Une sexualité pervertie

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D'origine provinciale, Claire est arrivée sur Paris en septembre 1999. Très vite, elle s'est inscrite dans le plus grand club de loisirs pour célibataires de Paris. Progressivement, d'adhérente, elle est devenue animatrice. L'une des animatrices les plus connues, ce qui lui permis de connaître toutes les ficelles et les dessous du club ! Elle a découvert alors un univers très particulier, peuplé de personnes égarées, ayant plus ou moins raté leur vie et se retrouvant dans un tel état de solitude qu'ils n'avaient pas hésité une seconde à payer une fortune juste dans l'espoir de rencontrer du monde. Mais, dans ce type de club, sévissait également une faune plus dangereuse composée de personnes hautement perturbées et destructrices.
Publié le : dimanche 19 juin 2011
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EAN13 : 9782748180886
Nombre de pages : 373
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2 Titre
Une sexualité pervertie

3

Titre
Claire Bourgery
Une sexualité pervertie
Club de rencontre pour célibataires
Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-8088-7 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748180886 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-8089-5 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748180893 (livre numérique)
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. .

8 Une sexualité pervertie






À ma mère pour ses conseils et encouragements
CELIBATAIRES

ÈRE1 PARTIE :
LOISIRS POUR CELIBATAIRES
Introduction

INTRODUCTION
J’ai longtemps été persuadée que j’écrivais ce
témoignage pour faire revivre un univers voué à
disparaître : celui des clubs de loisirs pour
célibataires.
La montée d’internet avec son choix infini de
rencontres virtuelles fait de ces clubs des
dinosaures d’un autre temps, un temps où
l’espèce humaine n’avait pas besoin de se cacher
derrière un clavier pour faire de nouvelles
rencontres.

Je réalise aujourd’hui à quel point je me suis
entièrement menti à moi-même. Mes
motivations premières n’étaient ni de rendre vie
au club, ni de rendre un hommage aux
personnages hors normes que j’ai été amenée à
croiser.
Certes, la joie de me rappeler chacun d’entre
eux fut grande mais le but que je recherchais
n’était pas là.
Plus tard, il m’a semblé que j’écrivais pour
exprimer mon sentiment de colère, de révolte et
de haine profonde face à certains
13 Une sexualité pervertie
comportements basés sur l’hypocrisie, la
médisance et la volonté de nuire. Rarement les
sourires et les grandes claques amicales dans le
dos n’ont été aussi faux que dans cet
environnement où nous étions censés être là
pour nous détendre !
Mais là encore, je me fourvoyais.

Ce récit, en fait, ne s’adresse qu’à une seule
personne qui a rempli ma vie et mon esprit
pendant deux années entières. Tu t’es reconnu ?
Et pourquoi donc ai-je refusé d’admettre
cette évidence, après tout bien naturelle et
légitime ?
Le fait que tu ne le mérites pas n’est
aucunement valable, cela ne m’a jamais posé le
moindre problème auparavant !
Peut-être avais-je un peu peur que tu ne te
moques, encore une fois, de moi. Je pouvais
déjà t’imaginer entouré de tes amis, vous
gaussant à la lecture de mes aveux publics !
Mais nous sommes bien d’accord, tu t’es déjà
tellement amusé avec moi que cela ne peut plus
me faire hésiter !
Alors quoi d’autre ?
Et bien je ne me suis lancée dans ce récit que
pour dialoguer avec toi une dernière fois.
Combien de fois ai-je imaginé dans mon
esprit malade de longues discussions en tête-à-
tête ?
14 Introduction

Je voulais comprendre et surtout te
comprendre !
Elles n’ont jamais eu lieu et n’auront jamais
lieu : je n’étais pas un animal doué de parole et
donc de sentiments et d’émotions à tes yeux !
Tu me trouves trop lyrique ? J’en rajoute
trop ? Tu as raison, je vais faire en sorte de
rester plus sobre dans le reste du récit !
15 Chapitre 1

