Malou raconte…

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Malou est née à Sinnamary (Guyane française). Très tôt elle fut passionnée par les contes, seules distractions à l'époque des familles guyanaises. Femme dynamique, elle participe à des soirées de contes tant en Guyane qu'à l'étranger, ou elle représente dignement son pays. Malou est également chanteuse dans le groupe folklorique Les Immortelles de Sinnamary. Elle œuvre pour la sauvegarde de notre patrimoine. Son plus grand désir, c'est de transmettre son savoir aux jeunes afin de défendre les valeurs du conte créole.
Dans ce recueil de contes bilingues français-créole, Malou nous fera découvrir ou redécouvrir entre autres Compère Lapin et compère Tigre, Amédée et son ami Paupaul...

Publié le : samedi 1 janvier 2011
Lecture(s) : 101
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782844507921
Nombre de pages : 136
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Krik ? Krak !
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Mesdames et messieurs, je vais vous raconter l’histoire d’Amédée et de Paupaul. Amédée et Paupaul étaient les meilleurs amis du monde. Il n’y en avait pas de meilleurs que ces deux-là. Amédée n’entreprenait rien sans l’approbation de son ami Paupaul et réciproquement. Ils étaient partout ensemble, en toute circonstance. Ils n’avaient aucun secret l’un pour l’autre. Mais parmi les deux, Paupaul était le plus malheureux. Il n’avait pas de travail, et devait nourrir une grande famille. Sa femme et lui avaient une multitude d’enfants, ce qui n’arrangeait pas du tout sa situation. Ils avaient autant d’enfants que de cheveux sur la tête. Lui-même vivait à la fortune des pauvres et à la sueur de son front.
Un jour, la femme de Paupaul ramassa le linge sale et partit à la rivière pour le laver. « Mes amis, en ce temps-là, il n’y avait pas de machine à laver le linge, toutes les femmes du village se rassemblaient à la rivière ».
Pendant qu’elles lavaient leur linge au bord de la rivière, elles chantaient, elles frappaient le linge avec unebatwèl(une palette) et toutes les femmes riaient. Les blagues fusaient de toute part. Ah quel bohneur !
Krik ? Krak !
A son arrivée, elle trouva une grande foule sur place, en prê-tant l’oreille, elle entendit une conversation intéressante qui disait qu’il y avait un endroit où les gens nécessiteux allaient s’approvi-sionner en nourriture et qu’ils obtenaient tout ce dont ils avaient besoin.
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Mes amis, lorsque vous êtes pauvres, vous ouvrez grand les oreilles ! Dès son retour à la maison, Mme Paupaul, la pauvre malheu-reuse, raconta à son mari ce qu’elle avait entendu. Paupaul n’en croyait pas ses oreilles. — C’est vrai ?, lui demanda-t-il — Bien sûr ! répondit-elle vivement. — Où se trouve cet endroit ? Elle le lui expliqua : — Eh bien, tu te rends au pied de la montagne, ensuite dans la vallée, tu verras une maison où tu devras te rendre. On te donnera tout ce que tu demanderas. — Eh bien, demain si Dieu le veut, je m’y rendrai !
Krik ? Krak !
Au petit matin, Paupaul enfourcha sa vieille bicyclette et par-tit. Cependant, à mi-chemin, il alla à la rencontre de son ami Amédée afin de lui raconter sa belle aventure. Amédée n’y croyait pas. — Oui mon ami, je vais à mon tour voir ce que je peux trouver là-bas. Mais ne t’en fais pas si je trouve quelque chose d’intéres-sant, je ne t’oublierai pas, ne t’inquiète pas. Mesdames et messieurs, Paupaul enfourcha sa vieille bicy-clette, il pédala, il pédala et lorsqu’il arriva enfin dans la vallée, il rencontra un homme qui le salua : — Bonjour monsieur ! — Bonjour, où vas-tu de ce pas ? lui demanda-t-il. Paupaul lui répondit : « Je suis venu ici chercher de quoi nour-rir ma famille ! » — Que veux-tu ? A manger ? — Oui, répondit Paupaul. — Eh bien, tiens, je te donne une pièce de monnaie, emporte-la. Lorsque tu arriveras dans la première maison, tu verras… ! — Oui, l’interrompit-il
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— Rentre dans la maison et pose la pièce de monnaie sur la table. Tu n’auras aucune demande à formuler. — Très bien, je vous remercie.
Krik ? Krak !
Ah ! Mes amis, Paupaul enfourcha sa vieille bicyclette et s’em-pressa de partir. Il roula, roula, roula. À son arrivée, il prit la pièce de monnaie, la posa sur le comptoir. Mesdames et messieurs, au moment où je vous parle, voilà qu’apparaît du jambon, du poulet boucané, du poisson, des hari-cots rouges, de la nourriture sans compter, de l’huile, à manger, toutes sortes de victuailles. Paupaul était vraiment content, il ramassa l’ensemble des pro-visions et s’en alla. Sur le chemin du retour, son ami Amédée était là, Paupaul partagea l’ensemble des provisions avec lui. Amédée y alla à pleines mains. Il arriva avec des sacs, des cale-basses creuses. Il remplit ses sacs de tout ce qu’il avait de vic-tuailles et quitta les lieux. Quant à Paupaul, voici ce qu’il lui restait, rien ! Paupaul s’en alla chez lui. Lorsque sa femme lui demanda si ce n’était que cette petite quantité de nourriture qu’il lui avait été donné, il répondit : — Oui femme, c’est ce qu’il m’a été donné. On ne m’a pas donné grand-chose, mais, c’est vrai, qu’il y avait un peu plus que cela tout de même. Mais j’ai rencontré Amédée, et comme il est mon meilleur ami, je lui ai donné un peu de ce que j’avais obtenu. La femme lui dit : — Eh bien Paupaul tu veux me dire que pendant que nous mourrions de faim, tu n’as rien trouvé de mieux à faire que d’aller voir Amédée, de tout lui raconter, au point de devoir partager ce que tu as eu avec lui. Non, non, non. Malgré tout, ils ont mangé ce qu’il leur restait durant toute la semaine. Le temps passa, ils oublièrent tout cela.
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