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Mémoires courtes

De
123 pages
Un père, deux jumeaux, une fille, la narratrice, soeur du binôme et fileuse d'une vie qui n'est pas de tout repos. Ce sont ces instants graves ou drôles qu'elle raconte ici, morceaux d'une existence certes encore débutante, mais que les bagarres de la vie aident à vieillir...Mûrir ? pour plus tard, sans doute. Il faut rire le plus possible, pour que les rides auxquelles nulle n'échappe aient au moins l'élégance de partir vers le haut...
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MØmoirescourtesJoºlle PØtillot
MØmoirescourtes
AUTOBIOGRAPHIE/M MOIRES (FICTION)' manuscrit.com, 2002
ISBN: 2-7481-2229-1 (pour le fichier numØrique)
ISBN: 2-7481-2228-3 (pour le livreimprimØ)Avertissement de l Øditeur
DØcouvertparnotrerØseaudeGrands Lecteurs(libraires, revues, critiques
littØraires et de chercheurs), ce manuscrit est imprimØ tel unlivre.
D Øventuelles fautesdemeurentpossibles;manuscrit.com,respectueuse de
lamiseenformeadoptØeparchacundesesauteurs,conserve,àcestadedu
traitement de l ouvrage, le texte en l Øtat.
Nous remercions le lecteur de tenir compte de ce contexte.
manuscrit.com
5bis, rue de lA’ sile Popincourt
75011 Paris
TØlØphone:0148075000
TØlØcopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.comCHAPITRE I
Sans avoir besoin d eux en permanence, j ai tou-
jours aimØ les hommes. Ils ont rempli ma vie assez
tt,ô puisqu unpŁrefantasqueetdeuxfrŁres,jumeaux
desurcroit,onttentØdem Øleveraveclesouciassez
vain de me protØger.
Mes frŁres, hydre à deux tŒtes uniquement occu-
pØeàmepourrirlaviedanslespetitesannØesdel’en-
fance, se muŁrent rapidement en gardes du corps, à
mesurequejegrandissais. Ilfallaitsurveiller“lape-
tite .
Notre mŁre, elfe fragile nullement prØparØ à ces
trois naissances en deux ans, avait rapidement prØ-
fØrØ mourir, à nos yeux du moins.
Vingt ans plus tard, sa fugue durait toujours, et
mon pŁre, lors de ses retours de fŒtes improbables
oø il aimait encore à se consumer, avouait à sa pro-
gØniture, rentrØe à peine plus t t dans le mŒme Øtat,
(une sorte d Øpuisement goguenard quoiqu hØbØtØ),
ne mŒme plus se rappeler son visage.
-Voyez-vous,mesloups,jenepeuxmŒmepasme
rappeler…
-... Son visage, finissions nous en choeur, dans
une note identiquement atone.
AprŁs quoi, aux petites heures de l aube, chacun
se mettait au lit.
7MØmoires courtes
Ce terme de “loups , seul mot d amour que s au-
torisait mon pŁre envers sa triade infernale, Øtait
simple,sobre,etqu ilfßtmasculinnemegŒnaitpas.
Ca nous allait trŁs bien, mes frŁres formant une
meute et moi me nommant Lou.
Vraisjumeaux,mesfrŁrespossŁdaientenpartage
les mŒmes traits, bien sßr, le mŒme foutu caractŁre,
et le charme fou de notre pŁre. Leur Ønergie dØdou-
blØes employaitaussibienàm emmerderjusqu la
gauche, qu à me consoler.
Les filles dotØes d’un grand frŁre me compren-
dront;cellesdedeuxn aurontplusqu com-
patir. Surtout deux fois le mŒme.
Quoique.
D infimes diffØrences dØmarquaient Louis de JØ-
rØmie, et inversement.
Les rousses, par exemple.
JØrØmie,dŁssaplustendreenfance,avaitvouØun
culte inconditionnel aux rousses, quand Louis s en
foutait.
