De l'Hérédité de la Pairie, par M. Plougoulm,...

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impr. d'Éverat (Paris). 1831. In-8° , 26 p..
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Publié le : samedi 1 janvier 1831
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DE
l'hérédité de la Pairie
PAR
M. PLOUGOULM, AVOCAT.
PARIS.
ÉVERAT , IMPRIMEUR, RUE DU CADRAN , N° 16.
1831.
DE
L'HEREDITE DE LA PAIRIE,
PAR M. PLOUGOULM, AVOCAT.
De l'Hérédité de la Pairie.
Il y a en France un bon sens , une justesse de
raison qui doit faire bien espérer de notre avenir.
Une opinion fausse peut se répandre et s'accrédi-
ter , uniquement parce qu'elle est nouvelle ; car,
chez nous, les esprits sont naturellement vifs,
enthousiastes , grands amateurs de nouveauté.
Mais laissez passer ce premier feu ; donnez le
temps de la réflexion , et il n'est pas rare de voir
des hommes d'abord tranchans, absolus dans leur
premier sentiment, revenir peu à peu sur leurs
pas, se laisser éclairer, convaincre , et par une
admirable docilité de raison , faire à leur con-
science le sacrifice de leur amour-propre.
Jamais cette vérité ne fut plus sensible que dans
la grande question du jour.
Dès que ces hommes qui, par la suppression de
l'hérédité, veulent la ruine de la pairie, c'est-à-
dire du gouvernement représentatif, eurent fait
entendre ce mot, plus d'hérédité, il fut répété de
(4)
toutes parts; cela devait être. La question était
neuve pour la plupart des esprits : pour sentir tout
ce qu'elle a de grave et jusqu'où elle porte , pour
se convaincre qu'il ne s'agit pas ici d'un privilége
inutile, d'une faveur aristocratique, mais de l'exis-
tence de notre gouvernement et de son avenir,
il fallait de la réflexion, un mûr examen; c'est
ce qu'on ne pouvait attendre dans le premier en-
chantement d'une révolution toute populaire. On
fut frappé de l'idée d'un privilége ; on ne vit que
le plaisir de le détruire. Mais cet emportement,
où l'amour-propre avait une grande part, pouvait
n'être pas durable ; l'opinion publique devait
changer, éclairée par les délibérations de la
Chambre des députés. Dans cette crainte, que font
quelques meneurs habiles ? ils s'emparent, autant
qu'ils le peuvent, de la Chambre elle-même ; ils
enchaînent la conscience de tous les députés qu'ils
peuvent saisir, et les candidats , entraînés sans
doute parce qu'on leur présente comme le voeu
général, peut-être un peu séduits par l'attrait
puissant de la députation, se laissent aller à des
promesses dont on peut dire que plusieurs sentent
aujourd'hui la témérité.
Voici le jour de la décision qui approche. La
question a été agitée , remuée en tous sens et par
les journaux et dans des écrits: elle a été dans
toutes les bouches. Où en est l'opinion publique?
Si l'hérédité est un mal, plus on a examiné , plus
( 5 )
le mal a dû apparaître; les destructeurs de l'héré-
dité ont dû chaque jour gagner en force. Or c'est
le contraire qui est arrivé; c'est qu'il y a au fond
de la question un rayon de vérité qui perce à me-
sure que les préventions se dissipent; c'est qu'on
s'aperçoit, en y regardant de plus près, que l'exis-
tence du gouvernement représentatif, de ce gou-
vernement que la France veut, et dont elle est en
pleine jouissance , est liée à celle d'une Chambre
héréditaire; qu'en ôtant l'hérédité à la pairie, on
lui ôte son indépendance , sa force ; que dès lors
la royauté est sans appui, le pouvoir populaire
sans contre-poids, et que l'équilibre une fois rom-
pu , la liberté , par sa propre force, va se perdre
dans une route dont nous connaissons l'issue.
J'ai cru qu'il était d'un bon citoyen de méditer
sur ce grave sujet et d'exposer son opinion. L'exem-
ple d'une conviction profonde et désintéressée,
peut n'être pas inutile ; la publier , quand elle
doit trouver de la résistance, me paraît un devoir
qu'il ne faut pas craindre de remplir.
