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F O L I OB I O G R A P H I E S
c o l l e c t i o n d i r i g é e p a r G É R A R DD EC O R TA N Z E
Madame de Sévigné
par
Stéphane Maltère
Gallimard
Crédits photographiques :
1, 2, 9, 14 et 17 : Leemage / Photo Josse. 3 : J. Bouchayer / Musées de Chambéry. 4 : Bridgeman Giraudon. 5, 8 et 11 : coll. part. 6, 13 : Roger Viollet / Musée Carnavalet. 7, 10 et 12 : Paris, BNF. 15 : Kharbine Tapabor / Migny. 16 : akgimages / Hervé Champollion.
© Éditions Gallimard, 2013.
Né en 1977, Stéphane Maltère est professeur de lettres modernes à ClermontFerrand. Il est viceprésident des Amis de Pierre Benoit et publie régulièrement des articles concernant l’auteur deMademoiselle de La Fertéet deL’Atlantidedans lesCahiersde l’association. En 2012, il a fait paraîtrePierre Benoit, l’étonnant voyageur(Albin Michel), un album biographique sur le romancier, ainsi qu’une édition pédago gique deRobinson Crusoéde Daniel Defoe (Magnard).
LaplaceRoyale
Il y a aujourd’hui bien des années, ma chère bonne, qu’il vint au monde une créature destinée à vous aimer préférablement à toutes choses ; je prie votre imagination de n’aller ni à droite, ni à gauche : Ce monsieurlà, Sire, c’était moimême. Mme deSÉVIGNÉà Mme deGRIGNAN, le 5 février 1674
Le 5 férîer 1626, oîà îngt ans que Phîîppe de Couanges, e grand-père materne de a petîte ie quî îent de natre, a acheté dans a capîtae es parcees sur esquees s’éèe un des bâtîments de a pace Royae ouue par Henrî ïV, une pace carrée qu’on appee aujourd’huî a pace des Vosges, destînée à accueîîr des boutîques de marchands, maîs dont a nobesse et a haute bourgeoîsîe se sont emparées, comme d’un hare de paî. ï est sîtué à ’empacement de ’hôte des Tournees, que Catherîne de Médîcîs aaît faît démoîr pour oubîer que son épou Henrî ïï y étaît mort. En empruntant a rue Royae-Saînt-Antoîne, ’ac-tuee rue de Bîrague, on accède, par e paîon du Roî, à a pace au trente-cînq hôtes de cînabre.
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Ceuî de Phîîppe de Couanges faît face au paîon de a Reîne et côtoîe es hôtes de Suy, de Bassom-pîerre, de Royan, d’Angennes de Rambouîet, dont a nobesse faît e rendez-ous de a rîchesse et de ’éégance. Quand Scarron, des années pus tard, en déménage, î décrît dans son « Adîeu au Maraîs et à a pace Royae », e « beau quartîer faorî / Des honnêtes gens tant chérî », a « bee pace où 1* n’habîte / Que maînte personne d’éîte ». C’est au deuîème étage de ’hôte de Couanges, occupé depuîs 1609 par Phîîppe de Couanges et Marîe de Bèze, à mîdî, que nat Marîe, ie de Cese-Bénîgne de Rabutîn, baron de Chanta et de Marîe de Couanges. Le coupe, unî depuîs e 14 maî 1623, a emménagé a même année chez es parents de a marîée. Les Couanges, « peîns d’honneurs et de er-2 tus », sont des inancîers, comme î y en a tant dans e quartîer du Maraîs. Conseîer d’État, secré-taîre des Fînances, fermîer des gabees, Phîîppe de Couanges s’est enrîchî par son rôe de partîsan 3 « dont uî sont enus tous ses bîens » et quî consîste à passer un traîté de inances aec e pouoîr roya. Le traîtant doît erser une somme d’argent au roî, quî ’autorîse ensuîte à se rembourser généreuse-ment par e recourement d’un împôt. « Sî e inan-cîer manque son coup, écrît La Bruyère dansLes Caractères, es courtîsans dîsent de uî :C’est un bourgeois, un homme de rien, un malotru; s’î réus-4 sît, îs uî demandent sa ie . » Les Couanges sont
* Les notes bibliographiques sont regroupées en fin de volume, p. 327.
