De l'esprit du gouvernement économique , par M. Boesnier de L'Orme...

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Debure (Paris). 1775. VIII-436 p. ; in-8.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1775
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DE
L'ESPRIT
DU GOUVERNEMENT
ÉCONOMIQUE.
D E
L'ESPRIT
BU GOUVERNEMENT,
ÉCONOMIQUE
ÏA H M. BOESNIEK D E L*O R M E«
Prix -4 liv- i o fols broché.
A PARIS,
Chez D E B Ù R E Freres Libraires quai des
Auguftins .près la rue Pavée.
M. DCC. LXXV.
'-Avec r Du
TABLE
DES,
CHAPITRES.
Uiscours Préliminaire. page i
Chapitre I. Du Droit de propriété. ij
Chap. I I. De l'origine de la Société. 3 0
CHAP. I V. Des Arts & des Manufactures.
4a
Chap. V. Du Commerce. 49
Chap. VI. De Vunion des différens tra-
vaux 0 des différettes fonc7ions de la
Chap. VIL De la fonction du Gouver-
nement.
Chap. VIII. Des avantages de la diftri-
bution inégale des propriétés foncières:
S7
Chap. IX. De la maniere dont s'exerce
le Droit de propriété dans les Etats
polices. 6g
y} TABLE
Çh a p. X. De Pufage de la Monnaie. ^4^
Chap. XL Du Commerce ou de la Cir-
culation intérieure, 6y
Chap. XII. De la valeur relative des.
Denrées. 77
Chap. XI IL De la Concurrence. 84
Ch A P. XI V. Du Commerce extérieur.
Chap. XV^ De la valeur relative des
Denrées 3 par rapport. au Commerce
exterzeur.
Ç h a P. X V I. De la concurrence *parrapr
port au Commerce extérieur \q%
Çhap. XVII. Du Commerce extérieur 9
par rappprt h l'intérêt particulier 4e%
Du Commerce extérieur,,
par fies
clajfes d'Un Etat.
Çhap. JC IX. Du Commerce, extérieur
par rapport à la population &r a la
Çhap. XX. De la balance du Commerce,
Ç h X^I, iqins du Commerce >
par rapp ort a là richejje d'un Etat.
Ç h a p. X X 1 1. Des prohibitions. 1 6 l
ÇliAP. XXIIL De la prohibition
DES CHAPITRES, vij
merce extérieur des Grains.
Chap. XXIV. Des prohibitions par
rapport aux Manufactures. 1 1 s.
Chap. XXV. Des prohibitions, par
rapport à la Navigation. 2.2,3
C H a p. XX V I. Des Droits fur V impor-
tation ô l'exportation des Marckan-*
Chap. XXVII. De la valeur intrinféque
des denrées par rapport au Commerce
extérieur. 2, 5 o
Chap. XXVIII. Des Colonies. 25 S
Chap. XXIX. Quel feroit davantage
ou le défavantage d'un Royaume^ qui
rend f oit le premier, à fon Commerce 3
une liberté & une immunité complete.
C H A P. XX X. De l* inégalité des rickejfes
dans les Pays conmerçans.
C H A P. X X X I. Dt l'excès dans l'inéga-
lité des propriétés foncières dans les
grands Etats, 300
C 11 a p. X X X 1 1. Des moyens de corriger
l'excès dans l'irJgalité des propriétés
foncières. 3 1 7
Chap. XXXIII. Du Revenu national.
Chap. X X X I V. Du Revenu des Pro-
priétaires des terres,
vu) TABLE DES CHAPITRES.
Chap. XXXV. De la nature de l'Impôt.
Chap. XXXVI. De la bafe naturelle de
l'Impôt.
Chap. XXXVII. De l'Impôt fur les con-
fommations,
Chap. XXXVIII. De l'Impôt defup-
plément. 357
CH ap. JCXXIX. De l'Impôt fur les con-
fommations s par rapport au Commerce,
Chap. XL. De l'Impôt fur les confom-
mations de la Capitale. 38.6
Chap. XLI. Des caufes de la quantité
plus ou moins grande d'argent dans un
Etat.
C H A P. X L I I. De la quantité de l'argent
dans un Etat par rapport à la richejjh
réelle à la population.
Chap. XL 1 1 1. Du Crédit..
Chap. X L I V. De; Emprunts publics.
417
4z5
DISCOURS
A
DISCOURS
PRÉLIMINAIRE.
SI je difois, le but de toute Société poli.;
tique doit être de s'enrichir; bien des gens
ne regarderoient-ils pas un pareil principe
comme capable de corrompre à la fois les
mœurs de ceux qui gouvernent & de ceux
qui font gouvernés ,de porter les hommes à
tous les excès de l'avarice & du luxe &
d'entraîner les Peuples dans les fuites fu-
neftes de ces excès ?
Cependant ce principe, bien entendu)
;fe trouvera peut-être auffi conforme aux
loix de la plus ,faine morale, qu'aux vues
de la plus fage politique peut être au
D I S C O U RS
moins trouvera-t-on ma propofitionymoins
téméraire quand j'aurai ajouté que je
regarde le travail des citoyens comme le
feul moyen d'enrichir un Etat & l'obfer-
vation confiante de la juftice comme
le feul moyen d'encouiager le travail des
citoyens..
On donne le nom de richejfes à tout ce
qui peut être l'objet du droit de propriété.
à toutes les productions de la Nature &
des Arts, dont la jouiflance peut être utile ou
agréable. L'homme comme individu, ne
peut être heureux que par cette jouiflance:
la Société, qui n'eft que la collection des
individus ne peut être heureufe à fon
tour que par les mêmes moyens & de
la même manière.
