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Histoires comme ça

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Comment le chameau eut une bosse, Comment le rhinocéros eut sa peau, Comment le léopard eut ses taches ?






Cette nouvelle collection, destinée aux jeunes lecteurs, propose les grands classiques de la littérature en texte intégral, illustrés avec soin.
Les histoires comme ça, de Rudyard Kipling, est un recueil de 12 histoires drôles et tendres pour enfants sur le thème des animaux.
Comment la baleine eut un gosier, Comment le chameau eut une bosse, Comment le rhinocéros eut sa peau, Comment le léopard eut ses taches, L'enfant d'éléphant, La complainte du petit Kangourou, Le commencement des tatous, Comment la première lettre a été écrite, Le chat qui s'en va tout seul, Le papillon qui tapait du pied, Le crabe qui jouait avec la mer.





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couverture

LECTURES DE TOUJOURS

TEXTE INTEGRAL

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Traduction de Robert d’Humières et de Louis Fabulet,
 premiers traducteurs d’Histoires comme ça
 Traduction d’Emmanuelle Radiguer pour l’histoire
 « Le Chameau et sa Bosse »

RUDYARD KIPLING

Histoires
 comme ça

ILLUSTRATIONS DE CÉCILE GEIGER

GRÜND

La Baleine et son Gosier

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Il y avait une fois, ô ma Mieux Aimée, il y avait dans la mer une Baleine, et qui mangeait les poissons. Elle mangeait le mulet et le carrelet, le merlan et le poisson-volant, le turbot et le maquereau, l’anguille, sa fille et toute sa famille qu’a la queue en vrille.

Tous les poissons qu’elle pouvait attraper dans toute la mer, elle les mangeait avec sa bouche – comme ça !

Jusqu’à ce qu’enfin il ne resta plus qu’un seul petit poisson dans toute la mer, et c’était un petit Poisson-plein-d’astuce, et il se tenait en nageant juste derrière l’oreille droite de la Baleine, crainte de malentendu.

Alors la Baleine se dressa debout sur sa queue et dit :

– J’ai faim.

Et le petit Poisson-plein-d’astuce dit d’une petite voix pleine d’astuce également :

– Noble et généreux Cétacé, as-tu jamais goûté de l’Homme ?

– Non, dit la Baleine, à quoi ça ressemble ?

– C’est bon, dit le petit Poisson-plein-d’astuce. Bon, mais avec des arêtes.

– Alors, cherche-m’en, dit la Baleine.

Et elle fit écumer la mer en la fouettant de sa queue.

– C’est assez d’un pour commencer, dit le petit Poisson-plein-d’astuce. Si tu nages jusqu’à 50° de latitude Nord et 40° de longitude Ouest (ça, c’est de la Magie), tu trouveras, sur un radeau, au milieu de l’eau, avec rien sur le dos, rien qu’une paire de culottes en droguet bleu et des bretelles (faut pas oublier les bretelles, Mieux Aimée), et son couteau de matelot, tu trouveras un Nautonier naufragé, lequel, il est juste de t’en prévenir, est un homme d’infinie-ressource-et-sagacité.

Sur quoi la Baleine s’en fut, nageant nageras-tu, jusqu’au numéro 50 de latitude Nord et 40 de longitude Ouest, et là, sur un radeau, au milieu de l’eau, sans rien sur le dos, qu’une paire de culottes en droguet bleu, une paire de bretelles (faut surtout pas oublier les bretelles, Mieux Aimée), et son couteau de matelot, elle trouva un Nautonier naufragé, tout solitaire et tout esseulé, qui se tortillait les doigts de pied dans l’eau salée.

(Sa m’man lui avait permis de faire ça, sans quoi jamais il n’aurait osé, rapport que c’était un homme d’infinie-ressource-et-sagacité.)

Alors la Baleine ouvrit la bouche grande, grande, grande, comme si elle allait se fendre jusqu’à la queue, et elle avala le Nautonier naufragé, avec son radeau, sa culotte de droguet bleu, ses bretelles (n’oublie pas !) et son couteau de matelot.

Elle serra tout bien au chaud dans les placards tout noirs de son petit intérieur, et puis elle fit claquer sa langue – comme ça ! – et tourna trois fois sur sa queue.

Mais aussitôt que le Nautonier, lequel était un homme d’infinie-ressource-et-sagacité, se trouva pour de bon au chaud dans le fin fond des placards tout noirs du ventre de la Baleine, il se mit à danser et valser, à frapper et taper, à rogner et couper, à tordre et à mordre, à bondir et mugir, à ramper et saper, à moudre et découdre, à choir et s’asseoir, à gueuler et piler, à exécuter des gigues aux endroits qu’il ne fallait pas, si bien que la Baleine ne se sentit pas du tout heureuse. (Pas oublier les bretelles !...)

De sorte qu’elle dit au Poisson-plein-d’astuce :

– Cet homme a beaucoup d’arêtes. En outre, il me donne le hoquet. Que faut-il faire ?

