Dans le secret d'une photo

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ŤSi j'ouvre mes vieux albums, les compagnons d'autrefois, la plupart disparus, me regardent. C'est un plaisir un peu triste et puis, d'autres jours, un face-ŕ-face avec le néant. Certains, certaines étaient jeunes et séduisants, vraiment beaux. Ils n'auront jamais été vieux. Au bout d'un moment, il est intolérable de se dire qu'ils sont dans une tombe, ou réduits en cendres. Je referme l'album.
Devant ces photos d'autrefois, j'ai l'impression que le présent est un pays étranger. J'y vis en exil.ť
Publié le : vendredi 22 janvier 2010
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782072313158
Nombre de pages : 145
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L’un et l’autre
Collection dirigée par J.B. Pontalis
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Roger Grenier
D A N S L E S E C R E T D ’ U N E P H O T O
Gallimard
Extrait de la publication
© Éditions Gallimard, 2010.
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Une photographie est un secret au sujet d’un secret. DI A NE A R B US
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Parler de la photo, c’est comme si j’allais payer une vieille dette. J’imagine qu’un esprit moqueur me dit : « Parle de la photo si tu veux, mais évite les clichés. » Je promets d’essayer. Pour commencer, une anecdote. J’ai connu une Américaine, Marjorie Ferguson, dont la famille sem blait sortie d’un roman de Henry James. Des gens très riches qui avaient employé autrefois un précep teur, un nommé Eastman. Un jour cet homme annonça qu’il avait inventé un appareil photo d’un nouveau genre, très pratique, dont l’usage devrait se répandre partout. Il leur demanda de le financer. Ils refusèrent. Eastman alla trouver ailleurs de quoi réa liser cet objet dont le nom est une onomatopée imi tant le déclic : Kodak. Je rêve aussi au malheureux jeune homme dont l’ingénieur Chevalier, célèbre opticien du début e duxixsiècle, celui qui mit en relations Niépce et Daguerre, raconte l’histoire. Chevalier fabriquait
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des chambres noires munies d’une optique déjà très élaborée. Il reçut la visite d’un jeune homme qui venait se renseigner sur leur prix. Hélas, elles étaient bien trop chères pour lui. C’était vraiment dommage, ditil, parce qu’il aurait bien eu besoin d’un appareil plus perfectionné que le sien pour expérimenter une invention. « Pour faire quoi, au juste ? » demanda Chevalier. « J’ai réussi à fixer sur un papier les images de la chambre obscure. » Le jeune homme posa sur la table une vue de Paris. Fautil l’appeler une photographie ? Ou une pho tographie avant la photographie ? C’est lui qui a trouvé ce que tant d’autres cherchent actuelle ment, pensa l’opticien. Le pauvre hère s’en alla. L’ingénieur Chevalier ne le revit jamais. Mais la photo ne datetelle pas du premier enfant qui a vu se refléter le ciel, les arbres, les prairies dans une goutte d’eau ? Ou d’Aristote qui perce un petit trou afin de pouvoir observer, sur le mur du fond d’une pièce obscure, le soleil écorné par la lune, au cours d’une éclipse ? Fixer l’image, ensuite, ce ne fut qu’affaire de chimie. Alfred Jarry, dansLe Canard sauvage, journal satirique dont il fut le principal collaborateur avec FrancNohain et CharlesLouis Philippe, publie en 1903 un texte aussi désopilant que blasphéma toire. Il raconte la Passion du Christ comme si elle était une course de côtes cycliste. Il présente Véro
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