
Publié par

'Je suis une biche aux bois, éloignée de toute politesse.'
Marie de Sévigné (1626-1696) est un écrivain sans le savoir : rien ne préparait le millier de lettres qu’elle a écrites à voir le jour sous le nom d’œuvre. Mais l’épistolière la plus célèbre de France est une femme au destin particulier : orpheline de bonne heure, elle échappe au couvent pour recevoir une éducation dont elle tirera tout le profit dans la société du XVIIe siècle au sein de laquelle elle brille par son esprit et son naturel. Témoin privilégié de son temps, de la Fronde au règne de Louis XIV, elle est surtout, lettre après lettre, l’historienne de sa propre vie, partagée entre son devoir et sa passion maternelle. Roger de Bussy-Rabutin, auteur féroce, ne s’y est pas trompé qui écrit au sujet de sa cousine : 'Rien n’est plus beau que ses lettres ; l’agréable, le badin et le sérieux y sont admirables ; on dirait qu’elle est née pour chacun de ces caractères.'
Publié le : lundi 3 juin 2013
Lecture(s) : 21
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782072467585
Nombre de pages : 345
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
F O L I OB I O G R A P H I E S
c o l l e c t i o n d i r i g é e p a r G É R A R DD EC O R TA N Z E
Madame de Sévigné
par
Stéphane Maltère
Gallimard
Crédits photographiques :
1, 2, 9, 14 et 17 : Leemage / Photo Josse. 3 : J. Bouchayer / Musées de Chambéry. 4 : Bridgeman Giraudon. 5, 8 et 11 : coll. part. 6, 13 : Roger Viollet / Musée Carnavalet. 7, 10 et 12 : Paris, BNF. 15 : Kharbine Tapabor / Migny. 16 : akgimages / Hervé Champollion.
© Éditions Gallimard, 2013.
Né en 1977, Stéphane Maltère est professeur de lettres modernes à ClermontFerrand. Il est viceprésident des Amis de Pierre Benoit et publie régulièrement des articles concernant l’auteur deMademoiselle de La Fertéet deL’Atlantidedans lesCahiersde l’association. En 2012, il a fait paraîtrePierre Benoit, l’étonnant voyageur(Albin Michel), un album biographique sur le romancier, ainsi qu’une édition pédago gique deRobinson Crusoéde Daniel Defoe (Magnard).
LaplaceRoyale
Il y a aujourd’hui bien des années, ma chère bonne, qu’il vint au monde une créature destinée à vous aimer préférablement à toutes choses ; je prie votre imagination de n’aller ni à droite, ni à gauche : Ce monsieurlà, Sire, c’était moimême. Mme deSÉVIGNÉà Mme deGRIGNAN, le 5 février 1674
Le 5 férîer 1626, oîà îngt ans que Phîîppe de Couanges, e grand-père materne de a petîte ie quî îent de natre, a acheté dans a capîtae es parcees sur esquees s’éèe un des bâtîments de a pace Royae ouue par Henrî ïV, une pace carrée qu’on appee aujourd’huî a pace des Vosges, destînée à accueîîr des boutîques de marchands, maîs dont a nobesse et a haute bourgeoîsîe se sont emparées, comme d’un hare de paî. ï est sîtué à ’empacement de ’hôte des Tournees, que Catherîne de Médîcîs aaît faît démoîr pour oubîer que son épou Henrî ïï y étaît mort. En empruntant a rue Royae-Saînt-Antoîne, ’ac-tuee rue de Bîrague, on accède, par e paîon du Roî, à a pace au trente-cînq hôtes de cînabre.
9
Ceuî de Phîîppe de Couanges faît face au paîon de a Reîne et côtoîe es hôtes de Suy, de Bassom-pîerre, de Royan, d’Angennes de Rambouîet, dont a nobesse faît e rendez-ous de a rîchesse et de ’éégance. Quand Scarron, des années pus tard, en déménage, î décrît dans son « Adîeu au Maraîs et à a pace Royae », e « beau quartîer faorî / Des honnêtes gens tant chérî », a « bee pace où 1* n’habîte / Que maînte personne d’éîte ». C’est au deuîème étage de ’hôte de Couanges, occupé depuîs 1609 par Phîîppe de Couanges et Marîe de Bèze, à mîdî, que nat Marîe, ie de Cese-Bénîgne de Rabutîn, baron de Chanta et de Marîe de Couanges. Le coupe, unî depuîs e 14 maî 1623, a emménagé a même année chez es parents de a marîée. Les Couanges, « peîns d’honneurs et de er-2 tus », sont des inancîers, comme î y en a tant dans e quartîer du Maraîs. Conseîer d’État, secré-taîre des Fînances, fermîer des gabees, Phîîppe de Couanges s’est enrîchî par son rôe de partîsan 3 « dont uî sont enus tous ses bîens » et quî consîste à passer un traîté de inances aec e pouoîr roya. Le traîtant doît erser une somme d’argent au roî, quî ’autorîse ensuîte à se rembourser généreuse-ment par e recourement d’un împôt. « Sî e inan-cîer manque son coup, écrît La Bruyère dansLes Caractères, es courtîsans dîsent de uî :C’est un bourgeois, un homme de rien, un malotru; s’î réus-4 sît, îs uî demandent sa ie . » Les Couanges sont
* Les notes bibliographiques sont regroupées en fin de volume, p. 327.
