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D'île en île, de fil en aiguille et au fil de l'eau...

De
100 pages

L’aventure d’Eulalie est née d’une expérience d’écriture créative faite par l'auteur lors d'un atelier animé par J.P Debailleul. Elle y a découvert « l’art de voler » : écrire le conte de sa vie pour vivre la vie que l'on choisit.

L’épopée d’Eulalie prend sa source dans sa propre histoire. Petite fille, elle disait : « Moi, quand je s’ra grande, je s’ra maîtresse ou dentellière au Croisic ! ». Dans l’enfance, nous avons parfois une image fugitive de notre futur. On peut oublier cette vision ou la retrouver et lui donner sens. Les Bigoudènes aux visages ridés sous leurs chapeaux de fées, lui ont inspiré ce conte.

Tisser son rêve avec son quotidien au fil de la plume pour donner de l’étoffe à sa vie est l’extraordinaire aventure à laquelle Eulalie vous invite. Parce que la vie est un art et chacun de nous l’artiste de la sienne !


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-94051-3

 

© Edilivre, 2015

D’île en île, de fil en aiguille et au fil de l’eau…

 

 

La liras-tu chapeau pointu ?
C’est le conte de ma vie que voilà.
L’histoire d’Eulalie, lis la, et tu la sauras !

Il était une fois une île, ronde et verte comme un petit pois, au milieu de la grande mer bleue.

« – En auriez-vous déjà entendu parler ?…

– L’île-en-rond ! C’est ainsi qu’on la nomme.

– Au milieu de la petite île verte, dans la petite maison de pierre à la porte bleue, savez-vous qui habite là ?…

– Eulalie ! La dernière dentellière de l’île-en-rond, comme on la nomme ici !

– En auriez-vous déjà entendu parler ?…

– Elle est connue de tous les habitants de l’île. Ceci est naturel en somme, car les habitants de l’île sont si peu.

– Elle a de grands yeux clairs, des joues rouges et rondes comme des pommes. Elle ressemble à ceux d’ici. Elle porte une coiffe de dentelle, à la façon des femmes du pays.

Elle sait crocheter tous les modèles de napperons que les femmes de l’île ont crochetés d’autrefois jusqu’à nos jours. Elle connaît tous les secrets de la dentelle de l’île-en-rond, celle qui fait la fierté de ses habitants et dont la réputation s’étend bien au-delà des mers. Nombre des anciennes dentellières ne sont plus de ce monde et les autres sont fatiguées de l’être encore. Quant aux jeunes demoiselles de l’île-en-rond, elles sont toutes parties chercher leur bonheur sur la côte, là-bas bien loin.

– Qui reste-t-il sur l’île pour maintenir la tradition de la dentelle en rond ?

– Vous devinez ?…

– Eulalie, bien sûr ! »

Elle est l’unique espoir des gens de l’île.

Autrefois sa grand-mère avait déjà été surnommée « dernière dentellière de l’île-en-rond », puis sa mère, qui était aussi une femme d’aiguille.

Depuis sept générations, les femmes de la famille d’Eulalie avaient été dentellières de mères en filles et de filles en mères…

Mais cette longue histoire hélas menaçait de prendre fin tristement.

Eulalie, dernière détentrice de tous les secrets de l’art de la dentelle de l’île-en-rond, n’avait point d’enfant, et encore moins de fille. Elle n’avait pas même trouvé une fille sur l’île, qui ne soit pas de sang la sienne, à qui transmettre tout ce qu’elle avait appris au cours de sa vie.

Elle s’était fiancée sept lunes auparavant à un jeune marin d’ici, beau garçon et vigoureux. Elle l’aimait par-dessus tout pour son enthousiasme à tout vent !

Leurs cœurs s’étaient rencontrés lors du grand Fest-noz de l’île-en-rond, celui qui avait lieu chaque année au début de l’été. Leur mariage était annoncé pour l’année suivante, ce même jour de fête, à la lune pleine. Tous sur l’île s’en réjouissaient…

Hélas, le mariage n’eut point lieu.

Peu de temps après leurs fiançailles, Alban était parti au large, sur un grand navire, pour une pêche à la baleine de laquelle il ne revînt jamais…

Le chagrin d’Eulalie fut si grand qu’elle n’ouvrit plus jamais son cœur à aucun autre prétendant, même les années passant.

Elle menait depuis une vie simple. Digne et autonome, elle était appliquée jusque dans son sourire, toujours accueillant.

Chaque matin elle quittait sa petite maison par la petite porte bleue pour partir sur le port. Elle marchait gaillardement, chaussée de ses sabots de bois sculptés, coiffée de dentelle, son panier d’osier sur le bras.

