De la connaissance du tempérament, peinture fidèle des états sanguin, nerveux, bilieux et glaireux comme principes de toutes maladies. Edition 15 / par le Dr D*** (Delacroix), Ch.

De
Publié par

l'auteur (Paris). 1828. 1 vol. (67 p.) ; in-8.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : mardi 1 janvier 1828
Lecture(s) : 61
Source : BnF/Gallica
Nombre de pages : 119
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

DE LA CONNAISSANCE
DU
TEMPÉRAMENT
On doit regarder comme contrefaçon tout exemplaire qui
ne serait pas revêtu de la signature de l'auteur.
P. M. P.
Imprimerie de GCSTSCHT, rus Louis-la-Grand. N. 35.
DE LA CONNAISSANCE
DU
PEINTURE FIDÈLE DES ETATS SANGUIN, NERVEUX , BILIEUX iâk,
ET GLAIREUX;
HOMME PRINCIPES DE TOUTES MALADIES.
Signes auxquels chacun reconnaîtra facilement si les maux qu'il
éprouve sont causés par le SANG, I'HUMEUR OU les NERFS ; les
dispositions à ï'APOPLEXIE, laPui.MONiEfet I'HYUROPISIE. Ef-
fets et dangers de la CONSTIPATION. Moyens de combattre ces
divers états, les Spasmes et Irritations , tout principe acri-
monieux;, -les Vents, ,1a Maigreur,, l;excès d'JSwBowroiNT et -
les ravages de l'âge <or.it-iqxre. ^Quels -sent les signes qui an-
noncent une BONNE CONSTITUTION et les probabilités d'une
LONGUE VIE ?
PAR LE DOCTEUR DELACROIX,
Médecin de la Faculté de Paris ; ex-Médecin interne de PIIôtel-Dieu et de l'Hôpital
.des Enfans malades ; Professeur de Physiologie el d'Hygiène ; ancien Membre
■de l'École Pratique; de la Société Anatomique ; Associé correspondant de plusieurs
Académies savantes, nationales et étrangères; Membre de différentes Institutions
philanthropiques ; de la Société Française Je Statistique Universelle ; Auteur de
■divers Mémoires sur des sujets de Médecine-Pratique ; du Manuel des Hémorroï-
4aires, ete. , etc.
ISosce te ipsum.
^'p\QUIWZiÈME ÉDITION,
iÉvir^, joOnfeiGÉE ET AUGMENTÉE D'UN CHAPITRE >:UR L'ART
-'"..! i, / D'INTERROGER LES MALADES.
I B3KÏX : 2 FR ET 2 FR. 50 C. PAR. LA POSTE.
CHEZ L'AUTEUR, PASSAGE DES PETITS-PÈRES, N» 1 ,
EN FACE DE LA BANQUE.
1834
AVERTISSEMENT
SUR CETTE QUINZIÈME ÉDITION.
La rapidité avec laquelle trente mille
exemplaires de cet ouvrage se sont répandus
dans l'espace de quatre années; sa traduc-
tion en langues étrangères et les imitations
qu'on a cherché à en faire , sont autant de
témoignages flatteurs de l'accueil qu'il a
reçu du Public. Je ne saurais me rendre
compte du véritable motif qui m'a porté à
traiter ce sujet tout-à-fait neuf en méde-
cine. Il est facile de voir que je n'ai pas
été guidé par un sentiment d'amour-pro-
pre , puisque cinq éditions avaient paru
avant que j'y eusse attaché mon nom. Je
crois y avoir été naturellement porté par
la raison que beaucoup de personnes qui
viennent des départemens nous consulter à
Paris, ont cette prévention , que les voyant
pour la première fois, nous ne pouvons con-
naître leur tempérament. J'ai voulu prou-.
vi-
rer que cette connaissance si importante en
médecine, rie s'acquiert pas uniquement
avec le terns, mais qu'elle dépend plutôt
de la grande habitude d'observer avec at-
tention les malades, de les questionner dans
les plus petits détails, et enfin de cet heureux
don de la nature qui constitue le tact mé-
dical.
Un intérêt particulier qu'offre cet ouvrage,
c'est qu'il facilite infiniment la rédaction
des mémoires à consulter, lorsque l'on nous
demande des conseils, par correspondance.
