De la bienfaisance dans l'ordre judiciaire : discours, dans lequel on prouve la nécessité de donner aux pauvres des défenseurs gratuits, et l'obligation d'indemniser ceux qui, ayant été accusés, décrétés et emprisonnés à la requête du ministère public, ont ensuite obtenu des jugemens absolutoires, prononcé dans la première assemblée de l'association de bienfaisance judiciaire, tenue au Châtelet de Paris, avec la permission de Sa Majesté, le lundi 14 janvier 1788 ([Reprod.]) / par M. Boucher d'Argis,...

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Clousier, impr. du Roi (Paris). 1788. Justice -- Administration -- France -- Ouvrages avant 1800. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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Publié le : mardi 1 janvier 1788
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THE FRENCH REVOLUTION
RESEARCH COLLECTION
LES ARCHIVES DE LA
REVOLUTION FRANÇAISE
3>ERGA.MOri PRESS
Hill I luit. Oxford OX3 CBW, UK
t
DE
LA BIENFAISANCE
DANS
L'ORDRE JUDICIAIRE*
Il n'attendra pas que les cris de la Veuve 0c do l'Orphe-
Un viennent troubler (c.t repos pour implorât 1* Uecour
de Ci Jufticc contre l'cppreHlon du riche & du pajfiant
Con coeur cntendra la voix fourdc de leur miferc avant
que fes oreilles foient frap^eS chrbruic de leurs plaintes
& il ne s'eftimera jamais plus beureux que lôrfqu'il pourra
jouir h fsmsh&ion Savoir rendu ceux même:
qui ifitoîcnf pas' en éftic de la loi demander.
L'Homme publie huitieme Mercuriale
LA BIENFAISANCE
DANS
DISCOURS,
DANS lequel on prouve la n'affilé de donner aux Pauvres
des Défenfeurs gratuits, l'obligation d'indemnifcr ceux
qui, ayant été accufés décrètes & emprifonnés d la
requête du Miniftère public., ont enfuite obtenu des
Juge mens abfolutoires. v,r
PRONONCE dans la première AflemWée de rAflbciarion
de Bienfaifance Juciiciaire, tenue au Châtelet de Paris,
avec la permiflîon de Sa Majefté, le Lundi 1 4 Janvier
1788.
Par M. BOUCHER d'ArciS) ConfiUUr au Châtelet de Paris, dts
^.Académies de Rouen, Ckâlons-fur-Marne » &c»
AL ONDRES;
Et Je trouve à Paris,
Au profit de la Caijfe de CAjfociation de Bienfaifance Jàdùiairt,
A3
DE
LA BIENFAISANCE
D A N S
JUDICIAIRE.
i MESSIEURS
Il n'ea donné qu'aux Rois ou aux
Empires républicains de pouvoir exercer
cette bienfaifance univerfeUc qui cm-*
brade indiftindement toutes les claies
d'infortunés, &qai, dans rendue 4'ùJW
vaftc domination, ne laûTe à fccoqrir que
les malheureux qui ont échappé à (es re-
cherches.
Le fimplc Citoycn dont la fortune a
des borne?, eft obligé d\n mettre lui-
même à la plus douce de toutes les jouif-
fanecs. Comme ces ruiflcaux qui coulent
d'une même Source &: qui, en s'éloignant,
obe"ifFcnt a la pente qui leur a ,été don-
née par la nature chacun fuit l'impul-
fion de fes rapports avec la fociété. L'un
nourrit un pere accablé par les ans, &
acquitte ainfi la dette la plus facrée de
la reeonnoiflanec l'autre répand fes bien-
faits fur un ami dont il prévient Taquine,
le déshonneur ou le défèfpoir. Celui qui
n'a point a facrificr à des intérêts aufli
chcrs, accueille avec bonté tpus les indi-
gens qui viennent lui demander des fe-
cours ôc va même au-devant de ceux
qui craignent de dévoiler leur mifere.
