De l'Orgueil, chant religieux par Ulysse Erasmi

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impr. de A. Péron (Rouen). 1843. In-8° , 61 p..
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Publié le : dimanche 1 janvier 1843
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DE
CHAI! RELIGIEUX,
PAR ULYSSE ERASIMI.
flrir: 1 fv. 50 ««tunes. I
IMPRIMÉ CHEZ ALFRED PÉRON
SOCCESSEUIt DE RICÉTAS PERUUX
RUE DE LA VICOMTE, 5:1.
août 1843
DE
CHANT RELIGIEUX,
PAR ULYSSE ERASMI.
flrif : 1 fr. 50 centimes, j
IMPRIMÉ CHEZ ALFRED PÉRON
SUCCESSEUR DE K1CÉTAS PERIAl'X
RDE DE EA VICOMTE, 55.
5lBÙt 1845
— 2 —
S'ils ont le soin de perdre, à nous celui d'instruire !
Et nous verrons un jour celui qui pourra dire :
Mon but fut le meilleur , j'ai soutenu la foi ;
J'ai défendu le vrai, je mourrai sans effroi,
Frères, ils nous ont dit : suivant la vraisemblance ,
Le néant nous attend , et non la récompense.
Le ciel n'est qu'un vain mot, et la religion
Pour nous, gens éclairés, est .une illusion,
Et quand ils sont vêtes, dans leur froid athéisme,
Pour trouver un adepte au matérialisme ,
J'ai répondu : Non, non, insensé , je ne pui .
Echanger pour des biens ma force et mon appui ;
Je garderai la paix qui vient en souveraine
Me prouver chaque jour qu'elle adoucit ma peine.
Et puis , consentirais-je à trahir mon devoir,
En faisant comme vous , et lire , et ne rien voir
Dans les versets sacrés de la sainte Écriture,
Précieux document, divine nourriture !
Oh ! non, retirez-vous, allez compter de l'or ;
Pour moi, j'ambitionne un plus riche trésor ;
— 3 —
J'attends tout du Seigneur , et c'est assez vous dire
Que ces bienfaits ont droit aux accords de ma lyre.
Alors , ils m'ont lancé dans un chemin affreux ,
Et dirent en fuyant : Nous verrons si tu peux,
En invoquant le Christ, abréger ta misère ;
S'il viendra t'affranchir de cette peine amère.
Et, me laissant ainsi pénétré de frayeur,
Sans le moindre remords ils ont vu ma douleur.
Je souffrais , je pleurais, je ne pus m'en défendre !
Mais la divine foi bientôt se fit entendre.
J'avançai quelques pas , puis je devins tremblant.
Insensé que j'étais, combien j'étais enfant !
J'avais peur. 0 mon Dieu ! pardonne à ma faiblesse.
Eh quoi ! j'ai pu trembler lorsqu'aucune bassesse
N'a pu mettre le sceau sur ce lugubre jour.
Quand je gardais tes lois et ton divin amour ;
Lorsque je ne mettais ma force qu'en toi-même ;
Lorsque j'obéissais à ton ordre suprême ;
Lorsque je te priais d'accorder le pardon
Que je venais de faire en l'honneur de ton nom.
J'avais peur, ô mon Dieu ! mais à quoi donc pensais-je !
Mais je savais pourtant qu'enfoui dans la neige,
Sur un rocher désert comme au milieu des bois ,
Comme au fond de la mer, comme au palais des rois,
Tu peux , dans un moment, sauver celui qui t'aime ;
Qu'il n'est pas de danger pour ta force suprême ,
Que ton doigt désignant ton ordre souverain ,
Suffirait pour briser mille portes d'airain.
C'est pourquoi je compris que seul il devait craindre,
Celui qui de ta croix sentait l'amour s'éteindre ;
Qu'avec ce saint amour l'on ne devrait avoir
Ni crainte ni terreur, puisqu'elle a tout pouvoir.
Et j'étais à genoux, à genoux sur la pierre,
Et je disais : Seigneur , et vous , ma bonne Mère ,
Vous, la Reine des deux, venez à mon*secours ;
Au nom de votre Fils et de ses derniers jours,
Au nom de l'Esprit-Saint qui, d'une faible femme,
Voulut faire de vous le foyer dont la flamme
Vient réchauffer le juste inquiet, aux abois ;
Tel qu'un soleil d'été régénère nos bois.
