Dark-Side, Asylum Vampire

De

Deuxième tome de la trilogie Dark-Side de Nathy.

Le roman fait partie de l’ensemble des écrits rassemblés sous le nom d’Invictus Tenebrae. Présentation :

Cathal a été condamné par le Conseil des Ichoriens et se voit emmener dans les geôles de celui-ci. Pendant son incarcération la vie continue aussi bien pour Nelly que pour les ennemis du chevalier-vampire. Mais qui donc est réellement Adrien ? Et qui manipule dans l’ombre ? Cathal n’est pas au bout de ses surprises. Les événements l’amènent à remettre bon nombre de choses en question, même certaines amitiés vieilles de plusieurs siècles. Un second tome où le visage d’une certaine secte vampirique se précise et soulève de nouvelles questions. Un second livre de transition vers un troisième qui s’annoncera plus sanglant et révélera des personnalités inattendues.


Publié le : jeudi 12 novembre 2015
Lecture(s) : 5
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782369761822
Nombre de pages : 372
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Nathy
Dark-Side
Asylum Vampire
Livre II
Collection Pleine Lune Lune-Ecarlate Editions
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© 2014 Nathy. Illustrations © 2014 Nathy. Édité par Lune-Écarlate 66 rue Gustave Flaubert 03100 Montluçon, France. Tous droits réservés dans tous pays. ISBN 978-2-36976-036-8 Le code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou représentation intégrale ou partielle faite par quelques procédés que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit, est illicite et constitue une contrefaçon au terme des articles L,122,-5 et L,335-2 et suivant du code la propriété intellectuelle. Si vous rencontrez un souci avec notre book à cause d'un DRM veuillez nous contacter à contact@lune-ecarlate.com nous le remplacerons par un ebook sans DRM avec votre preuve d'achat.
Remerciements
Un énorme merci à Mélissa et à Lily qui m'ont aidée sans défaillir pour la difficile phase des corrections ainsi qu'à Sélène qui a bien voulu me faire une relecture. À mon compagnon qui me soutient dans mes délires d'écriture. Un grand merci aussi à tous mes lecteurs et lectrices qui m'envoient des petits mots d'encouragement.
Bibliographie
Le cycle Invictus Tenebrae Anamorphose (Rebelle Editions 2012) Lucrezia, fille d'Astaroth (Lune-Écarlate 2013) La Chasse (Lune-Écarlate 2013) Dark-Side, le Chevalier-Vampire, livre I (Lune-Écarlate 2013) Dark-Side, Asylum Vampire, livre II (Lune-Écarlate 2014)
Recueil de nouvelles fantastiques Funestes Murmures (Lune Ecarlate 2014)
Autre livre Couleur de Sang (Artalys 2013) À paraître : Dark-Side, Les Seides D'Ashtart (Lune-Écarlate 2016)
Prologue
Un soir, Cathal, un chevalier-vampire, sauve une humaine des griffes d’un de ses congénères, la jeune artiste grièvement blessée est amenée à l’hôpital. Le vampire éprouve pour la femme une attirance qu’il ne maîtrise pas et lui rend visite. Nelly tout aussi troublée que l’immortelle se laisse embrasser avant de le repousser. Seulement, l’ichorien1 ne l’entend pas de cette oreille et ne cesse de la harceler. Il la traque telle une proie. Malgré ce qu’elle ressent pour lui, elle le rejette sans cesse jusqu’au jour où le guerrier décide de prendre la situation en main et la kidnappe avec le soutien des parents de la mortelle. Il lui dévoilera tout : sa nature, ses sentiments... Aucun des deux n’est réellement capable de véritablement lutter contre cette attirance, ils vont s’aimer et se déchirer tour à tour. Une congrégation religieuse de fanatiques tentera même de manipuler la jeune femme pour qu’elle tue son amant. L’armée du Conseil mettra à profit la conjoncture pour éradiquer leurs ennemis séculaires. Cependant, un autre péril rode dans l’ombre, des membres de la communauté ichorienne disparaissent mystérieusement, un nom paraît lié à ces disparitions : Alba Demetrius, un vampire né deux cents ans avant notre ère dans la Rome antique... mais aucune des indications ne correspond. Cathal, sur l’ordre d’Edern, le prince des ichoriens, part à la recherche de cet ancien plébéien et pense au cours de ses recherches qu’une secte, Asylum Vampire, semble être attachée aux événements, mais il revient bredouille. Les retrouvailles avec Nelly sont difficiles, la jeune femme nie sa nature et refuse tout ce qui fait de lui un vampire... ce qui était à craindre finit par se produire. Cathal attaque sauvagement sa compagne et celui-ci est envoyé en prison par ses pairs. Nelly reste avec les meilleurs amis de l’Orghaar2, après avoir compris son erreur.