Mais il eft un genre de bienfaifanec l
revive au Magiftrac » il ne doit pas
A 4
attendre, dit M, d'AgucfTeau que les
» cris de la Veuve &. de l'Orphelin vien-
pent trdublcr fon repos pour implorer
m le fecours de fa Juftice contre Toppref-
n fion du riche & du puifTanc fon cœur
entendra la voix fourde de leur mifcre
» avant que fes oreilles foient frappées du
» bruit de leurs plaintes & il ne s'efti-
» meri jamaîs plus heureux, que Iorfqu'i!
» pourra jouir de la fatisfacl;ion d'avoir
» rendu juftice à ceux mêmes qui n'é-
» toient pas en ét:ir de la lui demander."
Je me fuis pénétré Mc/îîcurs des
principes de ce grand homme, j'y ai lu
mes devoirs de je me fuis efforcé de les
J'ai vu les abus qui naiflent de l'ordre
Judiciairc j'il vu Ia lutte inégale de la
foibleflè contre la force de h pauvreté
contre l'opulcnce j'ai vu l'innocence
injuftemenr aceufée je vu dans les
fers foumife à des humiliations 5c des
épreuves cruelles je l'ai vu triompher, '&
cependant réduite aux dernières exjrrc!-
( 8 )
mités de l'indigence mon ame s'en indi*
gnéc, & néanmoins je, n'ai défefpéré ni
des Loix ni de la vertu de mes Coin-
patriotes j'ai appelle la corîunifération
publique, & j'ai été afTez heureux pour
l'intéreflèr.
Permettez moi ,donc Meilleurs de
remettre fous vos yeux ôc de donner
quelques développemens aux grands mo-
tifs qui nous réunifient aujourd'hui.
Dans une première Partie j'établirai
la nécefiké de donner aux Pauvres des
Défenfeurs gratuits & je prouverai dans
la féconde, l'obligation d'indemnifer ceux
qui ayant été accuses, décrétés & em-
prifonnés à la requête du Miniftere pu-
blic ont enfuite obtenu des Jugement
abfolutoircs.
PREMIERE PARTIE.
Le Fondateur de li Métropole du
Monde de cette Cité rameuse dont
la deftinéc extraordinaire devoit être de
commander à l'Univ ers par fcs dogmes
( 9 )
après l'avoir .fubjugué par fcs armes
Romulus ayant partagé fon Peuple, en
deux cla des avoit voulu prévenir les
Vivifions qui pouvoienc naît, d l'iné-
galité des rang & des fortunes Pour
atteindre ce but, dont la politique étonne
quand on la compare avec les tems 8c les
circonfbanccs il avoit établi entre le
Sénat di le Peuple des rapportes qui les
lioient l'un à 1"autre par une corrcfpon-
dance de devoirs ÔC de fcrvicçs & dont
l'alternative tempérant l'orgueil de l'or-
dre fupérieur, adouci iîbit pour le fécond ?
le fentiment toujours amer de la dé-
pendancc..
Chaque Piébé'«cn Ce choififioit parmi
les Patriciens un Protecteur, a qui cette
qualité impofoit l'obligation d'aflifter le
Protégé de fes confeils dans les affaires
de fcs talens & de fon crédit dans les
Tribunaux & de le Soulager du poids
des charges publiques. Les Plébéiens
par un jufte retour contraétoicnt l'en
gagement de doter les filles de leurs
̃( 10 )
Patrons & de Jcs aider de leur for-
tune.