LapremiŁrenounouchargØedes occuperdenous
Øtait d un roux flamboyant ; elle alluma une four-
naise dans le coeur de JØrØmie, et le gamin, à plat
ventre sur la moquette et les bras en croix, hurlait
aprŁs son dØpart, pendant un temps que mon pŁre et
moi nous accordions à trouver fort long.
De son c tØ, Louis, impavide, empilait minutieu-
sement ses legos.
- Tu as remarquØ ? disait mon pŁre, les yeux
cernØs de gris-vert, quand il me c linait dans mon
lit aprŁs avoir couchØ ce qu il appelait le bin me
d enfer . “Louis crie beaucoup moins. Ils ne sont
pas pareil sur tout…”
Non, ils n Øtaient pas pareils sur tout.
Desdeux,LouisØtaitleplussilencieux,etdeloin,
de trŁs loin mŒme, le plus imaginatif. Surtout pour
les conneries. Rousses ou pas, il usa un nombre
impressionnant de nourrices.
8Joºlle PØtillot
En effet, mon pŁre, obØissant aux conseils d une
amiepsychanalyste,avaitmomentanØmentchoiside
sØparer Louis et JØrØmie, alors gØs de cinq ou six
ans. Pour leur bien , avait-elle prØcisØ. “Il faut
qu ils apprennent à vivre autrement que devant un
reflet de miroir. Si tu veux des gar ons Øpanouis et
bien dans leur peau…”
Tous les matins, laissant JØrØmie aux soins de sa
rouquine, il emmenait donc Louis chez une amie,
femme au foyer celle-l , dont l appartement se si-
tuait sur le trajet pour se rendre à son cabinet. Puis
mon papa-docteur, momentanØment dØlivrØ de sa
progØniture, pouvait à loisir Øcouter les vieilles du
quartier se plaindre de leurs pieds.
Je suis au bord du suicide gØmissait-il en ren-
trant le soir. Pratiquement que des vieilles, au-
jourd hui,etrienàfaire: ellesfinissenttoujourspar
te parler de leurs pieds .
Puis il s affalait comme une bouse sur le canapØ
dusalon,toutenenlevantseschaussuresuniquement
avec les siens, de pieds, ce qui avait le don de me
fasciner.
Les jours de grande fatigue, il rajoutait parfois :
“j ai horreur des malades .
Cessoirsl ,ils avØraitd autantpluspØniblepour
lui d encaisser, au retour, la liste des exploits de
Louis, pleurnichØe par sa copine, puis celle qui lui
succØda, puis l autre, puis la suivante etc.
-…Parcequ iln estpasmØchant,oh anon. Mais
troiskilosdefarinerØpandusdanslacuisine,enfine
couche, pendant que je suis au tØlØphone… Et tout
ça parce qu il veut faire des traces de pas dans la
neige… Oui, il jouait au yØti… Mais bien sßr qu il
amarchØdessus,c Øtaitlebutdujeu…Oui,aprŁsil
a ØtØ dans le salon… Non, non, il n a pas renversØ
de farine sur la moquette, de toutes fa ons je n’en
avais plus… Ce qui l amusait, c est que a faisait
9MØmoires courtes
des marques blanches sur la moquette… Dis donc,
t aurais de l aspirine, l , dans ta sacoche ?
Jemesouviensquec estàpartirdecejourl que
les nounous de Louis furent appelØes par mon pŁre
des chargØes de mission .
Ettu vois , rajoutait-il,à cetteheuresavoureuse
oø, les jumeaux couchØs, il venait refaire le monde
avec moi, tu vois, le plus beau, c est qu il fait a
sans aucun bruit .
CettesØparationpØdagogiquedurajusqu auCE2.
L’ultime chargØe de mission, qui venait chercher
Louisàl’Øcolepourlegarderjusqu auretourdemon
pŁre, se distinguaitparun Øventaild expressionsal-
lantd unpeuinquiØteàfranchementnØvrotique,sui-
vant ce qu il avait (ou non) fait la veille.
Jusqu au jour oø elle le surprit dans sa chambre,
une boite de Tampax ouverte, le contenu ØtalØ sur
la courtepointe, les papiers d emballage roulØs en
boules au pied du lit.
