De l'Ouvrage intitulé "de la Monarchie selon la charte", par l'auteur de la "Défense préliminaire de Louis XVI" [Foulaines]...

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Plancher, Delaunay (Paris). 1816. In-8° , VIII-208 p..
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Publié le : lundi 1 janvier 1816
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DE L'OUVRAGE
INTITULÉ
SELON LA CHARTE.
DE L'IMPRIMERIE DE MADAME V. PERRONNEAU,
QUAI DES AUGUSTINS , N°. 39
DE L'OUVRAGÉ
INTITULÉ;
SELON LA CHARTE;
Par l'Auteur de la Défense Préliminaire de Louis XVI.
A PARIS,
CHEZ
PLANCHER, Éditeur, rue Serpente, n°. 14
DELAUNAY, Palais-Royal, galerie de bois.
1816.
DES MATIÈRES.
Pag.
CHAPITRE Ier. De la Stabilité des Institutions. 12
CH. II. Nécessité ( lorsqu'on sort d'une révolution )
de ne rien changer aux Institutions nouvelles. 13
CH. III. Ce qu'il faut faire et éviter pour le maintien
des Institutions. 14
CH. IV. Esprit de la Charte. 16
CH. V. Les Discussions politiques en France y main-
tiendront les haines et y attireront la guerre civile. 20
CH. VI. La Charte ne devra être revisée qu'après un
long essai. 22
CH. Vil. Des Suites nécessaires du second Interrègne. 25
CH. VIII. Des Sociétés Secrètes. 27
CH. IX. Des Réformateurs de la Charte. 37
CH. X. Les Frondeurs ne se firent des partisans qu'en
accréditant qu'ils avaient pour chefs les Personnages
augustes qui les désavouaient. 40
CH. XL Se dire publiquement plus fort et plus habile
que le Gouvernement, c'est provoquer son renver-
sement. 43
CH. XII. Le Roi a tout pardonné. Nous devons nous
associer à ce sublime oubli, prescrit par la Religion ,
, par la volonté du Monarque et par une sage poli-
tique. Ifi
CH. XIII. Une sage critique de la Charte serait dé-
placée , si le moment de la perfectionner n'est pas
arrivé. 48
CH. XIV. Des Retraits lignagers et des Substitutions. 50
CH. XV. Des entraves mises à la Manifestation d'O-
pinions raisonnables. 52
CH. XVI. Ce qu'on a voulu faire entendre par les In-
térêts révolutionnaires, 55
CH. XVII. Du Ministère de la Police générale. 56
vj TABLE
Pag.
CH. XVIII. De la Responsabilité des Ministres, qui
ne doivent avoir d'autre système que de suivre la
Charte et de faire exécuter les lois qui en dérivent. 63
CH. XIX. Revenir sans cesse sur la Révolution, c'est
perpétuer les Haines. 65
CH. XX. Fausses Idées qu'on a eu intérêt de donner
sur trois Ministères. 70
CH. XXI. Le Royalisme de la très-grande majorité des
Français , consiste à vouloir le Roi, la Charte , la
Paix et le maintien de tout ce qui est. 72
CH. XXII. Des Épurations. 73
CH. XXIII. Les Lumières n'appartiennent ni à telle
caste, ni à tel parti ; mais l'esprit de parti, comme
l'ivresse, nuit à nos lumières acquises, et empêche
de se faire des idées saines. 75
CH. XXIV. Feindre de voir le mal où il n'est pas, est
un prétexte pour faire dominer un parti au détri-
ment de la volonté royale, interprète des voeux de
la très-grande majorité. 76
CH. XXV. Ceux qui veulent et suivent la Charte
doivent-ils être moins crus que ceux qui , en la van-
tant dans quelques lignes, la détruisent dans cin-
quante-trois chapitres? 78
CH. XXVI. L'Histoire prouve que les ambitieux
n'alarmèrent le Souverain , par l'idée de factions
puissantes, que pour détourner ses yeux d'une fac-
tion sans force. 2
Cri. XXVII. Ceux qu'on suppose n'agir que d'après
les Intérêts révolutionnaires, n'ont rien tenté contre
le Clergé qni ne les accuse pas, et qui n'a chargé
personne d'accuser. 84
CH. XXVIII. Danger des Prjucipes Généraux, d'après
lesquels on détruit ce qu'on a bien ou mal dit ail-
leurs, sur le système général du Gouvernement. 86
CH. XXIX. C'est d'après ce qui est et non d'après le
passé, qu'on a dû statuer pour le présent et le futur. 87
CH. XXX. Le Clergé ne cherche point à créer un
Empire dans un Empire. 90
CH. XXXI. Le Clergé n'a point promis de changer
les moeurs; mais il s'efforce de nous convaincre de
la nécessite d'obéir aux Lois Divines et humaines. 91
DES MATIERES. Vij
Pag.
CH. XXXII. Nier la possibilité de fusion de tous les
Partis; c'est les mettre tous en présence. Ne point
immiscer le Clergé dans le civil n'est point une
impiété. 93
CH. XXXIII. La cour de Rome ne prétend point et
ne peut prétendre que l'Education en France soit
confiée exclusivement au Clergé. 96
CH. XXXIV. La Charte, en maintenant Y ancienne
et la nouvelle noblesse, a voulu qu'il n'y eût point
de différence entre les nouveaux et les anciens
Nobles. 98
CH. XXXV. Inutilité d'une dissertation sur le titre de
Roi de France. 100
CH. XXXVI. Les fausses comparaisons sont aussi dé-
placées en politique, que les allusions forcées à
l'Histoire. loi
CH. XXXVII. Les Institutions font les moeurs. 102
CH. XXXVIII. Si la Monarchie est impossible sans la
Charte , attaquer cet acte c'est faire marcher les In-
térêts révolutionnaires. 108
CH. XXXIX. Futilité des Objections contre la Disso-
lution de la dernière Chambre des Députés. 109
CH. XL. La France n'a et ne peut avoir de Gouver-
nement représentatif. 114
CH. XLI. De la Composition du Ministère. 119
CH. XLII. Un Monarque deux fois détrôné , dix an-
nées de guerres civiles furent ( 9e. siècle) les suites
nécessaires de l'adage à la mode : Sauvons le Roi,
quand même il ne le voudrait pas. 123
CH. XLIII. Ceux qui ont le loisir d'écrire, doivent
consacrer leurs veilles à rappeler les faits qui ho-
norent la Patrie , et non à disputer sur des points
jugés. 125
Les faiseurs du jour n'ont ni le caractère, ni la force
d'union , ni la supériorité du nombre qui firent
réussir leurs devanciers , au 9e. siècle. 128
CH. XLIV. Des Moyens employés pour diminuer le
respect dû aux Rois, en calomniant les Dépositaires
de leur autorité. i38
CH. XLV. Examen de ces propositions : la Charte a
changé nos devoirs envers le Roi, et il n'y a point
d'analogie entre la position (d'Henri IV, entrant à
Paris, et celle de Louis XVIII, rentrant en France.148
Viij DES MATIÈRES.
Pag.
CH. XLVI. Dire que le Roi se réserve les droits con-
cédés au peuple; qu'il peut gouverner sansla Charte;
qu'il ne fait rien et n'a rien à régler, c'est faire
marcher les Intérêts révolutionnaires. 155
CH. XLVII. Du partage de l'Initiative entre le Roi et
les Chambres. De la Liberté de la Presse. Des
Journaux. 158
De la liberté de la Presse. 164
Les journaux , surveillés par le Ministère , sont rédigés
librement dans les intérêts du Roi et non dans ceux
des Ministres. ib.
CH. XLVIII Point de Monarchie en France sans la
Charte. 166
CH. XLIX. Des Motifs qui ont pu faire publier un
Ouvrage improuvé par le Prince. . 167
Un écrivain doit-il supprimer son ouvrage , si sa pu-
blication est une désobéissance à son Souverain? 169
CH. L. Fait-on respecter Celui dont on dit que les
actes sont dictés par les Intérêts rèvolutionaires ? 174
Cil. LI. Des Essais , publiés en 1797, et des Disserta-
tions ( en style romanesque ) sur la Religion , ne
peuvent être le Commentaire de la Charte. 176
CH. LU. Des Martyrs , des Questions politiques et du
Rapport au Roi. 184—190
CH. LIII. L'Auteur et son Panégyriste ont pris le
change sur les Signes, la Dictature, la Loi non
exécutée, la Définition d'un Gouvernement , les
Hommes qui conviennent ou ne conviennent pas à la
conduite des Etats, et sur le Portrait d'un Sou-
verain, 191
Les Signes. ib.