CHAPITRE 1
Avant mon arrivée sur Paris, j’avais toujours
vécu dans une banlieue difficile, au sud
d’Orléans. Ma mère, qui m’élevait seule depuis
ma naissance, avait été nommée au lycée de la
Source et, pour des questions de commodité,
s’était installée en face.
Pendant plus de vingt années, mon univers
avait été limité aux tours en béton érigées sur
une dalle lugubre. Les quelques rares magasins
qui s’étaient risqués à une installation dans le
quartier avaient vite déclaré forfait, débordés
par la petite délinquance.
Je garde de ces années une impression
d’ennui et de tristesse incommensurable.
Et comme dans tous les environnements de
ce type, le seul espoir des jeunes était de fuir dès
que possible devant cette horreur.
J’avais profité de la fin d’un CDD, qui avait
duré deux ans, pour venir m’installer sur Paris.
Certes, depuis le début de cette mission, j’avais
quitté les quartiers difficiles pour le centre ville
mais je n’arrivais pas à me faire à l’esprit petit
17 Une sexualité pervertie
bourgeois qui régnait dans cette ville. Dès vingt-
cinq ans, mes amis d’enfance avaient déjà leur
pavillon (acquis moyennant un emprunt
remboursable sur 30 ans), un conjoint et des
enfants. Leur vie, à moins d’un accident, ne
devait subir aucun changement jusqu’à l’âge de
leur retraite !

En ce début d’année 2000, je venais de signer
un contrat en tant qu’assistante de direction,
dans une société, située dans le quartier de
l’Étoile, où je n’ai jamais très bien compris
quelle était l’activité principale ! Quelque chose
comme de la protection de personnes ou de
sites ou les deux ! !
Ce travail avait très mal commencé ! Je me
retrouvais sous les ordres d’un caractériel,
ancien militaire, qui n’avait visiblement toujours
pas réalisé qu’il avait quitté l’armée. Et il passait
donc toutes ses journées à me hurler dessus et à
me rabaisser devant mes collègues. Pour
résumer les choses, il n’avait jamais vu
quelqu’un d’aussi incapable que moi. Je suppose
que ces méthodes sont d’usage dans l’armée
(casser ses subalternes est la base de toute
formation), mais dans le civil, ce genre de
pratique relève du harcèlement moral.

Il s’attendait, en fait, à ce que je sois aussi
rapide et performante que son ancienne
18 Une sexualité pervertie

assistante qui occupait le poste depuis dix ans !
Étant donné que je n’avais eu aucune
formation, cela aurait relevé du miracle si j’avais
réussi à l’égaler !
Ainsi, quand il me demandait une
information ou de faire le point sur un dossier,
il trouvait mes hésitations absolument
aberrantes et incompréhensibles !
Nathalie lui fournissait le renseignement dans
les minutes qui suivaient, pourquoi donc la
nouvelle n’en faisait-elle pas autant ?
De plus, sa hargne contre cette dernière, qui,
selon lui, l’avait lâchement abandonné, était
telle qu’il lui fallait un bouc émissaire pour
passer ses nerfs et ce fut moi.
Avec le recul, je prends cela avec humour
mais à l’époque cette ambiance de travail me
rendait complètement malade. Personne ne
peut résister longtemps en étant traité de cette
façon. Même dans l’armée, certains craquent !
Mon sommeil commençait à en subir les
conséquences comme mon humeur de façon
générale.

Et ceci d’autant plus que je n’avais pas, non
plus, donné totale satisfaction dans ma mission
précédente, que j’avais trouvée à mon arrivée
sur Paris ! Et ce pour des raisons un peu
similaires. Temps d’adaptation, entraide,
compréhension égales à zéro ! Au bout d’une
19 Une sexualité pervertie
semaine, un nouvel employé doit avoir la même
maîtrise de ses dossiers, des produits qu’une
personne qui a plusieurs années d’ancienneté et
cela sans que personne ne daigne jamais nous
former !
Mes collègues, lors de cette précédente
mission, avaient été sans pitié. Et au lieu de
comprendre que je n’étais là que provisoirement
(il s’agissait d’un remplacement de congé
maternité) et que leur propre intérêt était de
m’aider à faire mon travail correctement, ils
m’enfonçaient à la moindre occasion.
La réunion mensuelle du lundi matin servait
d’ailleurs à cela, taper sur les plus faibles et leur
faire des remontrances publiques.
Je me souviens d’une secrétaire qui, le temps
de ma mission, a craqué et démissionné, alors
qu’elle n’avait aucune solution de
remplacement. Il faut reconnaître qu’ils avaient
été spécialement cruels avec elle ! Les critiques,
remarques désagréables lui pleuvaient dessus à
longueur de journée tandis qu’elle subissait une
véritable mise à l’écart de la part de ses
collègues.