Une seconde Chambre, un second pouvoir lé-
gislatif nous est-il nécessaire? l'hérédité est-elle
nécessaire à ce pouvoir ? C'est sous ce double point
de vue que j'ai envisagé la question. Qu'on ap-
pelle ce pouvoir sénat, pairie , n'importe ; c'est de
la chose et non pas du nom qu'il s'agit : je l'ap-
pelle pairie , pour ne pas toujours recourir à une
circonlocution.
(6 )
Quoique personne ne mette en doute si la pai-
rie doit exister, il importe de rappeler pourquoi
elle est indispensable, et comment, sans elle, il
ne peut y avoir en France de liberté solide. Con-
vaincus de l'importance de son rôle , nous verrons
mieux de quels moyens elle a besoin pour le
remplir. C'est à sa tâche que nous devons mesu-
rer sa puissance.
Le gouvernement représentatif, tel que nous
l'avons, est incontestablement le meilleur pour
une nation digne de la liberté par son intelligence
et son courage. Ce gouvernement est le meilleur,
parce que la liberté peut s'y étendre à l'aise, et
qu'elle ne rencontre de barrière que là où elle n'est
plus liberté. Pour le constituer solidement, il fal-
lait , avant tout, partir de ce principe, que la loi
émane du peuple , et que le peuple à droit d'être
gouverné comme le veut la raison du plus grand
nombre. Ce principe est mis en vigueur par la
création de la Chambre des députés, organe de la
nation.
Mais il ne suffit pas d'avoir des lois, il faut
qu'elles s'exécutent; il faut un gouvernement.
Pour fermer la carrière aux rivalités, qui porte-
raient le trouble dans l'Etat, la raison publique a
reconnu que le gouvernement devait reposer sur
une royauté héréditaire. Dès lors l'ambition, si in-
flammable chez nous, n'ose plus lever les yeux sur
la première place.
(7)
Le pouvoir suprême, quoique ne devant plus
être convoité, quoique s'appuyant sur les lois,
n'en trouvera pas moins des obstacles dans sa
marche. Il faudra qu'il fasse accepter le frein
des lois à une multitude , éclairée sans doute,
mais que les passions peuvent soulever, égarer à
chaque instant. C'est en ce sens que l'on a dit avec
raison que le pouvoir, de sa nature, ne peut être
populaire. Un trône sans appui, qu'aucun inter-
médiaire ne sépare du peuple, contre lequel les
flots viendront battre à toute heure, sera bientôt
renversé. Quel que soit l'homme qui l'occupe , si
loyal, si bien intentionné qu'il soit, la royauté
périra.
La royauté étant nécessaire, il faut la soutenir.
Puisque son danger vient de sa faiblesse, comparée
à la force immense du peuple, il faut soutenir cette
faiblesse et tempérer cette force. Un troisième pou-
voir fait les deux choses. Ce pouvoir, placé entre le
Roi et le peuple, défend la royauté et ne l'offusque
pas; il est là pour la protéger en cas d'attaque
illégitime, il en est le bouclier volontaire; et comme
la royauté est une des conditions essentielles de
notre liberté, ce pouvoir, en défendant le trône,
sert ou plutôt maintient la liberté. Tel est son
premier devoir, son premier bienfait.
Le pouvoir royal paraît faible après une révolu-
tion populaire; mais le temps seul lui donne de la
force; les faveurs qu'il répand autour de lui, lui font
( 8 )
bientôt de nombreux partisans. On se presse autour
d'un trône qui s'affermit, que l'on ne sent plus chan-
celer. La royauté, enhardie par la voix des courti-
sans , pourrait vouloir empiéter sur les droits du
peuple, ou serrer trop les rênes qu'elle est chargée
de tenir d'une main sage. Le pouvoir intermédiaire
arrête cet écart, fait entendre une voix ferme qui
n'a rien de menaçant, et consolide le trône en pro-
tégeant les libertés publiques.
Enfin, et c'est ici que se présente la grande tâche
de la Chambre des pairs , elle est pour ainsi dire la
seconde raison du peuple, raison toujours calme,
modérée, et qui veille quand la première s'égare.
