Zazout

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Dans ce quatrième recueil Benzo nous narre les aventures de Zazout, petit garçon des Antilles. Cette fois l'auteur nous offre en plus des textes français, la traduction en créole.


Yééééé krik…

Yééééé mistikrik…

Est-ce que la cour dort ?…


Publié le : samedi 1 janvier 2011
Lecture(s) : 46
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782844506870
Nombre de pages : 80
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Zazout et les œufs de crocodile…
Zazout mangné zé a kokodil
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Zazout passait ses vacances en compagnie de son père dans un petit village au Congo, chez son oncle Zoumbé. De la case située en haut d’un morne, on pouvait voir couler le grand fleuve. Un matin, échappant à la surveillance de son père, muni d’un vieux coutelas, il alla jouer sur le rivage. Il s’amusait à fouiller dans le sable quand soudain« klec !» Un bruit étrange se fit entendre.
« Hein ! Qu’est-ce que c’est ? Des pierres ? Serait-ce un trésor ? » Il continua de fouiller et découvrit de gros œufs ; il en prit un. « Mais à qui peuvent appartenir ces œufs ? Les poules que je sache ne pondent pas dans le sable ! » La réponse ne se fit pas attendre. Un cri étrange troubla le murmure des eaux : «!Kif-kif, gronte ! Kif-kif, gronte » Madame Crocrodile qui ne dormait que d’un œil arriva à toute vitesse, la gueule grande ouverte. Zazout lâcha l’œuf et prit ses jambes à son cou. Vert de peur, tremblant comme une feuille dans le vent, il arriva enfin à la maison. - Papa ! Papa ! Papa ! Papa ! Je, je… - Qu’y-a-t-il mon garçon ? T’es poursuivi par un taureau ? T’as vu un serpent ? Prends ton souffle... Tiens, bois un peu d’eau puis raconte-moi ce qui s’est passé.
Zazout suivit les conseils de son père, se désaltéra puis reprit la parole.
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— Je fouillais dans le sable près du grand fleuve, j’ai trouvé deux gros œufs. — Deux gros œufs ? Tu plaisantes ! Depuis quand les poules pondent-elles dans le sable ? — Oui papa, deux gros œufs, mais beaucoup plus gros que ceux de la poule ! — Holà, holà ! Tu te payes ma tête ? — Non papa, je regardais les œufs lorsque j’entendis juste derrière moi : «! Kif-kif, gronte !Kif-kif, gronte » Je me suis retourné et j’ai vu un énorme crocrodile qui arrivait la gueule grande ouverte. — Ah, je comprends maintenant, des œufs de crocrodile. Dis donc, je n’en ai jamais vu, il faut me les montrer.
Le père prit alors le coutelas et invita son fils à l’accompagner. — Où les as-tu découverts ? — Là-bas, où le sable est remué.
Madame Crocrodile avait pris soin de les remettre en place. Le père ne perdit pas de temps et se mit à fouiller à son tour et «klec !». « Ayayay ! Je les ai trouvés ! Qu’ils sont beaux ! » Soudain, «Kif-kif, gronte !! Kif-kif, gronte » Pris de panique à la vue de ces grandes mâchoires armées de crocs, il s’enfuit à toutes jambes, mais sans lâcher le gros œuf. « Hum ! dit-il à son arrivée, j’en ferais bien une belle ome-lette, il y en aura pour toute la famille. » — Non papa ! Ne le casse pas ! Ne le mange pas ! — Quoi ? Un si bel œuf ! Si tu n’en veux pas, dis-le-moi. — Non papa, ne le mange pas, j’ai une meilleure idée. — Eh bien, dis ! — Et si on le faisait couver par une poule de tonton Zoumbé, on pourrait avoir un petit crocrodile bien à nous ?
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— En effet, c’est une bonne idée mais attention ; il nous fau-dra attendre la nuit sinon les poules refuseront de le couver. — D’accord, répondit Zazout très satisfait. Le soir venu, son père ouvrit silencieusement la porte du pou-lailler et, à pas de loup, plaça l’œuf dans le nid d’une des poules. Le matin suivant, à cinq heures pile, Monsieur le Coq chanta «cocorico !» Toutes les poules descendirent de leur perchoir ou de leur nid pour le saluer. Tout à coup, il aperçut l’œuf et s’écria : — Eh-là, laquelle d’entre vous a pondu ce gros œuf ? Toutes les poules apeurées répondirent en chœur : — Ce n’est pas moi ! Ce n’est pas moi ! — Ce n’est pas vous ! Eh bien vous allez toutes le couver. Je vous laisse vingt-quatre heures pour le faire éclore afin qu’on sache ce qui est à l’intérieur ! Les pauvres poulettes remontèrent sur le nid pour couver l’œuf mystérieux. Le lendemain, aux environs de huit heures, on entendit : «Tac, tac,tac !», le petit cherchait à briser la coquille.