Mais depuis qu'une balance plus égale
établie au prix dé tant de fang, entre les
différentes puiflànces de l'Europe a per-
mis aux peuples de fe livrer avec plus de
de fuite à la culture des Arts; depuis que
le travail & l'induftrie ont pu faire valoir
les productions nationales & attirer par
PRÉLIMINAIRE. 3
Ai
leur échange les richefTes de toutesf les par-
ties du monde depuis que les hommes
peu à peu diftraits de la fureur des con-
quêtes par l'envie de prédominer par le
commerce, ont été tout-à-coup emportes
vers des vues d'ambition nouvelles; depuis
que l'argent, devenu le prix & l'équivalent
de tous les fervices &, pour ainfi dire,
de toutes les vertus a pu foudoyer la
bravoure Se commander au génie; les ri-
cheffes refpe&ives des différens Etats ont
dû être regardées non-feulement comme
l'expreffion du bonheur public, mais com-
me la mefure de la force, comme les garans
de la fureté des nations.
Les Légiflateurs des anciennes Répu-
bliques, trop épris de la chimère de l'éga-
lité naturelle entre les hommes regarde-
rent le maintien de cette égalité comme
le terme du bonheur de la fociété. Ils en
firent l'unique but. de leur politique. Par-
là, ils confondirent toutes les idées. Ils ne
virent d'autres moyens de conferver la li-
4 DISCOURS
ber té des citoyens, que de leur infpirer
l'amour de la pauvreté le mépris des ri-
chefTes & du travail qui les donne. Sembla-
bles à ce Philofophe, qui jetta tout fon
bien dans la mer pour crier je fuis libre 3
ils imaginèrent que, pour rendre l'homme
heureux, il falloit le priver de tout. Ils
appellerent vertu par excellence cette
renonciation à la jouifîance des richeffes.
Ils ne fonderent la liberté .politique que
fur les ruines de la liberté naturelle.
L'homme eft né pour agir pour jouir
de tous les avantages qu'il peut fe procurer
par l'exercice de fes facultés morales &
phyfiques & non pour jouir de la liberté
d'agir en reftant dans le repos & l'infenfi-
bilité. Pour être heureux il a befoin de
jouiffances &c de la liberté néceilaire pour
fe les procurer mais) fans ces jouiffances,
de quelle utilité lui feroit la liberté du
citoyen ?
Quoi de plus aborde d'ailleurs que de
prétendre que les hommes fe font réunis
a3.
en pour fe priver des avantages que
cette réunion doit leur procurer? La renon-
ciation aux riehefTes ne peut être qu'un
effort furnàturëi, non une loi de la nature»
Cette renonciation ne peut donc être pn>
pofée comme le principe général qui doit
conduire les hommes réunis en fociétés.
Cependant, combien, encore aujour-
dliui d'admirateurs aveugles de la confti-
tution des anciennes Républiques, fondées
fur ce principe d'égalité les
entendre, on diroit que la vertu ne peut
être appuyée que fur ce fondement. Mais
faut-il être à jamais la dupe de ces nations
vagues, exprimées par des mots que chacun
entend à fa manière ? Les chofes exifteilc
malgré nous & indépendamment de nous.
Les noms qu'il nous plaît de donner aux
chofes ne changeât rien à leurs rapports
vrais entre elles 3 ou avec nous. Ce font
ces rapports qu'il nous eu: important de.
eonnokre.:
Une fociété de brigands ( ce font les
6 DISCOURS
premiers Romains ) fe difent entre eux,
nous femmes tous égaux. Ils avoient raifon,
à cette époque de leur établifTement puif
que personne alors n'avoit encore de vé-
ritable propriété que celle de fa perfonne.
Mais, dans le fait, chacun de ces individus
avoit-il la même force de corps la même
adreffe, .les mêmes talens, la même éten-
due d'efprit, &c? Où eft donc le fonde-
ment, de cette égalité?
Bientôt ces hommes prétendus égaux
5c û jaloux de l'être font cependant for-
cés de reconnoître un Chef, Ils veulent
eux-mêmes que ce. Chef leur donne des
loix: car je ne .crois pas qu'il exifte un feul
peuple. qui n'ait ainfi commencé. L'abus du
pouvoir monarchique a fait naître l'idée
des Républiques l'abus de la liberté a ra-
mené l'état Monarchique voilà donc ce
fyfteme d'égalité contrarié de la façon la
plus marquée par ce premier établifrement.
Mais d'ailleurs la première loi d'une
fuciété fondée fur le principe de l'égalité
7
A4
parfaite entre les hommes, eft certainement
le partage des terres par égale portion en-
tre les citoyens. Je veux bien ne pas dire
que ce partage égal des terres eft aufïi in-
compatible avec la nature des chofes, que
l'égalité des hommes; puifqu'un arpent des
terre ne reifemble pas plus à un autre ar-
pent, qu'un homme à un autre homme.
Mais, fuppofons les terres ainfi partagées
également; voilà autant de Cultivateurs,
de Laboureurs. Où font les Ouvriers, les
Artifans pour fournir aux autres befoins
de ces Cultivateurs eux-mêmes ?
Je ne vois qu'un parti à prendre. Il faut
s'armer pour aller faire la guerre à fes voi-
fins, en enlever de force une partie &
les emmener en efclavage pour les em-
ployer à tous les travaux des Arts & du
Commerce. En effet c'eft ce que firent
les Romains. Voilà donc comment l'ex-
trême liberté produit l'extrême efclavage,
comment l'extrême égalité produit l'extrê-
me injuftice.
8 DISCOURS
Si nous voulions iuivre rHiftoire de ce
peuple fameux nous verrions de plus en
plus les funeftes effets d'un principe en
apparence fi noble & fi favorable au
bien de l'humanité. Nous verrions ce prin-
cipe devenir bientôt impraticable, par la
néceflité du partage ou de la réunion des
propriétés foncieres. Nous verrions que fi
les hommes n'avoient aucun intérêt à ac-
croître leurs poflefïions ils n'en auroient
aucun à les cultiver nous verrions que
dans une pareille conftitutiqn, les Arts &
le Commerce ne peuvent faire l'occupation
des citoyens & qu'en effet cela même eft
un des principes de ces anciennes- Républi-
ques enfin nous verrions que les hom-
mes, malgré toutes leurs institutions, ne
pouvant changer la nature des chofes de-
viennent inévitablement les vi&imes de
leurs erreurs; & que ce peuple y fi fage à
certains égards fi fécond en exemples de
vertus particulieres, a fans celle porté, dans
fon fein la fureur des divilions inteftines,
PRÉLIMINAIRE. 9
au dehors la défolation & l'esclavage &
n'a conservé la liberté chez lui que pour
exercer la tyrannie fur tout le refte de la
terre.