O vous, pure, sans tache, au nom de vos souffrances,
Au nom de vos vertus et de leurs récompenses ,
(S)
J'invoque votre amour, Marie, exaucez-moi ;
Mon plus ardent désir est de garder la foi.
Faites, si Dieu le veut, prolonger ma misère ;
Mais , un seul mot de vous ; dites, que dois-je faire
Pour marcher d'un pas ferme et porter le front haut ;
Pour n'être pas distrait par le riant tableau
Que sait peindre le monde en sa coupable adresse,
Afin de s'emparer de la faible jeunesse?
Faites que, restant sourd à son conseil trompeur,
Je puisse jusqu'au but Vipus conserver mon coeur.
Je m'exprimais ainsi. Mon ame, d'allégresse,
A fait trois fois bondir la chaîne qui l'oppresse.
J'ai dit : Je suis soumis, Dieu me regardera ;
Il nous a dit : Frappez, et l'on vous ouvrira.
Je joignis mes deux mains en suppliant mon Père,
Celui dont le pouvoir commande le tonnerre.
II vint à mon secours, car j'entendis soudain
Un son harmonieux résonnant au lointain.
Ayant prêté l'oreille, afin de reconnaître
Si je veillais toujours, et si ce pouvait être
Un avertissement pour sortir des ravins
Où m'avaient amené des hommes inhumains.
( 6)
J'entendis une voix ; oh ! qu'elle fut vibrante !
Elle parlait des cieux à mon ame croyante ;
Elle dicta les mots que je vais retracer,
Dans un bien doux espoir, celui de consoler.
« Rappelle-toi, Chrétien, dans le mal qui t'oppresse,
« L'appui que t'a donné ton Dieu dans sa tendresse.
« Dans un pressant danger, rappelle-toi, Chrétien,
« L'appui que peut donner le bon Ange gardien ;
« C'est lui qui fut"chargé de garder l'innocence,
« Et qui pour tribunal a pris la conscience ;
« C'est lui qui, dans la nuit, lorsque le juste dort,
« Au chevet du pervers amène les remords.
« 11 pourra t'inspirer, son pouvoir est immense ;
« 11 tient du Dieu très-haut sa force et sa puissance ;
« Il a la mission d'offrir au Tout-Puissant
« L'homme qui sut combattre et mourir triomphant-
« Dans la loi du salut, qu'il faut te rendre chère,
« Qui devra l'emporter sur les biens de la terre,
« L'Ange sera ton guide et ton fidèle appui,
« Car, dans un cas pressant, tu peux compter sur lui.
(7)
« Oh ! non, va, ne crains rien, son pouvoir est extrême ;
« Ses douces volontés sont celles de Dieu même ;
« Il est l'ambassadeur qui, descendu d'en haut,
« Plaide contre Satan et conduit au Très-Haut ;
« Et quand viendra le jour où tu rendras ton ame,
« Il la transportera sous son aile de flamme.
« Hâte-toi donc, Chrétien, de prendre un protecteur,
« Qui, malgré les méchants, amène au vrai bonheur.
Et je me prosternais la face contre terre ,
Je m'écriais : Seigneur, mon Ange tutélaire,
Je me confie à vous, ne m'abandonnez pas ;
Pour sortir de ces lieux daignez guider mes pas.
Mon voeu fut exaucé, car je le vis descendre ;
Du céleste séjour il vint et me fit prendre
Une plume qu'il mit dans ma tremblante main ,
En disant : « Mon enfant, écris ; l'Être divin
« T'ordonne par ma voix d'expliquer sur la terre
« Ce qu'il faut éviter et ce que l'on doit faire ;
<8)
« Accomplis donc ta tâche, et surtout souviens-toi
« De ne rien négliger pour faire aimer sa loi,
« Car l'auteur qui voudrait se montrer plus fort qu'elle
« Ne serait qu'un ingrat, au bienfaiteur rebelle.
« Oh ! garde-toi surtout de ne jamais changer
« La volonté du Christ qui veut te protéger. »
Alors, fort, courageux, je relevai la tête,
Et je Yis sans trembler éclater la tempête
Qui voulait, mais en vain, m'empêcher de dicter
Ce que mon coeur sentait, ce que je vais chanter.
I.
1
Mortels, écoutez-moi, Si la sainte croyance
A placé dans vos coeurs sa divine semence,
De ce don du Très-Haut vous devez sans effroi
Apprendre les bienfaits à qui manque de foi.