Elles se rassemblèrent toutes autour de l’œuf, guettant la sor-tie du nouveau-né. Soudain «klap !» Une grande gueule suivie de deux yeux fureteurs apparurent. Le petit crocrodile qui avait cer-tainement chaud à l’intérieur, montra toutes ses dents en bâillant à se décrocher la mâchoire. Très affolées, les poules s’envolèrent et s’agrippèrent au grillage du poulailler dans un effroyable bruit de caquetage et de battements d’ailes. De mémoire de poule, elles n’avaient jamais vu une de leurs congénères munie de dents. Et cette grande gueule, ces grands yeux placés droit devant comme ceux des humains. Les commen-taires allèrent bon train. — On aurait dit un cochon ! — Non, il n’a pas d’oreilles ! — Quelle drôle de poule !
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Pendant ce temps, le petit crocrodile continuait à sortir lente-ment de sa coquille et, en présentant ses deux pattes de devant, les commentaires redoublèrent d’intensité : — Ah, ses pattes ressemblent aux nôtres, c’est peut-être un des nôtres. — Mais non, je n’ai jamais vu un poussin sans plumes ! Serait-ce la dernière mode ? A la sortie des deux pattes de derrière et de la queue, ce fut la panique générale. Elles essayèrent désespérément de s’accrocher au plafond, elles n’avaient jamais vu une poule à quatre pattes. « Il ressemble à un lézard ! » Un instant après, elles entendirent une petite voix les appeler : «Maman! » — Quoi, il nous a appelées maman ? Elles reprirent confiance, descendirent jusqu’au petit crocro-dile pour le réchauffer. — C’est peut-être notre poussin, il a certainement une mal-formation. — C’est peut-être une super-poule avec quatre pattes pour courir plus vite, deux yeux devant pour mieux voir et des dents pour manger plus rapidement. — Oué ! Une super-poule ! Oué ! Une super-poule ! Madame Crocrodile a consacré toute la journée de la veille à la recherche de son œuf. Ni Compère Cochon, ni Compère Cabri n’ont pu la renseigner. Ce n’est que le lendemain matin qu’elle fut mise sur la piste du voleur par Compère Chien qui ne dort que d’un œil. — Compère Chien, n’aurais-tu pas vu passer en courant, un homme et un petit garçon portant un gros œuf ? — Bien sûr que je les ai vus, ils habitent là-haut sur le morne, il n’y a qu’une case, tu ne peux te tromper.
Madame Crocrodile grimpa péniblement le gros morne, en dandinant comme un canard. A son arrivée, elle passa ses griffes
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sur la porte «!kouec, kouec, kouec ». Le père ouvrit la porte, mais en découvrant l’animal en sueur, il la referma aussitôt et cria de toutes ses forces : « Passez de l’autre côté, votre œuf est dans le poulailler ! » On voit bien qu’il n’était pas au courant de la naissance du petit. Madame Crocodile l’écouta et arriva toute heureuse près du poulailler en question. Les poules de nouveau s’envolèrent de toute part en caquetant : — Regardez la grosseur de celui-ci ! Ce n’est pas notre petit ! Ce n’est pas une super-poule ! Voici sa mère, elle va nous dévorer!— Mais non ! Mais non ! dit mère Crocrodile, je suis venue simplement récupérer mon œuf. — Le petit est déjà sorti, le voici ! Madame Crocrodile après un petit sourire de satisfaction cria : «Kif-kif, gronte ! Kif-kif, gronte !» Le petit répondit d’une petite voix puis vint à sa rencontre. Tout en s’éloignant, ils crièrent l’un après l’autre comme s’ils voulaient remercier les poules de leur hospitalité : «! Kif-kif, gronte ! Kif-kif,Kif-kif, gronte ! Kif-kif, gronte gronte !» Zazout et son père ! Les yeux collés à la fente de la porte entrebâillée, le visage ruisselant de sueur, se sont dit : « Nous l’avons échappé belle, heureusement que nous n’avions pas mangé l’œuf ! »