Beaucoup- de personnes m'ayant exprimé
le regret de ne pas y trouver des considé-
rations sur l'influence de L'hérédité dans les
maladies , je me suis empressé de remplir
cette lacune dans le premier chapitre qui
traite des signes annonçant une bonne-
constitution, et les probabilités, d'une lon-
gue vie.
J'ai recomposé en entier et développé
très-longuement tout ce qui a rapport à
I'ÉTAT NERVEUX, dont j'ai fait une étude par-
ticulière, et qui est le principe de tant de
désordres dans la santé; qui rend la vie
pénible aux personnes même les plus com-
VII
bléefr des dons de: la nature et delà fortune;
état doutant plus à charge aux individus
qui l'éprouvent, q-ue tous ceux avec les-
quels ils vivent , et les médecins eux-
mêmes , n'y prennent en général qu'un
faible intérêt, regardant leur mal eomme
imaginaire ou moral. Admettons qu'il en
soit quelquefois ainsi, n'exerçons-nous pas
alors le plus noble des ministères? si nous
possédons entièrement la confiance des
malades, nous prenons sur leur esprit
un empire absolu ; nos paroles sont pour
eux les oracles de la divinité. Obligé de
les scruter dans l'universalité de leurs af-
fections , de leur caractère, de leurs goûts,
et de leurs penchans, le médecin ne doit-il
pas se montrer moraliste, politique, reli-
gieux, philanthrope , ami des sciences et
des arts, le confident, intime de tout être
qui lui peint ses souffrances, afin de répri-
mer les écarts de son imagination, rectifier
ses idées, le ramener dans le chemin de la
sagesse, lui apprendre à vaincre ses pas-
sions, ses mauvaises habitudes , écouter
avec la plus grande attention et le plus vif
intérêt le récit détaillé de ses maux, l'at-
VIII
tacher à la vie dont le poids l'accablait.
s'identifier pour ainsi dire avec lui, et
devenir en quelque sorte l'arbitre de sa
destinée. '
Je m'estimerai très-heureux, si le public
accorde à cette quinzième édition les ; suf-
frages dont il a honoré les précédentes.
P. S. Je remarque journellement que dans les notes ou
mémoires à consulter qui me sont adressés, on omet beaucoup
de renseignemens qui pourraient éclairer davantage notre
diagnostic sur le véritable caractère de la maladie pour la-
quelle on nous écrit ; je crois donc avoir ajouté un nouvel in-
térêt à cette quinzième édition, en consacrant un chapitre spé-
cial à l'exposé précis des circonstances ou particularités qu'il
importe de nous faire connaître lorsqu'on nous demande
des conseils par correspondance.
INTRODUCTION.
LE Médecin ne doit pas faire un secret de son art;
il doit au public le fruit péniblement acquis de son
expérience. Les sciences sont un patrimoine commun
dans lequel chacun a le droit de prendre sa part; le
peuple devient tous les jours plus instruit; la jeur
nësse est avide de lumières; les gens du monde sont
beaucoup moins imbus d'erreurs et de préjugés
qu'autrefois; les femmes, dont l'éducation est plus
soignée, ont un tact exquis; l'on ne confond plus la
livrée du charlatanisme et de l'ignorance avec le ca-
chet de la vérité et du savoir : la vertu, le courage et
le génie sont de toutes les conditions; et la vraie no-
blesse est dans le mérite.
On n'a jamais autant popularisé la science médicale,
mais a-t-on bien atteint jusqu'à présent le but qu'on
aurait dû se proposer pour être réellement utile ? Les
ouvrages d'hygiène sont infiniment précieux, mais
à peine les lit-on : on jouit de la santé sans y faire
attention; on n'en sent tout le prix que quand on l'a
perdue. Quant à certains traités de médecine domes-
tique, ne sont-ils pas autant d'armes meurtrières dans
X
la main de celui qui les touche ? Du moment qu'il est
malade, l'homme conserve-t-il toujours la plénitude
entière de ses facultés morales et le discernement
nécessaire pour se connaître et se traiter lui-même?
