Petits bonds en arrière

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Dans cet ouvrage qui parle vrai, l'auteur révèle avec humour, mais aussi avec gravité, quelques grands moments de sa vie. Par une série de tableaux bien brossés, il nous fait partager l'essentiel de son histoire, en même temps qu'il nous transporte, au gré des époques et des événements, dans un monde changeant et parfois insolite, sur lequel il jette un regard lucide. Ainsi ressurgissent, de l'après-guerre à nos jours, des tranches de mémoire habilement commentées. La cocasserie de certaines situations n'affecte en rien la profondeur d'un récit où perce une grande sensibilité, notamment dans les rapports affectifs que l'auteur entretient avec ses proches. Un livre attachant, d'une écriture vivante, et dont les accents intimes et sincères ne manqueront pas d'émouvoir le lecteur.
Publié le : mercredi 28 mai 2014
Lecture(s) : 15
Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342023633
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342023633
Nombre de pages : 166
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Du même auteur
De Creuse à Paris à pied, Verso, 1990
Des marcheurs au bout de leur rêve, Comité des Jumelages de La Riche, 1990
Jacques Lanzmann ou le sens de la marche, Thèse de Doctorat en Lettres Modernes Université François Rabelais, Tours, 1994
Par monts et par mots, L’Harmattan, 2 000
Tsomo, l’exilée tibétaine, L’Harmattan, 2010
La Route des copains, éditions Publibook, 2011
L’Aristocrate et le brayaud, Mon Petit Éditeur, 2012
L’Inde qu’il ne faut pas voir, L’Harmattan, 2012
L’Ermite de Mafate, Mon Petit Éditeur, 2012
La Ballade de Martin Nadaud, Mon Petit Éditeur, 2013
Jean-Michel Auxiètre PETITS BONDS EN ARRIÈRE
Mon Petit Éditeur
Retrouvez notre catalogue sur le site de Mon Petit Éditeur : http://www.monpetitediteur.com Ce texte publié par Mon Petit Éditeur est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Mon Petit Éditeur 14, rue des Volontaires 75015 PARIS – France IDDN.FR.010.0119601.000.R.P.2014.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication par Mon Petit Éditeur en 2014
À la rencontre du passé
Mon enfance passa De grisailles en silences… Et la guerre arriva. Et nous voilà ce soir.
Jacques Brel :Mon enfance Par une série de petits bonds en arrière, j’entreprends ici de partir à la rencontre du passé. Et tout d’abord à la rencontre de mes proches… Après quatre années de captivité durant lesquelles il eut de gros ennuis de santé, mon père – il s’appelait Germain – revint d’Allemagne très diminué.Mon enfance fut marquée par cet éloignement forcé qui me priva de sa présence et altéra ensuite notre relation. Je suis certain qu’il souffrit – ainsi que j’en souf-fris moi-même – d’une communication épisodique et maladroite où ne s’exprimait pas l’amour que nous éprouvions l’un pour l’autre. La pudeur nous interdisait d’étaler nos senti-ments, et la connaissance que j’avais de lui était par trop imparfaite. Je le voyais non pas en fonction d’un jugement per-sonnel, mais à travers le regard des autres. Durant sa captivité, on avait évoqué l’absent en le plaignant, en me plaignant, et l’on me parlait souvent à sa place. Ces mots de soutien et d’encouragement m’angoissaient autant qu’ils me réconfor-taient. Les rares souvenirs concernant mon père s’étaient dilués dans un flou étrange, je m’en étais forgé une image par procura-
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tion et, lorsqu’il fut face à moi, j’eus l’impression de rencontrer un étranger. Sans doute aurions-nous pu, de façon progressive, nous ex-primer de façon plus libre et sans faux-fuyants, nous rapprocher et mieux nous comprendre par le biais d’un vécu commun. Mais peu de temps après le retour de papa, ma mère, qui se prénommait Marguerite, fut emportée par la maladie le 7dé-cembre 1945, à l’âge de 25 ans. J’avais un peu plus de sept ans. Je fus alors pris en charge par mes grands-parents maternels, Valentine et Gustave, qui exploitaient une ferme en Creuse, au hameau du Grand-Aigu, sur la commune de Jalesches. Dans un louable souci de réparation, ils voulurent me soustraire aux vi-lenies de l’existence, m’isolèrent, me surprotégèrent. Quant à mon père, il se retrouvait sans épouse, et avec un fils très inter-mittent. Je ne lui appartenais pas plus qu’il ne m’appartenait, pour la bonne et simple raison que nous ne vivions pas ensem-ble. Avec papa nous n’avons presque jamais cohabité. Nos échanges étaient trop brefs, trop conventionnels, trop superfi-ciels. Ce fut notre drame. Comment, au crépuscule d’une vie, rassembler les lambeaux d’un puzzle, ressusciter des parents, reconstituer leur parcours, alors que les témoins essentiels ne sont plus. Les personnes qui auraient pu m’éclairer sont parties sans que j’aie eu le courage de les questionner sur ce point. Àaucun moment je ne pus me résoudre à leur demander, concernant mes parents, des infor-mations que, du reste, papa aurait pu me fournir lui-même. Mais jamais nos rapports n’abordaient le versant intime et affec-tif. Nous en restions à des sujets plus terre à terre.Avec papa les conversations tournaient autour des études, de l’avenir pro-fessionnel. Nous collions de près à ces valeurs au sein desquelles je fus vite enfermé, œuvrant pour la réussite scolaire qui me fit oublier l’essentiel: dire à mon père que je l’aimais. Lui non plus n’était pas prolixe à ce propos. Son amour filtrait dans la fierté bourrue que mes bons résultats faisaient monter