L'Hiftoire des principales Républiques
de la Grèce, confidérée fous ce point de
vue, préfente les mêmes faits & les mêmes
réfultats. Divifion au-dedans fureur de
dominer au dehors; fuites inévitables d'une
constitution qui choque l'ordre établi par
la Nature. Contraindre fhomme à cette
égalité prétendue & chimérique arrêter
le reffort qui le porte à agrandir fon exif
tence c'eft lui ôter, pour ainfi dire, le
principe même de cette exiftence. Or ce
principe ne pouvant manquer fon effet, il
eft impoflible qu'il -ne caufe beaucoup de
mal, fà l'on ne prend foin de diriger toute
fon activité vers le bien qu'il doit produire.
Ce préjugé d'égalité parfaite entre les
hommes n'eft pas moins contraire aux
vrais principes de la morale, qu'à ceux de
la politique. Voulez-vous avoir quelqu'idée
io DISCOURS
de ce qu'on appelle devoir? Il faut néce£
fairement vous repréfenter deux êtres, l'un
foible & l'autre fort. Il faut voir le befoin
d'un coté, & le fecours de l'autre. Le rap-
port d'égalité exclut tout autre rapport. Il
n'y a plus ni pere ni fils, ni époux, ni
epoufe, ni ami, ni ennemi, ni parent, ni
étranger.
Nous avons deux Livres de morale écrits
par deux des plus grands Philofophes de
l'Antiquité. L'un eft la République de
Platon; l'autre les Offices de Cicéron. Ces
deux ouvrages écrits chacun avec tout le
génie de fon Auteur également remplis
de traits & de maximes fubli mes, char-
ment le ledeur par la beauté des détails
mais Tenfemble ne laine rien de fatif-
faifant à l'efprit. Platon a pour but de mon-
trer à fon difciple ce que c'eft que le/iifte.
Cicéron veut faire voir fon fils, ce que
c'eft que rhonnête. Cependant, à la fin de
ces deux ouvrages, on eft tout étonné de
voir que l'Auteur n'a rien! tenu de ce qu'il
P RÉ LIMINAIRE. u
promettoit, & que l'on n'a pas de fyftême
plus arrêté qu'au moment où l'on a ouvert
le Livre pour la première fois.
Ces deux ouvrages font faits pour in£
pirer l'amour de la vertu à toute ame bien
née mais il s'en faut de beaucoup qu'ils
en donnent une idée nette & précife.
Pourquoi ? C'eft que ces deux Philofophes
l'ont cherchée où elle n'étoit pas. Ils fe
font perdus dans la recherche d'un jufte
& d'un honnête effentiels d'une efpece
d'être moral auquel nous devions con-
former nos avions. Il n7eft pas donné à
l'homme de connoître l'efTence des cho-
fes il n'en peut avoir d'idée, que par les
effets qu'il en éprouve, que par les rela-
tions que les chofes ont avec lui.
Qu'eft-ce donc que lejufteî Queft-ce
donc que ï honnête Ce font les r apports
ce font les loix néceffaires qui dérivent de
la nature de l'homme conudéré comme
être focial & intelligent; c'eft à dire,
comme ayant des rapports néceffaires avec
rn DISCOURS
fes femblables, & comme capable de fentir
ces rapports.
Qu'eft-ce que la vertu ? C'eft l'habitude
de conformer fes idées fes penchans, fes
moeurs fa conduite, ces. rapports & à
ces loix.
La reconnoiflance du fils pour le pere,
la tendrefle du mari pour l'époufe, l'union
entre les frères, le refpeft pour la vérité
font des loix, des rapports, des confé-
quences de la nature de l'homme. Celui
dont il a reçu l'être ayant voulu que ces
loix fulfent. obfervécs, a mis d'un côté le
bien qui réfulte pour l'homme de cette
de l'autre la peine dont
leur infraction doit être fiiivie tôt ou
tard.
Si les Philofophes de l'Antiquité avoient
fait attention cette dernière vérité ils
auroient reconnu que le jufte & l'honnête
font abfolument la même chofe que rutile.
Ce qui eft réellement utile à l'homme &
la fociété étant ncceilaircment jufte &
PRÉLIMINAIRE. i$
honnête ce qui eft jufte & honnête
étant néceffairement utile à l'homme & à
la fociété ils en auroient conclu que la
nlorale & la politique font la même fcience.
L'une eft une dépendance de l'autre. Si
elles différent entre elles c'eft unique-
ment en ce que la morale confïdere
fhomme feulement comme être focial
& intelligent; tandis que la politique le
confidere fous ces deux rapports, & encore
comme être phyfique.
L'obfervation des loix qui réfultent de la
nature de l'homme considéré fous l'enfem-
ble de ces différens rapports, eft le but de
toutefociété politique; parce que l'homme
ne peut être heureux qu'en les obfervant.
Plus les fociétés fe font agrandies, poli-
cées., multipliées plus les rapports des
hommes entre eux fe font compliqués
plus il a été difficile à fefprit humain de
les reconnoître & de les fixer par des loix.
Înfenfiblement les inilitutions humaines
ont fait oublier les institutions de la Na-
i4 DIS COURS
ture. Les mauvaifes loix venant à contre-
dire les bonnes; la politique, égarée au ini-
lieu d'un dédale fans ilïue n'a plus 4u com-
ment fe fixer fur les points les plusefTen-
riels au bonheur de la fociété.
Tout homme d'un efprit fain attentif
feulement à ce qui fe paffe journellement
autour de lui, ne peut s'empêcher d'être
frappé de l'inconséquence qui régne dans
la conduite particulière des hommes
fouvent comme malgré lui, dans fes pro-
pres actions.