De la Dictature. 192
La Loi est nulle sans la force qui la fait exécuter. 195
Définition du Gouvernement. 197
Des hommes qui conviennent ou ne conviennent pas
à la conduite du Gouvernement. 199
Portrait d'un Souverain. 201
FIN DE LA TABLE.
DE L'OUVRAGE
INTITULÉ
SELON LA CHARTE.
Près l'avantage d'améliorer, est
le danger d'innover.
[Lotis XVHX]
lous ceux qui ont critiqué les tourbillons de
Descaries n'étaient pas des Newton. Où en
serions-nous si, en fait de sciences, d'arts, de
littérature et surtout de législation transcen-
dante et de politique, l'autorité des noms eût
toujours prévalu? Il faut s'être ménagé des intelli-
gences pour attaquer une place défendue par un
personnage qui a obtenu un regard du Roi. L'im-
portance et l'éclat de la controverse, la déférence
due à un pair de France, à un ex-ministre d'Etat,
remercié, sa supériorité sur celui qui ne lui
jette point le gand, mais qui soumet ses doutes à
l'académicien, lié à la cause sacrée par la grati-
I
O)
tiide, sont les garans des égards dont les gens de
lettres doivent donner l'exemple.
On se trompe, lorsqu'on traitant une grande
question politique, on l'isole de celles qui y ont
rapport. La société n'est qu'une chaîne de rela-
tions. Dans tout corps organisé et dans le corps
social, les parties sont dans dos rapports relatifs â
une fin prévue ; l'affaiblissement général ne naît
point de celui desparties, mais de la non-liaison de
leurs rapports; cette disjonction partiel le SUSPEND
toutes les fonctions vitales ; les rapports déran-
gés, l'observateur ne voit que des membres épars,
qui, malgré leur inaction, semblent conserver le
coloris qui les caractérisait, avant d'être détachés
du foyer de chaleur.
Présentons des faits au lieu d'opposer des rai-
sonnemens à des raisonnemens. Si les exemples
que nous citerons ne donnent point à penser,
c'est qu'une passion nous aveugle ; on ne la gué-
rira point, même en accumulant les remèdes ; il
ne dépend point d'un écrivain de changer les
intérêts ou le naturel de son lecteur. Mais s'il ne
peut faire que tel n'ait intérêt à telle chose, que
tels ou tels jouent ou ne jouent pas un rôle,
que telle dignité lucrative soit à donner , du
moins, il peut tenter de persuader à celui qui
dogmatise, qu'il y a rebellion, en persuadant à
des hommes prévenus, que son intérêt personnel
(3)
«est celui du Roi et de la patrie, et « qu'on ne peut
« être fidèle à l'honneur et au devoir, que par
« une sainte infraction à la loi fondamentale de
« l'Etat, et aux ordonnances qui la consoli-
« dent (I). »
Nous ferons dire par Bouvrej , Desrotour,
l'abbé Velly, le P. Daniel, Cussat, Regj , et
par l'auteur de l'Es prit de la Ligue, ce qu'on
pourrait suspecter dans la bouche d'un contem-
porain. On n'accusera pas ces écrivains d'être
vendus ni aux jacobins , ni aux buonapartistes ,
ni aux ministres. Il faudra avouer que les hon-
nêtes gens et ceux qu'on se croit en droit d'ex-
clure du catalogue privilégié, peuvent être en-
traînés dans la révolte, parce qu'il est aussi aisé
d'exaspérer les passions généreuses que les pas-
sions viles. Le P. Daniel a démontré, qu'au nom
de l'honneur, on souleva les gens d'honneur ;
qu'au nom de la Religion et de la morale, on
entraîna des Français religieux et moraux dans
des factions, et que, sous l'éternel prétexte de
sauver le Prince malgré lui, de lui donner pour
ministres des hommes exaltés, et qu'il ne vou-
lait pas, on arma des Monarques contre leurs
sujets les plus zélés, les plus instruits, et dont
tout le crime était de ne pas céder le portefeuille
(I) J. Regy, Du Véritable Esprit de la Fronde.
( 4 )
à ceux qui ne les calomniaient que pour les sup^
planter.
Faudra-t-il conclure de notre appel à l'Histoire
que la Religion, la morale et l'honneur ne sont
que des mots? On en inférera que, plus d'une
lois, on donna à ces mots de fausses acceptions,
dont sont nées des conséquences non moins fausses.
Nous ne pouvons montrer une tendance, sans
devenir le jouet de la spéculation d'un homme
madré qui abonde dans notre sens. Délions-nous
de ceux qui épousent nos haines; tenons aux
choses et non aux mots; cramponnons-nous aux
principes et nous déjouerons les réformateurs
ubiquistes.
Tout homme à talons en doit le tribut à son
Prince; cette dette est doublement exigible, si le
Monarque est son bienfaiteur. 11 n'est pas néces-
saire d'être pair pour dire la vérité à un Roi,
jaloux de l'entendre; mais il est des circonstances
graves où il ne faut point associer le public aux
conseils qu'on croit indispensable de donner.
C'est dans un mémoire confidentiel, et non dans
des brochures imprimées secrètement et publiées
avec profusion , qu'on doit offrir ses vues. On a
si bien prévu qu'on ferait celte objection, qu'en
supposant que le public avait dit : « Parlez dans
« le conseil, » on répond : « Le conseil ne s'as-
« semble pas. » ( Préf. ) Celle confidence fait
dire : A quoi sert un conseil qui ne s'assemble
point? Avant son élévation, Necker avait cru
« que le Souverain et son conseil ne s'assem-
« blaient point, et que les ministres brûlaient les
« mémoires manuscrits adressés au Roi (i). »
Certes, les hommes en dignité peuvent écrire
sur les matières d'Etat; mais ils doivent choisir
les instans de tranquillité, et, lorsqu'ils semblent
redouter une crise, ils ne doivent point recourir
à la presse, mais traiter en famille les questions
sur lesquelles il est impolitique d'attirer la curio-
sité inquiète des partis, qu'il est dangereux d'ai-
grir. En Angleterre et en France, depuis Bolin-
broke jusqu'à Burke, les grands fonctionnaires
ont écrit contre le système ministériel. Ce qui
s'est fait ne prouve pas qu'on ait le droit de le
faire. Tout est changé en France ; il faut donc
une autre marche pour nous. Quant à l'exempter
de l'Angleterre, il ne prouve rien pour notre pays,;
Nous sommes nous. Nos moeurs, nos habitudes,
nos lois, notre Charte, ne sont point anglaises;
l'opposition peut être utile à nos voisins; mais
nous avons besoin d'être unis aux ministres, parce*
qu'organes du Roi, dans presque toutes les eux
constances, entraver leur marche, c'est compro-
(I) On eut la preuve du contraire, lorsqu'après le loi
août 1792, on inventoria toutes les pièces qui étaient aux
Tuileries.
(6)
mettre la dignité Royale. Lorsque le Prince pro-
pose la loi par l'intermédiaire des ministres, il est
dans l'arène; il est sur le trône dès que la loi est
rendue : c'est alors qu'il gouverne et que les
ministres coopèrent à l'exécution de tout ce qui
émane de la volonté souveraine.
Si « la légitimité est en péril, » (Préf. ) c'est à
la force des baïonnettes ( dans le cas où l'égide
des cours de judicaturc ne suffirait point ) à
soutenir le dogme conservateur. Ce n'est ni à
coups de plumes, ni avec des phrases perlées qu'on
tire le canon de détresse. Tout est constitué, et
le Monarque a dans la main la force pour main-
tenir. Il est aussi impossible de montrer le pré-
tendu « péril où se trouve la légimité » (Ibid. )
que de prouver « que la liberté individuelle et la
« liberté de la presse sont suspendues. » ( Ibid. )
Lorsqu'on s'écrie : « Qui oserait, qui pourrait
parler? » (Ibid.) On se croirait à Constanlinopie.
Après cette diatribe innocente, on passe aux
définitions.
J'ignore s'il y a des royalistes de plusieurs,
manières ; mais , ce que je sais, c'est qu'un
royaliste ne doit vouloir que ce que le Roi veut.