10
rîches, et sî Roger de Bussy-Rabutîn, e cousîn de a future marquîse, né e 13 arî 1618, écrît qu’îs sont « gens quî saent ce que c’est que a faîm, et 5 quî se souîennent encore de eur paureté », c’est par pur persîlage. Jacques de Bèze, e beau-père de Phîîppe, étaît trésorîer de ’etraordînaîre des guerres et a fortune des Couanges est soîde. Ee es autorîse en conséquence à brîguer pour eur ie es meîeurs partîs de a nobesse. Les Rabutîn sont de ce nombre. « Cînq poînts d’or équîpoés à quatre de gueues, écarteé d’azur, à a croî denteée d’or », te est e ier écusson de a famîe dont a réputatîon remonte à ’îustre Mayeu e de Rabutîn, au xII sîèce. La maîson de Rabutîn « est des pus nobes et des pus ancîennes du duché 6 de Bourgogne » : dans ’éptre à a marquîse de Séîgné pacée en tête du manuscrît de sonHistoire généalogique de la maison de Rabutin, Roger de Bussy-Rabutîn montre en effet que ’ancêtre « étaît déjà de bonne Maîson, puîsque es chartes quî par-ent de uî e nomment parmî es grands seîgneurs du Mâconnaîs » et « qu’î étaît homme d’honneur puîsqu’î nous parat comme garant de a foî d’un 7 Soueraîn ». Les héros ne manquent pas dans cette famîe : tué en 1472 sur e pont de Beauaîs, au serîce du duc de Bourgogne, e « mout aîant 8 cheaîer » Amé de Rabutîn, « fut e pus homme 9 de bîen quî y mourut » ; Caude de Rabutîn, faorî de Louîs Xïï, est mort à Marîgnan sous es ordres er de Françoîs ï . Au moment d’épouser Marîe de Couanges, Cese-Bénîgne de Rabutîn, baron de Chanta, est gentî-
11
homme ordînaîre de a chambre du roî Louîs Xïïï. ï s’agît pour une îngtaîne de jeunes nobes d’être au serîce partîcuîer du roî, sous es ordres du * chambean cubîcuaîre quî apporte au monarque sa chemîse, uî sert son repas dès qu’î mange dans sa chambre, autorîse ’accès à a chambre royae. La charge est peu rémunératrîce, maîs e tître pres-tîgîeu. Son père, Chrîstophe ïï de Rabutîn-Chanta, ’a eercée aant uî, pour a chambre d’Henrî ïV, en récompense d’une bessure au combat décîsîf de Fontaîne-Françaîse, e 6 juîn 1595, face à a Lîgue cathoîque. « Le berceau de Mme de Séîgné deaît être entouré de a doube auréoe de a goîre et de a 10 saînteté . » Les parents de Cese-Bénîgne pourraîent à eu seus justîier cette aégatîon, car Chrîstophe est un héros et Jeanne sera saînte. Maîs, au moment de a naîssance de Marîe, Chrîstophe de Rabutîn est mort depuîs îngt-sî ans et Jeanne de Chanta, née Frémyot, a quîtté sa famîe en 1610 pour fon-der aec Françoîs de Saes ’ordre de a Vîsîtatîon. Ee est aors, en 1626, à a tête de treîze couents. Le grand-père de a future marquîse de Séî-gné, Chrîstophe de Rabutîn, né en 1563, est un 11 « fort brae gentîhomme » à quî Henrî ïïï conie en 1589 un împortant régîment d’înfanterîe. C’est aussî un bagarreur : « ï étaît fort dur, écrît Bussy-Rabutîn, et cea uî attîraît des querees aec es brutau quî ne croîent pas qu’on puîsse être brae
* Le chambellan cubiculaire est l’intendant des domestiques en charge de la chambre du roi.
12
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.