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Chezlemêmeéditeur
LesGens,roman,1991.
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Roman
P.O.L 8,villad'Alésia,Paris14e
©P.O.Léditeur,1995 ISBN2-86744-425-X
ChapitreI
Moi,pendantcetemps,j'aisixansetjevomis. Jevomisparcequej'aiétécontrariéparlepassage devantlamaisondesmarcheursduStrasbourg-« Paris».J'enaivuunavecundossarddéchiréau milieud'ungroupedegensquil'entouraientet l'encourageaient,quilesoutenaientaussi.Safaçon demarcherneressembleenrienàcequ'onpeut voird'habitudedequelqu'unquimarchelà,c'est toutlecorpsquimarche.Lesbras,lesépaules,le bassinsontsecouéspardesconvulsionstandisque lespiedsnequittentpluslesol.C'estcettemanière d'avancercommesurdespatinspresquesansles jambesquiestlapluseffrayante,ajoutéquand mêmeaufaitquecettesortedepantindisloqué portantcasquetteavecvisièreretournéeenarrièrese dirigedanslepetitmatinverscequ'onn'imagine
pasbienpouvoirêtreautrechosequ'unabattoir.Il ya,d'ailleurs,unabattoirpasloindelamaison, maisnousonn'apasledroitd'yaller. J'aidéjàdécouvert,iln'yapaslongtemps,une utilisationdescorpsquejeneconnaissaispasdeux typesqui,àlastationdemétroRépublique,se défonçaientlatête.Jenesavaispasquedescoups aussiviolentspussentêtrerépétésautantdefois.Ils rebondissaientsurunwagondumétrosansjamais semettreK.-O.Cesnouvellesposturesducorps provoquentchaquefoissurlemienlemêmeeffet, jevomis.Etcommeeux,jerépèteunequantité innombrabledefoislemêmegeste,cequifaitqu'à lafinjen'aiplusrienàvomiretdoncque,comme eux,jesuisobligédem'agiterdemillecontorsions pourallerchercherunpeudebile.Lacrisedefoie estunpetitrituelquej'aimisaupointavecles chosesdontjenesaispastrèsbienquoifaireetqu'il mefautdoncexpulser. Parexemplej'aimisuncertaintempsàme décidersurl'issueàdonneràl'arrivéeinopinée,un decesdimanchesduboisdeVincennes,d'unpetit garçonqu'ilauraitfallunepasvoirparcequ'illui manquaituneoreille.Nousnousamusionsbien avectontonJeanetlesautresàtaperdansunballon lorsqu'ilestvenuseplanterdevantnous.Après, pournousexpliquer,onnousaditqu'ilavaiteule visagebrûlé.
Lesoir,onadînédanslacuisinecomme d'habitudeetcommed'habitudeiln'apasfallu faire debruitàcausedelavoisined'endessousqui,dès qu'onmarcheau-dessusdesatête,claquelesportes detoutessesforces.L'autrejour,elleapousséma mèredansl'escalieretpersonnen'ariendit.Ma mèrenonplusn'apasfait decommentaires,elle nousasimplementdemandéderetirernoschaus-suresplustôt.Etl'incidentestpasséàlatrappe. Aprèsledîneronestalléssecoucheretj'airepensé aupetitgarçonauvisagebrûléet,commeça m'empêchaitdem'endormir,jemesuisrappelé qu'enplus ondevaitmourir.Jenesaisplusquim'a apprisça,entoutcas,mercipourlanouvelle. Heureusementonnesesouvientpasdetout,il yadesîlotsentourésd'unemerd'oublietparmides îlots,ilyacettepromenadenoussommesallés enforêtcueillirdesviolettes.J'étaistrèscontentet jemesuisperduoupeut-êtreonm'aabandonné. J'aijetélebouquetdeviolettesdanslecanal.Mais cetîlot-làjemelesuistellementdéjàracontéque j'enaimarremêmesijecroisquec'estàpartirdequej'aicommencéàmeméfierd'êtrecontentparce qu'onenprofitealorspourvousabandonneret aprèsonn'aplusqu'àjeterlesviolettesdansle canal. J'aibienquelquesautressouvenirsdumême genre,maisjamaisunnouveauquiremontedela
merquil'entoureou,siçasurgit,c'estquelque chosequiatellementpeuàvoiraveccepassérepéré que,decela,onnepeutrienendirepuisqu'on découvrequetoutestlà,intactàattendre,comme silessouvenirsnefaisaientqu'empêcherl'enfance deserépandre.Çasert doncàça,lessouvenirs,à toutoublier.Sil'onnefaisaitsanscesseappelàeux, onretourneraitbienviteenenfance,onneferait plusl'effortdedépasserlapiscineabandonnéeau boutduchemindespeupliers,au-delàdelaquelleil n'yarien.Dansl'enfance,ilyadurienpartout,du vide. Acetteépoque,avecmamère,onprendsou-ventle39pourallerportedeVersailleschezune tante.OnpassedevantleBonMarché,lescouvents, leshôpitaux,lesEnfants-Malades,dontlenom mélangéaubâtimentmedonnetoujoursunsenti-mentdepanique.C'estunsouvenir quejegarde précieusementcarjen'aiaucuneenviederevivre cesmoments-là. C'estévidemmentNoëlcommedansl'enfance, oncourtdanslasalleàmangerdontlesportesont étéfermées,j'aiunpetitvélorougequemonfrère n'aimepas.Illetrouve trèsmoche,lacouleur,tout, surtoutiln'aimepasceluiàquionl'aoffert. AuxTuileries,onramassedesmarronsetles feuillesmortessententlesfeuillesmortessansqu'on s'appliqueàlessentir.
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