Juste à l’entrée du port, à côté de la halle aux sardines, c’est ici que tous les jours de la semaine Eulalie prenait place. Elle dépliait sa petite table de bois, y jetait sa grande nappe violette sur laquelle elle étalait tous ses ravissants napperons de dentelle blanche. Ainsi les motifs ressortaient bien. Elle plaçait ensuite sa petite chaise en bois derrière son étal, y posait son petit coussin plat qu’elle emportait toujours dans son panier d’osier, puis s’asseyait, face à l’horizon.

Ces messieurs dames qui venaient depuis la côte visiter la minuscule île du bout du monde ne manqueraient pas en repartant de lui acheter un de ses napperons ronds en souvenir de ce lieu de rêve qu’ils quittaient toujours à regret. C’est ainsi qu’Eulalie, à la belle saison, gagnait petitement mais suffisamment sa vie.

« – Mais l’hiver ? me direz-vous.

– L’hiver elle vendait ses galettes de blé noir aux femmes et aux enfants de l’île qui venaient au marché. Elle vendait ses galettes au beurre aux hommes de l’île rentrant de la pêche à la sardine l’estomac creux. »

Le parfum de ses galettes flottant dans le brouillard humide de l’hiver était un réconfort pour le corps et pour le cœur de ces rudes marins.

C’est ainsi qu’à la basse saison Eulalie gagnait sa vie, petitement mais suffisamment.

Chaque matin elle se rendait tôt sur le port. Les acheteurs arrivaient tard.

Elle avait beaucoup de temps pour rêver. Et je peux vous confier maintenant que ce sont les instants de sa vie qui avaient sa préférence. Elle sortait de son panier son aiguille à crocheter pour entamer un nouveau napperon de dentelle, dans la tradition de son île natale. Ses mains avaient de moins en moins besoin de l’aide de ses yeux, elles savaient leur chemin dessus-dessous brodant… lentement mais sûrement. Eulalie prenait alors plaisir à fixer l’horizon de ses grands yeux pensants. Elle cherchait à voir au loin se dessiner son destin. De projet, elle n’en avait eu qu’un seul et il semblait que ce fut encore trop !

Pour les gens de l’île elle était l’espoir de la dentelle, mais son espoir à elle n’était point celui-là. Elle rêvait de faire alliance avec l’homme de son cœur, de vivre un Grand Amour que n’effacerait le temps.

Hélas, l’horizon semblait toujours vide. Il était plat et silencieux depuis sept ans, depuis que ceux d’ici avaient commencé à guetter le retour des matelots baleiniers, et les femmes à guetter le retour de leurs époux.

C’était le jour du marché quand les hommes avaient pris la mer en chantant.

C’était aussi le jour du marché quand tous apprirent la nouvelle du naufrage en pleurant.

Eulalie depuis fixait l’horizon de ses yeux clairs et perçants, sous sa coiffe bien droite. Il est des jours où l’on attend de voir le soleil se lever mais il ne vient pas.

Les nombreuses femmes de marins de l’île, portant le noir jusqu’à leur coiffe, avaient ainsi guetté désespérément tant de matins. La présence d’Eulalie, fidèle à son poste depuis sept ans à l’entrée du port, leur était devenue insupportable. Elles tentaient par tous les moyens de la persuader de rentrer chez elle. Elles lui suggéraient de prendre une échoppe au village pour y avoir plus chaud et d’oublier « cette maudite place du marché ». Lorsque le petit restaurant de la mère Poulnoir ferma, elle l’encouragèrent à s’y installer pour y faire ses galettes et gagner un peu mieux sa vie. La mère Poulnoir n’en demanderait pas grand chose et Eulalie aurait tôt fait de lui rembourser son avance. Elle pourrait avoir un fier succès auprès des visiteurs de l’été, en leur proposant de bonnes galettes au beurre salé. C’était la façon idéale d’augmenter son maigre revenu… D’autant qu’ils venaient chaque année plus nombreux découvrir la petite île perdue. Ajoutons que ce petit restaurant était le seul de l’île, sans concurrence aucune ! Elle pourrait même encore, si elle préférait, y faire une boutique pour ses dentelles, c’était enthousiasmant !

Mais rien n’y faisait, Eulalie tournait vers les dames en noir ses grands yeux compatissants et leur répondait gentiment :

« – Ma vie est sur le port mes braves dames et si la chance doit me sourire, ça sera ici ou ça ne sera pas ! »

Puis elle reprenait patiemment son ouvrage.