Les Français, « dont les opinions sont dictées par
« les intérêts moraux révolutionnaires » (Ibid.) >
n'ont pas sonné le tocsin; puisqu'on « ne sait pas
« comment on fait un despote dans la famille
(7)
« des Bourbons », pourquoi crie-t-on &u des-
potisme ; pourquoi nous menace-t-on de faire
un pèlerinage à Constantinople pour se sous-
traire à la tyrannie ministérielle ? Comment les
lois s'exécuteront-elles, si le Pouvoir exécutif est
le jouet de toutes les prétentions, si les écrivains
peuvent tourner l'opinion contre lui, et détruire
dans sa main sacrée et dans celles qu'il s'associe,
l'arme qui fait toute la puissance du Roi et du
ministère ?
S'il y a du courage et de l'abnégation de ses
affections à « n'avoir pas ménagé des ministères
« dans lesquels même on a des amis. » (Préf.)
Si on rend un témoignage honorable et mérité à
MM. Dambray et de Blacas, oublier les autres
ministres, c'est les signaler défavorablement aux
yeux de la nombreuse classe, qui croit qu'on
vole au martyre et qu'on est inspiré , lorsqu'on
déchire ceux qu'on remplacerait volontiers. Ge
qu'on pouvait oublier, c'était d'annoncer aux plus
niais, « qu'une mesure ministérielle est l'ouvrage
« d'un ministère. » (lbid.) C'est finir une pré-
face, non pas un coup de tonnerre, à la Cré-
billon, mais révéler qu'une orange croît sur un,
oranger.
On ne nous apprend rien de nouveau en nous
annonçant que « nous voulons notre Roi légitime. »
( C. Ier. ) Il n'est plus temps de le vouloir avec,
(8)
l'ancien régime; oh ne peut concevoir un BOUS-
BON despote ; il faut le bénir et le servir AVEC LA
CHARTE. Si, lorsque le Roi descendit du ciel en
1814, si lorsqu'à son aspect tous les partis, qu'on
voudrait fairerenaître, se confondirent dans le plus
délicieux des sentimens , le Prince eût dit :
« Je vous gouvernerai en vertu des lois qui
* vous régissaient en 1788; » la nation eût ré-
pondu : « Que nous importe le mode, pourvu
que vous gouverniez. » Cela n'a pas eu lieu; il
faut prendre les choses comme elles sont, et sur-
tout lorsque tout atteste qu'elles ne peuvent pas
être autrement. Ce n'est pas lorsque les coeurs se
livrent aux premiers transports d'un bonheur im-
prévu, que les têtes ont l'à-plomb nécessaire pour
résoudre un grand problême. Une révolution est
un fait, et un fait ne se détruit que par un résultat
entièrement inverse. Le régime sous lequel nos
pères avaient vécu avec gloire et prospérité, ne
pouvait être rétabli que par une contre-révolution
entière, et par conséquent impossible.-Le Roi
perdait plus qu'un autre; il a obéi à la nécessité,
et son coeur lui a rendu la résignation facile dans
un sacrifice que doivent partager tous ceux qui
l'aiment, pour Lui, pour la.patrie , et non poul-
les dignités qu'il confère.
Qu'on imprime secrètement et sur divers points
de la France diverses éditions de la critique de
(9)
tels ou tels articles delà Charte et même de cette
loi entière; si elle est la seule possible, elle est la
seule bonne ; si elle est bonne, pourquoi démoné-
tiser les ministres qui secondent le Prince ?
« Croira-t-on que ceux qui se vantaient d'avoir
« fait entrer Henri dans Paris, étaient les premiers
« à dénigrer les ministres, ce qui préjudiciait au
« Roi dans l'opinion de ses amis et réjouissait les
<c ennemis du miséricordieux conquérant ? Ce
« Prince avait cependant comblé de dignités ces
« libellistes qui croyaient qu'on n'avait rien fait
« pour eux, tant que le Roi ne les aurait pas fait
« asseoir près de lui, sur ce trône qu'ils avaient
« ruiné par des écrits publiés chez l'étranger, en
« servant les intrus qu'on venait de chasser (i) ? »
Mais « cette Charte, vue dans ses parties, a
« des vices. » On a répondu à cette objection.
Dieu ne se manifesta à la terre que par la loi natu-
relle , par une loi sur le mont Sina.ï et par le
Code èvangélique ; tout ce qui n'est pas cela
vient des mortels , et tout ce qui sort de leurs
mains porte le type de leur faiblesse :
For forms qf governement letfools confest,
Whatever is best administred is best. (a)
(I) G.-B.Boivin-Desrotour, DesFactions anti-royales et
anti-ministerielle , p. 96 et 97.
(2) « Laissez les fous se disputer sur la forme du gou-
« vernement :le mieux administré est le meilleur.» (POPE.)
( io)
Si nous avons une Charte ; si nous ne pouvons
avoir qu'elle ; si nous sommes trop près de sa
naissance pour la reviser, il faut donc la vouloir
telle qu'elle est ; malheur à nous, si un acte quel-
conque faisait pressentir l'époque prochaine de sa
révision.
C'est au moment où tout annonçait cette re-
fonte , qu'on déclame contre la dissolution de la
Chambre des Députés. Mais, où est la défense
de renommer les mêmes membres, en se con-
formant, sur tous les points, au sens et à la lettre
du pacte social ? La France est convaincue que
la grande majorité de cette assemblée était dé-
vouée au Roi, mais que son zèle a été trop loin,
et qu'elle a trop brusqué les transitions. Sert-on
le Roi en rompant la digue qu'il a placée entre
.le passé et le présent? Une chose, bonne on elle-
même , ne cesse pas de l'être parce qu'on en
abuse. Le mauvais usage que nous avons fait de
la Charte, ne prouve pas qu'elle ne nous convient
point. N'attaquons pas l'acte, mais nous-mêmes,
et reconnaissons, qu'en adoptant un principe, il
faut se conformer à sa conséquence.
En famille, on se permet des avis qu'un écri-
vain ne peut donner au public qu'avec ména-
gement; il est inconvenant de lui dire que « le
« sens commun est une chose plus rare que son
« nom ne semble l'indiquer, et qu'en politique.
( II )
« comme en Religion, nous en sommes au caté-
« chisme. » Si c'est être poli, c'est n'être ni
juste, ni circonspect avec le juge suprême des
grandes et des petites réputations , et de celles
méritées ou usurpées.
N'anticipons pas sur l'examen de l'ouvrage et
posons de suite les principes pour n'y plus revenir.'
Une révolution est un attentat contre le Ciel et
contre la société. Toutes révolutions naissent des
passions non comprimées; elles amènent le dé-
sordre , dont les auteurs et les complices finissent
par se fatiguer; les perpétuelles oscillations les
inquiètent, surtout s'ils ont gagné aux mouvemens
révolutionnaires ; ils finissent par invoquer l'ordre,
qui les perpétue dans leur avoir, ou, comme
le disent les détracteurs de la Charte, « dans ce
« qu'ils ne sont plus tenus à restituer. » Nous
dirons ailleurs s'il n'est pas plus sage de les laisser
tranquilles et de les obliger, à force de générosité
à se réunir contre les perturbateurs, dont ils sont
les heureux devanciers, que de les reléguer, avec
leur influence pécuniaire et d'autorité dans la
classe qui, encouragée par le passé, voudrait aussi
tenter une révolution, dans laquelle elle a tout à
gagner et rien à perdre. Est-ce pour <en venir là
qu'on tire le canon d'alarme ?
La première qualité d'un académicien, est de
se servir de l'expression propre, et de ne jamais
(12)
blesser les convenances. Le père Duchcsne et
ses complices « tirèrent le canon d'alarme et ap-
« pelèrent tout le monde au secours » en mai
1795. Ces affreuses provocations firent décréter
le Gouvernement révolutionnaire et amenèrent.,
le 31 mai, la commune de Paris à la barre de
la Convention, pour lui dicter des lois atroces.
Pourquoi s'exposer à un rapprochement, en
employant le jargon des antropophages ?
CHAPITRE PREMIER.
De la Stabilité des Institutions.
L'ORDRE social sans stabilité, n'est qu'un ordre
du jour qu'on s'attend à voir détruit par celui du
lendemain. Stabilité des institutions, obéissance.
aux lois , forment le cercle hors duquel il n'y
a qu'anarchie. Vous aurez une nouvelle révolu-
tion , ou vous conserverez tous les symptômes
de celle qui nous a épuisé, si vous compromettez
l'autorité, et on la compromet en calomniant
ceux qui en sont dépositaires. Je ne dirai point,
avec un énergumène, trop fameux : « Périssent
« les colonies et respectons le principe; » cette
( 13 )
exagération convenait à un anarchiste ; mais je
dirai : Si nous touchons à l'arche, son naufrage et
celui de tout ce qu'elle renferme, seront une nou-
velle leçon pour l'Univers.