Quant à moi, je remplaçais une jeune femme
heureuse dans son couple, enceinte et
considérée comme irremplaçable au niveau
professionnel. J’en éprouvais un sentiment
naturel de profonde injustice, d’autant plus que,
20 Une sexualité pervertie

personnellement je ne la trouvais exceptionnelle
ni physiquement ni intellectuellement ! Mais ce
sentiment d’injustice ne s’accompagnait
d’aucune jalousie : je lui laissais bien volontiers
son compagnon et sa petite fille ! C’est le
respect dont elle jouissait que je lui enviais.

J’ai tenu le coup mais n’en suis pas ressortie
en très bon état psychologique. D’autant plus
que je fus mise à la porte du jour au lendemain
quand elle daigna reprendre son poste !

Bref, professionnellement, les choses
n’allaient pas bien du tout pour moi. Et, à cela,
venait s’ajouter une grande solitude.
Je ne m’étais fait aucune nouvelle relation
depuis mon arrivée sur Paris, malgré la pratique
régulière de nombreuses activités extra-
professionnelles. Je passais donc la plupart de
mes soirées et de mes week-ends, seule, et je le
vivais de plus en plus mal. J’avais surtout
l’impression de n’être pas comme tout le
monde, de ne pas arriver à me lier avec autrui et
que l’ensemble de mon existence n’était qu’une
succession d’échecs.

Cette impression d’exclusion ne datait pas, en
fait, de mon arrivée sur Paris. Déjà sur Orléans,
mes relations étaient peu nombreuses : j’étais
dans les meilleures classes du lycée avec pour
21 Une sexualité pervertie
camarades des adolescents venant de milieux
beaucoup plus favorisés qui me snobaient.
Mais comment une fille de mère célibataire
habitant en H.L.M. avait-elle pu se retrouver
parmi eux ? Ils me montraient leur mépris, face
à mes origines, en ne m’adressant pas la parole.
Ma jeunesse en fut, par conséquent, déjà très
solitaire mais studieuse car il ne me restait que
cela à faire : travailler.

Au niveau sentimental, j’étais toujours sous le
choc de l’abandon de Michel, même si ce
dernier remontait à deux ans.

J’avais rencontré Michel à l’âge de 21 ans,
lors d’un séjour linguistique en Irlande. Nous
nous étions sentis attirés l’un par l’autre presque
immédiatement. Bien qu’amicale dans un
premier temps, notre relation n’en était pas
moins forte. Une grande affection nous liait et
nous pouvions compter sur le soutien de
l’autre.
Nous étions repartis ensemble l’année
d’après, pour un séjour d’un mois aux États-
Unis que j’avais longuement négocié avec ma
mère, cette dernière me voyant encore comme
un bébé à près de 22 ans !
Il fut le premier avec lequel je passai la nuit et
le seul avec lequel cela ne m’a jamais dérangé de
partager mon lit.
22 Une sexualité pervertie