Un matin pourtant, alors que les dames en noir tentaient encore de la ramener à la raison et l’incitaient cette fois à venir tenir au village le magasin de souvenirs du Père Lapêche, qui venait de rendre l’âme, Eulalie ne trouva mot pour leur répondre. Elle baissa la tête, ramassa ses napperons un à un en silence. Elle les rangea au fond de son panier d’osier, puis ramassa lentement son fil et son aiguille. Elle rangea par-dessus son coussin plat. Elle plia consciencieusement sa grande nappe violette, avec laquelle elle recouvrit le tout. Elle laissa le panier sur les pavés du port, le temps d’aller ranger sa petite table et sa petite chaise de bois dans un coin de la halle aux sardines qu’un pêcheur lui prêtait. Elle revînt chercher son panier, le mit à son bras et partit sans mot dire en direction de sa petite maison de pierre, laissant les dames noires à leur conversation.

Arrivée devant sa porte bleue, elle posa ses sabots sur le seuil, entra et referma la porte derrière elle. L’intérieur de la maison était déjà dans la pénombre. Une seule fenêtre éclairait la pièce. La fenêtre était petite et le mur de la maison très épais. La lumière entrait peu. Quand venait la belle saison Eulalie laissait la porte grande ouverte. Ce matin là elle n’y voyait goutte mais ce n’était guère son soucis. Elle connaissait si bien par cœur chaque objet de sa maison, parce-qu’il y en avait peu et parce-que chacun avait une valeur pour elle. Elle s’agenouilla de suite au bout de son lit, devant le coffre qui était adossé au mur de pierre. C’était un coffre de mariage traditionnel, en bois peint, de taille moyenne, venant d’un pays lointain. Elle souleva son couvercle rouge. Le coffre semblait vide. Elle y plongea la main jusqu’au fond pour en ressortir un napperon blanc de fine dentelle. Elle secoua le napperon pour en ôter la poussière et se leva pour aller le poser sur le rebord en pierre de sa fenêtre. Au centre du napperon un motif se dessinait en relief : des anneaux de mariage, croisés de manière parfaite. Tout autour de ces deux anneaux, d’autres anneaux plus légèrement brodés s’entrelaçaient depuis le centre jusqu’aux bords du napperon, comme des ronds dans l’eau. Cette dentelle, Eulalie l’avait brodée des heures durant et toujours le cœur battant. C’était le napperon de mariage sur lequel les fiancés poseraient leur alliances avant le consentement, selon la tradition de l’île. Eulalie le contempla quelques instants puis retourna vers le coffre pour en sortir un petit trois mâts tout fait de coquillages. C’était un cadeau que son fiancé lui avait rapporté de la côte et qu’elle aimait tellement. Il savait lui, le goût de son cœur. Elle souffla par trois fois sur le fragile navire miniature, pour le dépoussiérer un peu aussi, puis le déposa sur le napperon, sur le rebord de sa fenêtre. Elle retourna s’agenouiller devant le coffre pour y prendre le dernier souvenir qu’il contenait : une photo d’Alban en costume de marin. Elle avait tenu conversation tant de fois à ce portrait. Ce soir ses grands yeux fixaient le visage de son bien-aimé, sans que les larmes ne viennent les troubler. De sa bouche aucun mot ne sortait plus. Eulalie semblait ailleurs, comme accaparée par une idée fixe et floue à la fois lui venant du dedans. Cela ferait sept ans demain exactement que la nouvelle du navire échoué lui avait été annoncée.

« – Aucune trace de l’équipage…

– Nous sommes profondément désolés Mademoiselle… »

Demain c’était le jour du marché…

Et ces femmes sur le port tout à l’heure, qui venaient de tenter une nouvelle fois de l’extirper de son rêve ! Tant de fois elle les avait écoutées gentiment, tant de fois elle avait entendu leur plainte, la douleur de leur solitude, n’osant jamais leur dire combien pour elle c’était si différent. Trop de fois…

« – Moi je suis une future femme de marin après tout ! » s’exclama Eulalie révoltée.

Elle fut la seule à entendre sa propre indignation. Elle s’accrochait toujours au regard d’Alban sur le portrait. Elle s’accrochait de plus belle à son rêve impossible de le revoir un jour. Aussi folle que sa vision puisse paraître, ses yeux refusaient de voir le destin que la vie semblait avoir choisi pour elle.

Après l’avoir par trois fois embrassée, Eulalie finit par poser l’image de son cher fiancé sur le rebord de sa fenêtre. Elle poussa le coffre encore ouvert sous son lit, s’allongea sur l’édredon toute habillée et s’endormit aussitôt.

Le lendemain matin elle fut réveillée par un rayon de soleil traversant sa petite fenêtre. Il éclairait en passant le trois-mâts en coquillages posé sur le napperon, près du portrait d’Alban. Le petit navire lui apparut féerique en ce court instant. Eulalie sauta bien vite hors de son lit. Elle but un grand bol de lait et mangea deux grosses tartines de beurre salé. Elle retira...