CHAPITRE II.
Nécessité ( lorsqu'on sort d'une révolution ) de
ne rien changer aux Institutions nouvelles.
LORSQU'UNE révolution approche de son terme ;
lorsque la nation qui en a été la victime, est
dotée de nouvelles institutions; lorsqu'elle marche
régulièrement à l'aide d'une autorité légale et con-
servatrice , tous les efforts doivent se diriger vers
la stabilité d'institutions acquises par l'expérience;
tous doivent se concentrer dans le présent,
quelle que soit sa faiblesse : point de pas prématuré
vers l'avenir ; point de pas rétrograde vers ce qu'il
faut oublier.
Nous n'avons point à chercher notre boussole,
comme Néhermand, sur les vaisseaux d'un en-
nemi en embuscades; elle est dans nos institutions,
qui sont toutes dans la Charte, seul palladium
de l'autorité, que nous avons juré de maintenir;
(14)
donc, c'est de l'inviolabilité de la Charte que dé-
pend l'affermissement, de l'autorité souveraine ,
sans laquelle , ni repos, ni prospérité pour nous,
comme pour les générations qui prendront notre
place.
CHAPITRE III.
Ce qu'il faut faire et éviter pour le maintien
des Institutions.
ON accorde le principe de la stabilité, mais on
ne fait rien pour se l'assurer. Celui qui la désire
semble ignorer comment on s'en rend digne ;
cenx qui la dédaignent changent continuellement
de tactique pour la décrier. Cette inquiétude
s'explique; elle est la suite des innovations dans
le9 principes, dans le nom, dans le langage et
dans le but des gouvernails, jusqu'en avril 181.J;
elle devait naître encore de la manie do multiplier
et de changer les usages et les lois. Les beaux es-
prits qui ont enluminé Montesquieu, La Cha-
lotais et Servait, ont vu cette stabilité dans la
force , pouvoir momentané ; ils l'ont vu aussi
dans l'assentiment du public, et ces législateurs
( 15)
d'un jour, n'ont pas découvert qu'il n'y a rien de
fixe, si on calque sa direction sur le nombre in-
fini et souvent inintelligible de ses oracles. Cette ,
opinion publique est, à la vérité, la Reine du
monde; n'emprunte-t-elle pas, et surtout chez
nous, quelque chose du sexe aimable dont elle
porte les livrées, n'en a-t-elle pas l'inconstance,
ou si l'on veut la légèreté? sanctionne-t-elle le
soir ce qu'elle a décrété le matin; son silence
égare-t-il moins souvent que ses paroles ? est-il
toujours possible et prudent de souscrire à ce
qu'elle répète , ou à ce qu'on lui fait dire? L'uni-
versalité et la force de son empire nous en im-
posent plus, qu'elles ne nous font voir le motif
réfléchi qui lui fait embrasser une opinion. Les
institutions invariables prennent-elles racine sur
un sable mouvant? Toujours innover, c'est perpé-
tuer les révolutions, et toute révolution est un
attentat, car il n'en est pas une, qui n'ait coûté
des larmes et du sang.
Les grandes institutions sont une espèce de
fanal, isolé de tout ce qui le déroberait à la vue du
navigateur. On se plaint, avec raison, que nos
lois, pendant l'interrègne, se sont multipliées
comme les sauterelles en Egypte; plus on compte
de ramifications, plus la souche s'épuise; pour le
bonheur de notre espèce, la racine mère s'est
desséchée.
( 16 )
CHAPITRE IV.
Esprit de la Charte.
IL n'en sera pas ainsi de nos institutions; toutes
dérivent de la Charte, qui se rapporte à chacune
d'elles. Dès que ces institutions ont été posées
comme bases du grand édifice, une main habile
et forte leur a communiqué le signe majestueux
de l'immuabililé, pendant un long cours d'an-
nées. Je crois lire sur le socle où notre Charte
sera tracée, ce qu'un disciple reconnaissant écri-
vit sur le tombeau de Licurgue : « Voulez-vous
« assurer la durée d'un Etat, que les caprices, ni
« les passions ne puissent altérer le texte de la
« loi fondamentale sous le prétexte même de
« l'améliorer. » Ce que nous faisons n'est ni
éternel, ni parfait; imposer à une nation à laquelle
on reproche sa légèreté, l'obligation de ne pas
détruire aujourd'hui ce qu'elle a approuvé hier,
ce n'est point supposer à l'acte solennellement
reconnu, le double caractère d'éternité et de per-
fection. Mais pourquoi faire aujourd'hui ce que
nos neveux seuls pourront opérer, après avoir
consulté le grand maître des hommes et des choses,
le tems?
(17)
La Charte est une transaction irrévocable ; elle
lie garantit l'avenir que parce qu'elle a élevé un
mur d'airain entre ce qui fût, ce qui est, et ce qui
sera. Le passé est clos, non par quelques dispo-
sitions fécondes du grand acte synallagmatique,
mais par son ensemble ; son importance n'est
point dans des articles isolés sûr lesquels on vou-
drait disputer et non discuter. Ce que j'appelle
base, c'est la Charte vue en entier. Ne tolérez
pas sa dislocation, et vous couperez au vif le
germe révolutionnaire actuel, et empêcherez un
nouveau germe de naître des factions que les
esprits inquiets préparent pour des temps plus 1
reculés. Les plus puissans intérêts d'un grand
peuple, encore convalescent, après la plus forte
crise, ne peuvent être garantis que par une loi
fondamentale et non par des lois partielles, nées
et abrogées le même jour. Sans loi fondamentale
invariable, point d'ordre ; sans l'ordre point d'ache-
minement à une paix stable ; sans la paix, point
de prospérité; cette paix, dont toute guerre est le
but, nous ne pouvons la devoir qu'au Pioi, c'est-
à-dire au Monarque, qui est ce qu'il a voulu être,
au Potentat armé du Code politique de la France
régénérée, de ce Code qui forme la date d'une
ère nouvelle, d'un évangile politique et d'une
alliance indissoluble avec les nations,
Est-ce en regard de la raison d'Etat qu'on pla-
2
( 18 )
cera de minutieuses objections, qu'on demandera
des changemens et des améliorations dans une
transaction, qui met un terme à tout le mal
passé et présent, et empêche les grands abus
de naître ? Disente-t-on les articles d'un traité
conclu, à moins qu'on ne veuille ou perpétuer
les hoslillités, ou en, faire naître de plus destruc-
tives ? D'innombrables chapitres sur les points
subordonnés de la Charte, peuvent fatiguer où
éclairer le public; on peut raisonner, avec plus
ou moins de logique , sur l'âge et le nombre
des députés, sur leur renouvellement intégral,
ou pari ici ; mais ces points, absorbés par les
grandes masses , disparaissent devant les points
cardinaux (I) Si notre Charte était différente,
il faudrait encore exiger son maintien. Les
nations ne disparaissent point de la balance poli-
tique pour avoir eu tel ou tel nombre de députés;
mais elles finissent par être partagées, lorsqu'elles
méprisent les institutions, dont elles n'ont pas
eu la constance de prolonger l'essai. A Sparte,
la loi fondamentale était réputée une loi reli-
gieuse; les opinions diverses et les partis ennemis
ne pouvaient la dénaturer; Sparte épouvanta,
(I) « Les théologiens appellent vertus cardinales celles
«dont les autres dérivent; ce mot est emprunté de celui
« de cardo, gond sur lequel roulent les battans d'une
« porte. » [L'abbé Legros-derBesplas.
(19)
par sa chute, le jour qu'elle se livra aux chances
infinies que prévenaient ou fixaient ses immor-
telles institutions.
Pourquoi chercher les exemples dans l'anti-
quité, lorsque nous avons et l'exemple et le pré-
cepte sous les yeux? Nous avous conclu un
traité de paix, après de longues hoslillités internes.