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rîches, et sî Roger de Bussy-Rabutîn, e cousîn de a future marquîse, né e 13 arî 1618, écrît qu’îs sont « gens quî saent ce que c’est que a faîm, et 5 quî se souîennent encore de eur paureté », c’est par pur persîlage. Jacques de Bèze, e beau-père de Phîîppe, étaît trésorîer de ’etraordînaîre des guerres et a fortune des Couanges est soîde. Ee es autorîse en conséquence à brîguer pour eur ie es meîeurs partîs de a nobesse. Les Rabutîn sont de ce nombre. « Cînq poînts d’or équîpoés à quatre de gueues, écarteé d’azur, à a croî denteée d’or », te est e ier écusson de a famîe dont a réputatîon remonte à ’îustre Mayeu e de Rabutîn, au xII sîèce. La maîson de Rabutîn « est des pus nobes et des pus ancîennes du duché 6 de Bourgogne » : dans ’éptre à a marquîse de Séîgné pacée en tête du manuscrît de sonHistoire généalogique de la maison de Rabutin, Roger de Bussy-Rabutîn montre en effet que ’ancêtre « étaît déjà de bonne Maîson, puîsque es chartes quî par-ent de uî e nomment parmî es grands seîgneurs du Mâconnaîs » et « qu’î étaît homme d’honneur puîsqu’î nous parat comme garant de a foî d’un 7 Soueraîn ». Les héros ne manquent pas dans cette famîe : tué en 1472 sur e pont de Beauaîs, au serîce du duc de Bourgogne, e « mout aîant 8 cheaîer » Amé de Rabutîn, « fut e pus homme 9 de bîen quî y mourut » ; Caude de Rabutîn, faorî de Louîs Xïï, est mort à Marîgnan sous es ordres er de Françoîs ï . Au moment d’épouser Marîe de Couanges, Cese-Bénîgne de Rabutîn, baron de Chanta, est gentî-
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homme ordînaîre de a chambre du roî Louîs Xïïï. ï s’agît pour une îngtaîne de jeunes nobes d’être au serîce partîcuîer du roî, sous es ordres du * chambean cubîcuaîre quî apporte au monarque sa chemîse, uî sert son repas dès qu’î mange dans sa chambre, autorîse ’accès à a chambre royae. La charge est peu rémunératrîce, maîs e tître pres-tîgîeu. Son père, Chrîstophe ïï de Rabutîn-Chanta, ’a eercée aant uî, pour a chambre d’Henrî ïV, en récompense d’une bessure au combat décîsîf de Fontaîne-Françaîse, e 6 juîn 1595, face à a Lîgue cathoîque. « Le berceau de Mme de Séîgné deaît être entouré de a doube auréoe de a goîre et de a 10 saînteté . » Les parents de Cese-Bénîgne pourraîent à eu seus justîier cette aégatîon, car Chrîstophe est un héros et Jeanne sera saînte. Maîs, au moment de a naîssance de Marîe, Chrîstophe de Rabutîn est mort depuîs îngt-sî ans et Jeanne de Chanta, née Frémyot, a quîtté sa famîe en 1610 pour fon-der aec Françoîs de Saes ’ordre de a Vîsîtatîon. Ee est aors, en 1626, à a tête de treîze couents. Le grand-père de a future marquîse de Séî-gné, Chrîstophe de Rabutîn, né en 1563, est un 11 « fort brae gentîhomme » à quî Henrî ïïï conie en 1589 un împortant régîment d’înfanterîe. C’est aussî un bagarreur : « ï étaît fort dur, écrît Bussy-Rabutîn, et cea uî attîraît des querees aec es brutau quî ne croîent pas qu’on puîsse être brae
* Le chambellan cubiculaire est l’intendant des domestiques en charge de la chambre du roi.
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