Ti-Jean

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Troisième titre de la collection Benzo raconte.

lulstrations de : John-Ka Martel.
Conte mélangeant le Français et le Créole

Publié le : samedi 1 janvier 2011
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782844505880
Nombre de pages : 104
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Ti-Jean et la diablesse…
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Ti-Jean passait ses vacances de carnaval chez sa grand-mère Man Aline qui vivait à la campagne. Un soir, aux environs de minuit, le son d’un tambour se fit entendre non loin de la maison. Séduit par le rythme effréné du « mendé », Ti-Jean se leva, tendit l’oreille, puis se rhabilla. Il était sur le point de sortir pour voir de plus près ce fameux batteur, lorsque sa grand-mère l’inter-pella.
— Où vas-tu, Ti-Jean ? — Je vais voir qui joue si bien du tambour ! — Quoi ! Tu n’es pas bien ? Ne sais-tu pas que lorsqu’on entend le tambour à cette heure-ci, il est dangereux de s’en appro-cher ? C’est peut-être la diablesse, qui sait ? — C’est qui, la diablesse ? — On prétend que c’est une dame de haute taille qui possède un pied d’âne et un pied de femme. Elle est très belle, mais aussi très méchante. Elle fréquente les bals pendant le carnaval ou bien s’amuse à battre du tambour au milieu de la nuit pour attirer ses victimes. Malheur à celui qui ose s’approcher d’elle. Parmi les hommes qui ont essayé de la courtiser, certains se sont perdus dans la forêt, d’autres furent retrouvés morts dans un ravin. Ne sors pas d’ici, tu m’entends ? — Ce n’est qu’une légende, grand-mère, rien ne va m’arri-ver ! — Va te coucher petit garçon ! Tu ne sortiras pas d’ici, c’est compris ? — Oui grand-mère !
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Le son persistant du tambour continuait à charmer les oreilles de Ti-Jean. Une heure plus tard, s’assurant que Man Aline se fut profondément endormie, il ouvrit discrètement la porte et sortit à pas de loup. Dehors, il faisait noir, très noir. Il n’y avait pas encore d’élec-tricité comme dans les grandes villes. Seule la lune, jouant à cache-cache derrière les gros nuages éclairait de temps à autre la campagne.
Le cœur battant, il marchait à grands pas, emporté par sa curiosité. Le tambour se tut brusquement, avant de se faire entendre à nouveau quelques secondes plus tard, mais beaucoup plus loin. Ti-Jean accéléra le pas pour éviter d’être semé, car il tenait beau-coup à voir cet excellent batteur. Il aimait beaucoup cet instru-ment et rêvait d’être, un jour, un « maître-tambour. » « Il est vraiment bien ce batteur, il me faut absolument le voir ! » Finalement, après persévérance, il finit par découvrir le fameux musicien.
Surprise ! C’était une belle jeune fille assise à califourchon sur un gros tam-tam, jouant avec énergie. Elle était coiffée d’un madras, portait de magnifiques bijoux en forme de pomme-can-nelle et une robe créole. Ses lèvres étaient fardées d’un rouge vif, ses yeux, en forme d’amande, pétillaient de douceur. Dans une démarche envoûtante, elle s’approcha de Ti-Jean, arborant un large sourire et lui dit : — Vous arrivez à point nommé, mon beau jeune homme ! Accepteriez-vous de m’accompagner au bal ce soir ? Emerveillé par la beauté de cette princesse de la nuit, il se laissa tenter. Ils se mirent tous deux à marcher main dans la main, et Ti-Jean ne songeait plus à l’avertissement de sa grand-mère.
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Chemin faisant, et voulant entrer dans les bonnes grâces de la princesse de la nuit, il passa le bras autour de sa taille. « Oh ! Que tu es gentil, mon beau cavalier ! » dit-elle, avec un beau sourire et un regard amoureux. «Youpi»! Ça marche ! Je me suis trouvé une belle fiancée ! pensa Ti-Jean. Cependant le silence de la nuit était rompu par un drôle de bruit «tic… toc ! Tic… toc ! »rythmé sur le pas de la belle dame. Ti-Jean l’avait remarqué, mais pensait qu’elle avait perdu le fer de l’une de ses chaussures. Etait-ce le bruit alterné d’une chaussure et d’un pied de bourrique ?
Un peu plus loin, voulant manifester sa gentillesse, il essaya de lui passer son bras autour de son cou, mais elle était bien trop haute pour notre jeune homme. Il se rapprocha d’elle, s’efforçant vainement de poser sa main sur son épaule. Il était si près, que celle-ci dans la foulée lui marcha sur l’un des gros orteils, déjà endommagé par une blessure, avec son pied de bourrique. «Tic… toc ! Tic… toc ! Tic… touf !» — Aïe ! Ça fait mal ! Ti-Jean se baissa pour calmer un peu sa douleur en soufflant sur la plaie… «Ffff ! Ffff !» A ce moment-là, il découvrit le pied d’âne, tout près de lui, à quelques centimètres. Il se releva à toute vitesse et prit ses jambes à son cou.
— Où vas-tu, chéri ? Reviens, criait la diablesse, reviens, chéri ! — Chéri ? Pas même doudou, répondit Ti-Jean, poursuivant sa course, tremblant de peur. Il rentra chez lui à vive allure, puis referma la porte à double tour. Il fit un tel vacarme qu’il réveilla tout le monde. — Qu’est-ce qu’il y a ? dit la grand-mère, que t’arrive-t-il Ti-Jean ?
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Haletant, vert de peur, il raconta tant bien que mal sa mésa-venture. Alors sa grand-mère lui répondit : — Voilà ce qui arrive aux enfants qui n’écoutent pas leurs parents ! Tu as de la chance, mon petit, si tu avais continué, elle t’aurait certainement jeté au bas d’une falaise ! Et depuis ce jour, Ti-Jean ne sortit plus quand il entendait résonner un tambour dans la nuit.
Yé krik !
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