– Dis-lui de sortir, dit le Poisson-plein-d’astuce.

Là-dessus, la Baleine cria dans son propre gosier au Nautonier naufragé :

– Sortez et tâchez de vous tenir. J’ai le hoquet.

– Point, point, dit le Nautonier. Pas comme ça, mais bien au contraire. Ramène-moi à ma rive natale et aux blanches falaises d’Albion, et puis on verra.

Et il se remit à danser pire que jamais.

– Il vaut mieux le ramener chez lui, dit le Poisson-plein-d’astuce à la Baleine. J’aurais dû vous avertir que c’est un homme d’infinie-ressource-et-sagacité.

Donc, la Baleine s’en fut, nageant nageras-tu, si vite qu’elle put, des nageoires et de la queue, malgré son hoquet ; et enfin elle aperçut la rive natale du Nautonier et les blanches falaises d’Albion, et elle s’échoua, la moitié du corps sur la grève, ouvrit la bouche grande, grande, grande et dit :

– Tout le monde descend pour Winchester, Ashuelot, Nashua, Keene et toutes les stations de la ligne de Fitchburg !

Et juste comme elle disait « Fitch », le Nautonier sortit.

Or, tandis que la Baleine nageait, le Nautonier, car c’était, en vérité, une personne d’infinie-ressource-et-sagacité, avait pris son couteau de matelot et taillé le radeau en forme de petit grillage carré en bouts de bois croisés, et il l’avait attaché avec ses bretelles. (Maintenant tu sais pourquoi il fallait se rappeler les bretelles !) Et il avait traîné ce grillage en travers du gosier de la Baleine, où il resta fiché.

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Ça n’était pas une chose à faire, mais ce Nautonier était aussi un Hi-ber-ni-en d’Hibernie.

Il sortit ensuite, les mains dans les poches, sur les galets, et s’en retourna chez sa Mère, qui lui avait donné la permission de tortiller ses doigts de pied dans l’eau salée ; et il se maria et eut beaucoup d’enfants.

La Baleine aussi.

Mais, depuis ce jour-là, le grillage qu’elle avait dans le gosier, et qu’elle n’a jamais pu faire sortir en toussant, ni descendre en avalant, l’empêche de rien manger que des petits, tout petits poissons, et c’est la raison pourquoi les baleines d’aujourd’hui ne mangent jamais d’hommes, de garçons, ni de petites filles.

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Le petit Poisson-plein-d’astuce alla se cacher dans la vase, sous le pas des Portes de l’Équateur. Il avait peur que la Baleine fût fâchée contre lui.

Le Marin rapporta son couteau à la maison. Il avait la culotte de droguet bleu en mettant le pied sur les galets de la grève, les mains dans ses poches. Les bretelles, il les avait laissées, vois-tu, pour attacher le grillage avec.

Et c’est la fin de cette histoire-là.

Le Chameau
 et sa Bosse

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À présent voici l’histoire suivante, qui raconte comment le chameau a obtenu sa bosse.

 

Dans les Tout-Commencements, quand le monde était tout nouveau et tout et tout, et que les animaux commençaient juste à travailler pour l’Homme, il y avait un chameau, et il vivait au milieu du Désert Hurlant parce qu’il ne voulait pas travailler. D’ailleurs, c’était lui-même un Hurleur. Alors il mangeait des bouts de bois et des épines, des tamaris et des plantes grasses, et paraissait désespérément désœuvré ; quand quelqu’un s’adressait à lui, il se contentait de répondre : « Hum ! », uniquement « Hum ! » et rien de plus.

 

Un lundi matin, un Cheval avec une selle sur le dos et un mors dans la bouche vint à lui et lui dit :

– Chameau, ô Chameau, rejoins-nous et trotte avec nous.

– Hum ! répondit le Chameau.

Alors le Cheval s’en alla parler à l’Homme.

Puis un Chien tenant un bâton dans sa gueule vint à lui et lui dit :

– Chameau, ô Chameau, rejoins-nous, va chercher et rapporte avec nous.

– Hum ! répondit le Chameau.

Alors le Chien s’en alla parler à l’Homme.

Puis un Bœuf portant un joug sur la nuque vint à lui et lui dit :

– Chameau, ô Chameau, rejoins-nous et laboure avec nous.

– Hum ! répondit le Chameau.

Alors le Bœuf s’en alla parler à l’Homme.

 

À la fin de la journée, l’Homme appela tout à la fois le Cheval, le Chien et le Bœuf et leur dit :

– Tous les Trois, ô tous les Trois, je suis profondément désolé pour vous (avec ce monde tout nouveau et tout et tout), mais ce Hum-nimal du Désert ne pourra pas travailler, sinon il aurait déjà été ici, alors je vais le laisser tranquille, et vous serez contraints de travailler deux fois plus pour compenser.