Ce traité a-t-il fait cesser les méfiances, les ini-
mitiés et les prétentions ? L'animosité survit à
la paix jurée ; tout tend à l'explosion de toutes
les passions; pour qu'elle ait lieu, le plus petit
sujet de discussion suffit; que l'on engage la que-
relle et les épisodes, hors-d'oeuvres, se mutiplient
sur la question la plus insignifiante. Pourquoi
cette fusion des intérêts principaux et des intérêts
subordonnés? C'est qu'on s'est juré paix et que
la haine reste ; c'est derrière cette haine, mal
dissimulée, que s'avancent tous les péroreurs
inquiets qui proposent le coup de lance au pre-
mier venu, pourvu que le combat fasse du bruit.
Les partis espèrent ou craignent, selon qu'ils
calculent l'intégralitéou la modification de la
Charte. Ceux qui veulent son subit changement,
comptent sur l'occasion utile pour eux, et nui-
sible pour nous, de faire revivre ces controverses
métaphysiques, qui ne les ont pas encore asseï
«levés en dignités et en fortune.
(20)
CHAPITRE V.
Les Discussions politiques en France, y main-
tiendront les haines et y attireront la guerre
civile.
L.v Fiance, qui a besoin de repos, a renoncé
à des discussions ultérieures et décidées par l'acte
contre lequel elle se tient éiroitement serrée. Les
luttes qu'on voudrait remettre à la mode ne pro-
fitent qu'aux rhéteurs; et la France, comme
Rome, a peu gagné à l'éternelle causerie de ces
hommes qui, avec l'habitude déparier en public,
n'ont point acquis celle de méditer sur les grands
objets, et qui, s'étant fait une seconde nature de
parcourir lucrativement un cercle étroit, sont
hors de leurs attributions intellectuelles, lorsqu'ils
traitent des sujets, qu'ils ne connaissent que par
l'ordre du jour ou par les gazettes.
Voulez-vous savoir ce qui résultera de la lutte
qu'on veut faire renaître ? La disposition des
esprits donnera une prépondérance réelle à un
parti; les débats, plus ou moins calmes, feront
apparaître tous les fantômes que l'opposition se
figurera; alors les plus absurdes on dit auront
(21 )
cours; on se coalisera pour anéantir la Charte, parce
qu'on ne mine près d'elle, que pour la faire sauter
d'un seul coup. Aujourd'hui une innovation, et
demain une autre ; et, lorsqu'on aura éncloué
quelques pièces détachées du parc d'artillerie, on
sera surpris de voir sacrifier les gros calibres au
service de quelques meurtrières, tandis que le
parc sera dégarni. Alors, on reviendra, mais trop
tard, à cet axiome de la sagesse, et qui sera tou-
jours un axiome, quoique les factieux en aient fait
long-temps un point de ralliement, : l' Union fait
la force !
Le grand moyen de saper les systèmes qu'on
nous oppose, est de s'en tenir à celui de la loi
fondamentale de l'Etat. S'il n'y a de salut pour
nous que sur cette pierre angulaire, on sera' forcé
d'avouer que ce que nous redoutons, est la con-
séquence naturelle de la dislocation de la lot
mère , dût on ne lui faire subir que les plus!
petites modifications. Un jeune et frêle arbuste
résistera-t-il aux tempêtes qu'un antique ormeau
affronte avec audace? Si notre Charte avait passé
par la filière indispensable d'une longue expé-
rience j les dissertations publiques, sur divers
articles , auraient des incouvéniens moins graves;
le temps, seul peut faire disparaître les défectuo- .
sites , dont on parle , sans indiquer ce qu'on
mettrait à leur place. Lorsque les siècles auront
(22)
attaché leurs sceaux à ce grand acte, on n'y verra
nuire chose qu'une transaction entre des intérêts
long-temps auxprises. Alors, le temps, qui détruit
tout, aura rapproché ces intérêts, qui ne seront
point changés par l'amélioration ou l'anéantisse-
ment de quelques dispositions; ils n'auront plus à
redouter la trop grande, influence des mesures an-
térieurement commandées par les circonstances.
L'épreuve faite , tout sera irrévocablement fixé.
CHAPITRE VI.
La Charte ne, devra, être revisée qu'après un
long essai.
Ci: qui sera \\n jour no peut être aujourd'hui,
que le calme n'est dù qu'au Prince, et à l'ouvrage
que le temps n'a point encore sanctionné. ISous ne
devons qu'au Monarque, la capitulation avec les
prétentions diverses et les récriminations, avant-
coureur de cette concorde, dont le moindre choc
peut nous priver. Détruirons-nous de la même
main que nous élevons ? tarira-t-on la source qui
porte la fécondité sur une terre, naguère inculte?
âméliore-t-on ce qu'on n'a pas eu le loisir d'exa-
miner ? Ajouter et retrancher dans telle et telle
partie , c'est rendre méconnaissable ce qu'on n'a
(25)
pas même retouché ; c'est perdre ce que rien ne
peut réparer (le temps ); c'est s'épuiser en projets
pour élever un palais régulier, et rester, pendant
des siècles, exposé à l'intempérie des saisons;
c'est refaire et ne rien terminer. S'en tenir à ce
qui est, lorsque ce positif ne peut être autre,
opposer une digue insurmontable aux passions
exaspérées, c'est cicatriser ce qu'on ne peut qu'en-
venimer en y touchant; c'est rétablir une colonne
majestueuse et durable sur l'emplacement des
tréteaux abattus des charlatans de tous les partis.
« Homme à parti et factieux présentent la
« môme idée dans une Monarchie coustitution-
« nelle; qui n'est pas pour la constitution est
« homme à parti , et c'est être factieux que d'at-
« taquer la loi hase et Celui dont elle émane. »
(J.-U.-R. Cussat, Du Danger des Controverses
politiques, c. 17).
La révision de la Charte ne peut se faire sans
discussion ; cette discussion nuirait et à nous
et à nos neveux. Au sein même des assemblées
animées du meilleur esprit, on a vu que ces dé-
bats favorisaient les partis. Est-il difficile de faire
servir les projets les plus sages en apparence, aux
vues les plus éloignées de leur motif ostensible?
les prétentions exclusives et les intérêts isolés ne
se font-ils pas des armes des plus faibles instru-
mens destinés au triomphe de la paix ? déclarer
( 24 )
qu'aucun article de la Charte ne sera soumis à la
révision des Chambres, c'est avoir éloigné d'un
pays, qui n'a besoin que de repos , les périls atta-
chés à une discussion, dont l'issue aurait été de
mettre toutes les passions, toutes les récrimina-
tions en jeu, et tous les partis en présence. Celui
qui, pendant vingt-cinq ans, médita la Charte,
en veut la stricte exécution; l'expérience de cette
année, le force à renoncer à une concession; le
Prince, dans la main duquel tous les fils viennent
correspondre, ne connaît-il pas mieux ce qu'il
faut pour le mouvement régulier de la grande
machine, que nous, placés dans le lointain et qui
ne saisissons que les effots , sans pouvoir partir
d'une donnée certaine sur les causes ?
Concluons que l'ordonnance, qui a fait naître
tel pamphlet imprimé , et tant de manuscrits ,
colportés dans des sociétés secrètes, est sage,
sous le rapport de la stabilité d'une institution
première, dont toutes nos institutions dérivent.
Nous aurons occasion d'établir que la consolida-
tions de pouvoir du Monarque était aussi indisf
pensable que l'immuable fixité de la Charte. Un
coup d'oeil sur le dernier interrègne, suffira pour
nous en convaincre.
(25)
CHAPITRE VII.
Des Suites nécessaires du second Interrègne.
LE navire politique, qui marcha si majestueu-
sement sous Louis XIV, harcelé par vingt années
de tourmente, dirigé vers les écueils par un no-
cher en démence, était rentré dans le port; une
main habile et pure avait saisi l'ancre; elle le fixa
au rivage, remplaça les voiles déchirées et les
mâts brisés par la foudre; la même main leva la
fierté (i), et couvrit de son bouclier les pervers
que la vertu aime à croire susceptibles de remords.
On profite de cette sécurité; la corruption et le
prestige atteignent des hommes couverts de lau-
riers. Subitement un aventurier, mort civile-
ment, se précipite de la roche où la bonté d'un
sénat de potentats l'avait condamné à vivre avec
lui-même. Depuis long-temps ses eorrespondans
nous provoquaient à la violation de nos sermens
et de nos devoirs; son agence secrète était confiée
aux agitateurs. Le Français fidèle tremble à l'ap-
(I) « Celui qui, à Rouen, lève la fierté, absout un con»
« damné. Cet usage est ne' de la sage idée qu'après les
« troubles politiques, l'humanité doit balancer les justes
« effets de la vindicte publique. » Dom Lenoir-de-
Lanchalle} Des hautes Prérogatives en Normandie.
