Dans le nu de la vie

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... Je me suis mis à crier, très fâché : 'Tu n'avais pas pensé que tu pouvais ne pas nous tuer ?' Il répondit : 'Non, à force de tuer, on avait oublié de vous considérer.' Maintenant, je pense que ce Hutu ne couvait pas la férocité dans le c'ur. On fuyait sans répit au moindre bruit, on fouinait la terre à plat ventre en quête de manioc, on était bouffé de poux, on mourait coupé à la machette comme des chèvres au marché. On ressemblait à des animaux, puisqu'on ne ressemblait plus aux humains qu'on était auparavant, et eux, ils avaient pris l'habitude de nous voir comme des animaux. En vérité, ce sont eux qui étaient devenus des animaux. Ils avaient enlevé l'humanité aux Tutsis pour les tuer plus à l'aise, mais ils étaient devenus pires que des animaux de la brousse, parce qu'ils ne savaient plus pourquoi ils tuaient. Un interahamwe, quand il attrapait une Tutsie enceinte, il commençait par lui percer le ventre à l'aide d'une lame. Même la hyène tachetée n'imagine pas ce genre de vice avec ses canines...
Publié le : mardi 1 septembre 2009
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782021010381
Nombre de pages : 236
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BRE2000 um Photos, nd Depardon
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il à 11 heures et le samedi 00 Tutsis, sur une popu- massacrés à la machette, h 30 à 16 heures, par des ollines de la commune de oint de départ de ce livre. ir du 6 avril 1994, l’avion  de la République rwan-lose au-dessus de l’aéro-al des tueries de la popu-uis des mois, débutent à et s’étendent dans le pays. esera, une région de col-mencent dans la grand-oules de Tutsis cherchent s’enfuient dans les bana-’eucalyptus. Les 14, 15 et nt assassinées dans l’église lise de N’tarama, hameau tres, par des miliciens, des e leurs voisins hutus. Ces nocide dans cette contrée e, là-bas, jusqu’à mi-mai.
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 l a v i e
ueurs, disciplinés, sobres, sent les fuyards, à travers a, dans les marécages de e machettes, de lances et r permet de tuer cinq Tut-ble des villages rwandais,
 rescapés des collines de rdé le silence, aussi énig-és au lendemain de l’ou-tion nazis. Pour les uns, »; pour d’autres «elle s’est elle doit reprendre abso-mettent qu’entre eux ils l’initiative de revenir là- boire des bières Primus  bananes au comptoir de dans les maisons de pisé, mbre des acacias, d’abord fiance, de familiarité, à la e, d’Angélique, de Berthe re de raconter. Plusieurs s quant à l’intérêt de par-térêt d’un étranger pour
long, ils disent aussi par poussés dans le bas-côté, la situation». Ou «qu’ils s étaient trop découragés, t sentis «gênés», ou par-is la place d’une connais-es de vivants.
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Cultivatrices, bergers, commerçantes, enseignants, assis-tante sociale, aide-maçon, ils racontent jour après jour, à Nyamata ou sur les hauteurs environnantes, au gré de leurs hésitations ou de leurs difficultés à évoquer certains souve-nirs, et au fil de questions nouvelles qui apparaissent en les écoutant. La plupart, sceptiques ou indifférents aux leçons de l’histoire, sont malgré tout tentés de partager avec autrui leur incompréhension, leur désarroi et leur solitude aujourd’hui.
Un génocide n’est pas une guerre particulièrement meur-trière et cruelle. C’est un projet d’extermination. Au lende-main d’une guerre, les survivants civils éprouvent un fort besoin de témoigner; au lendemain d’un génocide, au contraire, les survivants aspirent étrangement au silence. Leur repliement est troublant. L’histoire du génocide rwandais sera longue à écrire. Cependant l’objectif de ce livre n’est pas de rejoindre la pile d’enquêtes, documents, romans, parfois excellents, déjà publiés. Uniquement de faire lire ces étonnants récits de rescapés. Un génocide est – résumant la définition de l’une d’entre eux – une entreprise inhumaine imaginée par des humains, trop folle et trop méthodique pour être comprise. Le récit des courses dans les marécages de Claudine, d’Odette, de Jean-Baptiste, de Christine et de leurs voisins; la narration, souvent durement et magnifiquement exprimée, de leurs bivouacs, de leur déchéance, de leur humiliation puis de leur mise à l’écart; leur appréhension du regard des autres, leurs obsessions, leurs complicités, leurs interrogations sur leurs souvenirs; leurs réflexions de rescapés, mais aussi d’Africains et de villageois, permettent de s’en approcher au plus près.
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l a v i e
irons, venus remplir en  seul robinet d’eau cou-de la cuisine et le caba-fants se retrouvent dans léchés par une marmite ir, alimentée grâce à des marché par la maîtresse
oite, sur les branches, le s couroucous vert tilleul. chis, des jardinets plantés s où sont fabriqués des et boue séchée; on aper-nches et sur les haies. marcheurs, de cyclistes, evant le bâtiment jaune ute haie fleurie. Dans la ctionnaires en chemise ois en attente d’un tam-amionnette tout-terrain ramassages et une mul-et de vélos appuyés en
lle Innocent Rwililiza, et us loin que se situe le yi.
sociale, de ce fait la pre-onnaissance à Nyamata. ants rescapés errent en ironnant des marais de la ande s’il est envisageable
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