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Dans la zone d’activité

De
65 pages

La littérature garde-t-elle encore pertinence pour dire ce qui
conditionne notre vie au présent ?

Et, quand nous nous saisissons de ce qui conditionne l’activité
et l’échange, dans ses hiérarchies, dans ses symboliques, dans ses
loisirs et ses conditionnements (du maître-nageur au rédacteur
funéraire, du libraire à l’alpiniste, en passant par le notaire et
le directeur des ressources humaines), gardons-nous prérogative du
rire, de la critique, de la tendresse aussi (est-elle possible
quand on accueille ici son boucher) ?

J’étais très fier, en lançant ce projet publie.net, qu’Eric
Chevillard veuille bien me confier ces trois textes de fiction, qui sont chacun
comme des incises ou développement d’univers développés dans ses
romans, et jouant par exemple de la forme radiophonique,
« l’entretien avec l’auteur », pour ouvrir un nouvel
espace entre l’invention du roman et ses arcanes ou ses caves.

Depuis l’installation sur publie.net de Si la main droite de
l’écrivain était un crabe
, il s’est passé un événement de
taille : l’autofictif, le blog qu’entretient
quotidiennement Eric Chevillard, est devenu une référence de
l’écriture de fiction sur le Net. Une forme fixe, en triptyque. Une
mise en abîme de l’écriture elle-même. Une convocation du concret,
et, dans la politesse du texte, qui se contente de sourire, en
arrière donc, un rire immense, sardonique, presque L’homme qui
rit
de Victor Hugo, douleur comprise. Je ne sais pas ce que
pourra devenir l’autofictif, s’il pourra se rassembler, se
réorganiser en livre. Ou seulement continuer de nous accompagner, à
notre porte virtuelle, comme labyrinthe offert. Mais c’est la
preuve, et une seule est suffisante, de la pertinence d’Internetaussi pour l’imaginaire. L’écran comme lieu de fiction, mais
fiction en mouvement, en développement permanent, inarrêtable.

Alors non pas 36 métiers, comme dans l’expression populaireil a fait 36 métiers, mais 28 exactement. Sauf que choisis
dans les noeuds les plus névralgiques de ce qui fait la ville, et
nous dedans.

Dans la zone d’activité, à ma connaissance, est le
dernier texte publié par Eric Chevillard avant la naissance du
blog. Alors le fantastique est tout près, et cet étrange sourire
qui déstabilise le plus élémentaire, le plus familier. Il s’agit
d’une commande venue d’abord de gens de la typographie, de la
réalisation d’objets livres. La preuve du succès, c’est qu’il n’est
déjà plus disponible. Conservez le vôtre, si vous avez la chance
(on est quelques-uns comme ça), à avoir pu se le procurer. Un bravo
spécial à Fanette Mellier, et que la mise en ligne de ce
texte soit une invitation à tous pour suivre la suite, de son
côté...

Et merci, Eric, d’autoriser ici cette déstabilisation douce du
familier à se prolonger sur Internet.

On trouvera ici, et ici, et ici, et ici,, et ici, et icides extraits : partez
en chasse. Pour cela, et comme cela, via le buzz Internet,
que les 1000 exemplaires se sont envolés si vite. Sinon, vous
imprimez le feuilletoir ci-dessus, et vous remplissez les pages
blanches (solution fournie via téléchargement intégral).

Il y a le mathématicien, l’homme des ressources humaines,
l’ophtalmologue, le brancardier, le chargé de communication, le
maître-nageur. Le notaire, la caissière, l’huissier, le pape. C’est
toute la ville qui devient page fantastique, mouvante.

Et tout le reste de ce qui concerne Eric sur Chevillard, le site (webmaster Even Doualin), et sur
le site des Editions Argol.

Et que la littérature soit aussi pur plaisir, champions
ceux qui y arrivent. Avec petite fierté aussi que, certainement, ce
texte n’aurait pu être écrit par quelqu’un qui ne vit pas en
province !