Ou, pareils à l'avare enterrant son idole,
Quand le pauvre, à sa porte, en vain cherche une obole,
Vous perdrez à la fois et le nom de Chrétien ,
Et les trésors de Dieu dont vous ne faites rien.
Quoi ! vous avez compris la divine parole,
Vous savez qu'elle seule en vos pleurs vous console,
Vous savez qu'il n'est pas de maux les plus amers
Qu'elle n'adoucira ; comme au milieu des mers ,
Semblable au matelot que tourmente l'orage ,
L'aspect du port vient rendre espoir, force et courage ;
Et la voix vous manquant, vous n'osez prévenir
Votre ami dont un mot peut changer l'avenir !
— 10 —
Vous savez qu'il suffit d'une seule prière
Pour être aimé de Dieu, pour fléchir sa colère,
Et vous ne cherchez pas à guider le pécheur
Vers le sentier du vrai qu'a tracé le Sauveur !...
Vous avez le coeur froid , s'il n'est déjà coupable !
De la tiédeur au mal la voie est praticable.
Il ne faut qu'un seul pas pour s'écarter du bien,
Il ne faut qu'un seul mot de la tiédeur à rien.
II.
Pour nous, heureux enfants , que la Foi tient en laisse ,
Guidant nos pas vers Dieu, chassant notre faiblesse ;
Qui nous promet les cieux. si nous savons souffrir,
Et qui nous soutiendra lorsqu'il faudra mourir.
Sachons donner la main au frère qui chancelle ;
La charité le peut, car Dieu le veut par elle.
Ne nous lassons jamais d'un si noble devoir ;
Le Christ est un flambeau que tout homme doit voir ;
Sa doctrine est limpide et sa morale est pure ,
Comme l'eau qui traverse une tendre verdure,
Comme, après un orage, un rayon de soleil,
D'un jeune et bel enfant le sourire au réveil.
11 voulut tout prévoir dans son saint Évangile ;
Brûlant de son amour, à son ordre docile,
L'apôtre, obéissant au feu du Saint-Esprit,
Ayant reçu la loi, la laissa par écrit.
— 12 —
Apprenons aux humains cette sainte science,
De si nobles efforts viendra la récompense.
Combattons l'incrédule, et surtout montrons-lui
Qu'en s'éloignant de Dieu , l'homme n'a plus d'appui ;
Qu'il erre malheureux , même dans la richesse ;
Car Dieu donne la joie ainsi que la tristesse.
Qu'au milieu des tourments, chargé d'un lourd fardeau,
Le croyant peut compter sur l'appui du Très-Haut.
Tel est notre devoir si nous sommes sincères.
Dans notre siècle , hélas ! que de peines amères
Nous pourrons consoler, si nous montrons le ciel,
En disant : Le bonheur est là , sans aucun fiel ;
Il vous sera donné, si vous savez attendre,
Si vous faites le bien , et si vous savez rendre
Des services à ceux qui sont vos ennemis ,
Si vous ne pratiquez que ce qui fut permis.
Quant à moi, faible épi que mûrit la prière,
Mon but, en écrivant, n'est pas celui de plaire ;
Mais comme le Seigneur a daigné me parler ,
Je crois démon devoir ici de révéler
Ce qu'est la passion, où nous pourrait conduire,
Si l'on ne combattait, son infernal empire.
CHANT PREMIER.
DE L'ORGUEIL.
Lorsqu'un nuage affreux passe sur votre tête,
Et qu'il court au lointain déchaîner la tempête,
Hommes, répondez-moi : quand vous voulez sortir,
Ne regardez-vous pas si d'autres vont venir ?
Oh ! vous êtes prudents ; alors, loin d'entreprendre
Un voyage lointain , vous préférez attendre,
— 14 —
Et ne Sortez des lieux qui vous ont abrités,
Qu'à l'ittstant où le ciel a repris ses clartés.
C'est ainsi qu'on devrait se défier des vices ;
Sous des traits différents et par mille artifices,
Courant au même but, les conseils de l'enfer
Nous prennent au passage, et, de leurs bras de fer,
Entraînant la pensée en un commun abîme,
Contre la voix de Dieu, nous conduisent au crime.
C'est pourquoi nous devons, en prudents voyageurs,
Sonder l'écueil affreux qui dégrade les coeurs.