On dit que cette inconséquence eft un
vice naturel de l'efprit humain, une fuite
néceifaire de fa nature. Cela peut être;
mais, à coupeur, il exifte une autre caufe
prochaine de cette inconséquence c?eft la
contradidion qui régne par-tout dans les
loix, les principes, les ufages des gouver-
nemens «divers.
Or la conduite particulière des indi-
vidus, eil néceifairement-une conféquence
du modèle qui leur eft tracé par cet ordre
p PRÉLIMINAIRE. iy
d'inftitution. Si ce modèle contredit la,
Nature; l'homme, toujours forcé d'écou-
ter fa voix fera inévitablement partage
entre la néceflité d'obéir aux loix natu-
relles, & l'obligation que lui impofent les
loix d'iniiitution fa conduite fera donc nc-
ccnairement inconféquente ôe irrégulière.
Ces contradictions, qui fe rencontrent
fi fouvent entre les loix de la politique &
celles de la morale naturelle, font incon-
teftablement les véritables caufes des maux
que les hommes ont, de tout tems fout-
ferts, & fous toutes les efpeces de gouver
nemens. Seroit-il impoflible d'éviter ces
contradidions dans les loix & de corriger
ces inconféquences dans la conduite des
hommes?
Pour y parvenir il fûffiroit de trouver
un principe finiple en lui même exi£
tant néceffairement dans la nature de
l'homme, &fuivant l'ordre duquel il dût
être heureux, comme individu, autant qu'il
peut l'être. Alors toutes les loix n'ayant
6 DIS COU R S
pour but que de conferver ce principe dans
fhomme réuni en Société il feroit impoiîî-
ble qu'il ne jouît pas, même dans cet état
de tous les avantages qui doivent en réful.
ter néceffairement pour lui dans l'état de
fimple individu.
La liberté de difpofer de fes facultés
phyliques & morales, eft ce principe fi né-
ceffaire à l'exiftence de rhomme & fon
bonheur dans l'état naturel & individuel.
En effet, fans cette liberté, il ne pourroit
pdurvoir à fa confervation. Quand il fe
réunit en fociété; il ne peut avoir en vue
que de.conferver ce principe, & d'en éten-
dre même les avantages par le fecours de
l'affociation avec fes femblables.
Si les hommes fuffent nés parfaitement
égaux ils auroient eu moins befoin de
ce fecours pour conferver leur liberté.
Mais l'individu plus foible qu'un autre
individu a eu néceffairement befoin du
fecours d'un tiers, pour fe mettre à l'abri
de l'injuftice & de la violence. Voilà le
motif
PRÉLIMINAIRE. i7
B
motif que l'on doit naturellement (uppo-
fer à la réunion des hommes en fociété.
Le but de toutes les loix eft donc, ou doit
être, d'établir 1"égalité de droit la feule
qui puifTe réellement exifter entre les nom»
mes, & que nous appellons Simplement
la juftice. Si les loix ne fe propofoient
jamais qu'un objet auffi fimple; il feroit dif-
ficile qu'elles devinrent aufli contradic-
toires.
Les Législateurs des anciennes Républi-
ques en confondant l'égalité avec la li-
berté naturelle avoient raifonné d'après
un faux principe. L'homme eft naturelle
ment libre; mais il n'eft pas naturellement
égal à fon femblable. Le but de la fociété
doit donc être de conferver à l'homme la
liberté parce que chaque individu eft
effentiellement libre mais elle ne doit pas
avoir pour but de rendre les individus par-
faitement égaux, puifqu'ils ne le font pas
naturellement. Un individu a, dans la fo*
ciété, toute l'égalité qu'il peut avoir avec
is DIS C 0 V R S
fon femblable dans l'état naturel, lorfqu'il
eft auffi libre dans la faciété qu'un autre
individu, c'eft-à-dire lori qu'il peut jouir
également de fes propriétés & facultés.
Un homme, dans l'état naturel, ne peut
acquérir des propriétés, des richefles* des
jouiiTances, qu'à proportion des facultés
qu'il a pour faire cette acquifition. Ces fa-
cultes étant naturellement inégales d'un
individu à un autre il en refaite né-
ceflairement inégalité de pofTefîions 8r de
.jpuuTances. Dans l'état naturel, un indi-
;vidu n'a point de droit fur les facultés
d'un autre individu, il n'en a point par
conféquen t fur fes propriétés. La fociété
remplit donc le but de la Nature, toutes
les fois qu'elle fait jouir chaque individu de
fes facultés, & des propriétés qu'il peut
acquérir par leur moyen.
Si les loix économiques fur-tout, n'é-
toient jamais que des conféquences juftes
de ces principes il feroit impoflîble que
les fociétés ne fuffent pas bien gouvernées»
Bi
que les peuples ne furent ipas aufïi fiches
de auffi heureux que le permettrait leur
pofïtion. Ces principes, également appli-
cables aux différentes nations entre elles
& aux citoyens de la même nation entre
eux, nxeroient les bornes naturelles entre
les grands intérêts des nations comme
entre les intérêts des individus.
Plusieurs Philofophes de nos jours ont
déjà e1fayé de ramener à ces principes tous
les détails de l'économie politique. Ils n'ont
pas manqué de contradicteurs. Parmi ces
derniers quelques-uns ont avancé que, par
les conféquences de ce iyftême on fem-
bloit prétendre affervir à un feul principe
uniforme la Nature, qui n'eft qu'un alTenV
blage de faits, perpétuellement variés par
des caufes qu'il n'eft donné à l'homme,
ni de prévoir, ni d'éviter.
Mais quel eft donc cette philofophié
qui voulant tout réduire à des faits par-
ticuliers, fans aucun ordre de caufes &
d'effets > fûppoferoit une telle variation de
le DISCOURS
procédés dans le monde moral & phyfique$
qu'il n'y auroit plus moyen d'y reconnoître
aucune loi générale & confiance?
