Cruautés de la traite des nègres, ou Relation des horreurs commises sur les nègres à bord des vaisseaux "Le Rôdeur" et "L'Estelle", extraite du Discours de M. le duc de Broglie, prononcé à la Chambre des Pairs, le 28 mars 1822

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H. Servier fils (Paris). 1822. In-12, 11 p..
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Publié le : mardi 1 janvier 1822
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CRUAUTÉS
DE
LA TRAITE DES NOIRS,
OU
RELATION DES HORREURS COMMISES SUR LES NÈGRES
A BORD DES VAISSEAUX LE RODEUR ET L'ESTELLE;
EXTRAITE DU DISCOURS DE M. LE DUC DE BROGLIE,
PRONONCÉ A LA CHAMBRE DES PAIRS LE 18 MARS 1822
Prix : 5 centimes.
CHEZ HENRI SERVIER FILS, LIBRAIRE, RUE DE L'ORATOIRE
SAINT-HONORÉ , N° 12.
1822.
CRUAUTES
DE
LA TRAITE DES NOIRS.
« Vous savez, Messieurs , par quel concouru
de circonstances bizarres, l'épouvantable histoire
du navire le Rodeur est parvenue à la connais-
sance du public.
«Trois savans respectables, M. le docteur Guillé,
directeur-général et médecin en chef de l'insti-
tution des jeunes aveugles à Paris, et MM. les
docteurs Dupuytren et Pariset, en ont publié le
récit dans un recueil intitulé : Bibliothèque oph-
thalmologique , ou Recueil d'observations sur les
maladies des yeux , faites à la clinique de l'insti-
tution royale des jeunes aveugles. Le but de ce
recueil est purement scientifique; les circonstan-
ces relatives à notre sujet n'y ont été insérées que
pour éclaircir certaines observations médicales ;
et il est tellement vrai que l'intention des auteurs
était étrangère à toute vue politique, que, s'étant
( 4 )
aperçus que la première édition contenait un fait
atroce, mais sans rapport avec l'avancement de
la science, ils se sont hâtés de retirer cette édi-
tion et d'en substituer dans le commerce une se-
conde, dans laquelle ce fait était supprimé. Je
tiens à la main la première édition aussi bien que
la seconde; voici ce que je copie littéralement
dans la première (1) :
« Le navire le Rôdeur, capitaine B..., du port
» de 200 tonneaux, partit du Havre le 24 jan-
» vier 1819 pour la côte d'Afrique, et arriva à
» sa destination le 14 mars suivant. Le navire
» alla mouiller devant Bonny, dans la rivière de
» Kalabar , pour y faire la traite des nègres. L'é-
» quipage, qui était composé de vingt-deux hom-
» mes, jouit d'une bonne santé pendant la tra-
» versée et le séjour à Bonny, qui se prolongea
» jusqu'au 6 avril. On n'avait remarqué aucune
» trace d'ophthalmie parmi les habitans de la côte,
» et ce ne fut que quinze jours après s'être mis en
» mer pour le retour, et lorsque le navire se trou-
» va à peu près sous la ligne, qu'on ressentit les
» premières atteintes de cette effroyable maladie.
» On s'aperçut que les nègres, qui étaient au
» nombre de cent soixante entassés dans la cale et
» dans l'entrepont, avaient contracté une rougeur
» assez considérable des yeux, qui se communi-
» quait avec une rapidité singulière des uns aux
» autres. On ne donna cependant pas dans l'ori-
(1) Les passages écrits en lettres italiques indiquent les chan-
gemens ou suppressions faites dans la seconde édition,
(5 )
» gine une grande attention à cette maladie, qu'on
» crut être occasionnée seulement par le défaut de
» renouvellement de l'air dans la cale, et par la
» disette d'eau qui commençait déjà à se faire res-
» sentir; on était alors rationné à huit onces par
» jour, et plus tard il n'en fut distribué qu'un
» demi-verre.
» D'après l'avis de M. Maignan, chirurgien
» du bâtiment, on fit monter successivement sur
» le bord , afin de leur faire respirer un air plus
» pur, les nègres qui étaient demeurés jusqu'alors
» dans la cale; mais on fut obligé de renoncer à
» cette mesure, toute salutaire qu'elle était, parce
» que beaucoup des nègres affectés de nostalgie
» ( le désir de revoir leur pays natal ) se jetaient
» dans la mer en se tenant embrassés les uns les
» autres. La maladie se développait parmi les
» africains d'une manière effrayante et rapide ,
» et ne tarda pas à devenir contagieuse pour tous
» et à donner des craintes pour l'équipage. Le
» danger de la contagion et peut - être la cause
» qui l'entretenait furent augmentés par une vio-
» lente dyssenterie, attribuée à l'usage qu'on avait
» fait de l'eau de pluie. Le premier homme de l'é-
» quipage atteint par la contagion fut un matelot
» qui couchait sous le pont tout près du panneau
» grillé qui communiquait avec la cale. Le len-
» demain un novice fut affecté, et dans les trois
» jours qui le suivirent, le capitaine et la presque
» totalité de l'équipage furent frappés aussi.......
» Les douleurs augmentaient de jour en jour ,
» ainsi que le nombre des aveugles, en sorte que
» l'équipage, déjà saisi de la crainte d'une révolte

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