Louis les contemplait, mutique, et se retourna
d un mouvement gracieux au cri de la dame, portu-
gaise adorable pØtrie de morale chrØtienne.
- C est quoi, ces trucs à fil ?
Ladameleramenaparlapeaudesfesses,lelaissa
en aboyant des explications outrØes à l autre dame,
celledeJØrØmie,blondevØnitiennetirantsurleroux
que rien ne faisait trembler.
On ne la revit jamais.
10CHAPITRE II
- Dis donc, je cherche une nouvelle chargØe de
mission pour Louis. Tu aurais une adresse ?
Ce matin l , sa copine psychanalyste prenait le
thØ avec nous, dans un peignoir aØrien que deux
mamelles en 95 C agrØmentaient de façon notable.
Louis, gØdehuitans,assisenfaced elle,n enper-
daitpasunemiette. JØrØmie,plusindiffØrentpuisque
ladonzelleØtaitbrune,chipotaitsesMielPopsenat-
tendant des jours meilleurs.
-Canetereviendraitpasmoinscherdelaisserles
deux ensemble ici ?
La question fut posØe d une voix mØlodieuse, les
doigts fins comme du verre posØs sur le rebord de
latasse,lescheveuxlissesetnoirssagementrØpartis
sursesexquises Øpaules. Jela dØtestai toutde suite.
- Mais c’est toi-mŒme qui…
- C Øtait valable à l’Øpoque, Manu. Maintenant,
tu pourrais peut-Œtre rØessayer.
JØrØmielevalenezdesesMielPops. Louisquitta
sa contemplation mammaire.
JecroisaileregarddeLouis,quiregardaJØrØmie,
qui me regarda.
Notre pŁre s appelait Manuel. Il Øtait brun d oeil
et de peau, de type hispanisant, bien que pur berri-
chon de racine ; D ailleurs, il s en fichait, n ayant
aucunefibrerØgionaliste. Ilnesesentaitvivantqu’à
Paris.
11MØmoires courtes
Mes frŁres et moi dØtestions qu on l’appelle
Manu. Cediminutifrelevaitde lapluspurefautede
goßt.
Il ne serait venu à l idØe de personne d’appeler
LouisLoulououJØrØmieMimi. Quantàmonpropre
prØnom,papadisaitl avoirchoisipourcequ ilavait
dØj des airs de diminutif, ce qui dispensait qui-
conque d en trouver un.
Bref, nous ha ssions les petits noms.
Et qui Øtait cette pØtasse, d abord, venu psycha-
nalyser mon pŁre aux petites heures de la nuit, alors
que personne ne lui demandait rien ?
C est vrai, quoi, pensais-je en Øcumant.
Ce fut JØrØmie qui dØclencha ce que nous appe-
lions “le plan secret . Attaque directe. Phase 1.
Mise en confiance.
-Est-cequet’as coussØ avec ?
La question, manifestement posØe à mon pŁre au
sujet de Machine, ne le dØrangea pas le moins du
monde.
- Bien sßr, mon loup.
La psy eut un sourire approbateur.
-Qu il estmimiavecson cheveux surlalangue.
Cheveux amovible, ma grande. Il ne servait qu
attendrir, et Papa n y voyait que du feu. PenchØ
sur mon lit, certains soirs, il murmurait Tu vois,
Lou, JØrØmie mßr t. Il perd de temps en temps son
cheveux sur la langue. Un jour, il ne l aura plus du
tout . J opinais. Quepouvais-jefaire d autre ?
- Et c Øtait comment ?
Louis passait la deuxiŁme couche. Phase 2. DØ-
stabilisation.
La psy eut un sourire mitigØ envers le patriarche,
une grimace flageolante qui signifiait sans doute
comment peux-tu laisser ces sales gamins te poser des
questions pareilles et plus certainement encore t as
intØrŒt à rØpondre que c Øtait bien.
UnØclairdemalicebrilladanslesyeuxpaternels.
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