Quel feroît donc le deftin de l'homme
ici-bas fi, perdu au milieu de l'immenfité
de la Nature, -il étoit fans cène emporté
par le flux & le reflux d'événemens qui
agiffent néceflfairement fur-lui; tandis qu'il
refteroit fans cène dans l'impuiflance d'y.
reconnoître aucun ordre aucune liaifon,
fans efpoir d'avoir jamais aucune efpece
d'adion fur eux; fans renburces pour pré-
venir ceux qui lui feroient nuifibles fans
moyens pour ménager ceux qui lui feroient
favorables ?
Les faifonsTarient d'une année à l'autre;
la quantité & la qualité des ;produ6fcions
que la terre nous donne varient avec les fai-
fons mais, malgré cette variation, les iâi-
fons ne font -elles -pas foumifes à une loi
conftante qui allure annuellement au La-
boureur le fruit de fes travaux une ré-
colte, plus ou moins abondante dans les
PRÉL I MINAI R E. i r
Bi
champs: que ce Laboureur a pris foin d'en^
femencer ? Malgré cette variation la ré-
colte ne fera-c-elle pas, au moins à la.lon.
gue proportionnée aux dépenfes & aux
travaux plus ou. moins considérables emx
ployés à exciter la production i Ces dé-
penfes & ces travaux ne feront-ils pas. eux:
mêmes en. raifon de l'intérêt que le Culti-
vateur aura à les, entreprendre en raifon
de la fureté de la jouuTance qu'il a d'eu
eipérer*
Que l'on parcoure tous les fyftémes des
diôérens gouvermemens; on verra que les
mêmes eaufes. produifent toujours les mê-
mes effets; on trouvera que la France eft
plus peuplée que la Turquie parce qu'il
y a un Monarque en.France, & qu'en Tuf*
quie il n'y a qu'un Defpote; on. trouvera
que la Chine eft le pays le plus peuplé de
l'Afie parce que le fyftême du gouver-
nement eft mieux raifonné à la Chine que
par-tout ailleurs.
Il exifte donc dans le. monde phyftque
ii DISCOURS
& dans le monde moral, un certain ordre
de caufes & d'effets, que l'homme peut de.
couvrir & fuivre pour arriver à un but cer*
tain. En fe conformant exa&ement à cet
ordre, il ne -pourroit donc fe tromper que
du plus au moins, dans la 6n qu'il fe pro-
pofe.
Si l'homme fe trouvait dans l'impoffibi-
lité d'améliorer fon fort, que lui ferviroit
l'intelligence qui le diftinguedes brutes»
Cette intelligence eft bornée, fans doute;
mais le fyftêine particulier de chofes dans
lequel l'homme eft renfermé, Teft auiïïypàr
la portée même des befoins 6c de l'inteL
ligence de l'homme. x
De tout tems l'homme a été gouverné
par fes pallions. Mais l'abus des panions
n'eft qu'un effet de rignorance de l'homme.
L'homme ignorant peut s'éclairer; l'homme
éclairé peut faire un meilleur uiâge de fes
paifions. Sa volonté, guidée par de meil^
leures loix, peut parvenir à fuivre de plus
près l'ordre naturel, qui veut que le plu.s.
PRÉLIMINAIRE.
B 4
grand bonheur de chaque particulier ne fe
trouve que dans le plus grand bonheur de
toute la fociété en général.
L'Agriculture, l'lnduflrie, le Commerce,
font les divers moyens d'entretenir & d'ac-
croître les richeifes dans toute fociété. Lés
circonstances particulieres de la pofition
de chaque état, décident.de l'emploi plus
ou moins étendu de ces moyens. Mais le
premier principe fuivant lequel ils doi-
vent être dirigés, eft invariable, & doit fe
trouver applicable à tous les cas poilibles.
La fureté du droit de propriété, égale-
ment établie pour les particuliers de toutes
les claires des citoyens produit l'encou-
ragement de tous les travaux. La popu-
lation, la richeffe & le bonheur de tous
en général & de chacun en particulier,
font la fuite infaillible de cet encourage-
ment. La liberté pour chacun, fait pour
tous la juftice i la liberté de l'homme devient
le gage de la liberté du citoyen.
Conferver ce principe dans toute fon
-i4 D I S C O U R S
intégrité au-dedans & au-dehors de l'Etat,
voilà l'unique fon&ion d'un Gouverne-
ment fage, l'efprit de toutes fes loix, le
guide de toutes fes opérations.
La connohTance Spéculative du détail
de ces moyens » de leurs rapports, de leur
enfemble, des principes qui doivent les di-
riger eft ce qu'on peut appeller lafeience
du Gouvernement* L'application jufte de
ces principes aux différens détails de l'éco-
nomie politidue voilà l'art de l'admi-
niflration..
Bien des gens pensent encore que cette
connoiiîance raiibnnée -des principes du
Gouvernement économique, n'eft qu'une
de ces chimères nées de forgueil de l'efprit
philofophique. Ils en nient l'utilité réelle
dans la pratique, & pensent que l'art du
Gouvernement ne doit dépendre que du
génie d'un Administrateur éclairé.
Ainfi donc, tant de lumières produites;
tant de connoilïances acquifes fur cet objet
par l'expérience de tous les fiécles, ne pré-
PRÉLIMINAIRE.
fenteroient aux yeux de l'Obfêryateur
qu'un obfcur tableau, dont il ne pourroit
faifir ni le deffein ni le plan. Ainfi
donc, après avoir porte toutes les fciences
naturelles à un haut dégré de perfection,
l'homme ignoreroit à jamais celle qui peut
avoir le plus d'influence fur fon bonheur.
Forcé de vivre en Société 3 il feroit con-
damné à en ignorer à jamais les véritables
loix. L'Adminiftrateur chargé de veiller à
l'entretien à l'accroifTement de la popu-
lation, des richefTes & de la félicité pu-
blique, feroit comme un Pilote fans bouf
foie au milieu de cette mer tourmentée par
tant d'orages. Pour conduire les détails de
tant d'opérations intérefïantes, il n'auroit
d'autre guide, que cet inftind fi rare d'un
génie fupérieur qui devine plutôt qu'il
ne connoit réellement.
