Mémoires sur Marie-Antoinette

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Fastueuse et légère, excentrique et géniale, Mademoiselle Bertin parvint à imposer ses idées et ses goûts aux princes d’Europe et de Russie. Détestée par la Cour qui enviait la faveur dont elle jouissait, cette jeune femme, « ministre des modes » de Marie-Antoinette fut aussi la raison de bien des dépenses qui pavèrent le chemin de la souveraine vers la guillotine.
Publié le : mercredi 19 mars 2014
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EAN13 : 9782743627515
Nombre de pages : 139
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Détestée par la cour qui enviait la faveur dont jouis sait cette jeune femme issue dune famille pauvre, Rose Bertin fut la « ministre des modes » de Marie Antoinette. Elle fut, aussi, la raison de bien des dépenses qui pavèrent le chemin de la reine vers la guillotine. En ce sens, lhistoire quelle nous livre dans ses mémoires est indissociable du destin de la souve raine, quelle défendit toujours contre les accusations portées par ses ennemis.
Fastueuse et légère, excentrique et géniale, Made moiselle Bertin parvint à imposer ses idées et ses goûts aux cours de lEurope entière. e Cest toute la liberté du xviii siècle qui sexprimait dans la fantaisie des chapeaux de Rose, une liberté destinée à se perdre dans le morne siècle de la bour geoisie.
Collection dirigée par Lidia Breda
Rose Bertin
Mémoires sur MarieAntoinette
Introduction de Giuseppe Scaraffia
Rivages Poche Petite Bibliothèque
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© 2014, Éditions Payot & Rivages pour la présente édition 106, boulevard SaintGermain  75006 Paris
ISBN :978-2-7436-2759-1
Introduction
La file des attelages qui stationnaient rue du FaubourgSaintHonoré devant le magasin « Le Grand Mogol » en disait long, de même que la belle enseigne « Modiste de la Reine » et, surtout, le ton de suffisance avec lequel Rose Bertin, une femme du peuple issue dun petit village, sadres sait aux dames. Elle les recevait sans cesser de saffairer dans un salon spacieux et fastueusement meublé, où se pressaient les visiteuses soucieuses de shabiller comme MarieAntoinette. Les prix étaient élevés mais personne ne savait composer avec plus dadresse ces immenses robes, ces paniers dont la largeur pouvait atteindre trois mètres, parés de rubans, de petits bouquets de fleurs, de nuages de gaze, de guirlandes, de perles et de pierres précieuses. Ce dont Rose avait fait sa spécialité étaient ces structures complexes destinées à surmonter les coiffures féminines déjà hautes. Ce type de parures se nommaitpouf aux sentiments: « On lappellepouf en raison de la confusion dobjets quelle peut
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contenir, etaux sentimentsparce quils doivent être relatifs à ce quon aime le plus » Le pouf quelle avait imaginé pour la duchesse de Chartres était resté célèbre : parmi les objets quil comportait se trouvait un perroquet, oiseau précieux à la duchesse, son jeune fils dans les bras de sa nour rice, ainsi que les boucles de cheveux de divers membres de sa noble lignée. La hauteur prodigieuse des coiffures obligeait les dames à la mode à pencher la tête en dehors de leur voiture ou à sy tenir agenouillées pour ne pas gâter ces délicats édifices de voiles, de fleurs et de plumes. Les caricatures de victimes de cette mode rappelaient souvent les traits de Marie Antoinette. Bien vite, cette couturière au regard entêté, aux traits trop ordinaires pour se prêter au jeu péril leux de la galanterie, était devenue un personnage public. Les gazettes rapportaient ses victoires et ses impertinences. Rose se sentait lâme dune artiste et rétorquait à qui lui reprochait ses prix astronomiques : « Pensezvous que lon ne paye à Vernet que la toile et les couleurs ? » Depuis que toutes sétaient fait une règle dêtre habillées par ses soins, lascendant quelle avait pris sur ses illustres clientes était devenu consi dérable. En un siècle où les distances sociales sem blaient insurmontables, seule Rose Bertin pouvait se permettre de recevoir étendue sur une chaise longue, un simple hochement de tête en guise de
