Les contes de Paris

De

« Je constate avec jubilation que nous sommes tous deux animés de la même sensibilité pour les histoires qui racontent l’Histoire. Quel plaisir de redécouvrir Paris ainsi ! Dans “Les Contes de Paris”, il y a de l’humour mais surtout un vrai sens du conte et du mystère ! »

Lorànt DEUTSCH


« Merci de vos “Contes de Paris” où figure la merveilleuse Néfertari que vous avez liée à la symbolique de l’abeille, si présente en Égypte ancienne. Je vous félicite d’avoir tenté cette belle expérience. »

Christian JACQ


« Bravo pour ces très jolis contes qui apportent un parfum de mystère et de magie à des lieux que nos yeux connaissent mais que nos rêves découvrent, empreints de Poésie. »

Yves DUTEIL


« Je vous remercie chaleureusement de m’avoir fait partager les aventures si parisiennes de Gustave Bonickhausen. Je souhaite bien sincèrement le meilleur succès aux “Contes de Paris” qui devraient séduire un large public dès leur publication. »

Bertrand DELANOË

Publié le : dimanche 1 juillet 2012
Lecture(s) : 58
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782350736983
Nombre de pages : 160
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« Il y a tant d’aurores qui n’ont pas encore lui ! » Antoine de Saint-Exupéry
Chapitre I
LA FOIRE DE PROVINS
Ce 20 Mai 1223, Provins est en liesse. La ville fortiîée dU comté de Champagne sitUée à dix-hUit lieUes de Paris inaUgUre sa grande foire de Printemps dont la répUtation dépasse les frontières de l’EUrope. De longUes cohortes mUlticolores convergent vers la monUmentale Porte Saint-Jean, emprUntant le pont-levis étroitement sUrveillé par vingt-cinq archers répartis sUr les remparts. ChacUn d’eUx est capable de décocher doUze èches à la minute. PeU à peU, les charrettes bondées tirées par de loUrds chevaUx, des mUles oU des bœUfs, s’engoUffrent dans la cité de vingt mille âmes.
Les marchands amands, génois, orentins, andalous s’installent aUtoUr de la ToUr César. La doUceUr dU coton d’Égypte côtoie l’arrogance des poignards ciselés de Na-varre. La blancheUr dU riz de MajorqUe répond à la noir-ceur des clous de giroe des Moluques. Les soieries pastel de Chine frôlent les draps écarlates des Flandres. L’ambre jaUne poli de la BaltiqUe craint la griffe dU corail de TUnisie.
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Les Amazones de Provins
La foire de Provins, c’est aUssi la rencontre des potiers, des foUrreUrs, des tailleUrs de pierre, des vendeUrs de che-vaUx, des marchands de faUcons dressés et des trois mille tisserands provinois, connUs poUr leUr prodUction dU fameUx « Drap de Provins » jusqu’aux conîns de la Chine. En peU de temps, la ville est devenUe Une foUrmilière brUyante dU commerce international.
Près de la rivière VoUlzie, Une odeUr pUtride atteste qU’il s’agit bien dU qUartier des tanneUrs. En remontant vers le cœUr de la cité, les marchands d’épices sont îers de présenter leurs trésors venus des quatre coins du monde. Ici, otte un parfum subtil : le safran de Crète et la cannelle de Ceylan se rapprochent et se mêlent avec sensUalité.
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Chapitre II
AuRORE DE VALMORE
La festive agitation de cette joUrnée ensoleillée semble ne poUvoir connaître aUcUne trêve, aU moins jUsqU’aU coU-cher dU soleil... Le volUme de cacophonie ambiante près de la ToUr Cé-sar baisse progressivement à mesUre qUe s’élève le rythme lent de plUsieUrs tamboUrs.
Sortant de la ToUr César devenUe désormais Une pri-son, Une cUrieUse procession s’avance d’Un pas pesant. un moine en bUre oUvre la marche, tête inclinée. Il tient Une longue hampe surmontée d’un cruciîx. Douze gardes en armes escortent une femme magniîque de vingt-huit ans qUi avance pieds nUs : c’est AUrore de Valmore. Ses longs cheveUx roUx ondUlent sUr Une ample chemise blanche qUi lUi tombe jUsqU’aUx chevilles. QUatre soldats rythment la marche dU triste cortège en frappant sUr leUr tamboUr. SUivent trois ecclésiastiqUes, vêtUs de noir et de blanc. un cUrieUx personnage ferme la marche, il porte Une sorte de soutane violette brodée de îls d’or. Son regard aigu ba-laye la foUle, tantôt à droite, tantôt à gaUche, comme s’il voulait vériîer les effets de la gravité qu’il sème sur son
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Les Amazones de Provins
passage. Ce personnage à l’œil malsain, c’est Robert le BoUgre, grand inqUisiteUr désigné par le pape... Maintenant, AUrore de Valmore est solidement attachée dans le dos aU poteaU dressé aU centre de la place dU Châtel. Le boUrreaU masqUé empile consciencieUsement les fagots de bois sec aUtoUr de la condamnée. Les gardes font recUler la foUle des badaUds partagée entre cUriosité et torpeUr.