L'écueil, c'est le péché : lorsque l'orgueil nous dompte,
Ses hideux compagnons viennent vers nous sans honte.
Tel qui repousserait, même saisi d'horreur,
De l'empire du mal le conseil corrupteur,
S'il se croit le pouvoir de braver sa puissance,
Et du secours de Dieu mépriser l'assistance,
Triste jouet du vice, ayant compté sur lui.,-
Il était pur hier, bien à plaindre aujourd'hui.
Car, semblable à l'agneau qui, pour quitter sa mère,
Traverse en folâtrant une épaisse poussière,
^\* -15-
Se croyant assez fort, fuyant loin du berger,
Courant insouciant de la plaine au verger,
Des animaux de proie il devint la pâture,
Et reconnaît trop tard , dans l'horrible torture,
Que du faible troupeau le pasteur vigilant
Sait éloigner du loup la meurtrière dent.
Mais l'orgueilleux n'entend ni plainte ni prière ;
Voyez-le d'un pas ferme avancer vers l'ornière.
L'Église en vain lui dit : Hors moi tout est danger ;
0 mon enfant ! pourquoi veux-tu donc m'affliger ?
Regarde, sur mon front sillonne la tristesse ;
Oh ! je tremble pour toi, car ma vive tendresse
S'alarme avec raison de ce que peut souffrir
Celui qui de mon sein croit pouvoir s'affranchir.
Eh quoi ! je t'ai nourri de la vertu sublime
Qui seule a le pouvoir de sauver de l'abîme ;
Et blasphémant mon nom , en t'éloignant de moi,
Te riant de mes pleurs et reniant ta foi,
Tu cours, insouciant, dans le monde servile
Dont je t'appris l'erreur lorsque tu fus docile !
Tu te perds, mon enfant, tu te perds sans retour,
En repoussant ainsi mes conseils, mon amour.
0 mon fils bien aimé ! vois les bras de ta mère,
Qui te seront ouverts si tu reviens sincère ;
- 16 - %i^*
Quand tu viendras vers elle , elle te sourira;
Et, pleine d'allégresse, elle t'embrassera.
Mais crains, mon pauvre enfant, la trop juste colère
De mon céleste époux ; car, les yeux sur la terre,
Il suivra chaque pas qu'en t'éloignant de lui
Tu feras chancelant, sans guide et sans appui.
Au tribunal divin quand il faudra paraître,
Devant ton Créateur, devant le divin Maître,
Abjurant ton orgueil, si, plein de repentir,
Tu n'as cherché mon bras pour mieux te soutenir ;
Si je ne puis à Dieu te présenter moi-même
Comme un fils repentant, comme un enfant qui m'aime,
Dont j'ai reçu l'aveu, dont j'ai séché les pleurs,
De qui j'ai pu chasser le doute et ses terreurs.
Tremble, faible mortel ! la céleste lumière
Ne luira pas pour toi dans cette peine amèrc.
Tu maudiras le jour où, t'éloignant de moi,
Tu voulus vivre libre, au mépris de ma loi.
Ainsi parle l'Église ; écoutant ce langage,
L'orgueilleux ne ressent que l'effet de la rage ;
Il blasphème en disant : Les hommes peuvent bien
Se passer d'une messe où l'on ne comprend rien.
0 le faible d'esprit ! combien il est à plaindre,
Puisqu'il nourrit en lui l'orgueil de ne rien craindre,
Puisqu'il méprise ainsi la source d'un bonheur
Sans lequel, ici-bas, rien n'attache le coeur.
— 17 —
Aussi quel ajffcnij ! esclave volontaire
II ira s'abaissêlP'èrs un bien éphémère ;
Lorsqu'il refusera Dieu pour son protecteur,
Il cherchera l'appui des hommes sans honneur !
Quelquefois corrompus, exigeant la bassesse
Pour prix de leur crédit, souvent d'une promesse.
N'importe, il fera tout, rien ne lui coûtera,
Pour briller à son tour l'orgueilleux rampera.
Et comment pourrait-il ne pas être servile ?
Jésus doit-il sa force à cette ame indocile i
Oh ! non , car il est juste, et son divin appui
N'est donné qu'aux mortels qui n'espèrent qu'en lui.
Des ordres du Sauveur qui suivra la bannière,
Recevra du Très-Haut la céleste lumière,
Et, prompt à se soumettre à ses supérieurs,
Il n'apportera pas l'encens des imposteurs.