Nous restâmes en contact jusqu’à mes 26-
27 ans. Je dis rester en contact car dire
ensemble serait largement exagéré ! Nous
habitions aux deux extrêmes de la France et ne
pouvions nous voir qu’exceptionnellement.
Il a toujours mis beaucoup plus d’entrain à
m’écrire qu’à venir me voir. Je m’étais plusieurs
fois posé des questions à ce sujet mais puisqu’il
continuait à écrire !
Il a fini par me plaquer pour une autre au
bout de six années. J’ai compris que quelque
chose ne tournait pas rond quand il a, sans
prévenir, arrêté d’écrire ! Nous revenions d’un
week-end romantique et j’ai mis du temps à
admettre la vérité : comment pouvait-il avoir
changé d’avis aussi vite sans que rien de spécial
ne se soit produit (entre nous j’entends) ?
Ce qui me fit le plus de peine dans cette
histoire, outre que j’ai perdu six années à un âge
crucial, est qu’il ne me jugea jamais assez bien
pour me présenter à ses parents, même
simplement comme une copine ! Il faut dire que
ses parents avaient une très belle propriété à
Annecy !
Mais il oubliait que là où j’avais réussi en
entrer en DEA de finances internationales à
L’université de Paris Dauphine, lui n’avait
même jamais pu décrocher sa licence de droit ! !
23 Une sexualité pervertie
Mes parents n’avaient pas le niveau de vie
des siens mais intellectuellement je le valais
largement !
Néanmoins, je ressentis cet abandon pour
une autre comme une véritable trahison.
D’autant plus qu’il ne prit plus jamais de mes
nouvelles par la suite.
Je n’ai jamais réussi à vraiment repartir avec
un autre depuis.
24 Chapitre 2

CHAPITRE 2
Depuis mon arrivée sur la capitale, ma
situation et mon isolement s’aggravaient. Je me
repliais de plus en plus sur moi-même et à force
de rester muette je commençais à avoir des
problèmes pour communiquer avec autrui. Le
simple fait de mener une conversation normale
me paraissait au-delà de mes forces tant j’en
avais perdu l’habitude. J’en devenais asociale et
cela me faisait peur.
Mon absence totale de famille n’arrangeait
pas les choses, dans la mesure où je n’avais
vraiment personne à qui me confier.

Un jour, alors que je déjeunais, seule, dans un
restaurant japonais pendant la pause de midi, je
découvris dans l’officiel des spectacles un
espace réservé aux clubs de loisirs pour
célibataires. Intriguée, je pris mon téléphone et
appelai le premier ! J’ai raccroché après avoir
obtenu un rendez-vous pour le samedi suivant,
les informations n’étant pas divulguées par
téléphone.
25 Une sexualité pervertie
Le samedi, je me rendis donc à ce rendez-
vous. Les bureaux étaient situés au cœur de
Paris, dans l’île Saint Louis, un quartier réputé
hors de prix, qui inspirait confiance sur la
bonne tenue du club.
Je pénétrai dans le Hall où une hôtesse me
dirigea vers une salle d’attente située, au rez-de-
chaussée dans le prolongement de l’entrée.
Plusieurs personnes étaient déjà assises,
autour d’une table basse, couverte de revues en
tout genre. Les regards étaient fuyants comme
si chacun avait honte d’être là, honte d’avoir dû
faire appel à ce genre de services.
Après une courte attente, je fus invitée à me
rendre au premier étage, dans un grand espace
où les bureaux des dix commerciaux étaient
situés les uns à côté des autres. L’espace de
confidentialité était à peine respecté !
Et là, je fus reçue par une femme très
sympathique et surtout efficace !
« Bonjour Mademoiselle, installez-vous. Vous
avez trouvé facilement ? »
« Oui, je connais un peu le quartier. Je
n’habite pas très loin. »
« Je vais commencer par vous présenter un
peu le club.
Nous avons un club house sur trois étages à
Opéra dans un immeuble haussmannien. Nous
sommes le seul club à proposer cela sur tout
26 Une sexualité pervertie