Meilleurs, que vous vous propos/ de
naturaliser parmi non;, en .mobUiTmt
par le joéfinrércflemenr L plus pu; ?
vre trou > oit un facile à.tns les Tri-
bunaux la Juftice étoit alors anHi fim«
pic, que remblême ingénieux fous lequel
la Mythologie payenne s'elt plu à la pein-
dre. Elle n'éteir pas entourée par cctre
foule de Minores auxquels chaque Plai-
deur doit aujourd'hui des tributs fi oné-
reux. La confufion des Nations n'avoir
pas encore produit celle des Ufiiges 6c
des Coutumes la mauviife foi, moins
induftrieufe n'avoir, pas nëccfllré cette
multitude de Loix lui fouvent fe com-
battent au lieu de fe corrcfpondrc la
cupidité n'avoit pas multiplié à l'excès
ces toimcs, figes dans leur principe &
par leur objet' mais donr on a fait de-
puis ur abus fi révoltant & fi cruel en-
( If p
tin, tous ces mots barbares qui coiBpo-
1 fent aujourd'hui le trifte vocabulaiic de
la chicanne errent inconnus.
• Quelles circûiuhtnccs ont donc amené
la funeilc révolution qui s'cït opérée A
quelle époque la J icc a-t-ellc permis
qu'on l'environnât de tant d'entraves
Ces deux queftions font également in-
folublcs. Dès le quatrième fiecle de Rome,
il exifloit déjà des procédures civiles &
des loix pour en déterminer la forme;
on en trouve la preuve dans les fragricns
de la loi des douze Tables qui nous ont
été confervés par quelques Auteurs ( i ).
Ces formes cependant n'étoient pas, h
beaucoup près au (fi compliquées que les
nôtres mais il étoir dangereux de s'en
écarrcr. Chaque atlion avoir une formule
particulière la plus légère omifîion k
'moindre changement en entraînoit ta
déchéance, comme nous voyons encore
aujourd'hui parmi nous ïa faculté de rc-
traire aflujettic rigoureufement a des
précisons grammaticales.
( Il )
La protection tutélaire que les Patri-
ciens devoient aux Plébéïens avoit dès-
1ers & depuis long-tems, difparu &
n'avoit laifle h. fa place que l'orgueilleufe
fupériorité du rang & de la naiflànce.
Les formes introduites dans les Tri-
bunaux s'étoient multipliées, leur com-
plication en avoit fait l'objet d'une étude
particulière & d'une profe/îîon lucrative.
Enfin l'éloquence elle même s'étanc
mife à prix, le Plébéïen indigent de-
meura fans appui le riche put jouir
impunément du fruit de fes ufurpations;
il put braver infolemment Se les loix &
les Tribunaux le pauvre fut dans l'im-
puiflàncejl'en réclamer l'autorité heu-
reux encore quand on n'infultoit ©as à
fa mifere & à fes pleurs
Il étoit important fans doute de re-
médier à ce défordre, & de réprimer les
vexations qui en étoient la conféquence.
Ce fut l'objet d'une loi bienfaifante qui
ordonna que le Préteur donneroit des
déftnfeurs à tous ceux que leur indigence
< '3 )
cxpofoît à n'en point trouver. Ait preetot
fi non habent advocatum ego dabo ( z ).
Quelques Jurifconfultes ont vainement
élevé des cloutes, & effàyé cTalFoiblir
le fens de ce texte ils ont inutilement.
,{°1!tenu que cette loi n'avoit eu en vue
que ceux que le crédit de leurs advcr-
faires expoibit à ne pas trouver d'Avo-
cats pour leur défenfe; ils ont inutile-
ment foutenu que les Juges n'avoient pas
ainfi le droit de difpoier arbitrairemènt
des talens, & de forcer les Orateurs a
défendre gratuitement les pauvres que
dans tous les cas le client ne pouvoit
s'affranchir d'un tribut de reconnoifrance
proportionné aux talens de (es défen-
feurs, ôc à fufage du Barreau cette dif-
euffion honteufe ne prouve que l'avarice
fordidedeceux qui s'y font livrés. Accurfe,
l'un des plus favans Commentateurs du
Droit Romain conferve à cette loi le
cara&ere de bienfaifance qui lui eft pro-
pre, fans cependant nuire aux intérêts
de ceux qui pourroient en craindre une
interprétation défavorable. Quid, deman-
( 14 )
de-t-il, fi eft pauper clientulus & il ré-
pond, de publico dabit.