Chapitre I
Bien des événements se déroulèrent simultanément pendant l’incarcération de Cathal, dont un certain nombre influencèrent bien des décisions et changèrent le futur des mois suivants.
***
Cathal devint livide lorsqu’il entendit le cri de Nelly et qu’il la vit s’écrouler dans les bras d’Octavia. Il aurait voulu s’élancer vers elle, la prendre contre son torse, lui dire qu’il l’aimait, cependant de puissantes poignes et le pouvoir du prince l’en empêchèrent. Il regarda les vampires emmener celle dont il était follement épris pour l’emporter hors de sa vue, mais la moindre sensation, la moindre émotion de la jeune femme ne lui échappait pas. Il avait tout perçu : la panique de son amante, sa tristesse et son désespoir. Dès la fin du verdict, les gardes l’escortèrent sans qu’il puisse lui faire ses adieux. Après avoir été enchaîné, il fut traîné, malgré ses vociférations, jusqu’à l’avion qui le conduisit jusqu’à sa prison. Il eut beau se débattre, gronder, tenter de mordre, rien n’y fit. Cathal se retrouva sur le siège d’un jet privé. Un des vigiles lui injecta un tranquillisant afin de s’assurer qu’il ne prenne pas possession des esprits de ses gardiens. Le vol fut difficile, il semblait à Cathal que son cœur était prisonnier d’un gant d’acier tant les émotions de Nelly qui lui parvenaient le faisaient souffrir. Il se sentait impuissant tant face à ses sensations qu’à celles de sa compagne. Il serra les poings et les dents de rage lorsque les larmes lui montèrent aux yeux. Il refusait que ses geôliers puissent voir sa faiblesse. Peu à peu, la distance l’éloignait d’elle et de sa douleur, mais la sienne n’en était que plus vive, le lien qui les unissait s’atténuait. Loin d’elle, il ne pouvait plus ressentir intensément ce qu’elle éprouvait et la souffrance de la séparation en devint plus pénible, plus cruelle. Le guerrier était partagé entre deux sentiments opposés : l’amour fou pour Nelly et la haine destructrice pour cet Adrien qui avait tout fait pour les désunir. Quant à Edern, Cathal ne concevait que de la rancœur pour le prince qu’il avait servi si longtemps, et pour qui il avait sacrifié tant d’années. Après plusieurs heures de vol, l’avion atterrit quelque part dans un lieu tenu secret au milieu des États-Unis. La piste donnait sur un hangar accolé à la montagne et terminé par un couloir s’enfonçant dans les profondeurs du sol. Le jet s’avança et pénétra dans cet endroit caché de tous, un immense panneau se referma sur lui et Cathal n’eut même pas l’occasion de respirer une dernière fois l’air extérieur. Sitôt l’appareil arrêté, ses gardes le traînèrent, encore étourdi, dans des dédales de corridors jusqu’à une lourde porte blindée. Lorsqu’elle fut ouverte, Cathal découvrit pour la première fois ce à quoi ressemblait une cellule d’isolement. Une pièce quasiment nue dont le seul mobilier était un lit de fer, une table et une chaise. Sur son matelas, des effets étaient pliés et l’attendaient avec des draps et deux couvertures. Une lumière blafarde dispensait une lueur verdâtre sur les murs de béton. Dans un box, un espace intime avec un lavabo sans miroir, des toilettes et une douche. Pendant que le chevalier-vampire se dévêtait pour enfiler sa tenue de prisonnier, un papier tomba de la poche de sa veste. Résigné, il tendit ses vêtements au garde, un autre lui donna un verre de sang et la porte se referma sur Cathal. Condamné à trois mois d’isolement total, le guerrier n’aurait plus l’occasion ni de s’abreuver ni de parler à qui que ce soit. Les repas et sa ration d’eau journalière de même que son nécessaire de toilette étaient glissés quotidiennement par une trappe située dans la seule issue possible sans un mot. Commencèrent alors de longues journées de solitude, de silence que bientôt la soif rendrait plus rudes. Ce besoin vital et impérieux qui l’emmènerait peu à peu vers la démence. Cathal pensait que les quelques lignes griffonnées par Nelly qu’il avait trouvées en nettoyant sa chambre pourraient l’empêcher de sombrer. Le petit papier s’était logé sous sa couche et avait attendu qu’il le ramasse. Même si ces mots n’étaient rien, ils pourraient le soutenir pendant ces heures qui s’égrèneraient si lentement. « Mon amour, peu importe le temps et la distance, je serai toujours là à t’attendre. Pour toujours. Nelly. »
La jeune femme lui manquait, il n’avait rien d’autre que ce petit bout de papier pour se rattacher à elle et à leurs souvenirs communs. Il s’accrocha à ces quelques mots de toutes ses forces. Quelques jours après son arrivée, un bruit tira Cathal de son repos. Il n’eut pas le temps de réagir
qu’une seringue hypodermique se ficha dans son épaule. Anesthésié, il s’enfonça dans un lourd sommeil. Lorsqu’il se réveilla, il était allongé sur le sol. Celui ou ceux qui l’avaient endormi en avaient profité pour lui faire une profonde entaille à la gorge afin qu’il se vide partiellement de son ichor. Son agresseur avait pris soin de ne toucher aucune artère, seules les grosses veines avaient été méticuleusement sectionnées, il savait pertinemment ce qu’il faisait. Ainsi, Cathal s’affaiblirait plus vite et sombrerait rapidement dans la folie face à une soif brûlante et impossible à étancher. Il ouvrit péniblement les yeux et sentit le liquide poisseux lorsque ses doigts palpèrent son cou, une boursouflure douloureuse lui arracha une grimace. Quand il voulut s’asseoir, sa tête se mit à tourner, il prit appui sur le sol et découvrit que celui-ci était maculé de sang. Quelques jours après, un des geôliers dont l’absence avait été signalée fut trouvé la gorge tranchée et le cœur lacéré à son domicile. Aucun indice ne put prouver qui lui avait fait cela. Cathal avait pour seule occupation que de regarder le plafond et de laisser son esprit s’évader vers celle qui lui manquait terriblement, vers l’espace au-dehors, vers son passé de guerrier libre. Pour tuer le temps, il n’avait que deux possibilités : soit il se laissait envahir par ses pensées, soit il s’allongeait sur le sol dur et rugueux et enchaînait alors des successions de mouvements pour se maintenir en forme. Les jours passèrent lentement. Sa blessure l’avait affaibli et il ne fallut pas attendre un mois pour que le besoin de sang se fasse de plus en plus fort. Il était là, tapi, il grandissait, devenait impérieux et rien n’y personne ne pouvait l’en empêcher. Rapidement le vampire ne pensa plus qu’à ce liquide vital, à sa gorge asséchée, brûlante. Ses veines saillantes qui palpitaient au rythme de ses pulsations cardiaques. Cathal prenait sa tête entre ses mains espérant que le tambour qui cognait contre ses tempes et l’épouvantable migraine cessent, mais rien n’y fit. La souffrance et le désir urgent de planter ses canines dans une veine le taraudaient. L’esprit du vampire s’embrouillait. Parfois, le manque créait des hallucinations, il avait l’impression de voir et sentir Nelly, sa peau chaude sous ses doigts, sous ses crocs, sa jugulaire palpitante sous ses lèvres assoiffées. Il voulut saisir la jeune femme, enfoncer ses dents dans sa chair tendre et parfumée, mais une douleur vive le rappela à la réalité. Cathal s’était mordu sauvagement le bras et buvait son propre sang. Momentanément, cet acte fou calma sa soif irrépressible. Le guerrier hurla le nom de son amante, le regard dément, les lèvres retroussées sur ses longues canines proéminentes. Plus son avidité prit possession de son esprit plus le lien qui l’unissait à sa maîtresse s’étiolait et finit par se rompre. Cathal maigrissait peu à peu, la nourriture ne suffisait pas à combler ses besoins que le sang qui lui était refusé aurait dû lui fournir. Son visage s’était tant émacié qu’il ressemblait à une créature bestiale. Dès cet instant, pénétrer dans sa cellule, pour un homme ou même un autre ichorien, était signer son arrêt de mort. Déjà dangereux en temps normal, Cathal devenait un prédateur incontrôlable que seul l’apaisement de sa soif pourrait peut-être rendre à nouveau plus humain, si l’on pouvait parler d’humanité chez un tel guerrier de mille huit cents ans. Même le message que Nelly lui avait laissé n’avait pas pu lui donner la force suffisante pour lutter contre la folie qui le gagnait un peu plus chaque jour. Cathal se jetait contre les murs, ses ongles crissaient contre la paroi tandis qu’il hurlait comme un animal blessé ou acculé. Il avait déchiré ses vêtements et seuls quelques lambeaux de tissu le couvraient encore. Sa gorge était en feu, ses muscles douloureux. Souvent, des crampes tétanisaient ses membres, ses veines noircies et gonflées s’enflammaient, ses crocs constamment sortis meurtrissaient ses lèvres desséchées. Cette soif l’obnubilait, il ne pensait plus qu’à ça, à l’assouvir coûte que coûte.
***
Nelly se serait enfuie devant un tel spectacle. Aurait-elle seulement reconnu son amant face à cette créature démente qui n’aurait pas hésité un seul instant à la dépecer pour assouvir son besoin de sang ?
***
Deux mois après l’incarcération de Cathal. Edern prit la décision de passer par-dessus la condamnation du Conseil. Chaque jour, à sa demande, les gardes de Cathal lui rendaient compte de la situation et ce qu’il apprenait ne lui plaisait pas du tout. Le prince se faisait beaucoup de soucis pour l’immortel et se sentait responsable indirectement du cours des choses. Malgré leurs différends des derniers mois, Cathal demeurait un ami et le commandant des troupes du Conseil, un élément précieux pour leur communauté. Aussi ce matin là, il se rendit sur place avec deux Orghaars. Le monarque désirait constater par lui-même l’ampleur des dégâts.
Les geôliers furent surpris d’apercevoir leur souverain à l’intérieur des sous-sols de la forteresse. Ils s’empressèrent de répondre à la demande du vampire sans poser de questions. Edern découvrit Cathal au travers du soupirail, la vision qui s’offrait à ses yeux lui déplut fortement. Son cœur se serra face au funeste spectacle, il était triste de voir ce compagnon de bien des batailles dans un pareil état. Il fit signe qu’on lui ouvre. — Mais Messire, le prisonnier risque de vous attaquer... Edern se retourna, agacé, saisit l’imprudent à la gorge et le souleva. — Cathal, il s’appelle Cathal. Ouvre encore une fois la bouche et tu y entres avec moi pour lui servir de fontaine. Les yeux du garde s’agrandirent d’effroi à l’idée de pénétrer dans la cellule et plus encore devant la colère d’Edern. Cathal entendit vaguement la lourde porte de métal pivoter sur ses gonds, le besoin de sang le tenaillait tellement que tous ses sens en étaient brouillés. Sa vision teintée de rouge et floue ne lui laissait entrevoir qu’une longue silhouette aux cheveux pâles. Même son odorat et son ouïe étaient défaillants. La seule chose qu’il ressentait était cette épouvantable soif qui lui incendiait et asséchait l’œsophage, et qui l’avait affaibli au point de le rendre fou. Alors, son instinct le poussa à attaquer. Les yeux bleu outremer d’Edern se posèrent sur Cathal devenu à peine l’ombre de lui-même. Il avait face à lui ce qui restait du puissant guerrier. Émacié, le corps couvert de morsures et d’ecchymoses. Un aliéné au regard fiévreux, aux iris ensanglantés, au visage dévoré par une barbe touffue et une chevelure hirsute. Un hurlement sinistre l’accueillit suivi de grognements bestiaux. Le prince secoua la tête tristement devant la déchéance de son ami. Il espérait qu’il n’arrivait pas trop tard. Le prisonnier tenta de l’attaquer, les babines retroussées sur de longs crocs proéminents, les doigts recroquevillés tels des griffes. Edern esquiva et prit possession de l’esprit de Cathal, il parvint à le maîtriser et put enfin s’approcher. Il s’entailla lui-même le poignet et le posa sur les lèvres déshydratées de Cathal. L’ichorien se jeta sur la blessure qui lui était offerte et but goulûment. Le liquide chaud coula dans sa gorge et l’apaisa momentanément. L’ichor pénétra chaque fibre de son corps, se propagea le long de ses nerfs en feu. Plus, il en voulait plus, il gronda d’aise, mais sa fontaine providentielle le repoussa, il grogna de frustration et chercha à reprendre la plaie qui lui échappait. La volonté du prince, tel un étau, le plongea dans un sommeil réparateur. Edern resta plusieurs jours, il mordit au cou des gardes et en échange, il remit Cathal sur pieds qui recouvra la raison. Le monarque prévint le personnel de la prison : s’il apprenait que sa visite s’ébruitait, il s’occuperait lui-même du fautif..., et personne n’avait envie de se mettre le souverain des vampires à dos. En se rendant au chevet de son ami et en lui donnant de son propre ichor, Edern passa outre le verdict du Conseil. Même si ses pouvoirs allaient bien au-delà de sa simple fonction, il préférait que son entrevue avec Cathal demeure secrète.
Avant de prendre congé de Cathal, Edern lui avoua le fond de sa pensée à propos de ce qui s’était déroulé ce soir-là à la Lune-Écarlate. Jamais il n’accepterait qu’un de ses hommes, un de ses guerriers et encore moins un ami perde ainsi tout contrôle et en vienne à violenter sa compagne. Et ces derniers mots avant de partir furent les suivants. — Si tu n’es pas capable de te contenir en sa présence, quitte-la et reste célibataire, je ne tolérerai pas pareil comportement. Tu dois montrer l’exemple, toi le commandant de mes armées. Ne l’oublie pas. Puis la lourde porte se referma et Cathal retrouva le silence de sa cellule jusqu’à ce qu’il en sorte.
***
Paris, le 16 janvier — Combien de temps ? répéta-t-elle d’un ton suppliant. Nelly prévoyait le pire, c’était le cœur oppressé qu’elle attendît la réponse. Dominique s’agenouilla près d’elle, prit sa main entre ses doigts, la serra doucement et lui répondit : — Trois mois, seulement trois mois. Nous avons fait au mieux, nous ne pouvions fermer les yeux sur ce qu’il s’est passé, nous lui avons infligé la peine la plus courte... Cependant, il ne lui avoua pas que pour apaiser Adrien, et les membres du Conseil qui lui étaient fidèles, ils avaient dû négocier âprement et accepter que ce soit un isolement total. Le guerrier allait devoir demeurer trois mois sans la moindre goutte de sang... Un ichorien ordinaire aurait eu du mal à supporter une telle sentence, mais pour les Orghaars, habitués à une plus grande consommation sanguine,
rester plus de deux semaines sans s’abreuver était une véritable torture. Ils tiraient une partie de leur force de ce liquide. Elle ne vit pas le regard que s’échangèrent les vampires autour d’elle lorsqu’elle dit : — Trois mois ? Seulement ? soupira Nelly partagée entre tristesse et soulagement, cela devrait passer vite... Elle aurait voulu se montrer forte, même si la mortelle savait au fond d’elle-même que ce trimestre allait être un enfer. Elle abandonna le sofa, suivit Arius et Octavia vers le domicile de son amant. Ils rentrèrent en silence. Après une nuit blanche dans les bras de Cathal, la jeune femme dormait debout. Dès qu’ils franchirent le seuil, elle laissa le couple de Romains et regagna sa chambre, se glissa dans les draps où l’odeur de la nuit s’était attardée. Nelly serra l’oreiller de son compagnon contre elle, y enfouit son visage comme s’il s’agissait de la chevelure du vampire ou de son cou. Elle respira le parfum de santal accroché au tissu et y étouffa les larmes qu’elle ne pouvait plus retenir. La jeune femme se mit en boule et ne bougea plus, même lorsque Raspoutine sauta sur le matelas et frotta ses moustaches sur son nez. Le soir venu, elle ne descendit pas manger, elle refusait de laisser voir à ses amis ses pleurs qui lui semblaient intarissables. Épuisée, elle s’endormit. Son sommeil fut hanté par les souvenirs de leur dernière étreinte. Au milieu de la nuit, elle se réveilla désemparée de trouver le lit froid au lieu de la douceur de sa peau. Elle réalisa pleinement la réalité. Certes trois mois c’était court, mais pendant ce temps-là elle n’entendrait plus la voix de Cathal, elle ne percevrait plus ses mains la caresser, ni ses lèvres et ni ses crocs pénétrer doucement ses chairs. La profonde mélancolie se transforma peu à peu en colère contre cet Adrien qui avait voulu les séparer pendant dix longues années. Dix années l’un sans l’autre... Nelly n’ignorait pas qu’elle n’aurait pas supporté pareille absence. Elle le savait quelque part loin d’elle et s’en sentait responsable. Pour le moment, elle n’éprouvait que de la tristesse et de la haine envers le Conseil, avec le temps, ses sentiments se seraient mués en frustration, mais plus que tout c’était la sensation de vide laissée par son départ qui l’auraient tuée à petit feu. Cette séparation l’aurait brisée. L’ichorien était devenu une part d’elle-même qui souffrait à en hurler. Elle se demandait ce qui serait advenu d’eux... Cathal n’aurait-il pas perdu la raison ? Elle n’avait aucune idée de ce que pouvait représenter cet enfermement ni ce qu’allait vivre son compagnon. Elle finit par se rendormir et fut réveillée par la caresse douce d’une main dans ses cheveux, une caresse maternelle. Lorsqu’elle ouvrit les yeux, l’humaine découvrit le visage d’Octavia penché sur elle. — Nelly ? Je prendrai soin de toi, je ne te laisserai pas sombrer, je ferai mon possible pour adoucir ta détresse. Nelly croyait avoir épuisé ses larmes sur son oreiller, mais à ces mots elle s’effondra de nouveau dans les bras de son amie. Elle qui souhaitait se montrer forte et cacher son chagrin n’y était pas arrivée. — Octavia, je ne réussirai jamais, il y a à peine un mois qu’il est rentré et le voilà reparti par ma faute. J’ose à peine imaginer ce qu’il endure là-bas dans cette prison. Je me sens coupable, j’ai été si bête... — Mais si, tu y parviendras, on fera tout ce qu’il faut pour. Tu vas commencer par sécher ces larmes, Cathal ne voudrait pas te voir pleurer. Nelly finit par se lever et se glissa dans un bain chaud et parfumé. Elle y resta jusqu’à ce que l’eau devienne froide et la fasse frissonner. Elle quitta la baignoire et attrapa une serviette sentant bon le santal. Un bref instant elle serra l’éponge moelleuse contre elle, ferma les yeux et se laissa envahir par la douce fragrance. Elle se sécha, s’habilla et retrouva ses amis au rez-de-chaussée où ils l’attendaient pour le déjeuner. Cette première journée semblait passer au ralenti pour Nelly, elle avait l’impression de se mouvoir dans une réalité alternative, comme emprisonnée dans un nuage de glace. Les jours suivants ne furent guère mieux. Nelly se replia sur elle-même, elle en vint à ne plus se lever, elle restait les yeux perdus dans le vague, l’oreiller de Cathal serré contre sa poitrine, enroulée dans les draps qui avaient connu leur dernière nuit ensemble. Après une semaine à la voir peu à peu s’enfoncer dans ce désarroi, le couple de Romains, excédé, décida de prendre les choses en mains. Nelly eut beau pleurer, geindre, crier, ils la sortirent du lit, mirent les draps et oreillers au lavage et Nelly sous la douche. — Bouge-toi ! Cathal ne voudrait pas que tu sois comme ça ! Ce n’est pas en te laissant mourir à petit feu que ça ira mieux. Dans moins de trois mois, il te serrera dans ses bras. Si tu n’es plus là, il deviendra fou. Allez ! Remue-toi ! l’invectiva Octavia. Aujourd’hui tu vas descendre manger et cesser de te comporter comme une gamine capricieuse.
Chaque matin, Octavia venait la tirer du lit et la forçait à réagir, elle la conduisait elle-même jusqu’à la salle de bain puis l’obligeait à se nourrir. La vampire comprenait parfaitement le profond désarroi de la jeune femme. Malgré la distance entre les deux amants, chacun d’entre eux sentait faiblement la souffrance
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