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Miroir déformant

De
240 pages
Les conditions de son entrée dans cette institution demeurent floues, à jamais perdues dans sa semi-conscience d’alors… Peut-être à cause des médicaments; peut-être à cause de l’alcool. Quoi qu’il en soit, la voilà ici, entre ces murs et contrainte d’y rester… Il lui faudra néanmoins un certain temps pour se laisser convaincre qu’une cure de sommeil de sommeil lui serait bénéfique, qu’elle ne sortirait de sa dépression qu’à ce prix, que sa sauvegarde dépendait de cette période où on lui proposait de se libérer de toutes ses tensions et de dompter sa mélancolie… Voici le point de départ de ces chroniques – parfois dures, parfois apaisées, tantôt difficiles, tantôt pleines d’espérance – de l’internement d’une mère de famille alors au bord du gouffre. Quelle violence un internement peut-il représenter et, paradoxalement, quel bien peut-il procurer? Qu’est-ce que vivre loin du monde et des siens, dans un environnement que l’on ne contrôle pas, où les points de repère sont à découvrir? Comment se reconstruire dans un milieu anxiogène, voire cauchemardesque? Œuvre à mi-chemin entre le roman et le témoignage, "Miroir déformant" parvient à recréer et à nous faire toucher du doigt, à travers le regard de sa narratrice et l’emploi de la première personne, cette sensation d’enfermement et de solitude dans un univers absolument étranger ressentie par la patiente. Un regard fort et juste sur la dépression et le monde psychiatrique.
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Miroir déformant
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Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication aux Éditions Publibook en 2010
Oh, Ils me refusentmerde !même le café. Je ne parle même pas du vin ; jy reviendrai plus tard. Cest toutefois, il faut le dire, une clinique très élégante, dans un cadre exceptionnel ; pas un géant public, mais seulement une petite entreprise privée rentable. Une infirmière ma rassurée à larrivée : « Nous navons même pas cent lits. » Cette déclaration sonnait orgueilleusement, pour édifier. Il y a un salon pour des invités, un autre pour les malades, une salle de gym et une table de ping-pong, séparément. Et voilà un beau parc (je jette un regard par la fenêtre), mais pour le moment il nest pas pour moi. Je vais maintenant dormir. Pendant au moins sept jours, je nai pas le droit douvrir mes paupières. Donc il ne faut pas que je mobstine : je ne recevrai pas de café. Je serai tranquille et je ne vais pas gêner le traitement. Voilà à boire : il y a de leau minérale. Elle est fraîche, « à consommer avant septembre 2010 », je remarque. Six bouteilles en plastique attirent par leur contenu. Il y a aussi un grand verre. Je peux donc étancher ma soif sans gêne. Je nai pas envie de boire leur eau de robinet industrielle. Je men fous. Là-bas, dans un hôpital ordinaire, il y avait tout ce quon voulait une vraie civilisation ! Le personnel de service me servait deux bols de café par jour. Il compatissait avec moi, en commentant que là doù je viens lEst sauvage , on boit dhabitude de la vodka au petit déjeuner ou du lait de chèvres intoxiquées par les Russes.
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Quelle ignorance ! Mais en tout cas, quel service et quelle compréhension des besoins ! Je névoquerai pas la liberté : là-bas, avec la perfusion, je descendais par lascenseur au rez-de-chaussée pour me servir toute seule au distributeur de boissons Ah, quelle jouissance ! Un petit café express fumeux. Cétait le bon temps, cet hôpital ! « Et maintenant ? Où est-ce que je débarque, à nouveau ? Cest quoi, cette clinique ? Comment je my suis trouvée ? Je fais quoi ici, à vrai dire ? » Je me pose ces questions, seulement avec la réponse, cest pire. Depuis quelques jours Depuis quelques jours, je mefforce de reconstituer les faits, de rembobiner la bande de ma mémoire et de rechercher le moment où je me suis trouvée ici. Ce nest pas facile. Ce trou ménerve, dautant plus que cela fait déjà certainement un bon moment que je reste coupée, absurdement isolée, du monde entier. Je nai pas de possibilité de mentretenir avec quiconque aurait pu être avec moi ce jour-là, maurait vue, aurait pu maider Aucune confrontation. Cest comme une torture, ce suspense, cette impossibilité de reconstruire des faits et des événements dans lesquels je jouais toutefois le rôle principal. Je tends ma mémoire, je rappelle à lordre ma tête enserrée, tracassée Et rien. Il y a seulement quelques traces gommées, brumeuses, desflashes. Il y a des éclairs distants et étranges, comme sils concernaient quelquun dautre. Pas moi. Ils se rembobinent dans ma conscience, minquiètent, mintriguent. Cest comme si on renversait un seau avec de la lavure sur un plancher propre : la saleté se diffuserait avec leau sur plancher et, quand leau sévaporerait, seules des taches sales resteraient.
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