Fidèle à ce fyftême de juftîce & d'hu-
manité que refpirent la plupart des loix
Romaines, l'Empereur Conftantin ne vou-
lut pas que les grands de l'Empire puffent
fe fouftraire au joug des loix* ni écrafer
fes moindres fujets fous le poids de leur
rang & de leur fortune il enjoignit en
conséquence aux Préfets des Provinces
de lui dénoncer 'ou au Préfet du Pré-
toire, tous ceux qui réfiftcroient'à leurs
citations ou à leurs fugemens afin qu'il
pût pourvoir par lui-même au maintien
de l'ordre public & de l'autorité des Tri-
bunaux ( $ ).
Cette protection particuliere que les
Empereurs croyoient devoir aux pauvres,
s'annonce encore dans plufieurs loix qui
ont pour objet de réprimer un autre
genre de vexations auquel ils étotenc
cxpofes c'étoit celui des évocations.
Cet ufage fi dangereux étoit venu des
Grecs qui regardoient la juilice comme
une plan ce exotique qu'il falloit aller cher-
*s )
cher fur un fol étranger. Plutarque, en
1à Traité de l'amour des Peres pour
le rs Enfans, attribue l'origine de cette
opmion à la défiance que les Citoyens
d'une^même ville avoient les uns des
autres. Mais ce n'étoit pas ce motif qui
avoit introduit à Rome la pratique des
évocations ce n'étoit pas l'attente d'une
jufticc plus exalte dans un Tribunal ou
toutes les parties auroient été inconnues
ç'étoit au contraire le défit de fe fouf-
traire à 'la juftice même ç'étoit l'efpoir
cruel de contiaindt^un adverfaire pauvre
au facrifice des droits les plus légitimes
en le forçant à aller chercher au ïpitk
des Défenfeurs & des Juges.
Cet abus ne pouvoit échapper à l'œil
vigilant d'un Légidâteur qui vouloit que*
tous fes fujers indistinctement fuflènt fou-
mis à l'autorité des Tribunaux, quq wm-
eufl^nt des Défenfeurs, que tous fufîenr)
jugés avec cette impartialité qui mécony
noir les rangs, éc n'apprécie que les droits.
Cc fut auffi pour le réprimer, que Conf-
( t(S )
tantin fit une nouvelle loi par laquelle
il ordonna que les mineurs les veuves
& les pauvres ne puffent jamais être
obligés d'aller- plaider hors de la Jurif-
diclion de leur domicile, à moins qu'ils
ne vouluflènt eux-mêmes renoncer à leurs
Juges naturels & traduire direâemcnc
letfrs adversaires devant le Prince fur-
tout lorsqu'ils avoienc à redouter leur cré-
dit dans le Tribunal ordinaire
A l'exemple des Romains nos Sou-
verains ont cru qu'il écoic de leur devoir
de veiller a la défenfc des pauvres &; de
les protéger contre les influen ces dange-
reufes du crédit ou de la fortune. Nos
plus anciennes Loix enjoignent aux Ju-
ges, non-feulement de préférer l'expédi-
tion de leurs caufes mais même de leur
donner des Avocats s'ils n'ont pu en trou.
ver. Telle eft la difpofition précifc des
Capitulàires des années Soi 81 x
Charles V dit le Sage à la gloire
duquel il fuffiroic peut-être de rappeiier
cette
f 17)
B
cette maxime qui lui étoit familiere, que
Ies Rois n'étoient heureux qu'en ce qu'ils
avoient le pouvoir de faire du bien.
Charles V par une Ordonnance donnée
pour les Requêtes du' Palais en
pourvut à ce que la juftice y fût rendue
gratuitement à tous ceux qui ne pour-
roient fournir aux dépenfes d'un procès (6).
