Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 3,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB - MOBI

sans DRM

De la causerie et des causeurs littéraires au XVIIIe et au XIXe siècle

De
103 pages

La Causerie littéraire : le mot est d’hier, la chose est de l’autre siècle, et de plus loin encore. Notre siècle qui invente tant de choses n’a pas inventé celle-là, il faut bien qu’il en prenne son parti : la causerie littéraire existait au dix-huitième siècle comme aujourd’hui, sous une forme différente, il est vrai, et en prenant diverses figures selon que des esprits divers la modifiaient à leur image : Fréron, Grimm et La Harpe ont été en ce siècle de littérature et d’esprit, trois causeurs qui ont leur mérite, je crois, et qu’on peut bien accepter comme des ancêtres, même quand on s’appelle Sainte-Beuve, Pontmartin ou Cuvillier-Fleury.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Art et Critique

de collection-xix

Pointes sèches

de collection-xix

Illustration

À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

Charles Des Guerrois

De la causerie et des causeurs littéraires au XVIIIe et au XIXe siècle

Lettres à M. Sainte-Beuve

PRÉFACE

Il me plaît de venir et de dire toute ma pensée sur les hommes et les choses littéraires du temps, comme il plaît à d’autres de la déguiser. Je ne crains ni de blesser les uns en louant celui-ci. ni de choquer les autres en pensant tout haut sur leur propre compte ; je dégagerai à intelligible voix le jugement qui, dans bien des esprits, s’élabore à l’état latent, en provoquant de l’extérieur une formule que chacun entrevoit et que personne ne dit, parce que tout le monde est enchaîné dans les liens de la routine et du parti pris.

Pourquoi garderais-je de ces ménagements de la prudence et du calcul ? Ma position est unique : je n’ai d’attaches littéraires nulle part, je ne me range dans aucun camp, je ne m’abrite sous les plis d’aucun drapeau, je ne franchis le seuil d’aucune école, et je n’accepte le joug de personne. Si je suis quelque chose, Dieu merci je ne le devrai qu’à moi-même ; j’aurai lutté seul en faisant, parmi les obstacles, mon chemin pas à pas ; je n’aurai point été un enfant gâté de la presse et des complaisances de la camaraderie. Isolé comme un nageur qui fend le courant d’un grand fleuve, je subis les redoutables inconvénients de cette position, je veux dire les lassitudes passagères, je veux dire surtout les silences, si longs et si difficiles à transformer en bruits commençants ; mais de cet isolement, je veux aussi recueillir les bénéfices. J’ai la liberté de mes allures, la franchise de mes paroles. Cette liberté, cette franchise, j’en use dès aujourd’hui, et sans doute ce ne sera pas l’unique fois. Je m’adresse à nos critiques littéraires les plus autorisés, et je veux voir ce qu’il y a au fond de ces renommées et de ces autorités. Je suis impartial parce que je suis indépendant, — indépendant des autres, indépendant du public dont je serais heureux d’obtenir l’approbation, mais dont je ne cherche point à capter le suffrage, indépendant de moi-même, n’ayant ni haines à satisfaire, ni enthousiasmes à produire.

Voici cette fois les critiques ; les poètes viendront quelque jour, et j’userai avec eux de la même franchise de procédé, de la même indépendance respectueuse de jugement.

DE LA CAUSERIE LITTÉRAIRE

LES CAUSEURS DE CE TEMPS-CI

MM. Sainte-Beuve, Armand de Pontmartin. Cuvillier-Fleury

La Causerie littéraire : le mot est d’hier, la chose est de l’autre siècle, et de plus loin encore. Notre siècle qui invente tant de choses n’a pas inventé celle-là, il faut bien qu’il en prenne son parti : la causerie littéraire existait au dix-huitième siècle comme aujourd’hui, sous une forme différente, il est vrai, et en prenant diverses figures selon que des esprits divers la modifiaient à leur image : Fréron, Grimm et La Harpe ont été en ce siècle de littérature et d’esprit, trois causeurs qui ont leur mérite, je crois, et qu’on peut bien accepter comme des ancêtres, même quand on s’appelle Sainte-Beuve, Pontmartin ou Cuvillier-Fleury. Voltaire lui-même, quand il a voulu s’en mêler et faire autre chose que des épigrammes ou distiller des injures, est leur maître à tous.

