Critique raisonnée, dans laquelle on signale les fautes d'orthographe, de construction, les solécismes, les barbarismes, les néologismes... dont est remplie la brochure que vient de publier M. Benjamin Constant, sur la dissolution de la chambre des députés ; par un amateur de la pureté du langage

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Pélicier (Paris). 1820. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °. Pièce.
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Publié le : samedi 1 janvier 1820
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RAISONNÉE,
Dans laquelle on signale les fautes d'orthographe , de cons-
traction, les solécismes, les barbarismes, les néologismes,
les expressions impropres et inconvenantes dont est remplie
la brochure que vient de publier M. BENJAMIN CONSTANT,
sur la Dissblution de la Chambre des Députés ;
PAR UN AMATEUR DE LA PURETE DU LANGAGE.
Surtout, qu'en vos écrits , la langue révérée,
Dans vos plus grands excès, vous soit toujours saciée.
Sans la langue , en un mot, l'auteur le plus divin,
Est toujours, quoiqu'il fasse, un. méchant écrivain. (BOILEAU.)
A PARIS,
CHEZ PÉLICIER, LIRRAIRE, 1re COUR DU PALAIS-ROYAL;
n). 7 et 8.
DE l'IMPRIMERIE D'ÉVERAT, RUE DU CADRAN, N°. 16.
1820.
RAISONNÉE.
F
RAPPÉ de la réputation colossale dont jouit
M. Benjamin Constant, j'ai voulu juger par moi-
même jusqu'à quel point il la justifie. A cet effet,
j'ai ouvert sa brochure, intitulée : De la dissolution
de la Chambre des Députés, etc.; mais, quelle a
été ma surprise en trouvait des fautes presqu'à
chaque ligne de cet ouvrage dont la vogue mul-
tiplie si rapidement les éditions ! Défenseur zélé
de la pureté du langage , je crois rendre un vé-
ritable service à la littérature et à M. Benjamin
Constant lui-même, en signalant des fautes d'un
exemple dangereux pour les jeunes gens, trop dis-
posés à le prendre pour modèle. Laissant à des
plumes plus exercées que la mienne le soin d'exa-
miner s'il est aussi habile publiciste , aussi pro-
fond logicien, qu'il est bon grammairien et élé-
gant écrivain , j'entre en matière.
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Page 1re., ligne 5.
« Des résultats que cette dissolution peut avoir pour la
» nation, le gouvernement et le ministère. »
Il fallait répéter la préposition pour, et écrire :
Des résultats que cette dissolution peut avoir pour la
nation, pour le gouvernement et pour le ministère;
Parce qu'on répète toujours la préposition avant les
mots qui signifient des choses tout-à-fait différentes ; mais
on ne la répète pas avant ceux qui signifient à-peu-près la
même chose.
S. A. R. Madame la duchesse de Berry se fait chérir et
admirer de tout lemonde par sa douceur, par son courage, par
ses manières prévenantes, et par son vif empressement à
secourir les malheureux.
M. de Turenne ne passa pas ses jeunes années dans la
mollesse et la volupté.
On ne doit pas répéter ici la préposition, parce que les
mots mollesse et volupté ont de la synonymie.
Page 2 , ligne 5.
« L'on a vu les correspondances intimes, l'objet du res-
te pect de toutes les nations libres. »
Il ne fallait point écrire l'on a vu , etc.
Parce que le mot on ne prend jamais la lettre eupho-
nique l, quand il commence une phrase , ou quand il est
suivi d'un mot commençant par la lettre l.
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Un dit, on croit, on assure, on Le trouvera; on Leur par-
lera ; mais on prend toujours la lettre euphonique l, quand
il est précédé d'un des mots et, si, ou; ou quand il est
suivi d'un mot commençant par un c ou par un q.
Et l'on me dira, si l'on ira à la campagne, et où l'on
dînera.
C'est demain que l'on commencera les vendanges.
C'est une personne que l'on questionnera.
Page 2 , ligne 5.
« On a vu les correspondances intimes, l'objet du res-
» pect de toutes les nations. »
Cette phrase n'est pas exacte, parce que le mot objet,
étant pris génériquement, il fallait supprimer l'article le,
et écrire ;
On a vu les correspondances intimes, objet du respect
de toutes les nations.
Page 2 , ligne 7.
« L'on a vu des agens sans mission légale. »
Faute déjà signalée.
Page 2, ligne 14.
« Ainsi, de l'aveu même du ministère, cest sous l'em-
» pire d'une dictature, qu'il se donne l'air de consulter la
» France. »
Phrase inconvenante, injurieuse aux personnes honorées
de la confiance du Roi.