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Zazout té pati an vakans épi papa-y adan on ti vilaj an péyi Kongo, aka tonton Zoumbé. Tonton-la té ka rété adan on kaz anlè tèt a on mòn ; otan la ou té pé vwè gran flèv-la ka koulé.
On jou maten, toupannan papa-y pa té ka gadé, Zazout évè on vyé bougon sab, désann jouwé si rivaj-la. I mété-y ka jouwé, ka fouyé adan sab-la ; onlè ou tann «klèk ! »On dwòl dè bri.
— Hen ! Ka sa yé ? Ès sé wòch oben on trézò ? I kontinyé fouyé é i touvé on zafè a gwo zé ; i pran yonn pou gadé. — Mé ki bèt ki byen ka ponn sé gwo zé-lasa ? Dapré sa an sav, poul pa ka ponn an sab ! Répons-la pa tadé, i tann on dwòl dè kri an dlo-la : «Kif-kif, gwont !! Kif-kif, gwont » Manman Kokodil ki té ka dòmi évè on zyé wouvè é on zyé fèmé té ka vin a tout balan, gyèl a-y gran-wouvè. Zazout lagé zé-la é fè légaz. I vin blenm, latranblad pran-y, é i fin pa rivé an kaz-la. — Papa ! Papa ! Papa ! Papa ! — Ka ki rivé-w monfi ? Bèf kouri dèyè-w ? Ou vwè on sèw-pan ? Pran souf a-w ! Mi, bwè tibwen dlo é rakonté-mwen sa ki pasé.
Zazout kouté papa-y, i bwè tigouté dlo pou rafréchi gòj a-y é i koumansé palé. — Toupannan an té ka fouyé adan sab-la ki obò gran flèv-la, an touvé dé gwo zé !
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— Dé gwo zé ? Ou ka fè jé ! Dépi kitan poul ka ponn adan sab ? — Wi papa, dé zé mé lontan pli gwo ki ta poul ! — Gadé, gadé ! Ou ka fè jé épi tèt an-mwen ? — Non papa ! Toupannan an té ka gadé sé zé-la, mwen anki tann dèyè mwen : «!! Kif-kif, gwont Kif-kif, gwont » lè an viré gadé, an vwè on kalité manman kokodil ka vini gyèl a-y gran wouvè. — A, an koumansé konprann. Sé té zé a kokodil. Ban’an di-w, an pò’ò jen vwè sa, fò ou ay montré-mwen sa !
Papa-la pran sab-la é di Zazout ann’ avè-y. Lè yo rivé bò flèv-la, i té présé pou vwè zé-la. — Ola ou touvé zé-la ? — Mi la, la ou ka vwè sab-la tou-fré la.
Pannansitan, Manman Kokodil té ja woumèt zé a-y anplas. Papa-la pa pèd tan, i koumansé fouyé é ou woutann «klèk !» i pòté mannèv, i wouvè tou-la. — Ayayay ! An touvé yo ! Fout yo bèl !
I pran on zé an men a-y é lèwgadé i anki tann dèyè-y : «!! Kif-kif, gwont ! Kif-kif, gwont Kif-kif, gwont » I kaka si djobé ! lè i vwè pakèt dan-lasa adan sé gran machwa-la, i volkannizé ; mé i pa janmé lagé gwo zé-la. Yo rivé san souf an kaz-la.
Rivé yo rivé papa-la santi-y ka y manjé gwo zé-lasa. — A wè ! An kay fè on bèl omlèt, ké tin pou tout lafanmi ! — Non papa ! Pa kasé-y, pa manjé-y ! — Ki biten ? On bèl zé konsa ! Si ou vé pa di-mwen ! — Non papa, pa manjé-y, an ni on pli bèl lidé !
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— An ka kouté-w ! — E si nou té ka mété-y kouvé anba sé poul-la ki an poulayé a tonton Zoumbé-la, nou té ké tini on tikokodil ki tan nou ? — Eben wè, sa sé on bon lidé mé atansyon ! Fodré atann lan-nuit padavwa sé poul-la pé rifizé kouvé-y. — Dakò ! Lèswa vin rivé, papa-y wouvè pòt a poulayé-la san fè dézòd, é alapis i mèt zé-la adan nich a yonn dè sé pou-la. Lè landèmen, a senkèdmaten sonan, konpè Kòk mété-y ka chanté «kokiyoko-o-o !» Tout poul ki té si nich oben si branch désann atè pou di-y bonjou. Lèwgadé, i vwè zé-la é i di : « É-la ! kilès adan zòt ki ponn gwo zé-lasa ? » Sé poul-la bigidi é yo réponn ansanm-ansanm : — A pa mwen ! A pa mwen-on ! — A pa zòt ponyonn ! Ében, zòt tout ké kouvé-y. An ka ba zòt vennkatrè pou fè-y éklò pou mwen sav ka ki andidan-y !
Lépòv poulèt woumonté si nich pou kouvé zé-la. Lè landèmenmaten koté uitè, ou tann «tak tak tak !» pitit-la té ka chaché kasé zékal-la. Tout poul é Misié Kòk sanblé alan-tou a zé-la, ka véyé pitit-la sòti. Ou anki tann «klap !» On gran gyèl évè dé zyé-lèlè parèt fap ! Oblijé té ka fè cho andidan-la, tikokodil-la wouvè gyèl a-y atout pou i té bayé. Sé poul-la pèd lakat, yo pran lavòl, pann adan fil a poulayé-la adan onsèl bari-boutèy-krazé a dézòd a zèl é kriyé. Dépi poul té si latè, yo pò té kò jen vwè yonn ki ni dan. É gran gyèl-lasa évè dé zyé dwèt douvan kon ta moun. Lang a poul koumansé palé.
— Ou té’é jen di sé on kochon ! — Awa, i pa ni zòrèy ! — Ki kalité poul ésa-la !
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