(26)
proche des fléaux qui allaient fondre sur un Etat
qui réchauffait tant de traîtres dans son sein.
Ce nouveau forfait politique éveille l'Europe;
elle ressaisit le glaive; des rives de la Tamise aux
cimes des rochers Scandinaves, de l'embouchure
du Bétis aux monts Hyperboréens, il n'est qu'un
cris : Sauvons le Roi ! L'usurpateur dirige ses
phalanges vers les ramparts de Bruxelles; par une
retraite calculée, on l'amené sous de formidables
batteries; son armée est anéantie en quelques
heures. A l'aspect des champs de Waterloo, teints
du sang de vingt mille braves, on croit voir se
renouveler les désastres de Poitiers, de Dreux,
d'Azincourt et de Bovines, et la France, décimée
naguères par les bourreaux, pleura les Français
qu'elle avait armé pour une autre cause; elle vit
son Roi, ses Princes et leurs amis quitter encore
le sol nourricier; elle vit un territoire immense
dévasté et la mise à exécution d'une entreprise
arrêtée le jour même de la convention de Fon-
tainebleau. « Si la Charte eût été strictement sui-
« vie, nous n'aurions pas à gémir sur cette nou-
« vcllc tentative des réformateurs. » ( Nagone )
Détournons les yeux, et revenons à un ouvrage
qui n'a point « été confisqué , parce que la liberté
« individuelle et la liberté de la presse sont sus-
« pendues (Préf.) » mais pour contravention
à une loi formelle. « Une ordonnance royale est
( 27)
« un régulateur sous lequel tous doivent s'abais-
« ser ; nos Rois s'honorent d'être les premiers
« sujets de la loi. Un homme éclairé et revêtu d'un,
« caractère éminent, donnera toujours l'exemple
« de la soumission, s'il aime le Prince ; il ne
« dira point que la loi vient du ministère et non
* du Monarque ; car, ce serait assimiler le Chef
« suprême à ce corps qui a des mains et ne peut,
« agir. Tout ce qui vient de l'autorité publique
v émane du Roi, cause première et seule effi-
« ciente. » (Servait , Réq. contre l'ouvrage inti-
tulé : Origine des Conventions Sociales.J Malgré
les efforts pour signaler tout ce qu'on croit per-
nicieux, on ne dit rien sur le danger des partis
en général, même en conseillant d'anéantir celui
qu'on désigne. En politique, les hommes les plus
vertueux peuvent professer de grandes erreurs ;
leurs vertus même semblent devoir les faire
adopter sans examen.
CHAPITRE VIII.
Des Sociétés Secrètes.
POURQUOI déclame-t-on pour faire renaître les
Sociétés secrètes? toute société, non autorisée
par le Roi, est un foyer de dissentions.
(28)
Tolérez des Sociétés secrètes , et vous aurez la
preuve de l'existence et de l'activité d'un parti, dont
l'idée offre toujours celle d'une volonté organisée
contre le Gouvernement. « Les intérêts, mécon-
« tens de la part que leur ont faite les lois, et
« trop faibles pour résister ouvertement à l'auto-
« rite qui la leur impose, cherchent, dans une
« coalition obscure et dans les ténèbres dont ils
« l'environnent, des moyens d'action pour ruiner
« sourdement cette puissance légale qu'ils n'ose-
« raient attaquer en plein jour. Cette marche
« mystérieuse leur assure le concours d'une foule
« d'hommes timides qui n'oseraient se déclarer,
« et d'hommes imprévoyans qui se laissent trom-
« per sur le but vers lequel on les dirige. La
« réuuion commence sous les prétextes les plus '
« innocens ; elle n'a pour objet que le soutien
« du trône et la propagation des bons principes;
« on s'y laisse conduire sans réflexion; on prête,
« sans résistance , des sermons vagues ; on fait,
« avec légèreté, des promesses sans conséquence.
« Cependant, des hommes plus habiles et plus
« décidés sont à la tête de l'association; ils ne
« négligent rien pour y propager les opinions
« et les sentimens qui peuvent servir leurs des-
« seins ; l'activité et le mystère échauffent par
« degré les têtes ; des liens imprudemment con-
te tractés se resserrent ; on perd de vue les pro-
(29)
« jets légitimes qu'on s'était d'abord uniquement
» proposés ; la Société se considère bientôt
«, comme une autorité qui a des fonctions à
« exercer, une force à déployer, un but spécial
« à atteindre ; la surveillance dont elle ne tarde
« pas a devenir l'objet, l'irrite; elle cherche,
« pour y échapper, à se rendre importante et
« redoutable ; elle travaille à accroître le nombre
« de ses agens, à étendre ses relations et ses
« correspondances; plus ses membres s'unissent
« entr'eux, plus ils se séparent de la nation à
« laquelle ils appartiennent, et du Gouvernement
« lui-même, dans l'intérêt duquel ils avaient paru
« d'abord s'associer : un sentiment d'honneur les
« attache à des engagemens dont ils n'avaient pas .
« prévu l'étendue; ils trouvent, dans cette acti-
« vite mystérieuse , et dans l'importance qu'elle
« leur donne, une sorte de plaisir; ceux qui
» étaient entrés dans l'association avec des inten-
« tions droites, se persuadent que la résistance
« que le Gouvernement leur oppose, provient d'un
« aveuglement funeste, et qu'ils sont appelés à
« le servir malgré lui ; les habiles se réjouissent
« en voyant que le parti se forme, se lie, s'en-
« gage, qu'il est, de plus en plus, dominé par
« les intérêts cachés qui en sont l'ame invisible;
« et c'est ainsi que des réunions, d'abord insi-
« gnifiantes ou,innocentes, deviennent, presqu'à
(30)
« l'insu, ou du moins, sans la préméditation de la
« plupart de ceux qui les composent, de véritables
« sociétés secrètes, foyers d'agitation dans l'Etat,
et de résistance contre le Gouvernement, qui
« opposent leurs manoeuvres à ses mesures, leurs
« projets à ses volontés, et les intérêts du parti
« dont elles sont l'instrument à l'intérêt public
« dont elles ne s'inquiètent plus. »
Lorsque Charles II monta sur le trône , les
sujets fidèles, qui avaient servi l'auguste victime
de Cromwel, se réunirent secrètement, et avec
les intentions les plus pures, insensiblement, ils
agitèrent les grandes questions d'état, et vou-
lurent faire de leurs principes la règle du Gouver-
nement; ils composèrent une doctrine à eux, et,
pour la propager, ils en confièrent la rédaction à
une plume exercée, dont l'ouvrage fut lu avec d'au-
tant plus d'avidité, que celui qui crie à la persécu-
tion, et qui attaque le ministère et même le Gou-
vernement, est toujours sûr de piquer la curiosité.
L'écrivain, malgré ses talens et ses bonnes in-
tentions, était l'instrument passif d'une faction,
jalouse de régner sous le nom du Roi. Charles II
éloigna, à regret, un homme éloquent, qui s'était
fait, sans mission, le commentateur d'une loi
conservatrice. Cette mesure a peut-être fait naître
celle du 20 septembre, relative à « un imprimé
« dans lequel on élève des doutes sur la volonté
(31 )
« personnelle de S. M., manifestée par son ordon-
« nance du 5 du même mois (i). »
Les dissociations secrètes ne sont jamais plus
dangereuses qu'après une grande révolution. Le
besoin de s'armer contre un système odieux était
l'excuse de ces assemblées, qui réussissent tou-
jours à renverser ce qui leur déplaît. Il n'est donc
pas étrange de rencontrer des membres d'une
société défunte et trop fameuse; ils s'agitent pour
se réunir et voient dans leur réunion la certitude
de ressaisir l'autorité que le Roi ne laissera pas
échapper de ses mains; toutes leurs tentatives
seront connues; ils n'ont de force que dans l'obs-
curité ; l'anathême prononcé contre cette cotterie
lui garantit que, si elle échappait à l'oeil toujours
ouvert d'un Gouvernement fort, elle ne pourrait
se soustraire à la confédération de tous les amis
de la Concorde.
Cette classe ne peut pas même faire naître
d'inquiétudes fondées. Ce qui surprendra (si notre
position n'expliquait pas l'énigme ), c'est de ren-
contrer des foux sérieux qui, sous le Prince (dont,
s'il faut les croire, nous ne devons le retour qu'à
eux), glanent de tous côtés pour peupler de
penseurs, de puhlicistes , de méditatifs , des
sociétés secrètes, qui bientôt auraient un lien
(I) Journal des Débats, du 20 septembre, p. 3.