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Se donner l'air ne doit, s'employer que quand on veut
déverser le ridicule et le mépris sur quelqu'un.
Page 3 , ligne 4-
« Il est évident que la nation, qui doit exercer, par
« l'entremise de ses électeurs, son droit de suffrage... »
Cette phrase est mal construite, parce que le régime
direct est trop éloigné de son verbe. Il fallait écrire :
Il est évident que la nation , qui, par l'entremise de ses
électeurs, doit exercer son droit de suffrage.
Page 3, ligne 6.
« La nation aura pour s'entendre, se concerter, diriger
» ses votes sur des candidats, qui ne trompent point ses
» espérances, beaucoup d'obstacles à surmonter. »
1°. On devait répéter la préposition pour, parce que les
verbes s'entendre, se concerter, diriger ses votes , n'ont
point de synonymie.
2°. La même phrase est mal construite , parce que le ré-
gime est placé après les phrases incidentes. Il fallait écrire :
Dans un pareil état de choses, il est évident que la na-
tion , qui, par l'entremise de ses électeurs, doit exercer
son droit de suffrage, aura beaucoup d'obstacles à sur-
monter , pour s'entendre, pour se concerter , et pour diriger
ses votes sur des candidats qui ne trompent point ses espé-
rances.
Page 3 , ligne 9.
« Mais une nation digne de la liberté, surmonte tous
« les obstacles. »
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Si l'on voulait répéter le mot obstacles, il fallait écrire :
triomphe de tous les obstacles.
Page 3 , ligne 10.
« L'on ne peut forcer personne. »
Faute déjà signalée.
Page 4 5 ligne 10.
« Ainsi, ce qu'on voudrait, c'est chasser de la tribune... »
Admirez la concordance du conditionnel avec le présent.
Il fallait écrire :
Ainsi, ce qu'on voudrait, ce serait de chasser, et non
chasser.
Page 5 ; ligne y.
« France, à quel excès ils te font déchoir ! »
On dit bien déchoir du pouvoir, mais non déchoir h un
objet, et surtout a un excès.
Page 5, ligne 16.
« L'on aperçoit déjà dans ses opérations préalables. »
Il paraît que M. Benjamin aime beaucoup les l, car il
les répète toujours devant le mot on.
Page 5 , ligne 18.
« Maintes entraves mises à l'approche des électeurs. »
On met des entraves à des projets, mais non à des ap-
proches.
Page 5, ligne 22.
« Que de menaces pour les employés! que de destitutions
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» adressées aux fonctionnaires ! sans compter ces destitu-
» tions plus mémorables, qui ont prouvé que la vertu,
» l'intégrité , le dévouement au Roi, ne pouvaient expier
» la résistance à des ministres persécuteurs zélés , collègues
» indifférens, amis infidèles. »
Monsieur le publiciste, vous traitez avec bien peu d'é-
gards les dépositaires de l'autorité royale.
Si, du temps de Bonaparte, vous eussiez eu l'audace d'at-
taquer ainsi ses ministres, point de doute qu'il ne vous eût
sur-le-champ fait arrêter, pour vous apprendre à parler
plus respectueusement des personnes honorées de sa con-
fiance.
« Que de menaces pour les employés ! »
Vous deviez dire : Que de menaces faites aux employés]
parce qu'on fait des menaces à quelqu'un, et non pour
quelqu'un.
Page 6, ligne î
« Nous ne prononçons point toutefois sur eux une
» sentence irrévocable, a
On prononce une sentence contre quelqu'un et non sur
quelqu'un.
Page 6, ligne 14-
« Admettons que leurs terreurs soient sincères. »
Des terreurs ne sont point sincères, mais elles sont réelles,
fondées.
Page 7, ligne 3.
« Il faut indiquer la source du mal, pour appliquer le
remède. »
A. quoi ?
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Il fallait dire : pour y appliquer le remède.
Page 7, ligne 19.
« Il a persisté, au mépris des faits les mieux constatés ,
» dans des assertions réfutées par l'évidence. »
Singulière manière de construire une phrase ; j'écrirais :
Au mépris des faits les mieux constatés, il a persisté
dans des assertions réfutées par l'évidence, parce que le ré-
gime direct ou indirect, doit être placé à côté du verbe.
Page 7,ligne 23.
» Il accuse de complots ceux contre qui l'on avait com-
» plottés. »
1°. Comploté doit s'écrire par un- seul t.
