De l'Esprit de parti. Dédié à l'esprit public, par Constans

De
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Pélicier (Paris). 1814. In-8° , 35 p..
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Publié le : samedi 1 janvier 1814
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DE
DEDIE
La France a recouvré son monarque et ses lois,
Et la cour de Louis est l'école des Rois.
CHEZ PÉLIC1ER, LIBRAIRE,
première Com- du Palais-Royal, n°. 10.
NOVEMBRE.— 1814.
15
MAIS où vous tenez-vous? J'ai
couru les Cafés , les Estaminets, les
Cabinets Littéraires , les Cercles ; j'ai
vu les Auteurs , les Journalistes. Des
oisifs , distribuant , pour passer le
temps , des Couronnes et des Provin-
ces , en prenant leur demi-tasse; des
fumeurs, disputant sur un coup de
bille , et arrachant, avec leurs éperons
d'un demi - pied , les falbalas des fem-
mes ; des gens du bon ton , voulant
être Anglais , et des patriotes, vou-
lant rester Corses ; des hommes en
place , plus royalistes que le Roi ; des
Ecrivains , courant après l'esprit ....
du jour, pour lâcher quelque brochure
bien piquante , qui leur donne à dîner ;
des Gazetiers, se sentant usés, et
croyant se réchauffer en soufflant des
bulles de savon, et répondant à des li-
belles que peu de gens ont lu, et que
chacun méprise, n'ont pu me donner
de vos nouvelles. Seriez - vous encore
émigré? Dois-je prendre le paquebot
pour vous aller chercher? Mais je me
ravise : je n'ai point encore vu la saine
Bourgeoisie et le franc Militaire ; je vais
faire ma ronde , et , à mon retour , je
finirai mon Epitre
Paris, le 2 novembre 1814.
DE
L'ESPRIT de corps mène à la gloire; l'esprit
de conquête à la défaite ; l'esprit de parti à
l'anarchie.
Une légion, affoiblie par la victoire, pliant
sous le poids des lauriers qu'elle vient de
cueillir, et qui lui ont coûté les trois quarts
de ses braves, se recrute de nouveaux sol-
dats. Cette jeunesse, timide et sans expé-
rience, s'arrache, la larme à l'oeil, de ses
loyers, qu'elle croit saluer pour la dernière
fois. Elle s'éloigne à pas lents, tournant sans
cesse ses regards vers cette flèche religieuse
I
(2)
dont l'aspect réveille en son sein une foule
de sentimens et de souvenirs. Elle ne re-
verra plus cette pyramide funèbre, autourde
laquelle reposent ses aïeux. Elle n'entendra
plus l'airain sacré annoncer la naissance
d'un frère, ou l'hymen d'une soeur. On l'en-
traîne à l'armée ; elle approche de sa desti-
nation ; elle approche du trépas. Déjà s'offre
à ses yeux la redoutable caserne : elle ar-
rive ; elle entre au corps. Le jour de sa ré-
ception est un jour d'épreuve. Le premier
moment est pour les regrets; le second pour
l'espérance. Le sang français coule dans
ses veines : elle se rappelle qu'elle entre
dans la carrière de l'honneur. Les vétérans
de la gloire, qui deviennent ses camarades ,
lui racontent les mémorables journées aux-
quelles la légion a assisté, les avantages
qu'elle a remportés, les actions d'éclat qui
l'ont l'ait distinguer. Cette jeunesse s'élec-
trise ; elle prend l'esprit de corps, et cet es-
saim d'adolescens devient une pépinière de
héros.
Ce jeune patricien, que la fougue des
passions et la séduction de l'exemple en-
traînent dans des écarts que réprouve la
(3)
sagesse et qu'excuse son âge , est en vain
ramené à une conduite plus régulière par
les tend res avis d'une mère qui ne fut
jamais que son amie -, par l'exemple d'un
père qui honore son état autant qu'il en
est honoré, par les sollicitations d'une fa-
mille qui veille à son bonheur- Le cri des
passions l'emporte sur la voix de la ten-
dresse : il est déjà sur le bord du précipice :
ses prodigalités vont épuiser sa fortune,.ses
Veilles, sa santé. Mais il est destiné à la ma-
gistrature : ses cours ont été brillans ; il va
en recueillir le fruit. On sollicite pour lui la
survivance de la charge d'un père qui l'a
illustrée par de longs service? le Roi l'ac-
corde ; le jeune homme devient magistrat.
A l'instant tout change à ses yeux : le pre-
mier pas qu'il fait vers le sanctuaire des lois,
est un pas vers la vertu- Il songe qu'il va
prononcer sur la fortune, sur la vie de ses
Concitoyens ; qu'il sera peut-être appelé à
l'insigne honneur de discuter les intérêts du
Prince et ceux de l'Etat, (intérêts toujours
indivisibles;) il se pénètre de tout ce qu'il
faut de lumières, de sagesse et de vertu, pour
remplir un si beau sacerdoce. Ce portrait
(4)
du magistrat, dont il se forme à l'instant l'i-
dée , il en trouve le modèle dans tout ce qui
l'entoure : il prend l'esprit de corps, et
l'hermine fait d'un Alcibiade un Caton.
