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Danser a capella

De
123 pages
Ce n’est pas précisément un recueil de nouvelles.
Appelons plutôt ça un recueil de monologues dynamiques, conçus pour la scène, mais lisibles dans le confort reposant de son foyer.
Danser a capella, c’est sept personnages délicatement marginaux qui se livrent en vrac, ne lésinant pas sur leur désarroi ordinaire et ludique. On côtoie entre autres un caissier de Jean-Coutu costumé en chauve-souris qui tente de séduire un vampire, un v.-p. de boîte d’assurance pris de compassion pour une danseuse vedette peinturée dans un coin en pleine entrevue télévisuelle, une femme en peine d’amour qui fuit en Russie et participe à un marathon sur talon aiguille, sans oublier cet homme, ce Simon, alter ego de l’auteur, qui révèle comment il a perdu la foi, en muant live en plein cœur de son solo chanté à l’église paroissiale, devant les fidèles consternés.
Sept monologues, donc, qui donnent viscéralement envie de danser et de courir jusqu’à l’épuisement, mais surtout de vivre son unicité jusqu’au bout. Qu’il y ait musique ou pas.
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Simon Boulerice
Danser a capella Monologues dynamiques
Ta mère
Extrait de la publication
Conception graphique : Benoit Tardif Révision linguistique : Maude Nepveu-Villeneuve Direction littéraire : Maude Nepveu-Villeneuve et Maxime Raymond Infographie : Rachel Sansregret et Benoit Tardif
Achevé d’imprimer en septembre 2012, à Gatineau. Bibliothèque et Archives nationales du Québec - 2012 Bibliothèque et Archives du Canada - 2012 ISBN (PDF) - 978-2-923553-35-1
© Éditions de Ta Mère
www.tamere.org
Nous remercions de son soutien le Conseil des Arts du Canada, qui a investi 20,1 millions de dollars l’an dernier dans les lettres et l’édition partout au Canada.
We acknowledge the support of the Canada Council for the Arts which last year invested $20.1 million in writing and publishing throughout Canada.
Extrait de la publication
Extrait de la publication
Quand j’étais petit, que j’avais genre huit ans, je rêvais de saigner du nez. Pour moi, c’était quelque chose de rare. Quelque chose de différent. À l’école, ça arrivait pas souvent que quelqu’un saigne du nez. Pis quand ça arrivait, c’était comme si la Terre arrêtait de tourner. La prof paniquait. Appelait une autre prof avec une voix de désarroi. L’autre accourait. Pis les deux s’obstinaient.
« Y faut qu’y penche sa tête par en bas, pour que le sang coule. Non ? » « Ben non, y faut qu’y la penche par en arrière. Pour éviter que le sang coule. Franchement. » « Je pense pas. » « Ben moi, je pense que oui. » « Le méchant, faut que ça sorte. » « Tu le sais pas, si c’est du mauvais sang. C’est peut-être du très bon sang. C’est mieux de garder son sang dedans. C’est comme si t’encourageais une hémorragie ! »
Je voulais tellement saigner du nez pour que les profs et les élèves s’activent autour de moi. Qu’ils me fassent tous un passage, comme un genre de haie d’honneur. Que je représente une urgence.
Je me rappelle qu’une fois, j’avais un petit rhume, et je m’étais mis à me moucher plus fort
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que nécessaire, pour provoquer un saignement nasal. J’avais distingué trois petits points rouges de sang dans mon kleenex. Ça y était. Mon hémorragie interne était enfin commencée. Je m’étais mis à me moucher de toutes mes forces. À m’en éclater l’aile du nez.
Pis là, j’avais senti quelque chose se déchirer. J’avais brisé le cartilage, j’en étais sûr. Je pensais me vider à grande eau. Je m’imaginais une saignée nasale. J’allais être au cœur d’une urgence. J’allais être un cas unique !
Je me disais en boucle : « Regardez comment je saigne ! Regardez comment je saigne ! Regardez comment je saigne ! »
J’avais regardé dans mon kleenex. Il y avait une petite ligne de sang, dans la morve. Très petite, mais tout de même, ça ressemblait vraiment à du sang, et ça provenait de mon nez. Je m’étais mis à sourire de bon cœur. J’étais allé voir ma professeure pour lui montrer l’œuvre dans mon kleenex. Je voulais tellement l’alarmer. Qu’elle scinde la classe, qu’elle pousse les pupitres sur mon passage. Qu’elle fende le groupe comme Jésus séparait la mer Rouge. C’est Moïse ou Jésus qui a fait ça ? Difficile à dire. Ils sont tellement semblables, ces personnages-là…
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En tout cas. Ma prof avait rien fait. Rien pantoute. Elle s’était juste indignée.
« Pourquoi tu me montres ça, Ambroise ! ? » Oui, je m’appelle Ambroise. C’est particulier, hein ? Mais j’aime ça. Je trouve ça farfelu. Ça fait différent des noms qu’on entend généralement.