2°. Il ne fallait pas écrire : Ceux contre qui l'on avait
complottés, mais, ceux contre lesquels on et non l'on avait
comploté.
Quoi ! M. Benjamin Constant, proclamé avec tant de
fureur, en France et en Europe, comme un grand publiciste
et comme un écrivain pur et élégant, rend ici variable le
participe comploté! quoi il ignore que le participe ne s'ac-
corde jamais avec le sujet du verbe actif, mais qu'il s'ac-
corde toujours avec le régime direct, quand ce régime est
placé avant le verbe, et qu'il est invariable, quand ce ré-
gime suit le verbe ; et à plus forte raison , quand le verbe
n'a point de régime .Qu'il lise et qu'il médite bien cette phrase,
il y apprendra la variabilité , et l'invariabilité du participe,
« Les flatteuses espérances qu'avaient conçues la France
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« et l'Europe , se sont heureusement réalisées par la nais-
« sance de Henri-Dieudonné. Elle a comblé nos voeux, elle
« a assuré la légitimité , elle a frustré l'espoir, et elle a
« paralysé les efforts des implacables ennemis de l'autel et
« du trône. »
Page 8 , ligne 11.
» Elle se distrait des uns, et surmonte les autres. »
Il fallait répéter le pronom personnel, et écrire :
Elle se distrait des uns, et elle surmonte les autres-
Page 8 , ligne 21.
« Les hommes qui avaient les premiers provoqué cette
« loi. »
On devait écrire : les hommes qui, les premiers, avaient
provoqué cette loi.
Page 8, ligne 21.
« Se sont irrités ou effrayés. »
Il fallait dire : Se sont irrités, ou se sont effrayés,
Page 0 , ligne 10.
» Elles paraissent trahir un plan vaste et redoutable. »
On dit bien : trahir un ecret, mais non rahir un lan ;
n le écèle.
Page 1 ligne .
Ellle lit, dans les mêmes feuilles, qu'il faut imiter
« Cicéron , qui punit les conspirateuas, sans les faire juger,
« ne pas laisser aux révolutionnaires le temps de se recon-
« naître. »
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Il fallait répéter qu'il faut, et écrire qu'il faut imiter
Cicéron , qui punit les conspirateurs, sans les faire juger,
et qu'il faut aussi ne pas laisser aux révolutionnaires le
temps de se reconnaître.
Page 11 , ligne 15.
« Comment ne frémirait-elle pas ? »
De quoi ne frémirait-elle pas? On devait ajouter d'indi-
gnation.
Page 12 , ligne 4.
« Transformer en sédition les témoignages de satisfaction
» prodigués à ses intègres et fidèles mandataires. »
Il fallait écrire : à ses mandataires fidèles et intègres,
parce qu'on met toujours le dernier, l'adjectif qui caracté-
rise davantage.
Page 12 , ligne 12.
« Lorsqu'il indique formellement que c'est aux rois seuls
» à commander. »
On devait écrire : que c'est aux rois seuls de commander,
parce qu'on ne répète pas le même régime.
Page 12 , ligne 17.
« Qu'elle tienne tous les citoyens divisés, pour avoir
« meilleur marché de leur résistance. »
Expression triviale. Il fallait écrire :
Pour triompher plus facilement de leur rés stance.
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Page 12 , ligne 26.
« On ne consulterait ni le malade, c'est-à-dire, la France,
» ni ses mandataires, pour lui faire accepter un remède qui
» lui est si odieux. »
Quoi! M. Benjamin, vous parlez de malade, de manda-
taires , et vous écrivez :
Pour lui faire accepter un remède qui lui est si odieux.
Vous ne pensez donc pas que vous parlez de plusieurs
personnes, que vous devez employer le pluriel, et écrire
ainsi :
On ne consulterait ni le malade, c'est-à-dire, la France,
ni ses mandataires, pour leur faire accepter un remède
qui leur est si odieux.
Page 13. ligne 12.
« Le crime en est à ces entrepreneurs de tyrannie. »
Je sais bien qu'on dit des entrepreneurs de bâtimens ; mais
pour des entrepreneurs de tyrannie, c'est une acception
nouvelle que j'ignore. Elle enrichira le nouveau Diction-
naire de l'Académie.
Page 14, ligne 24.
« On atteignit sans examen tous ceux que la haine dési-
» gnait comme chefs ou complices. » Il fallait écrire : on at-
teignit sans examen tous ceux que la haine désignait comme
chefs, ou comme complices ; parce que les mots chefs et
complices n'ont pas de synonymie.

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