Ce souverain, qu'une fausse ardeur de
gloire porte au-delà de ses limites, détruit
l'équilibre de puissance adopté par tous ses
voisins. Par cela même, il se fait de chacun
un ennemi ou un rival : le plus fort d'entre
eux lui opposera une résistance ouverte ; le
plus faible n'agira qu'indirectement, mais
non moins efficacement. L'esprit de con-
quête, quelques avantages obtenus par le
nombre, engagent cet ambitieux sur le terri-
toire ennemi;»il croit que rien ne peut lui ré-
sister, et ses projets d'envahissement s'agran-
dissent en proportion de ses succès. Mais l'en-
nemi vaincu a rallié dans une juste coalition
tous les souverains intéressés, comme lui, à
s'opposer à un accroissement de puissance
qui leur seroit tôt ou tard fatal; ils ont joint
leurs forces aux forces de l'opprimé ; les
peuples conquis ou subjugués, baissant à re-
gret leurs fronts devant le vainqueur, n'at-
tendent que le signal pour délivrer leur ter-
titoire de sa présence. Ce signal est donné :
(5).
le conquérant est enveloppé de toute part ; il
ne doit son salut qu'à sa fuite, et sa fuite qu'au
courage de ses légions. Ses généreux défen-
seurs, après avoir tant de fois exposé leur vie
pour la gloire de leur maître, font volontaire-
ment le sacrifice de leurs jours pour sauver les
siens. La retraite de la'plus'belle armée n'est
plus qu'un enchaînement de combats et de
privations, qui réduit à une poignée d'hom-
mes, blessés ou exténués, cette phalange
éclatante de vigueur et de courage. Déjà la
défaite de ce téméraire a ranimé le courage
de l'ennemi, multiplié ses forces et réveillé
ses prétentions ; cet ennemi, de vaincu de-
venu vainqueur, d'attaqué devenu aggres-
seur, fond à son tour sur le territoire de
l'ambitieux : et ce n'est que par la plus dé-
plorable expérience que celui-ci apprend
que, pour bien gouverner,il faut gouverner
en paix; que l'art le plus difficile est celui
de régner et non de conquérir; qu'enfin
l'esprit de conquête mène toujours à la
défaite. - ■
Ce peuple, dont le plus juste et le plus
pieux des Rois voulut faire le bonheur, abu-
sant d'une liberté qui lui- étoit accordée
(6)
pour l'affranchir d'un déficit dont l'origine-
remontait à plusieurs générations , voulut
se gouverner lui-même. Il ne reconnut pas.
cette sublime générosité du monarque qui,
oubliant qu'il étoit Roi pour se souvenir
qu'il étoit père, appelant de tous les points de
la France les chefs de la grande famille pour
les consulter sur les grands intérêts de la pa-
trie, donnoit à la nation la preuve la plus
sensible de sa tendresse paternelle. Ce peuple
n'écouta plus que la voix de ces chefs ; ceux-
ci se crurent aussitôt destinés à le gouver-
ner, et par cette cruelle erreur lé plongèrent
dans l'abîme où le bras vengeur de la justice
divine l'a tenu précipité pendant vingt-cinq
ans, et dont elle ne l'a retiré que lorsqu'elle
l'a crususffisamment pu ni, et pour toujou rs re-
venu du sot orgueil de se gouverner lui-même.
Ces prétendus chefs de la nation n'étoient
pour la plupart coupables que d'une aveugle
confiance, et d'une trop grande facilité à
se laisser séduire ; ils ne firent le mal que
parce qu'ils vouloient le bien. Les factieux
qui les égaroient se gardaient bien de laisser
entrevoir le but de leurs efforts ; loin de
paroître vouloir attenter à l'autorité Royale,
7)
ils s'en déclaroient au contraire les plus
zélés défenseurs ; le miel étoit sur leurs
lèvres, le fiel étoit au fond de leur coeur.
Alors comme aujourd'hui, ces perfides amis
du peuple protestoient sans cesse de leur
dévouement à l'autel et au trône, et assu-
roient que ce n'étoit que pour lès rendre à
toute leur pureté, à tout leur éclat , qu'ils
dénoncoient les ministres , qu'ils dénon-
çoient les abus. C'est ainsi que cette assem-
blée , uniquement convoquée pour aviser
aux moyens de soulager le peuple, et par
conséquent de réduire l'impôt, dénaturant
son mandat, devint constituante de consul-
tative qu'elle étoit, et dicta des lois à celui
de qui elle auroit dû en recevoir ; la plus
belle conception devint la source des plus
grands désordres ; un foyer de lumières
devint un loyer de discorde; les hommes
les plus purs n'écoutèrent plus que la voix
des passions : tout se pervertit, parce que
l'esprit de parti s'empara d'une partie de
l'assemblée , et finit par y dominer. Ah ! si
déployant une juste sévérité , le meilleur
des Rois eût fait exécuter d'autorité la loi
sur le timbre et celle sur l'impôt territorial ;
(8)
si, à l'exemple de son prédécesseur, il eût
frappé de proscription des sujets trop or-
gueilleux d'une vaine prérogative, il eût
sauvé la France et lui-même ! Mais les dé-
crets éternels en avoient autrement ordonné,
et la palme du martyre lui étoit réservée
dans les secrets de la providence.