A vous donc, orgueilleux, à vous donc la bassesse.
Car du roi des enfers un long cri d'allégresse
Accueille l'abandon que vous faites des cieux ;
11 YOUS inspirera du séjour ténébreux.
Il vous doit son appui : vous prenez sa défense,
Vous qui persuadez à la crédule enfance
Qu'un Dieu mort sur la croix pour déchaîner nos mains,
N'est qu'un récit banal créé par les humains !
— 18 —
Vous qui doutez encor que sur le mont Çal|aîre,
Un Dieu versât son sang pour racheter Iâlfiilre !
Incrédule orgueilleux, niant un tel bonheur !
Tu devrais pour le moins dans un discours trompeur,
Puisqu'à la vérité tu refuses l'hommage,
Nous donner en échange une brillante image,
Et non venir nous dire : A jamais le néant
Sera le sort du juste ainsi que du méchant!
Quand reconnaîtras-tu que l'orgueil qui te dompte,
Bien loin de te grandir t'abreuvera de honte ?
Quoi, ta philosophie, avec témérité,
Te dit : l'homme à la brute est en égalité !
Et tu ne comprends pas que l'infernal empire
A pu seul inspirer ce dégradant délire.
Pauvre frère égaré, puisse ma faible voix
T'apprendre tes devoirs et t'affranchir des lois
Que t'imposa l'enfer , dont la haine et la rage
S'allument à l'aspect de ce parfait ouvrage,
De ce souffle immortel, monument de grandeur,
Qu'a placé dans son sein le divin Créateur !
Ah ! relève ton front ; trop long-temps vers la terre
Tu fixas tes regards sur la pauvre matière.
Ta patrie est au ciel !.... suis-moi dans le saint lieu,
Une larme éteindra le courroux de ton Dieu.
— 19 —
Une larme, et la paix sera ta récompense,
Une larme, et la foi te rendra l'espérance ;
Une larme, et les Saints, et la Reine des cieux
Viendront à ton chevet pour essuyer tes yeux.
Tu te ris de ma voix ! tu veux rester rebelle ;
Frère! j'entends un Ange à la porte éternelle !...
Les célestes Esprits, témoins de sa douleur,
En vain voudraient calmer ton Ange protecteur.
Écoute, homme orgueilleux, ce dont sa voix t'accuse.
Sincère en mes accens, si ma sévère muse,
De son juste courroux n'adoucit pas le son,
C'est que je veux, ami, te sortir de prison.
Ainsi, l'oiseau captif dans sa brillante cage,
Jouet d'un instrument, se croirait au bocage,
Ainsi, des vers choisis tu pourrais applaudir,
Sans que dans ton esprit je place un repentir.
Mais je veux que demain ta mémoire fidelle
T'éveille avant le jour, et qu'elle te rappelle,
Non un songe riant qu'on cherche à ressaisir,
Mais une vérité dont il fallût pâlir.
II.
L'Ange a dit : sur ce point qu'ils appellent la terre,
Le Seigneur me guida près d'une tendre mère,
Pour être le soutien
De son enfant chéri, son espoir dans le monde ;
Alors je traversai les espaces et l'onde,
Et me fis son gardien :
Et j'entendis ces mots : Merci, Dieu de clémence,
Tu daignas m'exaucer, en ce jour de souffrance,
Quand je priais pour moi.
Et maintenant, Seigneur, écoute ma prière,
Fais que le faible enfant, dont je suis déjà fière,
Vive et meure en ta loi !
— 21 —
Et son coeur tressaillait d'une sainte allégresse,
Lorsqu'elle prodigua sa première caresse
A l'enfant endormi.
Hélas ! vingt ans plus tard, quand sa douleur amère
N'eut pu fléchir de Dieu la trop juste colère,
Sur son fils j'ai gémi !
Oh ! comme il a trompé l'espoir et la tendresse
De celle à qui le ciel voulut de sa jeunesse
Confier le soutien!....
Puisqu'un jour, entraîné par un conseil perfide,
Dans un chemin fangeu3f|pie refusant pour guide ,
H ne fut plus chrétien !....
Il écouta la voix d'un homme à l'ame altière,
Loup blasé par la nuit de sa sombre tannière ,
Qui ne voyait les Cieux
Que pour douterdu jour et maudire en sa rage ,
La force du croyant, sonespoir, son courage,
Et refermer les yeux.

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