Lorsqu'avec une instruction profonde, le médecin le
plus heureusement organisé, craint quelquefois de
ne pas trouver suffisamment de ressources en ses
lumières, pour interroger tous les symptômes d'une
maladie; iï sait douter à propos : l'ignorant seul ne
doute de rien. Le seul' genre d'écrit médical qu'on
puisse donc sans inconvénient mettre entre les mains
du public, est celui qui se rattache à la médecine
préservatrice, en faisant connaître à chacun ses dis-
positions maladives dominantes, d'après son tempé-
rament. Celui- ci ne conviendra alors ni aux personnes
en parfaite santé, ni aux personnes gravement ma-
lades; mais il sera recherché par toutes celtes mena-
cées de le devenir, ou qui sont actuellement d'ans
un état maladif. Dès qu'une maladie se déclare,
consultez un médecin, celui qui vous sera désigné,
ou que vous aurez jugé comme possédant éminem-
ment le coup-d'ceil, le tact médical, cette qualité
précieuse et rare, cet heureux don de l'a nature que
perfectionnent l'étude et l'a connaissance profonde
des tempéramens. Nous nous occupons à ce sujet
XI.
d!un travail, étendu., dans leq<ueL nous, développons,
les idées émises dans une dissertation que nous
avons soutenue devant la Faculté de Médecine: de;<
Paris, et dans laquelle nous nous sommes attaché ai
démontrer que toutes les, maladies organiques, im-
priment sur la face un cachet, un caractère, particu-
lier d'après lequel tout médecin doué d'une certaine
sagacité., peut établir son diagnostic,, sur la nature
et le véritable siège d«. ces affections; cet ouvrage
in-4% accompagné de planches dont le luxe répon-
dra à l'importance du sujet, sera le Lapa ter de
l'homme malade.
Nous ferons connaître dans celui-ci toutes les res-
sources que: la:médecine trouve dans l'emploi métho-
dique et raisonné des Pilules, dites PILULES STOM-A-
CHiQOES, dont les effets sont démontrés plus cer-
tains que ceux que l'on attend de beaucoup d'autres
purgatifs, administrés dans les. mêmes circonstances.
Nous Croyons avoir eu une idée heureuse, en renfer-
mant dans un seul cadre les signes et symptômes des
maladies; les rapportant; à quatre états principaux r
sous les noms d'états Sanguin, Nerveux, Bilieux et
Glairemz, comme étant le principe de la majeure
partie des maux qui affligent l'espèce humaine;,
nous en ferons autant de peintures fidèles dans,
XII
" lesquelles chacun reconnaîtra facilement ses dispô*
sitions maladives, représentées par la prédominance
de l'un de ces quatre états ; ce qui nous paraît
infiniment préférable à l'obligation de compulser
souvent un manuel, ou même un ouvrage complet
de médecine, pour rencontrer une description qui
ressemble plus ou moins aux symptômes du mal,
dont on est, ou dont on se croit atteint. Il est in-
contestable qu'en fait de médecine-pratique, c'est un
des plus sûrs moyens d'éviter toute erreur dans les
cas difficiles et obscurs, que de se rattacher à étu-
dier lequel de ces états prédomine dans le tempéra-
ment ou dans la situation actuelle du malade. Nous
ne craignons pas d'avancer que plus on a compliqué
les classifications et les divisions des maladies, leur
donnant les noms les plus bizarres; et plus on a
rendu difficile et incertaine l'étude de leur origine
et de leur traitement. Pourquoi chercher, par, les
dehors d'une science hautaine, à imposerait vulgaire
et lui interdire l'entrée du temple d'Esculape, par
une affectation ridicule à s'envelopper Fde termes
inintelligibles, au lieu de se communiquer franche-
ment, d'expliquer tout, de rendre tout sensible?
INous dirons de bonne foi ce que nous pensons
des états appelés vulgairement humeur noire ou mé-
XIII
lancolique, et humeur laiteuse ou. lait répandu. Si
notre manière de voir blessé certains esprits qui
nient les ravages causés par le lait transporté dans le
torrent de la circulation , nous recevrons bien volon-
tiers leurs attaques directes et nominatives; et tout
en déclarant ne pas avoir eu la prétention (du moins
pour le moment) d'écrire pour le monde médical,
nous entrerons avec plaisir dans la lice avec des
hommes d'un mérite reconnu , et nous repousserons
avec mépris les attaques suscitées par la malveillance
ou l'ignorance. Si l'on nous demande de prouver
que les élémens du lait existent en nature dans des
vaisseaux qui ne doivent pas le recevoir, nous ex-
primerons combien nous désirons que l'on nous
prouve qu'ils n'y existent pas; invoquant des auto-
rités puissantes, telles que celles des PORTAI. , des
ALIBERT, des CORVISART, des HALLIÊ, des PINEL, etc.