Cette loi n'avoir peut-être jamais été
obfervée que privativement ou étojt
tombée depuis long-tems en défuétude\
lorfque Henri IV voulut la renouvellcr v}
en étendre l'effet, & afTurer fan exécu- 1
tion en fe chargeant de l'honoraire des
Avocats qui donheroient leurs foins kj
la défenfe des pauvres, & des frais. dé
la procédure. Ce fut l'objet d'un Arrêc
du Conseil du 6 Mars
On aime à fuivre ce Prince dans tous
les détails de fon adminiftration; détails
dont chacun en particulier offre la preuve
de cette tendrefle vraiment paternelle
dont il étoit animé pour fes peuples. On
aime a voir ce Héros que, pour parv»-
( t8 )
nir au Trône avoit été obligé de réunir j
les droirs de conquête à ceux de la
naiflàncc qui pendant vingt années
d'un regne orageux, avoit eu fans cciïc
à défendre fes Etats (a Couronne &
fa vie defeendre à des objets que tant
d'autres Souverains ont dédaignés au mi-
lieu de la domination la plus paifible ÔC
fuc-tout porter avec attendriflement fes
regards fur la clafle indigente de fes fujets.
Cette loi, donc Henri-le-Grand avoit
voulu favorifer les pauvres n'eut mal-
heureufement aucune exécution la morx
de cet excellent Prince, qui deux mois
aprés fuccomba fous le poignard des
aHàffins qui avoient déjà attenté plus
d'une fois à fes jours ce la retraite du
Chancelier de Sillery, priverenc les mal-
heureux des avantages que cet établif-
lement devoit leur procurer
Nous pouvons croire cependant qu'il
faut y rapporter l'origine de ces conful-
tations, que les Avocats aflTemblés chaque
fcmaine en leur Bibliotheque, donner
( !*•>
B i
gratuitement à tous ceux qui s'y pré-
fentent ( 3 ). Mais quelque rcfpectablc que
foie cet ulage, ne laifle-t-il pas beaucoup
defircr Rien de plus noble fans doute,
que le défintéreflement avec lequel des
Jurifconfultcs de tout âge facrifient aux
indigens des momens qu'ils pourroient
employer utïlemeut pour leur fortune
mais fuffit-il aujourd'hui d'avoir des con-
feils pour être en état d'attaquer un ufur-
pateur, ou de fe défendre contre un ad-
verfaire puisant par fa naiflanec, fes di-
gnités & fa fortunc & celui doat tous
les Jurifconfultcs de la Capitale auroient
vérifié & attefté les droits, ne (croit-il
pas réduit à périr de mifere s'il ne trou-
voit 4ans les fecours de la bienfaisance
Je mobile puidant le feul agent de tous
les renons dc la procédure ?
C'étoit aufll Mcflicurs ce qu'avoit
prévu ce Prince, dont le fouvenir fera
toujours cher à la France, & fur-tout
à la Lorraine où revêtu de tous les
droits de la Souveraineté il en fit un
Cio)
fi généreux ufage où il développa pen-
dant trente ans ces vertus qui le firent
regretter de la Polodne qui n'avoit pas
fu le confcrvcr ni le défendre ou it
prouva que la véritable riche{Te des Roii
eft dans cette économie qui ne prodigue
jamais for des peuples mais qui fait
le répandre avec juftice, fie oit de nom-
breux établiiïemcns atteftant à la pofté-
rité qu'il mérita ce furnom de bien-
faifant dont tous les Souverains de-
vroient étrc jaloux feront douter de la
modicité de fes revenus. Par une Dé-
claration du 10 Juillet il ^a fondé
à Nanci une Chambre des Confultations
composée d'Avocats auxquels il a attri-
bué des appointem-ens afin qui? leur
minifterc pût être gratuit à l'égard des
pauvres ( 9 ).