Terre de là Vendée! terre à jamais sacrée!
vous sûtes repousser cesperfides suggestions.
Aux déclamations pompeuses de la philan-
tropie , vous opposâtes les dogmes saints de
l'évangile , votre foi à leurs sophismes , et
vos faux à leurs armes. C'est dans le sein
de vos entrailles que se réfugièrent la reli-
gion et la royauté bannies de la France :
les ministres persécutés d'un Dieu de paix,
les dignes serviteurs d'un Roi légitime , se
jetèrent dans vos retraites. Vous n'aviez
point de basilique, point de palais à leur
offrir ; un banc de verdure sous un chêne
antique , un lit de fougère sous le toit d'une
chaumière , suffisoient au saint sacrifice, au
délassement de la journée. Ces généreux
confesseurs s'arrêtoient au pied de la pre-
mière croix qui s'offroit à leurs regards ;
ils revêtoient les habits sacerdotaux, dis-
(9)
posoient les vases sacrés ; le mystère com-
mencoit au milieu de la plaine, et c'é-
toit presque toujours les premiers rayons
de l'aurore qui éclairaient la consécration.
Le peuple , tombant la face contre terre au
moment où l'hostie s'élevoit dans les airs,
prononçoit en choeur le serment de mourir
pour la Religion et le Roi, et de pardonner
à ses persécuteurs ; les guerriers agitoient
leurs armes et colloient leurs lèvres sur le
signe auguste de notre rédemption qui for-
moit leur seule parure. O sublime religion !
O pouvoir du culte chrétien ! Vous seuls
pouvez donner aux timides mortels ces hé-
roïques vertus ! Vous seuls pouvez les rendre
si foibles devant Dieu , si forts devant les
hommes. Ah ! s'il falloit citer tous les traits
de courage qui honorèrent cette sainte lutte
du ciel contre l'enfer , l'histoire remplirait
ses pages, et le merveilleux feroit douter de
sa sincérité. Généreux Vendéens ! vous fûtes
vaincus, mais non subjugués. Si vos mains
affoiblies par les fatigues et la misère d'une
guerre d'extermination, laissèrent tomber
vos armes glorieuses , vous n'en conservâtes
pas. moins dans toute sa pureté ce feu sacré
(10)
dont vous aviez reçu le dépôt. Soyez à ja-
mais bénis ; soyez à jamais les fils aînés de
la France , comme le Roi l'est de l'Eglise !
Que les noms de BOURBON et de VENDÉE.
soient désormais inséparables ! Vous fûtes
les derniers à vous soumettre aux tyrans ,
soyez les premiers à obéir au Roi., Si dans
nos troubles politiques vous avez su fermer
l'oreille à l'esprit de parti ; dans notre régé-
nération monarchique , qu'il soit à jamais
exilé de votre terre , et qu'une soumission
entière à la loi, au Monarque, soit le plus
précieux gage de votre amour pour lui.
Après s'être agités et divisés pendant trois
années, après avoir épuisé tout ce que peut
l'esprit de parti ; les membres de cette assem-
blée , qui formoient vingt factions mais qui
-ne se présentoient que sous deux couleurs,
dominantes , celle du Roi et celle du
Peuple,songèrent à terminer leurs travaux,
et à transmettre à leurs successeurs cette
énorme tâche de mettre en activité cette
constitution dont ils venoient de jeter les
bases. Leur règne finissoit, parce que leur
considération déclinoit chaque jour : ils
avoient tout promis au peuple, et le peuple
(11 )
n'avoit que perdu. Des lois et puis des lois
entravoient journellement la marche des,
administrations et des tribunaux ; l'ordre
public étoit à chaque instant troublé ; la
justice chaque jour paralysée. La France
étonnée se demandoit ce qu'avoient fait de
bien ses députés : elle alloit ouvrir les yeux,
reconnoître son erreur, et peut-être révo--
quer son mandat, quand l'assemblée légis-
lative succéda à l'assemblée constituante,
La nouvelle sentit que l'autre étoit usée; elle
voulut prendre de l'énergie , et l'on sait où
cette énergie la conduisit ! La convention
nationale qui lui succéda, brisant tous les
liens, rompant toutes les mesures, osa.........
Oublions le passé, la Religion le prescrit et
le Roi le demande. Le sujet le plus fidèle ,
celui qui sait le mieux servir son prince -, est
celui qui sait le mieux obéir.
Devenus républicains , les Français se
crurent régénérés ; tout soldat se crut un
César , tout législateur un Solon -, tout clerc
un Dèmosthènes ; l'état ne comptait plus
dans son sein que des Cicèron, des Quin-
t'dien, des Tite-Live, des Tacite ; mais ces
grands hommes ne duraient qu'un jour ; le

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