Il nous a paru aussi très-important de faire con-
naître les signes annonçant les dispositions à 1'apo-
plexie , Yhydropisie et la pulmonie; affections qui
deviennent tous les jours plus communes; d'indi-
quer les effets et les dangers de la constipation,
ainsi que les moyens simples et faciles de combattre
ces divers états.
Nous exposerons d'une manière beaucoup plus
XIV
détaillée qu'on ne l'a fait jusqu'à présent, tous les
symptômes qui annoncent la présence des vers ; et
nous terminerons par l'exposé de quelques préceptes
qui ne seront pas sans intérêt pour les personnes
avides do connaître les moyens à employer contre la
maigreur et!'excès d'embonpoint. Comme dans tous
les genres de peinture, les effets naissent des oppo-
sitions, nous avons cru devoir faire précéder la des-
cription des états maladifs par l'ensemble de tous
les signes qui annoncent une bonne constitution et
les probabilités d'une longue vie, -eX par une esquisse
rapide des tempêramens.
' Nous préconisons dans cet <yivrage les PILUI.ES STOMACHI-
QUES , affirmant que de tous les moyens employés dans les
circonstances où il convient de fortifier l'estomac, et d'eseiiter
le tube intestinal pour l'évacuer sans l'irriter, aucune pré-
paration ne réussît aussi bien.
Nous «e saurions trop 'recommander la lecture 'attentive des
piotices sur le SIROP DE THRIDACE, antispasmodique., rafraî-
chissant et calmant; et sur la GELÉE DE TOMMES AU LicnEN,
aliment médicamenteux, d'un goût'agréable, aux personnes
tourmentées par des irritations de .poitrine ou d'vstomac,, ou
qui ne pouvant digérer , tombent dans lé dépérissement à la
suite des inflammations defl'estomaïc ou des intestins (gastrites
et entérites), ainsi'qu'après toutes les maladies aiguës où la
convalescence est longue et pénible, surtout chez leseufans.
DE LA CONNAISSANCE
nu
TEMPÉRAMENT
SIGNES OUI ANNONCEHT UNE BONNE CONSTITUTION , ET LES
PROBABILITÉS D'UNE LONGUE AIE.
La première et la plus importante des conditions
est d'avoir un bon estomac; l'estomac, disait Bacon,
est comme le chef de la famille, formée par les
membres du corps humain ; si le chef est en état de
souffrance, le reste de la famille ne peut prospérer.
On reconnaît cette disposition favorable, dit Hufe-
l'and, à la manière dont les organes remplissent leurs
fonctions. La digestion ne doit pas être précipitée,
mais régulière; l'appétit doit correspondre aux be-
soins des alimens et ne pas dépendre d'une irritation
locale et accidentelle; l'estomac doit digérer sans
peine les diverses substances qu'on lui confie, mais
avec une facilité proportionnée à leur nature; la
digestion ne doit en général s'accompagner ni de
dégagement de gaz, ni de rapports acides ou nido-
1
reux. Les excrémens doivent être moulés et d'une
certaine consistance, et les garde-robes avoir lieu
assez régulièrement toutes les vingt-quatre heures.