Cet établiflemenc fubfifte encore au-
jourd'hui le bienfait s'en renouvelle tous
les jours chaque jour ajoute à la recon-
noi (Tance vouée -.11, fon illuftre Auteur
de certainement il n'a jamais éprouvé
(
B 3
les extraditions & les obftacles quc
f moi fon foible Se respectueux imitateur.
j*ai eu furmonter.
Parmi le grand nombre d'obje&ions
qui m'ont été faites il en eft qui ne
méritent pas l'honneur d'une difcufïïon
férieufe, il eneft d"autres qui préfagent
des abus que votre fagefle faura préve-
nir. Votre but fans doute, Meffieurs,
n'eft pas de favorifer cet efprit de chi-
cane, dont l'avive inquiétude cherche
fans ceffè de nouvelles contcilations 8t de
nouveaux adversaires; vous ne fôufFrircz
pas que les Tribunaux foient importunés
en votre nom par des demandes té.mé^
raircs; vous écarterez ces prétentions équi-
voques dont la fourçc feroit prefqu'incon-
nue » &. qu'on ne hafarderoit de réveiller
qu'à la faveur de vos bienfaits vous ne
fournirez pas des armes au cenfitairc ré-
volté contre les droits légitimes de fon
Seigneur, la fé vérité de vos jugemens pré-
viendra celle des Cours vous n'adoptc-.
rez mêmes pas *des avions que vous nq
( il )
verrez fondées que fur le fens littéfci des
actes, mais que vous reconnoîrrez con-
traires à l'équité, i la probité, à t'hon-
ncur, les plus facrées de toutes les loix
vous apprendrez à ceux qui viendront
implorer vos fecours que le premier Jugr
de l'homme eft en lui-même 6c qu'avant
de fe préfenter dans les Tribunaux pour
exercer une affion ou s'en défendre
il dbit dcfcendre dans fon cœur, & in-
terroger fa conscience.
Mais combien i! vous fera doux & glo-
rieux d'être les patrons d'une, foule de
malheureux qui vous devront la confer-
vatton de leurs modiques propriétés Le
pauvre afluré de trouver un dcfenfeur
ne craindra plus que fes intérêts forent né-
gligés par le minifterc de la Juftioe auqu-I
vous les aurtz confié. Le même cfprie
de bienfaifanec qui l'aura conduit au mi-
lieu de vous, répondra de fon *clc fa
procédure, fage 6c calculée fur les beCoins
d'une légitime défenfe ,#fcra à l'abri de
toute censure. Il fera même rougir ion-
(
B4
adverfaire d'accumuler les formules, Ôc
de leur donner cette ennuyeufe prolixité
toujours océfeufe aux cliens.
J'ofc même cip&ct » que loin de mul-
tiplier les difeu (fions judiciaires, votre
atrociation pourra en prévenir un grand
nombre. Que eft celu^ quï ne craindra
pas de fuccomber dans les Tribunaux,
quand il aura à combattre un homme
dont les droits auront été doutés dans
une aCTcmblée de Magots & de Jurif-
confultes éclairés, &: pefés avec une im-
partialité qu'aucun intérêt humain n'aura
pu altérer ni corrompre? Quel en: celui
qui, pour peu qu'il doute lui-même de*la
légitimité de Ces prétentions, ne rougira
pas de s'y présenter ? Non que je prétende,
Mcflïcurs que nous parven:ons jamais
gêner dans les Cours la liberté des (uf
frages Se à dicter impérieufemenc les
oracles de la Jufticc, «Eh comment, Ma-
giftrar moi-même^, pourroîs- je avoir cette
idée? Ne fais-je pas que l'organe de la loi
doit être impaffiblc comme elte que Ici
14 )
préjugés les plus favorables font ceux aux-
quels i! .doit oppofer une renonce plus
vive ? Ne fais-je pas que l'immortel d'A-
guefleau invite les Juges à fe défendre
de ce defir naturel toutes les grandes
ames de foutenir toujours le pauvre &,
le foible contre riche & le puifTant?