( 32 )
indissoluble et formeraient un Etat dans l'Etat. Si
nous avons Celui que nous désirions; s'il n'y a
point de Gouvernement tyrannique à contrarier, à
quoi servent ces confréries mystérieuses, ces
signes maçoniques, ces hyéroglyphes dans la cor-
respondance, dans les diplômes et même dans la
manière de s'aborder? Tout ce qui n'est pas sur
la même ligne que le Roi est contre lui : être
contre lui, c'est tire factieux.
Ces hommes égarés agissent de bonne foi;
mais si, avec les meilleures intentions, ils font
le mal, doit-on tolérer leur ligue et canoniser
leurs erreurs? Ils disent : « Nous voulons le Roi,
« sa Dynastie et la Charte; » vouloir la fin, c'est
vouloir les moyens; leur but est louable, mais
leurs moyens sont faux, puisqu'ils ébranlent ce
qu'ils ont l'intention et le besoin de consolider; le
médecin sage raisonne avec son malade et ne le
force point à adopter un remède violent, sans lui
en avoir fait sentir l'efficacité ; vous n'êtes mon
médecin que lorsque je vous ai demandé et après
mon appel à vos lumières. Le Gouvernement est
une grande machine montée; chaque fonction-
naire est au rouage qu'il fait marcher. Comment
le moteur premier accélérera-t-il ou augmen-
tera-t-il le mouvement, si un homme, même à
talens, intercale, sans mission, une roue au milieu
il» celles qui se coordonnent? L'appui qu'on
( 33 )
reut,donner, sans eu être requis, loin d'accéléré?
la marche, l'entrave. « Si l'on veut consolider la
« royauté sans viser au porte-feuille (I) ; » si on
désire promulguer l'évangile politique, dont il ne
faut pas départir; si l'on est jaloux d'accréditer les
saines doctrines, qu'on renonce à la manie de
décrier ce qui est, sans rien indiquer de solide
pour le remplacer; qu'au lieu de décourager une
nation et pour ce monde, et pour l'autre, en lui
disant, « qu'en politique comme en Religion,
« nous en sommes au catéchisme » ( C. 2 ) ; on lui
recommande l'obéissance à la Loi, inséparable de
l'amour du Monarque. Pourquoi alarmer les
consciences et ne pas voir ce qui est? veut-on
persuader qu'il faille des homélies, chèrement
vendues sous la basque, pour nous apprendre à
aimer notre Roi, sa Famille et la Charte?
Le cardinal Ange d'Anna ne permettait qu'à
un très-petit nombre d'ecclésiastiques de prêcher;
le motif de cette espèce d'interdiction était « qu'un
« mauvais sermon faisait plus d'impies que le
« silence; et que, recommander à un chrétien
« d'aimer Dieu, était aussi inutile que de prescrire
« à un Français de chérir et de révérer son
« Roi (2). » .
Si le Souverain tient les ressorts infinis d'tui
(1) Delpierre , De la Turgotine , p. 77,
(2) Notice sur le général comte d'Anna.
3
( 34 )
gouvernement actif, qu'a-t-il besoin d'officieux
qui abattent devant lui la poussière qui ne l'in-
commode pas ? (i) Manque-t-il d'agcus publics
et directs pour la notoriété et l'exécution de ses
desseins, et même pour les justifier, si sa sagesse
et sa tendre sollicitude laissaient planer des doutes
sur les arrières-pensées qu'une malveillance aveugle
peut seule lui supposer ? Le droit de la presse
est-il le droit exclusif de ceux auxquels l'appétit
vient en s'élevant? Le Prince ne peut-il pas y
recourir pour éclairer ses sujets? Ceux qu'il a
constitué ne peuvent-ils pas, par la même voie,
influer sur l'opinion si elle venait à se corrompre?
A quoi servent des ressorts souterrains ? Ne faut-il
pas être avoué pour stipuler au nom d'un autre?
Ne faut-il pas être dans le secret de celui qu'on
prétend faire parler ? Si on méconnaît ses in-
tentions, comment exiger l'obéissance, qui, seule
prouve le respect? Comment représenter un Sou-
verain sans justifier de son mandat? La sagesse
des nations est dans les proverbes : Qui fait mal
se cache et feint le zèle ; les filoux voudraient la
suppression de la gendarmerie et des réverbères.
Si le Roi a parlé, de quel poids sont vos dis-
cours? S'il a gardé le silence, par quel tour de
génie devinez-vous sa pensée présente, et future?
(I) Phoedri Fabulai.
(35)
Vous êtes agens sans diplômes, si vous n'êtes pas
appuyé par l'autorité qui à tellement jugé l'inu-
tilité de votre intervention, qu'elle vous laisse
aller au gré d'imaginations brillantes, sans vous
confier de mission. A voir le ton tranchant de
ce qu'on donne pour des oracles, on dirait que
les précepteurs non brevetés du genre humain
ont un caractère légal. Leurs continuelles dé-
marches , leur incurable marrie de mettre du noir
Sur du blanc, et leurs interminables discours, sont
autant d'entraves à la marche régulière du Mo-
narque; les dépositaires du pouvoir voient leur
autorité usurpée; en voulant lès suppléer on
commence tout et oh ne termine rien. Un autre
inconvénient est de semer la méfiance et l'incer-
titude; on s'habitue à peu considérer les fonc-
tionnaires ; et de l'indifférence pour eux a l'infrac-
tion de la loi, il n'y a pas loin : on plonge les
administrés dans une insouciance qui les réduit à
ne savoir à qui ils doivent obéir; cependant, ils
n'ont ni direction ni ordre à recevoir de tous ces
faiseurs, qui savent préparer, commencer et
continuer les révolutions, niais qui feignent d'igno-
rer le secret facile de lès terminer. Tel homme
sacrifierait son meilleur ami au plaisir de dire
un bon mot; tel autre oublierait ce que lui im-
pose la reconnaissance s'il fallait laisser en porte-
( 36)
feuille un ouvra :>e dangereux, dont il attend ht
réputation d'homme d'Etal.
Servons le Roi, et parlons moins de notre
amour pour lui. On ne le sert qu'en obéissant aux
lois, auxquelles il obéit lui-même. Voulez-vous
convertir les ennemis de la Charte, et qui, par
cela même, sont ( peut-être sans s'en douter )
ceux du Monarque, prêchez d'exemple; c'est le
grand art de multiplier ses prosélites. Renonçons
aux grandes et petites prétentions; le Roi fera ce
que nous ne pouvons achever sans lui, et ce qu'il
ne peut faire qu'avec les hommes qu'il a consti-
tués. Que ceux qui ne parlent que du zèle, auquel
on veut bien croire , le réservent pour l'obéis-
sance; leur ferveur doit se réduire à l'accom-
plissement de leurs devoirs , à n'être jamais
tentés de s'immiscer dans ce qui leur est étran-
ger , et de s'associer à des fonctions qui leur
sont plus étrangères encore. On ne voit en eux
qu'une pièce hétérogène; si elle est introduite
dans un corps ayant vie, elle y entrave le mou-
vement; plus de circulation, plus de régularité,
plus d'accord entre les parties. « L'évêque de
«. Beauvais ne dénonça Viala que pour devenir
« principal Ministre, et pour se faire réputer
« martyr de son parti. » [Sire de Mortcmart, de
la Rébellion contre les commiss. du Roi, p. 32.]
(37)
CHAPITRE IX.
Des Réformateurs de la Charte*,
Nous avons parlé d'une faction qui ne peut
plus espérer de se relever; nous nous sommes
ensuite étendu sur une classe qui, avec les meil-
leures intentions, a oublié que la sagesse veut
qu'on cède à la force irrésistible des choses.
11 est un autre parti qui, en se rapprochant du
premier, et en usant de circonspection, se sert
du second pour préparer les dissensions qui for-
ment autant de mines à exploiter.
Si les Sociétés secrètes étaient le contraire de
ce qu'elles se disent; si le besoin de sacrifier la
Charte à leurs vues ambitieuses, les faisait mar-
cher en sens contraire du Roi, leur existenca
formerait une Puissance dans l'Etat. Sortons des
hypothèses, et disons tout, pour n'y plus revenir.