Fréron, pour qui l’heure de la complète justice n’est pas encore venue, a causé pendant quarante ans avec ceux qui en France avaient goût aux choses de l’esprit, et laissé trois cents volumes qui, s’ils ne renferment pas une fleur de causerie élégante, représentent du moins la conversation d’un homme sensé et instruit. Il a le tort de causer en frappant du poing, et il mêle à l’entretien, ce qui est un mérite plutôt qu’un tort pour la postérité curieuse de suivre à la trace la civilisation antérieure, mille détails de commerce et de vie privée : nous retrouvons chez lui - avec étonnement et non sans quelque sourire, les cosmétiques qui parfumaient les jolies femmes du temps, les liqueurs qui animaient les gais soupers où circulaient les bons mots de Sophie Arnould, les voitures qui promenaient l’opulence des fermiers-généraux et la livrée qui couvrait le luxe de leurs laquais galonnés d’or. Les inventions de la gastronomie raffinée ne lui sont point étrangères ; mais il a l’œil aussi sur l’étalage des marchands d’estampes et les salons de peinture, comme sur les boutiques de libraires : il ne manque pas de nous raconter que Duchesne, libraire rue Saint-Jacques, a été tué par la chute d’une pile des livres de Palissot, et il cache malicieusement sous cette anecdote une allusion à la pesanteur des livres de l’auteur de la comédie des Philosophes.

L’auteur de l’Année littéraire nous montre exactement ce qu’il fallait, au dix-huitième siècle, pour tenir au courant de la littérature et des beaux-arts les bourgeois de bonne volonté, ces bourgeois en qui frémissait au fond de l’âme le pressentiment de leurs destinées prochaines, et qui marchaient au-devant de l’avenir en se préparant à leur rôle par le développement de l’intelligence, un peu de science, assez de belles-lettres et trop de philosophie. Fréron, dans l’ensemble, est intéressant, et il est essentiel de le connaître pour avoir une idée de la littérature du siècle qu’il traverse la lunette à l’œil et la plume à la main ; mais il faut le dire, chaque page prise à part, n’est point agréable — sauf rares exceptions, — et il serait difficile d’extraire de ces 300 volumes un volume pour le plaisir. Fréron qui a raison et cent fois raison contre les philosophes défend une cause, il la défend avec courage, avec ardeur, avec conviction, mais sans légèreté, et on entend trop souvent le coup de la massue quand elle frappe Voltaire, Diderot, d’Alembert, Marmontel, Raynal, La Harpe et tous les autres du même bord.

Au dix-huitième siècle, les princes Allemands et Russes, comme les bourgeois de France, avaient la prétention de se tenir au courant de ce qui survenait dans les domaines de l’intelligence, littérature et beaux-arts ; et à cet effet ils payaient fort cher des gens qui avaient de l’esprit et du goût, sinon pour eux, du moins avant eux. Grimm et La Harpe sont les correspondants littéraires attitrés du dix-huitième siècle ; Grimm surtout pour l’Allemagne1, La Harpe pour le grand-duc de Russie. Ces deux critiques, ces deux causeurs se distinguent par des qualités sérieuses et diverses : la littérature du temps a la vie encore dans leurs pages, solides ou légères : le théâtre est là encore avec sa physionomie philosophique, avec ses allures d’enseignement et de prédication ; les anecdotes nous rapportent un écho de la vie littéraire du temps, et les petits vers de l’époque gardent leur parfum — un parfum, il est vrai, semblable à celui des fleurs séchées dans les herbiers. Des deux écrivains, Grimm, comme causerie et comme autorité de sens et de raison, demeure le premier : il a sur La Harpe, l’avantage de n’avoir point fait de tragédies philosophiques, de n’avoir remporté aucun prix à l’Académie française. Grimm, il est vrai, disserte souvent et philosophe plus qu’il ne cause ; mais il déclame rarement, il est un esprit bien trop net et trop juste pour cela ; et quand par aventure, cette fleur de la causerie s’épanouit chez lui, elle est charmante — sans excès de couleur. Hors de là, il a des pages de sens et d’esprit très-remarquables de simplicité ornée, nullement raide, nullement germanique ; il a des aperçus de physchologie intellectuelle on ne peut plus heureusement développés. S’il me fallait citer quelque chose de lui, je serais fort embarrassé, car les fragments à choisir se pressent sous mes yeux, mais je m’arrêterais peut-être à cette classification des esprits où Grimm me semble avoir excellemment produit les qualités de sa plume fine et mordante — point raffinée, point satirique :

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin