De l'Emigration , par un émigré

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Le Normand (Paris). 1820. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8°, 34 p..
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Publié le : samedi 1 janvier 1820
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A PARIS,
DE L'IMPRIMERIE DE LEBÉGUE,
RUE DES RATS, No. 14.
DE
L'ÉMIGRATION-,
PAR UN ÉMIGRÉ.
A PARIS,
Chez LE NORMAND, Imprimeur-Libraire,
rue de Seine, n° 8.
1820.
AVANT-PROPOS.
L
ES journaux ont annoncé , il y a quel-
ques jours, une relation de la descente
à Quiberon, précédée d'une Notice sur
l'Emigration, par M. Villeneuve la Ro-
che Rarnaud, échappe de ce désastre.
Je ne connais point cet ouvrage; et
les réflexions que l'on va lire étaient
écrites long-temps avant cette annonce
plusieurs personnes pourraient l'affir-
mer. Les insultes répétées chaque jour
dans les feuilles prétendues libérales,
contre les Emigrés, m'ont donné l'idée
de les publier. La cause de l'émigra-
tion n'est point, comme elles vaudraient
le faire croire, la cause uniquement de-
la noblesse; toutes les classes de la so-
ciété y ont pris part. La défendre est
donc bien mériter de toutes.
Il est possible, et même probable,
que M de Villeneuve et moi nous nous
ij
rencontrerons sur beaucoup dé points ;
ce sera une preuve de plus de la vérité
dé ce que j'avance. Si nous ne sommes
pas d'accord sur d'autres, cela pourra
dépendre des différentes positions dans
lesquelles nous nous serons trouvés. Je
laisse à mes compagnons d'armes et
d'infortune, aux nobles chefs sous les-
quels nous marchions, et les Princes
chéris dont nous défendions la cause,
à juger lequel de nons deux aura mieux
connu les causes et le but de ce noble
élan de la fidélité et du dévouement.
S'ils daignent me lire , les Membres
illustres de cette famille pour le ser-
vice de laquelle, dès mes plus jeunes
années, j'ai brûlé de répandre mon
sang, prêt encore aujourd'hui à couler
pour eux, et que ces faibles efforts
d'une plume peu exercée leur parais-
sent dignes d'approbation, j'aurai reçu
la récompense la plus précieuse que
mon coeur puisse désirer.
DE
PAR UN ÉMIGRÉ
L
ÉMIGRATION offre cela de particulier, que,
causée uniquement par le sentiment, elle est
jugée par le raisonnement, et, condamnée par
-gens de tous les partis et de toutes lespj^jpnp,.
Les uns n'y voient qn'une lâcheté, nne
trahison de la cause royale, que les Emigrés
disent-ils , devaient défendre et non abandon-
ner Les autres (et cesont ceux qui.en disent
le moins de mal) y. voient un enthousiasme
irréfléchi pour un faux point d'honneur suite
du caractère, léger, si sonvent reproché à la.
National surtout à la noblesse française. On l'a
vue attaquée jusque dans la tribune des repré-
sentans de la Nation: et par qui? grand Dieu
(2)
Par cette espèce d'accord de l'opinion, la
cause de l'émigration est-elle jugée en dernier
ressort et sans appel ? je ne le pense pas. Parmi
ceux qui en parlent, les uns veulent tromper
le public, les autres se trompent eux-mêmes, et
tous confondent ce qui doit être séparé établis-
sent comme vrai ce qui est au moins douteux,
et ne jugent enfin que sur l'événement.
Pour prouver combien tous ces jugemens sont
erronés, il né faut qu'exposer les faits dans leur
exactitude; mais, afin de nous mieux entendre,
commençons par poser elairement la question,
en la réduisant à là plus simple expression.
L'émigration pouvait - elle, ne pas avoir
lieu ? et ne fut-elle pas, au contraire , com-
mandée par le devoir ? Première- question,
Quel était le but de l'émigration ? et quel
devait en être le résultat ? N'était - elle pas le
seul moyen 1 de sauver le Roi ; là Royauté et la
Patrie? Seconde question.
Si, dans cette discussion ; je suis forcé de sou-
lever le voile que l'histoire déchirera, de de-
vancer quelques-uns des jugemens que là pos-
térité prononcera, le blâme doit en retomber
sur ceux qui ne cessent d'insulter à ce que la
(3)
fidélité a jamais présenté de plus noble , le dé -
vouement de plus sublime
L'émigration doit être ,, ainsi - qu'elle le fut
effectivement |partagée en trois époques.
La première; avant 91 , je n'en parle pas ;
peu nombreuse , sans but , sans calcul , c' étaient
quelques victimes plus spécialement menacées ,
qu£ fuyaient le ferdes assassins .
La seconde , à la fin de 9e cest celle que
j'appelle spécialement l'émigration militaire. :
■elle fut la plus nombreuse , et décida la troi ¬
sième qui eut lieu en 1792
Depuis le commencement de la révolution ,
Louis XVI avait montré une volonté ferme et
constamment soutenue , de s'interdire toute ré -
sistance armée aux attaques : continuellement
répétées par les factieux, contre sa personne et
son autorité, et avait défebdu ses serviteurs
les plus dévoués toute tentative qui pût y con -
duire Personne n'ignore que lèsnombreuses
propositions qui lui furent faites à ce sujet ,
dépuis M . le maréchal de broglie , en 89 , jus -
qu'au malhereux voyage de Varennes , furent
inutiles et n'éprouvérent sa - part que des re -
fus, ou des ordres formels de rester tranquilles .
(4)
Cependant , fidéles et dévoués ,les officiers de
toutes les armes , espérant par leur présence
contenir leurs soldats et conserver dans l'armée
la discipline, l'obéissance et la fidélité, étaient
tons restés à leurs postes , malgré les dégoûts ,
les humiliations dont on les abreuvait chaque
jour ; ils avaient bientôt éprouvé combien le dé-
vouement était mutile, et que, quand un régi -
ment avait en quelque occasion fait preuve de
fidélité, ou même d'obéissance , quinze jours,
un mois , ne se passaient pas sans qu'il s'y ma ¬
nifestât .une insurrection , dans laquelle les
chefs et les officiers les plus marquans couraient
presque toujours risque de la vie. Ceux qui ont
suivi à cette époque la marche de la révolution
serappelleront facilement cette vérité les autres
peuvent consulter les journaux du temps , qui
en feront foi.
. L' Assemblée constituante continuait cepen ¬
dant, par Ses opérations désastreuses, à. saper
tous les fondemens de la société et toutes les ba ¬
ses de lamonarchie ; et ses membres, jouets eux -
mêmes de factieux plus adroits, qui se cachaient
encoredans l'embre mais qui devaient bientôt,
plus audacieux , se monttre à découvert et exé -
(5)
cuter tous leurs projets , poussèrent si loin leur
attentat à l' autorité souveraine , que le vertuex , ;
le patient Monarque voulut lui - même se sous -
traire à la funeste influence que leurs satellites
stipendiés exerçaient dans la capitale , et se dé ¬
cida à s'en éloigner.
le manifest
de son départ , prouva à tous les Français , à toute
l' Europe , qu' il n'était pas libre . Quand, après son
arrestation à Varennes , qui violait toutes les
lois même faites par l' Assemblée , il eut été ,
contre le droit qui appartenait au plus simple
particulier, ramené prisonnier à Paris , cette As .
semblée , usurpatrice de tous les pouvoirs , dé
créta un serment à la nation et à la loi: à la na -
tion , c'est - à - dire Jacobins ; à la loi qu'on faisait
et défaisait tous les, jours ; serment enfin dans
lequel le nom du Roi nétait pas même inséré
L'opinion sur le serment à eté part âgée , je le
sais . Je n'ignore pas qu' un noble chevalier fran -
çais qui s'était montré l'un des plus fermes
comme l'un des plus éloquens défenseurs du
trône , M. le vicomte de Cazalès , a dit et mêirne
écrit qu'on devait le prêter : l'utilité politique
lui avait sans doute dicté cet avis ; mais en mo -
( 6 ) )
rale il n' est pas permis de faire un petit mal
pour opérer un grand bien. Les officiers fran -
çais , d' ailleurs , ne connaissaient point encore la
doctrine si fatale, si pernicieuse et pourtant si
préconisée depuis, que l'obligation qu' impose
un serment n' est que conditionnelle et assujétie
à l' empire des circonstances; ni cette autre non
moins funeste du Gouvernement de fait: ils ne
connaissaient de nation que celle soumise au Roi ,
de chef que lui, de Gouvernement que le sien ; et
leur conscience répugnait à prêter de bouche tin
serment que leur coeur eût pu hésiter à" tenir."
À quoi, d'ailleurs, eut servi cette espèce de
machiavélisme, et croit - on que ceux qui, ayant
en main tous les pouvoirs , n' étaient effrayes
d' aucun crime, et voulaient à toute force les
chasser, n' eussent pas trouvé d'autres moyens si
celui - là u' eût pas réussi en masse ? La grande
majorité des officiers alors en activité de service
refusa donc le serment, et quitta des places que
leur conscience né leur permettait plus de garder.
Conduite par un seul sentiment , la fidélité ,
mue par un seul désir, délivrer leur roi de la cap ¬
tivité, et la Patrie de l'horrible tyrannie que les fac-
tieux faisaient peser sur elle ,ils frémissaient
(7)
l'idée qu'ils allaient devenir inutiles. Regardant
alors autour d'eux , et convaincus aue tout moyen
d'agir dans l'intérieur était impossible , ils virent
qu'un seul point de ralliement leur était offert ,
et ils y courent en dépits de tous les obstacles .
Hors de France , non loin de la frontiere , se
trouvaient rétinis et les Princes fréres du roi
prisonnier , sortis par ses ordres , et auxquels
pendant sa captivité appartenaient de droit
gouvernement de l'Etat et le commandement
des armes ,et le géneral auquel le Roi lui6méme
Venait de confier le sourdesa personne, et dont
la fortune avait si cruellement trahi le zèle | et
le Nestor des guerriers français avec ses enfans,
ces trois générations de héros dont le nom rap-
pelle tout ce quel honneur eut de plus pur la va-
leurde plusbrillant et lemalheur de plus déchi-
rant. Sous de tels chefs qui les appelaient les ofir-
ciers françai pouvaient ils craindre de s'égarer ?
Ils y coururent en foule et leur dirent, comme
jadis le vieux Munich : « Nous n'avons plus de
« maitre, nous n'avons plus de Roi. Vous etes
« nos chefs, les seuls que nous puissons recon-
« naître ; nous vous servirons avec le meme zele
« le meme dévouement que nous l'avons servi
( 8 )
« ou pluôt sous
« encore, il n'est mort ! mais une troupe de
« factieux le tiennent captif, et font gemir la pa
« trie, sous le plus effroyable ,despotisme. Don-
« nez-nous des, armes ; mettez-vous à notre tête
« et marchons combattre les rebelles,, rendre la
« liberté à notre Roi,et délivrer notre Patrie, »
Oui, tels furentet la cause, et le but de l'Emi-
gration militaire. Voilà ce que les Emigrés allaient
chercher horsde France, et non comme on, l'a
faussement dit, et comme, on le répète encore
faussement, mendier les secours et l'intervention
des étrangers.
Non-seulement ils ne la désiraient pas, mais
ils la redoutaient. Ce n'est qu'avec peine qu'ils
se sont vus forcés de demander, en seconde li-
gne, des troupes
leurs operations, et suelement en qualité
d 'auxiliaires.Jamais ils n'ont eu le projet de
faire la guerre à une patrie pour laquelle ils
avaient déja tant de fois versé leur sang, mais
bien aux rebelles, aux factieux qui la tyranni-
saient, et seulement à eux. Ils sentaient, que la
présence des troupes étrangères, le but ultérieur
que l'on pourrait leur supposer, ne pouvaient que
( 9 )
nuire une canse sibelle, sinoble, si -sainte;
qu'elle eût rallié la france entière et l'armée au,
drapeau blanc, que l'on eût vu flotter seul sur les-
campagnes de la France ; et les Princes y dignes
descendans d'Henri IV et de Saint Louis , les,
Princes à la tête desquels on voyait ce même Roi
rendu à notre amour, ce Roi à qui nous devons
la Charte et à qui la France devra le bonheur,
bpM aient de répondre à ce cri de l'honneur et
de la fidélité.
J'en appelle à toutes les puissances ; que les
Souverains, leurs mionistres leurs généraux
sent aujourd'hui ce qui leur fut alors dit, répété,
écrit, demandé par les Princes et les Emigrés ; et
l'on pourra juger des hommes que l'on ne cesse
de Calomnier, etpour qui le plus noble des dé-
vouemens est devenu sinon; un sujet d'opprobre,
du moins un motif de réprobation;
Les Emigrés militaires ont fait, en allant se-
réunir sous les ordres des Princes frères du Roi,
la seule chose qu'ils pussent, qu'ils dussent faire.
Ils 1'ont faite avec le seul but qu'ils devaient avoir,
délivrer le Roi et sauver la, patrie ; j'insiste sur
cette vérité, qui va recevoir un plus grand déve-
loppement
( 10 )
Les Emigrés, du moins la plus grande partie
ceux qui étaient en âge de réfléchir, ne dissimu-
laient aucun des dangers qu'ils couraient.Ils sa-
vaient qu'ils laissaient à la merci des factieux
parens, femmes ; enfans, fortunes, rien n'a pu
les arrêter.
Sans doute ils devaient cro
rains de l'Europe y guidés par les considérations
d'une haute politique , sentiraent le prix dé tant
de sacrifices, et combien il était important pour
eux tous de facilitér
me les moyens d'exécuterson noble 5 projet
combien il leur importait à tous de raffermir
sur la têtede LouisXVI une couronne prête à
tomber, et d'arrêter dans sa sourcele torrent
révolutionnaire, quidéjàmenaçaitde les englou-
tir tous ( cequi serait arrivé si un homme n'eût
osé concevoir et su exécuter d'en détourner tra-
ms tant le cours à son profit ). Un seul d'entre
lesRois parutpénétré de ces grandes vérités, les
Jacobins tremblèrent, il fut assassiné.
Ne sachant pas encore , et ne pouvant pré-
voir ce qu'une funeste- expérience ne leur a que
trop appris, les Emigrés, par l'organe de leurs
chefs naturels, les Princes, s'adresserontaux

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