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Tout dire

De
148 pages
On assiste depuis ces dernières années, à la télévision, à un phénomène nouveau dont la mesure n'a peut-être pas suffisamment été prise en compte : des gens arrivent à raconter leur vie en cinq minutes. En cinq minutes, tout est dit. On est parfois un peu effrayé de cette incroyable maîtrise du récit autobiographique, de cette manière de livrer en quelques phrases tout le déroulé d'une vie parce qu'on se demande ce qui peut bien rester à vivre, après. À l'extrême opposé, il y a tous ces romans d'une vie qui gisent dans les tiroirs, le plus souvent inachevés, qui cherchent dans la nuit des mots la nuit des vies. Rien ne tient. Aucun événement, aucun sentiment ne trouvent leur juste traduction. On se dit que décidément une vie ne se laisse pas bien décrire par les mots. Et puis on se dit aussi que sa vie n'est pas aussi intéressante que ça. Pourquoi emmerder tout le monde avec ses petites mains gelées sous les préaux des écoles? Tout dire se situe dans le vide laissé entre ces deux façons de se dire.
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Toutdire
DUMÊMEAUTEUR
Chezlemêmeéditeur
LesGens,roman,1991.
JérômeBeaujour
Tout
dire
Roman
P.O.L 8,villad'Alésia,Paris14e
©P.O.Léditeur,1995 ISBN2-86744-425-X
ChapitreI
Moi,pendantcetemps,j'aisixansetjevomis. Jevomisparcequej'aiétécontrariéparlepassage devantlamaisondesmarcheursduStrasbourg-« Paris».J'enaivuunavecundossarddéchiréau milieud'ungroupedegensquil'entouraientet l'encourageaient,quilesoutenaientaussi.Safaçon demarcherneressembleenrienàcequ'onpeut voird'habitudedequelqu'unquimarchelà,c'est toutlecorpsquimarche.Lesbras,lesépaules,le bassinsontsecouéspardesconvulsionstandisque lespiedsnequittentpluslesol.C'estcettemanière d'avancercommesurdespatinspresquesansles jambesquiestlapluseffrayante,ajoutéquand mêmeaufaitquecettesortedepantindisloqué portantcasquetteavecvisièreretournéeenarrièrese dirigedanslepetitmatinverscequ'onn'imagine
pasbienpouvoirêtreautrechosequ'unabattoir.Il ya,d'ailleurs,unabattoirpasloindelamaison, maisnousonn'apasledroitd'yaller. J'aidéjàdécouvert,iln'yapaslongtemps,une utilisationdescorpsquejeneconnaissaispasdeux typesqui,àlastationdemétroRépublique,se défonçaientlatête.Jenesavaispasquedescoups aussiviolentspussentêtrerépétésautantdefois.Ils rebondissaientsurunwagondumétrosansjamais semettreK.-O.Cesnouvellesposturesducorps provoquentchaquefoissurlemienlemêmeeffet, jevomis.Etcommeeux,jerépèteunequantité innombrabledefoislemêmegeste,cequifaitqu'à lafinjen'aiplusrienàvomiretdoncque,comme eux,jesuisobligédem'agiterdemillecontorsions pourallerchercherunpeudebile.Lacrisedefoie estunpetitrituelquej'aimisaupointavecles chosesdontjenesaispastrèsbienquoifaireetqu'il mefautdoncexpulser. Parexemplej'aimisuncertaintempsàme décidersurl'issueàdonneràl'arrivéeinopinée,un decesdimanchesduboisdeVincennes,d'unpetit garçonqu'ilauraitfallunepasvoirparcequ'illui manquaituneoreille.Nousnousamusionsbien avectontonJeanetlesautresàtaperdansunballon lorsqu'ilestvenuseplanterdevantnous.Après, pournousexpliquer,onnousaditqu'ilavaiteule visagebrûlé.
Lesoir,onadînédanslacuisinecomme d'habitudeetcommed'habitudeiln'apasfallu faire debruitàcausedelavoisined'endessousqui,dès qu'onmarcheau-dessusdesatête,claquelesportes detoutessesforces.L'autrejour,elleapousséma mèredansl'escalieretpersonnen'ariendit.Ma mèrenonplusn'apasfait decommentaires,elle nousasimplementdemandéderetirernoschaus-suresplustôt.Etl'incidentestpasséàlatrappe. Aprèsledîneronestalléssecoucheretj'airepensé aupetitgarçonauvisagebrûléet,commeça m'empêchaitdem'endormir,jemesuisrappelé qu'enplus ondevaitmourir.Jenesaisplusquim'a apprisça,entoutcas,mercipourlanouvelle. Heureusementonnesesouvientpasdetout,il yadesîlotsentourésd'unemerd'oublietparmides îlots,ilyacettepromenadenoussommesallés enforêtcueillirdesviolettes.J'étaistrèscontentet jemesuisperduoupeut-êtreonm'aabandonné. J'aijetélebouquetdeviolettesdanslecanal.Mais cetîlot-làjemelesuistellementdéjàracontéque j'enaimarremêmesijecroisquec'estàpartirdequej'aicommencéàmeméfierd'êtrecontentparce qu'onenprofitealorspourvousabandonneret aprèsonn'aplusqu'àjeterlesviolettesdansle canal. J'aibienquelquesautressouvenirsdumême genre,maisjamaisunnouveauquiremontedela
merquil'entoureou,siçasurgit,c'estquelque chosequiatellementpeuàvoiraveccepassérepéré que,decela,onnepeutrienendirepuisqu'on découvrequetoutestlà,intactàattendre,comme silessouvenirsnefaisaientqu'empêcherl'enfance deserépandre.Çasert doncàça,lessouvenirs,à toutoublier.Sil'onnefaisaitsanscesseappelàeux, onretourneraitbienviteenenfance,onneferait plusl'effortdedépasserlapiscineabandonnéeau boutduchemindespeupliers,au-delàdelaquelleil n'yarien.Dansl'enfance,ilyadurienpartout,du vide. Acetteépoque,avecmamère,onprendsou-ventle39pourallerportedeVersailleschezune tante.OnpassedevantleBonMarché,lescouvents, leshôpitaux,lesEnfants-Malades,dontlenom mélangéaubâtimentmedonnetoujoursunsenti-mentdepanique.C'estunsouvenir quejegarde précieusementcarjen'aiaucuneenviederevivre cesmoments-là. C'estévidemmentNoëlcommedansl'enfance, oncourtdanslasalleàmangerdontlesportesont étéfermées,j'aiunpetitvélorougequemonfrère n'aimepas.Illetrouve trèsmoche,lacouleur,tout, surtoutiln'aimepasceluiàquionl'aoffert. AuxTuileries,onramassedesmarronsetles feuillesmortessententlesfeuillesmortessansqu'on s'appliqueàlessentir.
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