Cela rendit les Trois fort furieux (avec ce monde tout nouveau et tout et tout), et aussitôt ils tinrent conseil et palabrèrent à la limite du Désert ; et le Chameau arriva en mâchonnant ses plantes grasses, paraissant plus désespérément désœuvré que jamais et riant d’eux. Puis il lança un « Hum ! » et s’éloigna.

 

Alors vint un Djinn en charge de tous les Déserts, enroulé dans un nuage de poussière (les Djinns voyagent toujours de cette façon parce que c’est de la Magie), et il s’arrêta pour tenir conseil et palabrer avec les Trois.

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– Djinn de tous les Déserts, dit le Cheval, une créature a-t-elle le droit d’être désœuvrée dans notre monde tout nouveau et tout et tout ?

– Bien sûr que non, répondit le Djinn.

– Eh bien, rétorqua le Cheval, il y a quelqu’un au beau milieu du Désert Hurlant (et il est lui-même un Hurleur), avec un long cou et de longues jambes, qui n’a absolument rien fait depuis lundi matin. Il refuse de trotter.

– Ffff ! siffla le Djinn, mais c’est mon Chameau, par tout l’or de l’Arabie ! Et que dit-il ?

– Il dit « Hum », répondit le Chien, et il refuse d’aller chercher et de rapporter.

– Et que dit-il encore ?

– Toujours « Hum », et il refuse de labourer ! s’exclama le Bœuf.

– Parfait, dit le Djinn, si vous voulez bien patienter quelques instants, je vais le faire bosser.

 

Le Djinn s’enroula dans son manteau de poussière et se dirigea à travers le Désert où il trouva le Chameau plus désespérément désœuvré que jamais, se mirant dans un point d’eau.

– Mon long et bouillonnant ami, déclama le Djinn, qu’entends-je ? Tu n’as pas bossé dans notre monde tout nouveau et tout et tout ?

– Hum ! répliqua le Chameau.

Le Djinn s’assit, prit son menton dans sa main et se mit à réfléchir à de la Grande Magie, tandis que le Chameau était retourné à la contemplation de son reflet.

– Tu as contraint les Trois à travailler plus dur depuis lundi matin, et cela à cause de ton désespérant désœuvrement, dit le Djinn.

Et il continua à penser à la Magie, son menton toujours dans la main.

– Hum ! dit le Chameau.

– Je ne le répèterais pas si j’étais toi, lança le Djinn. Tu pourrais le dire une fois de trop. Je veux que tu bosses !

Et le Chameau répéta « Hum » encore une fois, mais à peine avait-il ouvert la bouche qu’il vit son dos, dont il était si fier, s’étirer et s’étirer encore en une grande et grosse bosse ballotante.

– Tu as vu ça ? s’exclama le Djinn. C’est ta bosse rien qu’à toi que tu as gagnée en refusant de travailler. Aujourd’hui, nous sommes jeudi et tu n’as pas bossé depuis lundi, quand tout a commencé. Maintenant, il est temps de t’y mettre.

– Comment pourrais-je le faire, renchérit le Chameau, avec cette bosse sur mon dos ?

– C’est fait exprès, dit le Djinn. C’est parce que tu as raté trois jours de travail. À présent, tu vas pouvoir travailler trois jours d’affilée sans manger grâce à ta bosse. Et ne dis plus jamais que tu ne feras rien. Sors du Désert, rejoins les Trois et apprends à te conduire ! Bosse !

 

Alors le Chameau, avec sa bosse ballotante, rejoignit les Trois et se mit à bosser. Et, depuis ce jour, le Chameau a toujours porté sa bosse, et il n’est jamais parvenu à rattraper le retard accumulé lors des trois jours qu’il rata aux Tout-Commencements, et il n’a jamais appris à se conduire.

Le Rhinocéros
 et sa Peau

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Or il y avait une fois, dans une île déserte des bords de la mer Rouge, un Parsi dont le bonnet reflétait les rayons du soleil avec une splendeur-plus-qu’orientale. Et ce Parsi vivait au bord de la mer Rouge sans rien de plus que son bonnet et son couteau, et un fourneau de cuisine, de l’espèce à laquelle il ne faut jamais toucher.

Un jour, il prit de la farine, de l’eau, des raisins, du sucre, etc., et se confectionna un gâteau qui avait deux pieds de large et trois d’épaisseur. C’était positivement un comestible superlatif (ça, c’est de la Magie), et il le mit dans le four, parce qu’on lui permettait, à lui, de se servir de ce four, et le fit cuire, cuire, jusqu’à ce qu’il fût à point et sentît bon.

Mais, au moment où il allait le manger, voici que descendit à la grève, sortant des Déserts Inhabités de l’Intérieur, un Rhinocéros avec une corne sur le nez, deux petits yeux de cochon et peu de manières. En ce temps-là, la peau du Rhinocéros lui allait tout juste et collait partout. Elle ne faisait pas de plis nulle part.

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