Gardons nous de penfer que l'Auteur
de la Nature ait ainfi confié au hafard le
fort de l'humanité. En nous donnant la vie,
il a bien voulu révéler à notre intelligence
z6DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
les loix phynqûes les plus néceflàires à notre
confervation en nous obligeant à vivre en
Société, il nous a fans doute accordée- de
même la .faculté d'en connoître les loix
moralcs. De la combinaifbn des unes & des
autres, refulte la Science du Gouvernemerit.
Appliquons donc courageufement toutes
les forces de notre efprit à perfectionner
une connoiflanec aufli eflentielle.
Avant d'entrer dans une recherche de
cette importance, dépouillons, autant qu'il
eft poifible, tout préjugé, toute pafïion,
tout intérêt particulier & confiderons
qu'un feul pas fait vers la vérité, en eft un
vers le bonheur de notre Patrie & celui de
l'Humanité entière.
DE
L'ESPRIT
DU GOUVERNEMENT
ÉCONOMIQUE-
CHAPIT.RE PREMIER.
Du Droit de Propriété.
jL A main de l'homme ne crée rien. Tous
les Arts fe bornent à imprimer de nou-
velles formes fur un fond emprunté de la
Nature. Parcourons en idée cette multi-
tude d'objets que le Commerce offre à nos
befoins, nous verrons que la terre fournit
feule la matiere première de notre fub-
ag De PEfprit
fïftance & le fond fur lequel peuvent
s'exercer nos travaux & notre induftrie.
Il faut des fubftances pour nous nourrir^
nous vêtir, nous loger. Ce premier fond
de richeffes ne peut être que l'ouvrage de
de la Nature ces premières avances ne
peuvent être l'effet que de fa puiffance
créatrice. La f écondi té de la terre eftdonc
le premier principe de tout ce qui a rap-
port à notre fubfiftance &à nos befoÎns.
Cependant la terre ne donne fes pro-
du&ions qu'à proportion du travail que
nous employons à là cultiver. Tout ce
qu'elle produit, tout ce qu'elle renferme,
ne peut être rendu propre à notre ufage,
que par un travail nouveau. Nous ne pou-
vons donc jouir des biens de la Nature, qui
proportion de notre travail.
Sans travail l'homme ne peut jouir, même
des produ&ions fpontanées de la terre. Il
faut qu'il abatte les arbres pour fe chauffer.
Il faut qu'il ceuille leurs fruits pour fe
nourrir.
du Gouvernement économique.
Si la fécondité de la terre eft le premier
principe de nos jouiflances notre travail
eft donc feul notre premier droit à ces
jouiffances.
Le droit de jouir eft le droit de pro-
priété le fruit mûri fur un arbre,. dans un
pays Sauvage, n'appartient Il
eft alors un bienfait commun de la Nature.
Il devient une propriété dans la main de
celui qui l'a ceuilli.
De l'Efprit
CHAPITRE II:
De l'origine de la Société.
jL o r s q u e la terre étoit encore inculte
6c fauvage, s'il eût fallu à chaque homme
le travail d'un jour entier pour fe procurer
l'absolu néceilaire â fa fubiîftance de cha-
que jour; il n'y auroit jamais eu de Société.
Un individu ne pouvant alors prêter de
fecours à un autre, n'eût pu fe mettre dans
le cas d'en recevoir à fon tour.
Mais, dès qu'un homme s'efttrouvé à
portée de recueillir en un feul jour aflez de
iûblîftance pour deux jours il a pu em-
ployer le fecond à pourvoir à d'autres bc-
foins; il a été en état d'échanger cet excé-
dent de fublîftance contre le fecours d'un
affocié.
Encouragés par cette libéralité de la Na.
ture, les hommes profiterent des avances
qu'elle vouloit bien leur faire. Ils devinrent
peuples chafleurs ou pêcheurs enfuite
peuples pafteurs.
du Gouvernement économique. 3 1
Enfin Texpéfiënce -leur ayant appris
qu'ils pouvoient retirer une fubfiftance bien
plus abondante encore de la terre cultivée;
ils ne fe contenterent plus de jouir de fa
fécondité naturelle.
Bientôt ils s'approprièrent le fond même
de la terre par la culture. Le travail qu'elle
exige légitima le droit de propriété. La
néceffité de maintenir ce droit, fut le pre-
mier motif & le premier but de la réunion
des hommes en Société fixe & régulière.
Aidés dans leur travail par les inftru-
mens & les machines qu'ils inventèrent,
fecondés par les animaux dont ils emprun-
ter ent les forces, les hommes vinrent
bout d'affervir en quelque forte, la fécon-
dité 4e la terre leurs feuls befoins. Ils fen-
tirent alors que les Arts pouvoient multi-
plier à l'infini l'ufage du furcroît de pro-
durions, fourni par la Nature au-delà
de la fubfiftance des Cultivateurs. De la di-
verfité des travaux, dut naître le Com-
merce, auquel il étoit réfervé de faciliter
De.PEfprit-
rechange des différens produits dès tra-.
vaux divers.
La terre ainfi fécondée par le fecours
des Arts, les Arts favorifés de plus en plus
par l'accroiflement des produits de la cul-
ture Tordre économique devint néceffaire
pour régler l'emploi des forces & l'ufàge
des reffources de la Société.
CHAPITRE
du Gouvernement économique. 1jfJ'%
c
CHAPITRE III.
De l'Agriculture.
JL A terre n'eft féconde qu'en propor-
tion de la culture. Plus la terre eft cultivée,
plus elle offre aux hommes de fubfiftances
& aux Arts de matières à employer. Dans
un État plus il y a de fubliftances pour
les hommes & d'emploi pour les Arts
plus cet État peut fe procurer de tichelïes.
Plus la Société a de richefTes-, plus les Ci-
toyens font cenfés heureux & le bonheur
eft certainement le but de la Société & des
individus.