Paris ! Vous verrez, c’est ravissant : un grand
escalier, des moulures au plafond ! ! »
Je hoche la tête en signe d’approbation.
« Venons-en aux activités, lança-t-elle en me
mettant sous le nez un petit livret les reprenant
toutes, assorties d’informations pratiques quant
aux horaires, coordonnées de l’animateur, lieu
de rendez-vous…
« Plus d’une centaine d’activités différentes
vous sont proposées et ce tous les soirs de la
semaine, y compris le week-end. Vous pourrez
vous essayer à des loisirs auxquels vous n’aviez
jamais pensé et, qui sait, vous découvrir des
passions !
Vous avez déjà des passions, des hobbies que
vous aimeriez faire partager aux autres ? Nous
sommes toujours en quête de nouveautés. »
Je réfléchis quelques secondes et hochai à
nouveau la tête dans un signe négatif.
« Je ne vous cache pas que nous sommes très
sélectifs sur la clientèle ! Nous ne prenons que
des gens bien, sérieux. Quelqu’un qui se
comporterait mal dans les locaux serait
immédiatement chassé ! »
Je lui fis savoir que cela me rassurait.
« Je sais, pour une jeune femme, c’est très
difficile de sortir seule et c’est ça qui est bien au
club : vous pouvez venir dîner ou assister à une
soirée seule en toute sécurité. »
« En effet, c’est un point très positif. »
27 Une sexualité pervertie
« Et puis rencontrer quelqu’un par le biais
d’activités est idéal pour se faire une bonne idée
de la personne. Vous pourrez le croiser en
diverses occasions, ce qui vous permettra
d’apprécier son comportement dans des
situations différentes et voir ainsi s’il vous
convient !
Vous voulez bien rencontrer quelqu’un ? »
« Je ne m’inscris pas que pour cela mais je
n’ai, en effet, rien contre. »
« En plus, on y mange très bien, ce qui ne
gâche rien. Les dîners sont payants mais c’est
normal, c’est en plus. »
Je voulais bien admettre que payer à nouveau
pour les dîners pouvait, d’une certaine façon, se
justifier.
« Il y a des personnes de mon âge ? »
« La moyenne d’âge est de moins de quarante
ans. C’est un club jeune. »
« Venons-en aux tarifs. Le prix normal est de
13 000 francs pour deux ans. Comme vous êtes
jeune et sympathique, je vous fais une remise
mais c’est à accepter tout de suite. Sinon, vous
la perdez. »
« Je n’ai pas une telle somme de côté. »
« Ce n’est pas grave, nous avons des accords
avec des organismes de crédit. Plusieurs
formules sont proposées, vous n’avez qu’à
choisir celle qui vous convient le mieux. »
28 Une sexualité pervertie

« Je suis en période d’essai et je n’ai pas
encore mon premier bulletin de salaire. C’est
gênant pour obtenir un crédit »
« Ne vous en faîtes pas ! J’ouvre le dossier et
vous me renverrez une copie de votre premier
bulletin dès que vous le recevez. »

Je ne sais toujours pas comment elle a fait
pour me convaincre de signer et d’accepter de
verser une somme pareille pour un soi-disant
club très sélectif que je n’avais jamais vu et qui
était peut-être entièrement bidon ! Décidément,
je ne devais vraiment pas me sentir bien à cette
époque ! ! Surtout que j’étais en période d’essai
et que vu la tournure que prenaient les choses
dans mon travail, le retour à l’ANPE me
pendait au nez ! Et c’était précisément le
moment que je choisissais pour faire un crédit :
2000 FRF de remboursement par mois sur six
mois ! Il fallait bien les trouver sans mourir de
faim pour autant !
Avant que je ne parte, elle m’expliqua que
j’allais avoir droit à une soirée d’accueil gratuite
(quand même, avec le prix que je venais de
mettre, c’était la moindre des choses !) suivie
d’une soirée à tarif réduit et elle me fixa la date
de la première soirée en même temps qu’elle me
remit tous les papiers.
29 Chapitre 3

CHAPITRE 3
Le grand soir, celui de la soirée d’accueil,
arriva enfin !
Je n’avais pas été trompée sur le standing du
club house : c’était, effectivement, un très bel
immeuble situé à deux pas des Galeries
Lafayette !