Tentation dangereufe, s'écrie- t-ii, d'au-
tant plus à craindre pour l'homme de
bien qu'il femble qu'elle confpire contre
lui avec Ces propres vertus
-Que toute efpérance ne foit donc pas
interdite à ceux que nous aurons pour
adverfaires! indépendamment de cette
iévere impartialité qu'ils doivent attendre
des Magnats pénétrés des devoirs de
leur augufte Minière, ferons-nous nous-
mêmes à l'abri de toute erreur & ne
%pns-nous jamais trompés par de faux
exposes ou par des apparences' dont la
difcunion fera difparoître l'illufion > Alors
Meilleurs nous céderons ou nous fuc-
comberons avec gloire & après avoir
défendu courageufement des droits que
nous avions cru légitimes, nous aurons aat
moins le plaifir d'épargner l'indigent,
déjà trop à plaindre la gferte de fon
procès les pourfuitesi rigoureufes qui
font la conséquence ordinaire d'un mau,
vais fuccès.
J'aime à croire encore que nous our-
rons quelquefois céder d'être les patrons
de nos cliens, pour devenir leurs conci-.
liateurs ou leurs arbitres j'en attefte
l'exemple du Confeil charitable établi
Lyon en 1731, par M. de Rochebonne,
qui en étoit alors Archevêque. Les Ma-
giftrars, les, Jurifconfulr.es & les Citoyens
qui le compofent, prononcent fans frais
fur les procès que. les parties veulent bien
fou mettre à leur jugement, ôc ils épargnent
au peuple, dit l'Auteur dont t'emprunte
ces détails, plus de trois cens mille livres
par année.
Cet établifïement cependant n'a que
deux mille deux cens livres de revenu
dont plus de moitié eft due à la bien-
faifance annuelle des fuccefTeurs de M.
( i6 }
de Rochebonne; mille livres feulement
font fournies par le Corps Municipal le
travail grafffit le zele & la générofîté
des Membres de ce Bureau procurent
tout ce qui excéde la dépenfe des fonds
ordinaires.
Quoi dans une feule ville, une Société
compofée d'un petit nombre de Citoyens,
épargne au peuple plus de trois cens mille
livres, qui feroient abforbés en frais de
jufticeî Quelle eft donc la profondeur de
ce gouffre, où raat d'or va s'engloutir
fans utilité pour ceux qui ^depuis tant
de fiecles, s'efforcent aveuglément de le
comblef Quelle fomme énorme con-
fervée dans des familles qui bornent
leurs befoins à feux de la nature Com-
bien fa répartition alimente d'individus,
qui, s'ils étoient privés de la portion
qui leur en appartient feroient plongés
dans toutes les horreurs de la mifere &
iroient peut-être chercher dans le crime
les moyens de s'en défendre Quel exem-
ple pour nous Meffieurs Quels motifs
poilr notre zele & combien je chéris le
jour où j'ai conçu le projet de la confédé-
ration honorable que nous allons former.
Je vous ai parlé Meilleurs, de la Fon-
dation du Roi Staniflas je vous ai fait
connoître également celle de M. de Ro-
chebonne, c'eft vous avoir révélé tout
le fecret de l'heùreufe idée que vous avez
accueilli avec un fi noble enthouûafrne
mais je m'honore de le faire, je ne veux
point d'une gloire* uftrfpée dont l'éclat
difparoîtroit fans effort je devois & j-e
rends avec joie cet hommage public aux
refpe£fcables exemples que je vous ai pro-*
pofé de fuivre (10). Il me fuffit d'avoir
excité votre bienfaifance & fi j'ofe le
dire, de l'avoir guidée. Je n'ai point été
trompé dans les efpérarices que j'avois
conçues, j'ai reçu de toutes parts des en-
couragemens qui ont redoublé mon zele,
toutes les. claffes des Citoyens m'ont ofr
fert des fecours & des coopérateurs.
Je n'ai point été. étonné d'y.compter
ce defeendant de l'illuftre Maifon de

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