En tout cas. Ma prof était pas particulièrement charmée par mon prénom.
« Pourquoi tu me montres ça, Ambroise ! ? » « Y a du sang. C’est forcément grave. »
J’étais allé piteusement jeter mon kleenex dans la poubelle, pis j’étais retourné à mon pupitre. La classe s’était pas fendue pour moi. Personne avait bougé. Y avait juste deux trois collègues de classe qui avaient ri. C’est tout.
Saigner du nez m’aurait démarqué des autres. On m’aurait catalogué : « ce gars-là saigne du nez », pis ça m’aurait sorti du lot. J’aurais été un cas. Parce que tout ce que je voulais, au fond, c’était être différent. Jouir de quelque chose d’unique. Mon plus grand souhait, secrètement, c’était de figurer dans leLivre des records Guinness.Être le meilleur dans quelque chose. N’importe quoi, là. Ça me dérangeait pas. Ça pouvait très bien
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être quelque chose de plate. Je m’en foutais. Je voulais juste être différent.
Bon. J’ai maintenant vingt-sept ans, pis je veux encore être unique ! Sauf que jusqu’à il y a une heure, j’avais plus ou moins réussi. Je m’explique : je suis réceptionniste à la Caisse populaire d’Hochelaga-Maisonneuve (quartier où j’ai grandi, d’ailleurs), je suis célibataire depuis pas mal vingt-sept ans, j’ai une vie sexuelle qui frôle l’inexistence, et mon activité la plus folle de la journée, c’est quand je fais le pont dans le bain, le matin, en prenant ma douche. (J’utilise le mur de carrelage pour descendre… Ça travaille la flexibilité de mon dos.) J’ai pas d’enfants, pas de chum, pas d’allégeance politique. J’ai pas grand-chose. J’ai une vie crissement plate.
Mais hier nuit, ma vie a pris un tournant unique. Enfin. Je suis allé dans le party de Noël du bureau. Je dois dire que j’aime beaucoup les partys de Noël. Les femmes sentent le spray net pis la vanille, les hommes sentent l’after-shavepis la menthe au chocolat, pis j’ai toujours trouvé que le mélange de toute ça, ben ça sentait Noël. Pis j’aime beaucoup Noël.
J’ai bu pas mal, pendant le party. J’avais apporté une grosse quille de Tornade aux baies
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sauvages. J’avais jamais bu ça de ma vie. C’était vraiment unguess. J’aime pas le vin pis la bière. J’aime juste l’alcool sucré. Faque Francine, la fille qui dépouille les enveloppes des guichets automatiques le matin, m’a conseillé ça, la Tornade ! Elle m’a dit : « C’est sucré, pis ça coûte pas cher ! Je bois tout le temps ça. » Faque j’ai fait comme elle. Eille, l’an passé, ça m’a coûté câlissement trop cher endrinksde fille. Tout le monde apporte leur vin ? Ben Francine pis moi, on s’est apporté une grosse Tornade aux baies sauvages !
J’avais fait exprès de pas manger beaucoup pour que ma Tornade aux baies sauvages fesse pas mal, pour qu’elle fasse des ravages sur son passage, partout dans mon corps. Eille, je me saoule rien qu’une fois par année, faque laissez-moi mon party de Noël du bureau. Y’était pas encore dix heures, pis j’étais ben benfunny. J’avais déjà toute calé ma quille de Tornade aux baies sauvages. Faque quand on m’a demandé de faire la roue, comme chaque Noël, je me suis pas fait prier. Faut dire que quand je bois, j’ai une pudeur très limitée.
« Ambroise ! La roue ! Ambroise ! La roue ! Ambroise ! La roue ! » « OK, OK. M’a la faire. »
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Après ça, c’était lasplit.
« Ambroise ! Lasplit! Ambroise ! Lasplit! Ambroise ! Lasplit! » « OK, OK. M’a la faire. »
Pis on finissait tout le temps avec mon classique : le pont.
« Ambroise ! Le pont ! Ambroise ! Le pont ! Ambroise ! Le pont ! » « Mais il me faut un mur pour descendre… » « Prends une chaise ! ! ! ! » « OK, OK. M’a le faire avec une chaise. »
Quand je bois, je fais souvent des folies. Mon élégance a tendance à aller prendre une ‘tite marche pis à me laisser tout seul. Pis je deviens hyperémotif. Je braille pour pas grand-chose, je me pends au bras de tout le monde, sans distinction aucune, pour leur dire que je les trouve importants dans ma vie. Que moi, Ambroise Masson, j’ai beaucoup d’affection pour eux. Pis surtout, je réalise que je me sens tu-seul. Que j’aimerais ça avoir quelqu’un dans ma vie. C’est ce que je dis à mes collègues, un par un.
10 Extrait de la publication
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