L'Agriculture eft la bafe & le foutien de
tous les Arts. Elle eft la fource première
des richeffes. L'Agriculture eft donc, de
tous les Arts, le plus important à laSociété:
Il ne faudroit cependant pas en conclure
que multiplier les productions de la terre,
c'eft infailliblement multiplier les hommes
ou les richelTes à proportion. En ceci la
possibilité n'eiI pas le fait.
Les productions de la terre ne peuvent
être la mefure de la population qu'en fup-
pofant un État fans commerce au dehors.
En effet, fi,par les abus du gouvernement,
les Propriétaires des terres échangent une
trop grande quantité de leurs denrées
contre des richeiTes étrangères, inutiles à
la fiibiîftance j on ne nourrit pas le même
nombre d'hommes dans un État que il
toutes les produ&ions de la terre étoient
confommées dans cet État par fes propres
habitans.
Les productions de la terre ne peuvent
pas non plus être feules la mefure des ri-
chefTes. Elles ne deviennent des riclieiTes
«que par fufage que nous pouvons en faire
pour nos befoins & ce font les Arts qui
nous ont appris cet ufage.
Ces produdions peuvent encore être em-
ployées à entretenir des hommes, dont le
travail, plus ou moins utile, procure par
conféquent un accroinement de riche1fes;
plus ou moins considérable en échange
de leur qonfommation»
du Gouvernement économique:
C2,
Si les champs produifoient du pain, au
lieu de produire du bled; s'ils produifoient
des vêtemens, au lieu de produire. l'herbe
qui nourrit les moutons, dont la laine filée
fait des habits; les richeffes naîtroient abus
toutes formées du fein de la terre: mais
l'induftrie & le travail de l'homme étant
nécenaires, pour qu'il puifie jouir des pro>
durions naturelles j cette induftrie ce tra-,
vail deviennent un des principes coafc
tuans des richefFes conféquemment les
richeflès d'un État ne peuvent être -qu'en
proportion du travail & de l'induikiej de
fes habitans, comme en proportion de la
culture.
Suppofons la terre revêtue de toute fa
fécondité, couverte même de toutes les
productions que l'Agriculture peut faire
éclore fur fa furfàte fuppofons en même
tems l'ignorance des Arts qui nous appren-
nent l'emploi de ces productions par ce
feul défaut de connoifEince voilà. les
hommes prefque auffi pauvres que iî la
terre fe tr^uvoic frappée d'une ftérilité
abfolue4
*« DtfEfpril
De même, fuppofons en France quatre
:bu cinq millions d'hommes occupés à la cul-
tùre de la terre & à des Manufaétures grof-
fières pour facisfaire les befoins groiïiers
;,de: douze ou quinze autres millions d'ha-
bitans qui vivraient dans l'oifîveté. Dans
cette fuppofîtion la France pourroit tirer
rle la terre la même quantité de produc-
tions, & avoir la même population qu'au-
jourd'hui,, Mais certainement elle ne pofle-
deroit pas la même quantité de richeffes,
par cette raifon feule, qu'il n'y aurôit pas
la même quantité de travail ou d'induftrie.
Avant le quinzième fiécle on ne con-
noifloit en France que quelques fabriques
communes en tout genre. Ces fabriques
occupaient par conféquent peu de perfon-
nés.- On cultivoit peut-être autant-la terre
peut-être plus; mais le refte des hommes,
prefque uniquement occupés à faire la
guerre, ne communiquoit point aux pro-
du&ions toute futilité que les Arts font
parvenus leur donner. On recueilloit du
jbled, du vin les hommes conipinni oient
du Gouvernement économique; $7*
CI
ces denrées; mais la plupart de ces hommes
diftraits des travaux utiles, ne procurpiqnc
aucun avantage.à la Société. Des, homrnes
occupés à entourer de foffés profonds? de
grandes murailles & de hautes tours toutes
les villes & tous les châteaux de. la France,,
confomnioient des denrées, mais ne ren_
doivent point une valeur vraiment utile à
raccroiflement des richefles, Des Moines.
renfermés- dans des cloîtres confommoienc.
les productions de la terre; mais ne pou-
voient donner en échange que des biens
fpirituels. Touies chofes égales d'ailleurs
la France ne pouvoit donc être regardée;
comme auffi. riche dans ce tems-là qu'elle,
l'eft aujourd'hui
Le renouvellement annuel du travail
d'induftrie en France forme néceflaire-
ment un retour annuel de richefles & de.
jouiflances. La valeur de ce travail peut être,
repréfenté par la valeur des produâions de.
la terre confomniées par les Agens de fin-
duftrie* Mais ces hommes pqurroient con^
fommer efes pi ©durions fans en remplacer
la valeur pat un travail utiles.
Si" un certain nombre d'hommes font
tîourris & entretenus tous les ans dans un
Royaume pour y construire de grandes
routes & des canaux de manière que ces
travaux procurent au Commerce une dimi-
nution de frais de transport de quatre mil-
lions ces hommes^ font un travail auffi
utiles que s'ils tiroiénttle la terre un nou-
,veau revenu net de quatre millions. •
Heureux emploi des- productions de la
«erre qui femble en éterriifer eh quelque
forte l'utilité périffable ̃ > & fait de ces
dchiefïès paflagères une richeffe renaif-
fante même après leur consommation:,
une jouiflance qui fe renouvelle d?âge en
lige pour la Nation & pour le Citoyen »
Comment peut-on paffer fur un beau pont,
Voyager fur une belle route, fans fe féli-
:citer de fe trouver fi riche ?
La richefTe d'un État ne dépend donc
pas feulement, dés produits de la culture
mais encore du travail des autres Arts, qui
du Gouvernement économique:
c*
attachent une valeur nouvelle à de cer-
taines productions dont la fabrication a;
néceflité la consommation d'autres proi
durions. Un bel édifice, un beau tableau,
une belle ftatife un beau meuble font
des riche/Tes très-réelles. Que dis-je les.
ouvrages des Montefquieu, des Voltaire,
des BufFon,font aufli des richefTes mêmes
dans le fens ordinaire & pny&gue de ce
mot.