Les tamboUrs se sont tUs. Le grand inqUisiteUr va prendre la parole, la foule retient son soufe.
– Toi, AUrore de Valmore, le tribUnal de l’inqUisition qUe je préside, t’a condamnée poUr hérésie et poUr sorcellerie ! – Je ne sUis ni hérétiqUe, ni sorcière ! répond AUrore de Valmore, avec Un aplomb inattendU malgré sa faiblesse physiqUe. La condamnée garde la tête haUte. Ses yeUx, d’Un vert d’émeraUde, lancent Un regard vif fUstigeant Robert le BoUgre. – Toi, AUrore de Valmore, tU portes sUr ta peaU la preUve de ton forfait : poUr chacUne de tes tâches de roUsseUr, tU as passé Une nUit avec Satan. La coUleUr de tes cheveUx me * sufît bien pour dire que tu es l’alliée de Lucifer! – C’est celUi qUi condamne sUr l’apparence et non sUr la vérité qUi est enclin à faire le mal ! – Il sufît !! hurle le grand inquisiteur, rouge de colère. C’est la langUe pointUe dU diable qUi parle dans sa boUche ! Bourreau, fais ton ofîce !
* Au Moyen-âge, on estime à près de vingt mille le nombre de femmes rousses envoyées au bûcher par les tribunaux de l’inquisition dans toute l’Europe. En effet, beaucoup croyaient à cette époque que les femmes rousses étaient l’incarnation du diable. Certains afîrmaient même que chacune des tâches de rousseur sur la peau des femmes rousses était la trace d’une nuit passée avec le diable.
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Le boUrreaU saisit Une torche poUr accomplir sa sombre besogne. AU même moment, Un faUcon fond en piqUé sUr sa main. A l’instant de l’impact, la amme tombe et s’éteint ! La foUle incrédUle observe le faUcon reprendre rapide-ment de l’altitUde. Le rapace est maintenant comme suspendu à un îl, il bat rapidement des ailes. Les faUconniers appellent cela « Le vol dU saint-esprit ». Il observe AUrore de Valmore : c’est elle qui l’a recueilli et soigné alors qu’une èche l’avait blessé aU coU. Il semble faire dU sUrplace à la verticale dU bûcher.
– HorUs, éloigne-toi ! crie AUrore en levant les yeUx vers le faUcon.
un des gardes s’empare d’Une deUxième torche et s’ap-proche des fagots. De noUveaU, le faUcon, rapide comme l’éclair, percUte la torche qUi roUle et s’éteint.
– Imbécile ! Incapable ! Se laisser vaincre par Un oiseaU ! TU n’es même pas digne d’être soldat ! RetoUrne d’où tU viens ! Je ne veUx plUs te voir !
Robert le BoUgre écUme de rage. La sitUation est en train de se retoUrner contre lUi. Le grand inqUisiteUr ne veUt pas se laisser ridicUliser. Il se reprend et décide de faire se regroUper les gardes. un coUrt conciliabUle précède alors Une troisième tentative. Sept soldats se rassemblent à proximité des fagots. Ils ont sorti leUr épée oU leUr lance. Avant qUe la troisième torche n’allUme le bûcher, l’homme qUi la tient fermement la lève Un instant vers le ciel, comme un déî. Immédiatement, Horus répète son pi-qué vers la amme.
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– Non HorUs ! Non ! hUrle AUrore.
AU moment où le faUcon heUrte la troisième torche, Une plUie de coUps d’épée s’abat sUr lUi. HorUs se débat et se bat mais la lUtte est inégale : Une lance lUi traverse le poitrail. Le rapace, agonisant et coUvert de sang, tombe comme Une pierre sUr le sol. Robert le BoUgre le saisit alors prUdemment par l’extrémité d’Une aile et le lance aUx pieds d’AUrore de Valmore qUi, cette fois, préfère fermer les yeUx.
– TU l’aimais ton oiseaU de malheUr ! Maintenant voUs êtes réUnis ! s’esclaffe le grand inqUisiteUr qUi s’étoUffe dans Un rire gras.
15h30. une épaisse fUmée noire envahit toUte la place dU Châtel. une odeUr âcre enveloppe le lieU. La foUle reste immobile comme si elle ne poUvait pas croire qUe l’histoire d’AUrore de Valmore s’arrête ici.
Alors que les ammes ont complètement disparu, un violent orage éclate et disperse la foUle à l’exception des ofîciels qui trouvent refuge à l’abri d’un kiosque en bois. AU boUt de qUelqUes minUtes, la plUie cesse et les Ultimes fUmées s’estompent. ** Les yeUx de Robert le BoUgre s’écarqUillent ; son teint est devenu blême : Sept magniîques faucons blancs prennent leUr envol de ce qUi reste dU brasier !...
** Robert le Bougre fut nommé inquisiteur par le pape Grégoire IX. En 1239, proîtant de la foire de Provins pour organiser une vaste rae, il envoie au bûcher 183 personnes. L’activité brutale de Robert le Bougre lui vaut le surnom de « Marteau des hérétiques ».
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