Isolés ou réunis , nous sommes sujets à l'erreur ; et
comme nous avons la conscience de cette faiblesse,
nous avons voulu que toutes les fois que la décision
de quelques hommes, en petit ou en grand nom-
bre , devait servir de loi à d'autres, cette décision
pût être soumise à un examen. Les hommes placés
dans des situations différentes ne s'accordent pas
pour se tromper. Quand les passions se taisent, le
vrai seul réunit les suffrages. Ce qu'on a jugé né-
cessaire pour les intérêts privés l'était, à plus forte
raison, pour les grands intérêts publics. La Chambre
des députés, sortie du peuple , connaît ses besoins ;
mais elle tient de la nature du peuple, nature pas-
sionnée, ardente, voulant souvent emporter par
effort ce qui doit être oeuvre de patience et de
temps. La Chambre des pairs, placée dans une région
( 9 )
plus calme, modère cette fougue, cette impatience ;
elle ne veut que ce que veut l'autre pouvoir, c'est-
à-dire le bien de tous; mais elle n'ambitionne pas
cette popularité, idole du jour , à laquelle on sa-
crifie beaucoup trop, et que tout député doit né-
cessairement ménager. Elle sait résister quand elle
le juge utile, sans craindre de déplaire ; le repos,
le salut du pays est sa loi, sa récompense et sa
gloire. Considérée comme contre-poids dans la ba-
lance politique, comme cour d'appel dans la haute
législature, la Chambre des pairs est aussi indis-
pensable que la Chambre des députés. De celle-ci
la liberté jaillit sans cesse comme d'une source in-
tarissable, l'autre en règle le cours. Otez-la, et
bientôt ce qui fécondait le pays , ces mêmes eaux
qui lui donnaient la vie, se changent en un torrent
qui le ravage.
Quand l'homme, dans sa faiblesse, peut se régler
sur les ouvrages de Dieu, ses oeuvres prennent
de la grandeur et quelque chose de l'éternité. Les
forces dans l'univers se balancent sans se nuire ;
l'équilibre fait leur durée et les maintient dans
une juste marche. Le gouvernement représenta-
tif est l'image de cette harmonie puissante, et
c'est en cela qu'il est admirable.
C'est dans cette oeuvre qu'éclatent les lumières
du siècle. Savoir soumettre sa liberté à la raison,
est la marque d'une nation vraiment civilisée.
L'empire sur sa liberté est la vertu d'un peuple ,
( 10 )
comme l'empire sur ses passions est la vertu de
l'homme. Cette sagesse est dans nos moeurs. Le
bon sens, ce maître des choses humaines, comme
dit Bossuet, règne en France. Nous sommes in-
struits par de si grands exemples, par une expé-
rience qui nous a coûté si cher ! Qu'est-ce qui a
manqué à notre grande révolution de 89? N'est-
ce pas cette modération dont nous avons aujour-
d'hui le goût, et qu'on voudrait nous faire perdre?
Il est vrai que l'effort avait été trop ardent, l'élan
trop impétueux, pour qu'il fût donné à la pré-
voyance humaine de l'arrêter. Il n'en est pas
moins certain que la révolution s'est perdue par
ses violences; qu'elle a été grande et belle , tant
qu'elle a été raisonnable ; furieuse et abjecte, quand
le peuple n'a plus connu de frein. Trop heureux
alors qu'un homme de génie se soit rencontré qui
nous ait donné le despotisme, au lieu de l'anarchie!
Ce grand homme lui-même, ce génie si clairvoyant,
si plein de ressources , qu'est-ce qui l'a perdu?
C'est de n'avoir connu d'autre volonté que la
sienne, de s'être laissé emporter à sa fortune,
d'avoir cru à la durée de ce qui n'était pas rai-
sonnable. Ainsi un homme, un peuple , se perd
inévitablement quand il ose tout, quand il hasarde
tout : l'habitude de la témérité lui donne le ver-
tige et le rend sourd à la raison. C'est donc l'ex-
périence qui prouve la nécessité d'un pouvoir
modérateur.

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