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salut. Mais les aristocrates étaient prêtes à tout pour apercevoir les modèles préparés pour la reine, quand bien même fallûtil attendre quelle ait porté ces tenues pour quelles puissent les adopter à leur tour. Créatrice infatigable, Rose avait été la première à faire sillonner lEurope par ses « poupées de mode » revêtues de ses nouvelles tenues, pour y diffuser le style de la cour de France et conquérir daugustes clientes auprès des royautés étrangères. Pour protéger lInfante du Portugal dont lardoise était particulièrement élevée, il avait fallu mobi liser le chef de la police parisienne. La légère arrogance dont usait Rose avec les aristocrates était leffet de lascension rapide de cette simple modiste au rang de « ministre de la mode » de sa Majesté. Que cette femme du peuple pût demeurer longuement en tête à tête avec la reine et pénétrer en sa compagnie dans le très privé Cabinet de la Méridienne, au mépris de toute étiquette, cela piqua inévitablement la jalousie des courtisanes. Cest entre ces murs blancs et or, entre une harpe, un piano et une cheminée de marbre rouge que la souveraine pas sait la plus grande partie de ses journées. Leurs entretiens étaient si fréquents que la modiste avait dû louer un appartement à Versailles, près du palais, où elle restait des jours entiers sans pouvoir rentrer dans son atelier de la rue SaintHonoré. Madame Campan, première femme de chambre
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de la reine, fidèle au point de soutenir que sa maîtresse, loin dêtre prodigue, était presque avare, détestait cette parvenue. Elle lui reprochait « une familiarité dont elle abuse, et qui lui donne droit, croitelle, de prendre des airs dimpor tance ». Mais les critiques étaient vaines, et vaine fut la tentative dun de ses rivaux qui dirigeait un atelier proche du Grand Mogol de la faire tomber en disgrâce avec lappui de la princesse de Lam balle, chère à MarieAntoinette. Rien ne pouvait fragiliser linfluence de Rose Bertin. Tous les matins la reine choisissait les tenues quelle désirait pour la journée en piquant dune épingle les échantillons de robes présentés dans un grand livre. Les couleurs quelle choisissait deve naient immédiatement incontournables. Vêtue de vert de la tête aux pieds, MarieAntoinette avait dit un jour à Maurepas : « Voyez à quelle simpli cité je réduis ma parure. Me voilà vouée à luni. Voyez, jusquà mes souliers tout bonnement de satin vert uni. » Ce à quoi le ministre avait galam ment répondu : « Madame, je ne saurais métonner de voir lunivers à vos pieds. » Et lorsque le roi, pour commenter la teinte de lhabit de sa femme, avait remarqué : « Cest la couleur des puces », tous sétaient empressés de revêtir cette couleur. LAlmanach sveltede 1779 expliquait que cette vogue fut inspirée par la vue dune puce morte « sur un ongle rose de femme », qui fit dire au cercle qui lentourait : « Cest un noir qui nest
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pas noir, cest un brun trop brun, voilà une couleur délicieuse. » De même, une mèche de che veux dun blond cendré qui appartenait à la sou veraine fut envoyée dans toutes les manufactures de France afin quy soient créées des étoffes de cette exacte teinte royale. En 1779, lorsque la reine était venue à Paris, fière du fils quelle venait de donner à la France, et que son carrosse était passé devant le Grand Mogol, il sétait produit un événement qui avait suscité clameur et scandale. En apercevant sur son balcon Rose et ses trente ouvrières, Marie Antoinette sétait exclamée : « Ah ! Voilà Made moiselle Bertin ! » et lavait saluée de la main. Tandis que la couturière sinclinait respectueuse ment, Louis XVI sétait levé pour lapplaudir, imité, selon létiquette, par toute sa cour, furieuse de devoir rendre hommage à une moinsquerien. Ce triomphe frivole navait toutefois pas suffi à convaincre limpératrice MarieThérèse qui, le jour où elle reçut un portrait de sa fille habillée par Bertin, le lui avait restitué en protestant que ce nétait pas là le portrait dune reine mais dune actrice : « Vous savez que jétais toujours dopi nion de suivre les modes modérément, mais de ne jamais les outrer. Une jolie reine, pleine dagré ments, na pas besoin de toutes ces folies. » En octobre 1777, Rose Bertin rencontra la cliente la plus étonnante de sa carrière, le chevalier dÉon, célèbre pour ses activités despion mais
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