J’entrai avec précaution en cherchant mon
chemin, dans un hall imposant !
J’aperçus un panneau qui spécifiait que les
nouveaux membres étaient attendus au premier
étage.
Je me rappelle, une fois arrivée sur le palier
du premier étage, avoir été dirigée, par une
ravissante hôtesse d’accueil, vers une petite salle
au fond du premier étage (le club en comprenait
trois).
Là, les autres nouveaux membres, déjà
arrivés, formaient une haie d’honneur, verre à la
main, jusqu’au bar installé au fond de la pièce,
devant la fenêtre. Personne n’avait osé occuper
le milieu ! Ils étaient tous collés aux murs !
31 Une sexualité pervertie
J’avançai donc vers un homme d’une petite
cinquantaine, souriant et à l’accent marseillais
très prononcé, qui était préposé aux apéritifs.
Les deux mêmes étaient sempiternellement
proposés à toutes les soirées et consistaient en
un punch particulièrement fade et un mélange
de jus de fruits qui devait contenir autant de
sucre que de fruits. À sa question, j’ai répondu
avec (alcool bien sûr). Il m’a demandé où
j’habitais, histoire d’entamer la conversation et
de me désigner ensuite les personnes présentes
qui étaient des voisins. L’intérêt de ce sujet de
conversation m’échappait un peu, mais il avait
le mérite d’éviter que le silence ne s’installe !
Nous nous sommes ensuite répartis sur des
tables de huit personnes composées chacune de
six nouveaux et deux animateurs.
Je garde un souvenir très morne du dîner.
Nous n’étions pas loin de nous embêter :
animateurs comme nouveaux membres. Les
animateurs présents à chaque table faisaient leur
maximum pour entretenir la conversation mais
avec plus ou moins de succès ! Difficile, ceci
dit, d’avoir une folle ambiance lors d’une soirée
où les participants sont non seulement tous de
parfaits inconnus les uns pour les autres mais
sont également très embarrassés d’être là.
Certains se demandant visiblement quelle
mouche les avait piqués de s’inscrire dans un
club réservé aux célibataires !
32 Une sexualité pervertie

Le second dîner où nous étions conviés,
avant d’être laissés à nous-mêmes, était
différent dans la mesure où les anciens
membres étaient également présents et surtout
qu’au dîner succédait une soirée dansante
animée par un DJ.
Lors de l’apéritif, que nous prenions
exclusivement entre nouveaux, les anciens étant
à un étage différent, quelques animateurs
venaient nous présenter leurs activités.
L’animateur roller, d’alors, me revient très
précisément en mémoire ! En partie parce que
l’activité me tentait bien (c’était ludique pour
quelqu’un de 28 ans) et aussi parce que
l’animateur était un grand brun au sourire de
séducteur et à la plastique impeccable. Un très
joli spectacle dont je me souviens encore !
J’ai également le souvenir, mais il est plus
vague, de l’animateur des week-ends à Gand.
Mais je ne m’étais pas intéressée à lui plus que
cela. Certes, il n’était pas mal de sa personne
mais sans être non plus d’une beauté
renversante. Et puis, la comparaison avec le
« roller » n’était pas à son avantage ! Par contre,
je l’avais immédiatement classé dans la catégorie
des types sûrs d’eux et inintéressants. Son tee-
shirt moulant et son nez toujours en l’air ne me
donnaient nullement envie de le connaître.
Nous ne faisions pas partie de la même espèce.
33 Une sexualité pervertie
Ne l’ayant pas revu les deux années qui ont
suivi, je l’avais, à peu près, oublié. Des
évènements précis m’ont amenée à me rappeler
cette première entrevue dont je suis certaine
que lui ne garde aucun souvenir.

Le dîner fut beaucoup plus réjouissant cette
fois-ci ! J’avais à ma table un homme jeune
assez à mon goût ! Encore un brun, au visage
régulier, visiblement gentil et sensible. Et j’avais
l’impression qu’il me regardait.
Comme la plupart des personnes de mon
âge, je n’étais pas venue au club que pour faire
des activités et rencontrer du monde. J’avais
également, comme me l’avait soufflé la
commerciale, l’espoir de faire une rencontre
sérieuse et il me semblait évident que les
hommes ayant fait la démarche de s’inscrire
dans un club pour célibataires étaient dans la
même attente !

La soirée qui a suivi, a passé à la vitesse de
l’éclair. Il faut dire que, comme toute jeune
femme nouvellement arrivée, j’étais entourée
d’une cour d’hommes tous très sympathiques
et, n’ayant pas l’habitude de cela, j’étais aux
anges.
Certaines choses m’échappaient à l’époque.
Je ne m’étais, par exemple, pas rendue compte
que certains venaient spécialement à toutes les
34 Une sexualité pervertie

soirées d’accueil afin de mettre, les premiers, la
main sur les filles les plus intéressantes avant
qu’elles n’aient pu être repérées par d’autres !