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en lui. Pas d’épanchements intempestifs. Nous dire « je t’aime » eût été incongru, l’écrire davantage encore. Nous nous bornions à des banalités telles que « je t’embrasse bien fort », acceptables pour chacun de nous. S’agissant de ma mère, ma mémoire se refuse à livrer la moindre réminiscence. Dire que ma tendre enfance a été effa-cée n’est pas une simple image. J’ai beau chercher, regarder des photos, rien ne me vient à l’esprit si ce n’est quelques vagues et rares impressions dont je ne suis même pas très sûr. Il me sem-ble que j’aimais beaucoup caresser les cheveux de ma mère et rechercher son contact. Sur les clichés je la trouve belle, agréa-ble et douce, comme probablement je la trouvais, enfant. Mais la sensation s’arrête là, étrange, voire irréelle. Pas de traces ol-factives. Se parfumait-elle ? Je ne le sais pas. Je ne conserve, de cette époque, qu’une imprécise odeur de sous-bois et de sciure associée à une vision de bûches dans un réduit attenant à la maison. J’ai retrouvé quelquefois cette odeur en me promenant en forêt. Je ne vois rien d’autre… Mon école à Clugnat? Il ne me revient aucune image de la classe, aucun visage, aucun propos de maîtres ou de camarades. Est-il bien sûr que j’aie fréquenté cette école ? C’est le flou total. Pourtant, j’ai sous les yeux la photo d’un jeune élève en col blanc et tablier noir, bien campé sur son pupitre avec, en ar-rière-plan, une carte du département de la Creuse. Cet élève, c’est bien moi à l’école de Clugnat, car à Jalesches où je vins par la suite,nous n’avions pas de photos individuelles. Mais je n’ai pas le souvenir d’avoir souri au petit oiseau. D’ailleurs, je ne souris pas… Sur la période où tout se joue, avant l’âge de six ans, il sem-ble donc que je sois frappé d’amnésie. Le double manque parental auquel j’ai été très tôt confronté reste enfoui dans les abysses de ma conscience perturbée. Conséquemment je me retrouve avec des pans de vécu fragiles et approximatifs accro-
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chés, tels des rochers branlants, au-dessus de vides impression-nants. Il est probable que jamais je ne pourrai combler ces vides. Je continue cependant à aller vers mes parents et vers les proches qui m’ont aidé à cultiver leur souvenir. J’éprouve au-jourd’hui le besoin impérieux de coucher sur le papier un message d’amour que je leur destine – un amour aussi puissant que celui qu’ils m’ont donné. Mon histoire et mon évolution n’ont pas développé en moi un sens aigu de la famille, et j’ai le sentiment d’avoir été ingrat envers ceux qui m’ont soutenu. La sphère qui me chérissait dépassait largement le noyau parental et chacun, dans cet entou-rage élargi, s’ingéniait à me faire plaisir, à me rendre la vie facile et agréable. Mais au-delà des prévenances que me prodiguaient mes proches et de l’affection dont ils m’entouraient, il manquait la cohésion et l’unité d’un foyer. Selon les nécessités du mo-ment, mes élans me ramenaient tantôt vers les uns, tantôt vers les autres. Je voulais affirmer ma reconnaissance, mais je n’ai jamais su le faire, tiraillé que j’étais entre ces divers pôles ai-mants. En outre, le fait que papa vivait sans moi me tourmentait. «Ma place serait auprès de lui», me disais-je. En regard de cette impossibilité et d’une nécessaire dispersion, je me suis enfermé dans ma coquille, en me culpabilisant devant mon égoïsme, mon silence et mes non-dits. Je sais que je vins au monde désiré et attendu, et que mon entrée dans la vie, avant la captivité de mon père, fut heureuse et épanouissante. À l’occasion de brèves confidences, j’ai en-tendu dire que ma naissance avait été copieusement arrosée. Mes parents étaient ravis. Papa gérait à Préveranges, une bour-gade aux confins du Cher et de la Creuse, un commerce ambulant qu’à l’époque on nommait «Le Caïffa», ancêtre des actuelles chaînes de distribution. Il passait de village en village et approvisionnait en denrées diverses les paysans qui, faute de moyens de locomotion, ne pouvaient se rendre jusqu’au bourg
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