Parmi les ouvrages de rinduftrie ceux:
qui ont une bafe plus ou moins foîidet
augmentent plus ou. moins la richefle de
l'État. Ceft par-là qu'un peuple peut quel-
quefois par oître riche fans l'être réellement.
Les véritables Sources des riche-ffes peuvent
être épuifées ou obftruées > & le fond de
richenes mobilières) depuis long-tems ac-
cumulées par le travail des- Arts cacher le.
vuide du revenu annuel. Erreur fatale,
qui peut conduire à une ruine abfoluej &
le Gouvernement fe laine tromper par les,
dehors de cette faune opulence!
Il n'cft donc pas moins évident que té
$o De l'Efprit
produit annuel des terres eft le premier
principe des richefTes; puifqu'il eft funi-
que aliment, l'unique foutien du travail de
l'induftrie puifque fôn renouvellement
peut feul entretenir à jamais dans une
égale profpérité toutes les parties de l'or-
dre économique.
Point d'Arts point de Manufactures;
fans des fubfîftances pour nourrir les Artiftes
& les Ouvriers. Point de matières premières,
point de matières ouvrées. Point de Com-
merce extérieur fans une fürabondance
de productions & de Manufactures, qui
feule peut donner lieu à les échanger
contre les productions & les Manufactures
étrangère. Pour avoir une Milice, pour
avoir une Marine il faut .une furabon-
Œânce de denrées confacrée à la nourrir
ture & à l'entretien des Soldats & des Ma-
telots. Enfin, avant la jouifTance des Arts
îd'agrémens & de luxe, il faut bien s'occuper
des Arts utiles, qui feuls font vivre les Ar-
$ifans même de ces ouvrages de luxe ôc
£i De VEfpm
CHAPITRE IV.
Des Arts ô des Manufactures.
QUI pourroit révoquer en doute l'utilité
des Arts? Qui niera que les Métiers &: les.
Manufactures fervent à l'accroiflement des
richeffes & de la population ? L'Agricul-
turc n'eii-elle pas elle même une Manufac-
ture immense, qui réclame le
infinité d'autres ?
Dès que l'on fuppofe les propriétés fon-
cières partagées avec une certaine inéga-
lité le Connmerce ouvert avec les peuples
voifins; de ce moment, une certaine ;pèr-
fedion dans les Arts devient iiidifpen^ble.
L'homme ne travaille que pour jouir*
Les Propriétaires de la terre ne la.
vent, que pour la jouiiîance qu'ils retirent
de fes productions. Comme ces produc-
tions. en nature ne fatisfont que les pre-.
miers befoins de la vie; la plus petite por-
tion fufnroit aux defirs des Propriétaires»
fans refpoir d'échanger l'excédent de ces
du Gouvernement économique..
productions contre d'autres objets utiles
ou agréables lâ hni-roit donc la culture.
Mais plus les Arts multiplient les objets
des jouilfances plus le Propriétaire eft
excité à confacrer fes foins, fes attentions
& fes avances, à multiplier les productions
par la culture dans la vue d'obtenir, par
leur échange la jouiffance du travail de
l'induftrie. Les Arts, les Manufactures, en
diverfifiantles objets utiles aux befoins &aux
commodités de la vie, en multipliant les
occafions des échanges multiplient donc
en quelque forte les fubfîftances la popu~
lation les richeffes.
Nous avons fait connoître que, dans un
Etat qui ne poiféderoit que des matières
premières, les Propriétaires feroient forcés
d'en échanger une trop grande partie con-
tre les ouvrages d'induftrie des étrangers:
d'où s'en fuivroit néceffairement une dimi-
nution confidérable dans la population na-
tionale.
Les Arts, les Manufactures, offrant aux
Propriétaires des terres tout ce qui. peut fâ-
Dél'Efpm
tisfaire leurs goûts retiennent donc ain£
les fûbfiftances pour la confpinmation de$
feuls habitans de l'État. Ceft par-là qu'ils
portent & fbutiennent fa population & fes.
richeffes au point où les circonftances de
h poiition lui permettent d'atteindre.
On a même vu & l'on voit encore des;
Nations qui, par l'économie & Fafliduké
de leur travail, par l'intelligence le goût
& le génie de leur induftrie, trouvent le
moyen d'accroître leur population & leurs
richefTes au-delà des bornes que fembloit
leur avoir prefcrit la nature de leur fol 8c
rétendue de leur territoire.
Mais, en reconnoifTant les bienfaits de
rinduftrie, gardons-nous de les corrompre
par des vues trop ambitieufes elles devien-
droient la ruine de l'Etat; f elles portoien%
une atteinte trop fenfible au droit de pro-r
priété fondement de tout l'ordre focial.
En ceci tout dépend des circonftances.
Les vues du Gouvernement d'un grand
État ne doivent pas être celles d'une pepte
République.
du Gouvernement économique. 4 y
Dans quelque pays en particulier l'In-
duftrie & le Commerce peuvent fe trouver
les feuls moyens d'acquérir des richefles.
Mais ces moyens font toujours fondcs fur
le produit des terres car fans le produit
des terres de leurs voifns, ces pays mêmes
ne pourroient exercer leur induftrie &
leur commerce.
Envain quelques Politiques ont prétendu
que d'un petit État, l'on pouvoit former
une grande puiflance par les feuls fecours
duCommerce & del'Induftrie. L'expérience
de tous les* teins prouve invinciblement le
contraire. Un État purement commerçant
ne peut avoir, dans le fait, qu'une exigence
foible & précaire, malgré les fuccès paiTa-
gers qui peuvent quelquefois en impofêr.
Le travail, l'Art, 1'Induftrie, ne peuvent
réparer le manque des richefles que fournit
feule la terre il n'eft point donné à l'homme
de compenfer le refus de la Nature.
L'Artifan a befoin de tout fon travail
le Fabriquant de toute forl induftrie, pour
Ce nourrir lui-même l'Armateur a befoin

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