FB


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publie.net
éric chevillard dans la zone d’activité
ISBN 978-2-8145-0136-2 © Éric Chevillard & publie.net – tous droits réservés
LEBOUCHER 5 LECLOWN 7 L’OPHTALMOLOGUE 9 LEMARAÎCHER 12 LEBRANCARDIER 14 LEMAÎTRE-NAGEUR 16 LEVITRIER 18 LELIBRAIRE 20 LEDIRECTEURDESRESSOURCESHUMAI-NES 22 LEGUIDEDEHAUTEMONTAGNE 25 LESAISONNIER 27 LEMATHÉMATICIEN 29 LECHARGÉDECOMMUNICATION 31 LENOTAIRE 34 LEGRUTIER 36 LECOUREURDE100MÈTRES 38 LEMONTREURD’OURS 41 L’ANTIQUAIRE 43
LEBERGER 45 LEMÉDECIN 47 LETORERO 49 LACAISSIÈRE 51 LEMAROQUINIER 53 LEMARCHANDD’ARMES 55 LATRAPÉZISTE 58 L’HUISSIER 60 LEPAPE 62 LERÉDACTEURFUNÉRAIRE 64
LE BOUCHER
J'ai faim de viande, moi. Nous sommes entre carnassiers, ce tourment doit être connu. Je mor-drais bien dans un beau quartier de viande, mais quelle ? J’hésite devant tant de choix. Je suis entré dans la boucherie sans idée précise, avec juste cette grande faim que ne rassasiera pas une salade ni même un petit pâté. Il me faut du corps. C'est une boucherie à l'ancienne, de marbre rose moucheté, et fort bien achalandée. Et pour Monsieur ? Le boucher est le dieu ventru et rubicond qui devait apparaître dans cette alcôve. L'habit ne fait pas le moine, on le sait. Ce qui fait le moine, c’est la blouse dont il s’affuble pour couler ses fromages. Mais un tablier ensanglanté et un calot désignent si notoirement le chirurgien que le boucher doit por-ter aussi une chemise à petits carreaux bleus et blancs pour rassurer la clientèle.
Laissez-vous tenter par ce rôti ? Il palpe sous mes yeux la pièce de viande géné-reuse, lardée et "celée avec art. Mais j'hésite. Puis il frappe du plat de sa lame un gigot pour m'en faire apprécier la tendre fermeté. Oui, il a l'air fameux, mais j'hésite. Il me vante ses "lets, son échine. J'avise un plat de paupiettes, alléchantes aussi, mais j'hésite. Ma faim exigeante cherche une proie qui la comblerait. De l'agneau ? J'hésite. Le boucher débite avec précision une carcasse en côtelettes parfaites, on dirait plutôt qu’il tourne les pages de quelque littérature subs-tantielle en"n dégagée des vaines abstractions. Ses larges joues roses tremblent à chaque coup de cou-teau et son nez fort, d'une belle teinte violacée, se fronce. Je contemple le gros homme mafflu dans l'accomplissement de sa besogne. Son ventre tres-saute sous le tablier maculé. Ses épaules tanguent. En fait, c'est un morceau de vous que je voudrais.
LE CLOWN
 Nez rouge, perruque jaune vif et bouclée, pommettes rehaussées de mauve, chaussures déme-surées en$ées à leur extrémité et toute la panoplie de frusques trop larges aux couleurs criardes, en voilà un qui ne fait pas mystère de sa profession. Nous ne sommes pourtant pas dans un cirque. Cette grande surface le rétribue pour amuser la clientèle et désarmer ses ré$exes de cupidité. En ce moment, par exemple, il maquille une "llette blonde, un peu embarrassée, et qui pouffe. Ne ris pas ! Les enfants neutralisés, leurs parents ont les coudées franches pour consommer sans mesquine-rie. La "llette est assise sur un tabouret, le clown à califourchon sur une chaise devant elle. Il a fardé ses joues, son front. Il applique maintenant un crayon gras, rouge écarlate, sur les lèvres de la pe-tite. Si elle voulait bien ne pas rire bêtement, cela
faciliterait sa tâche. Comment maquiller une bou-che que le rire déforme ainsi ? Ne ris pas ! La petite rit de plus belle. Il est si amusant, ce clown, si clownesque, si drôlement accoutré. Même ses mines sévères prêtent à rire, masque grotesque, grimaces de guignol. Quel pitre! Quel bonhomme marrant ! Qui s'impatiente. Le bâton de rouge dérape sur le visage hilare, indocile, le trait imprécis déborde largement sur le menton. Le clown secoue l'enfant par l'épaule. Mais ne ris pas ! Je te dis de ne pas rire ! Et tâche de corriger son dessin maladroit, pres-sant plus fortement le crayon sur les lèvres de la "Il n'a pas lâchésont brusques. llette. Ses gestes l'épaule de la petite. Il l'immobilise. Il écrase le bâ-ton de rouge sur ses lèvres en grommelant. La per-ruque jaune danse sur sa tête. De loin, le tableau amuse les consommateurs dispersés dans les rayons, puis une voix furieuse les fait soudain sur-sauter. Ne pleure pas !
L’OPHTALMOLOGUE
C'est formulé froidement, avec la brutalité fran-che et sans ambages des meilleurs praticiens. C'est dit d'une voix dure, indifférente et lointaine. Ça tombe de haut, de toute la hauteur de la science, ça me tombe dessus. Nulle précaution oratoire in-utile, le verdict tout de suite, sans autre forme de procès. Mon ophtalmologue ne s'embarrasse pas de compassion. Tous les cordonniers ne sont pas les plus mal chaussés, ainsi lui, il sait se défendre con-tre les larmes. Vous allez perdre l'œil. Moi, je ne suis pas venu le consulter pour ça. Mon œil gauche tarde à accommoder. Le $ou per-siste. Parfois une douleur extrêmement vive me vrille le globe, comme si je voyais partir Finette. C’est fugace. Ça ne dure pas. Souvent au cours de la journée, ma vision retrouve sa netteté intacte. Je
vois à nouveau parfaitement les grandes choses et les petites, et que Finette est là. Vous allez perdre l'œil. Il dit ça comme s'il me l'arrachait avec les on-gles. Je n'ai pourtant jamais eu à me plaindre de ma vision. Je ne suis pas le genre de type à porter des lunettes. Mes paupières fermées ne m’empêchent pas de percevoir même les plus épaisses ténèbres. Ébloui, je ne le suis pas souvent, ni par grand chose. Il faut le crépuscule sur la steppe mongole. Quant à m'aveugler sur quoi que ce soit, cet oph-talmologue pourra se vanter d'être le premier à y parvenir. Vous allez perdre l'œil. Il m'apprend ça comme à un autre en rangeant son petit matériel, soigneux tout à coup, délicat, méticuleux. Il me prescrit quelques gouttes, sans me cacher qu'elles seront sans effet. Je titube dans la rue. De retour chez moi, je saisis sur l'étagère de mon bureau le crâne humain dérobé jadis à un pro-fesseur de sciences naturelles. J'en fais un paquet
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