J’étais venue sans voiture mais ne manquais
pas de propositions pour être raccompagnée.
Malheureusement, mon voisin de table, un peu
timide, n’a pas fait le poids face à un autre
membre beaucoup plus culotté et baratineur qui
m’avait remarquée. J’ai été très déçue quand ce
dernier s’est, véritablement imposé pour me
ramener chez moi. C’était la foire d’empoigne :
le plus rapide l’emporte ! Je me suis consolée en
me disant que j’aurais d’autres occasions de
faire mieux connaissance avec mon séduisant
voisin : lors d’une prochaine soirée ou d’une
activité. Après tout, je venais d’arriver et rien ne
pressait !

Certaines opportunités ne se présentant pas
deux fois, je n’ai jamais revu mon séduisant
voisin et rien ne s’est jamais passé avec l’autre ! !
Une occasion manquée !

Mon arrivée au club a correspondu à mon
entrée dans une nouvelle société.
Mon embauche dans cette dernière s’est faite
de façon assez cocasse.
J’avais définitivement abandonné mon
colonel hystérique (en mettant tout simplement
35 Une sexualité pervertie
fin à la période d’essai du jour au lendemain) et
étais bien décidée à faire des missions d’intérim
le temps de me remettre de cette mauvaise
expérience tout en assumant mon crédit
souscrit pour le club !
J’avais déjà passé des entretiens dans
plusieurs agences mais je ne semblais pas
vraiment les intéresser. Je me demandais même
pourquoi ils perdaient du temps à me recevoir
puisque visiblement, ils n’avaient rien pour
moi !
J’arrivais donc à Target, place de la
république, sans en attendre spécialement
quelque chose. Mais, le hasard a voulu que je
tombe sur une commerciale qui ne devait pas
avoir fait son chiffre ce mois-là ! Elle a harcelé
un de ses clients pour qu’il me prenne dès le
lendemain. Un sacré caractère cette femme-là
car le secrétaire général, en personne, n’a même
pas eu le droit de réfléchir ; pourtant j’ai été
amenée à le connaître par la suite : ce n’est pas
un impulsif !
D’ailleurs, dès qu’un employé lui demandait
quelque chose, aussi insignifiante cette chose
fût-elle, il se mettait inévitablement par
toussoter avec un air gêné avant de répondre
cette phrase désormais légendaire au sein de la
société « je vais y réfléchir. » Jamais une autre
réponse n’a pu être obtenue de lui par qui que
ce soit ! !
36 Une sexualité pervertie

Je me suis donc présentée chez CETRAM le
lendemain, quasiment de force, sans entretien
d’embauche préalable et j’ai été mise sur un
poste de travail tout de suite !
Quand je pense que toutes les sociétés font,
maintenant, passer des tests de personnalité, des
tests psychologiques, des entretiens, des mises
en situations… à n’en plus finir, avant de
recruter ! ! !
Ceci dit, ils n’ont jamais dû se douter que la
boite d’intérim, qu’ils rémunéraient grassement,
avait osé leur envoyer une parfaite inconnue
n’ayant passé aucun test ! ! Et pourtant !

Mon futur chef était alors en déplacement ou
en vacances et je ne l’ai rencontré qu’une
semaine après mon arrivée. Inutile de dire qu’il
n’avait eu aucun droit de regard sur sa future
assistante !
Je redoutais un peu de le rencontrer au vu de
mon expérience précédente. Quel ne fut pas
mon désespoir quand la première chose qu’il a
faite, à son arrivée, a été de crier sur son
ancienne assistante, alors en période de
préavis ! !
Heureusement, j’ai vite été rassurée en
voyant qu’aucun de mes collègues ne semblait y
prêter attention. Pire, ils se moquaient
ouvertement de lui et ne se privaient pas de le
remettre à sa place. Pour cela il suffisait, tout
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