On ne peut opposer à ces Sociétés leur inaptitude,
mais leur défaut de mission; leur conduite est
aussi adroite que coupable. A l'aide des données
résultantes de leur marche récente, je dis : Voilà
une faction; car on est factieux, lorsqu'on s'isole
de ce qui garantit la prospérité générale, et qu'où
(38)
se crée une influence qui mène à se perpétuer un
jour dans une autorité indépendante. N'est-ce pas
être factieux que de mettre soi à la place de la chose
de tous, et que de vouloir qu'un Roi soit l'ins-
trument passif de clubs politiques? tous doivent,
lui obéir, et il ne doit obéissance qu'à Dieu, inva-
riable, et à la Loi, qui doit l'être. Si je signalais
cette faction je dirais :
Elle épie l'occasion d'un changement; elle
juesure tous les mouvemens, en affectant la plus
parfaite neutralité ; tout en louant le Gouverne -
ment sur certains points, elle le contrarie et le
décrie par un langage pédantesque et hypocrite ;
elle quitte son style boursouflé et emprunte celui
de la raison pour donner plus de poids à ses pa-
radoxes; tout ce qui pourrait contrarier ses intér
rets est peint ou comme absurde, ou comme
intempestif; elle agit sous main; elle fait accréditer
qu'elle seule doit occuper les grands postes ; elle
n'est pas sans finesse ; si elle est punie d'une
imprudence, elle crie à la persécution; si elle
viole une loi, elle trouve étrange qu'on voie
la faute et non telle ou telle dignité; elle peut
rendre des services signalés et se garde bien de
sacrifier une période arrondie à l'union qui peut
seule faire notre force Elle est d'autant plus iné-
branlable que les partisans de la Charte sont tièdes,
et que ses détracteurs ont des vues profondes et les
(59)
dissimulent avec le plus grand art; calomnies,
murmures, projets, correspondances, émissaires,
dissimulation et menaces, toutes ces armes sont
mises en faisceau dans l'ombré du mystère ; elle
parle de respect pour les institutions présentes,
mais c'est pour y substituer celles sans lesquelles
son pouvoir serait précaire : elle affecte la piété
filiale pour le Souverain; mais, à la première
occasion, elle reviendra à ses fausses divisions,
à sa distinction inconstitutionnelle de pouvoirs,
et isolera le Roi de la Patrie, comme si aimer
la Patrie n'était pas aimer le Roi; comme si les
idées de Roi et de Patrie ne se confondaient pas.
Qu'on ne croie point que nous parlions au gré
d'une imagination prévenue. On fait joiier tous,
les ressorts pour confier les places à la crédulité
ou au fanatisme; on veut des hommes non consa-
crés, à leurs devoirs, mais des observateurs rigides
du plan secret. Cette faction ne parlera d'obéis-
sance absolue qu'après le triomphe de son parti;
elle croit que le rôle de frondeur suppose du
génie ; désirer ce que désire et ce qu'obtiendra
la très-grande majorité, ne connaître d'ordres que>
de la part des supérieurs donnés par la Loi, ne
semble qu'une routine ; il faut des idées neuves
pour faire des brochures achetées par tout le
monde, et des têtes fortes dont la morgue ne
peut se courber devant la Charte non sortie de
leurs cerveaux volcanisés.
(4o)
CHAPITRE X.
Les Frondeurs ne se firent des partisans qu'en
accréditant qu'ils avaient pour Chefs les
Personnages augustes qui les désavouaient.
SOIT perversité, soit penchant invincible à
croire ce qu'on désire, ceux que nous venous de
peindre abusent des noms les plus révérés ; ils
croient se donner de l'importance en se disant,
mystérieusement dans leur secret; il leur faut des
Chefs augustes à leurs lêtes, et ils ont l'inconsé-
quence impie de faire parler les Personnages qui
n'ont rien dit ; ils font dépendre le succès de leur
politique du plus grand malheur qui pourrait frap-
per une nation trop long-temps orpheline; et c'est
pour cette époque qu'ils ajournent la haute élé-
vation des champions dont ils ont fait la réputa-
tion littéraire, et flatté l'ambition. Leurs rêves
politiques, leur facilité à supposer des pensées,
des projets et un langage incompatibles avec la plus
religieuse vénération et l'affection la plus tendre,
la plus naturelle et la plus éprouvée, inquiètent
les amis de l'ordre, les placent entre la méfiance
(41 )
et le devoir, et les fait trembler sur le danger futur
d'une salutaire et complète obéissance.
N'est-ce pas d'après le fameux écrit contre la
Charte, que se sont répandus les bruits les plus
absurdes ? Que n'a pas tenté la malveillance pour
fomenter les troubles , pour représenter la Famille
Royale dans un faux jour? que n'a-t-on pas dit et
écrit sur sa prétendue désunion, et pour inspirer
l'alarme? n'a-t-on pas dit que des prétentions con-
traires avaient séparé les Princes du Souverain? Si
un homme d'Etat eût su se taire, serait-on réduit
à réfuter dépareilles inepties? Ceux qui, pour dé-
raisonner , se targuent de son autorité et de son
exemple, ignorent-ils que la conduite de nos
Princes est noble, loyale, et que leur dévoue-
ment est sans borne ? n'ont - ils pas prouvé
que leur ambition se réduit à être les coopérateurs
de la sagesse du Monarque? par tout où ils ont
consolé nos concitoyens par leur présence, n'ont-
ils pas maintenu la paix et donné l'exemple de
l'amour et de la soumission, qu'ils doivent comme
premiers sujets?
Que feraient de plus, des ennemis déclarés ?
croit-on que le Gouvernement tolère un schisme
politique ? Quel que soit le mot d'ordre d'une as-
sociation, elle est factieuse, si elle entrave la
marche du Roi, si elle éloigne du but légal pour
accréditer des idées contraires à celles adoptées
(42)
par le Souverain, et dont l'adoption définitive et
sans restriction est le désaveu solennel de tout ce
qui n'émane pas de sa volonté.
Si nous ne suivons pas la Charte, nous aurons
une révolution ; un mouvement suivi d'un mouve-
ment contraire, détruira le tout. Rassurons-nous,
le Ciel prolongera des jours nécessaires à l'affer-
missement de la loi fondamentale ; il éclairera
notre faiblesse ; il nous éloignera des voies cou-
vertes qui, en nous écartant du Roi banniraient
de nos coeurs toute affection raisonnée pour notre
pays. L'importance des projets sinistres devait les
dévoiler ; en comptant sur le mystère, les partis
ont aussi mal conçu leur plan, que mal jugé ceux
chargés de l'exécuter; la situation des choses in-
dique, comme sur une carte, tous les sentiers
étroits et obscurs que l'ennemi doit parcourir. « Le
« rebellionage prodvint au moment de très nos-
« table assemblée ( dont on voulait estre maistre
« n'ayant pu l'estre du Roy ) de ce que les beaux
« parleurs et ceux qui se bayaient pour tels, persua -
« dèrent que le Duc de Bourgogne favoriserait
« le Dauphin contre le Roy; la mèche fut décon-
« verte, et chacun vit que le Dauphin, droict de
« coeur, estait joué par maliciosité d'agitateurs,
« escrivant incongrûment. » [ Charte de l'abbaye
de Perseigne, n°. 5732, p. 96. ]
(43)
CHAPITRE XI.
Se dire publiquement plus fort et plus habile
que le Gouvernement , c'est provoquer son
renversement.
« JE me méfie d'un dévouement qui prend la
« couleur du fanatisme et de la résistance (1). »
Un ouvrage sur les plus grands intérêts, n'est qu'un
pamphlet, lorsqu'on s'y livre à des déclamations,
au lieu de raisonner avec calme. N'avait-il pas
une arrière-pensée celui qui, désignant, en 1814,
« notre Charte comme noire paratonnerre , »
réservait un fort lot aux réactionnaires ? Il affir-
mait qu'à bien le prendre,, « l'art 2 n'obligeait
« à la rigueur, que le Prince ; mais que le
« monde n'avait pas donné sa parole, comme le
« Monarque (2). » C'était douter de la sagesse du
Roi, et méconnaître cette Providence visible ;
c'était dire : Ma plume est plus forte que la main
de mon Bienfaiteur; accréditons que je suis
seul capable de, défendre la prétendue arche
(1) Lett. à un Electeur. ( Moniteur, 22 sept. 1816,
p 1072.)
(2) Il ne redoute pas le sort d'Oza.

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