L'on se prête facilement à toutes sortes de régimes
alimentaires, à changer l'heure des repas et en gé-
néral toutes ses habitudes sans en souffrir. La bou-
che habituellement pâteuse le matin, ou même in-
fecte ainsi que l'haleine, n'est pas une présomption fa-
vorable pour le bon état de l'estomac : L'usaged'une
ou de deux PILULES STOMACHIQUES à chaque repas,
convient alors parfaitement. La conservation des
dents et leur bon état, est encore une condition
rigoureuse pour une bonne digestion. La consé-
quence d'une organisation heureuse, dit le même
auteur, est que les passions ont peu d'influence sur
l'estomac: il faut des émotions extraordinaires pour
en déranger les fonctions; les gens amis de la table
ont l'esprit jovial et ne sont pas disposés à la mélan-
colie. La poitrine doit être grande, large, très-mo-
bile par sa partie inférieure, et se dilatant avec
facilité ; les épaules seront basses et effacées. L'in-
dividu doit pouvoir faire à volonté de grandes ins-
pirations qui ne causent aucune douleur : il doit
être en état de retenir longtems son haleine, ne
pas être essoufflé en montant, ou au moindre mou-
vement un peu actif: avoir la voix forte, être peu
disposé aux rhumes et à la toux; les fluxions habi-
tuelles ou répétées vers les poumons, deviennent à la
longue extrêmement nuisibles. Le bon état de la poi-
trine est sans contredit l'une des conditions les plus
importantes pour assurer la longévité; le pouls doit
être ferme, peu fréquent et bien réglé. Le plus
avantageux de tous les tempéramens est le sanguin,
'1
mitigé par un peu de flegme. La texture de l'organi-
sation sera solide, sans être sèche ni trop rigide ; la
fibre musculaire sera généralement forte. Une autre
condition bien essentielle encore, est une transpira-
tion toujours égale : si elle est incomplète ou si e!le
se supprime accidentellement, le corps se trouve
surchargé des humeurs acres dont il devait se débar-
rasser par cette voie. La matière de la transpiration
ainsi retenue, se dépose vers les parties extérieures
et donne lieu à la plupart des maladies de la peau,
dans lesquelles les PILULES STOMACHIQUES sont de la
plus grande efficacité ; elles établissent vers les intes-
tins un point de fluxion qui attire toutes les humeurs
au dehors, condition sans laquelle on ne peut jamais
espérer de cure radicale, et qui dispense de l'appli-
cation de tous exutoires : tels que cautère, séton et
vésicatoire. Si cette même matière se trouve fixée sur
les organes intérieurs, particulièrement ceux qui
servent à la digestion, elle s'épaissit, se coagule et se
présente sous la forme de glaires qui deviennent la
source d'affections rebelles; les PILULES STOMACHIQUES
à dose laxative les évacuent souverainement (i).
L'homme bien constitué a des nerfs fermes, qui
ne bouleversent pas le corps pour la plus légère exci-
tation et qui le rendent peu sensible à toutes les
(1) Nous savons d'avance qu'on nous objectera que la forma-
tion des glaires est le produit d'une sécrétion accidentellement
augmentée des membranes muqueuses en vertu d'une irrita-
tion ; nous sommes loin de le nier ; mais nous sommes intime-
ment convaincus aussi que les glaires ont très-fréquemment
leur source dans une atonicdirecte des voies digestives ; n'invo-
quant jamais que des autorités puissantes, nous exposerons ce
qu'a écrit à ce sujet le professeur PINEL.
2
impressions : il a un.teint animé, une carnation fraî-
che, une peau souple, des traits où se peint le repos
physique, un port droit, une station aisée, une dé-
marche sûre et facile : il se livre sans contrainte au
travail, le supporte sans fatigue; la veille lui est
agréable et le sommeil réparateur; jouissant enfin
de la santé, toutes ses fonctions se font avec une
parfaite régularité, avec aisance et sans aucun sen-
timent incommode. Il sait se trouver heureux;il est
toujours gai, content, généralement franc et coura-
geux; toujours prêt à défendre sa patrie et à donner
des enfans à l'état.
Gallien, se livrant à son imagination , avait conçu
l'idée du tempérament parfait ; c'était celui de l'indi-
vidu chez lequel toutes les parties élémentaires des
organes se trouvaient dans une telle proportion ,
qu'il en résultait une organisation générale parfaite,
et chez lequel aussi toutes les humeurs étaient les
meilleures possibles, par leur quantité ainsi quepar
leurs qualités. L'arrangement des solides, le cours
des liquides, leurs rapports entre eux, l'action et la
réaction, étaient ordonnés de telle sorte, qu'il n'y
avait défaut de rien, prédominence de rien; mais en
tout un équilibre vivant et agissant parfait.
Mais, il faut l'avouer, il y a loin de ce tempéra-
ment idéal au tempérament effectif de chaque être
vivant; aucun n'apporte en naissant ce degré de per-
fection. Chacun de nous vient au monde plus ou
moins vicié, d'où suit un défaut quelconque d'équi-
libre dans ses fonctions; aussi avons-nous tous une
partie relativement plus faible, plus irritable ou plus
sensible. Il n'existe donc pas de santé absolue : les
désirs immodérés; l'intempérance, les soucis de
*9
fortune, les peines d'esprit et de coeur, les tracasse-
ries domestiques, l'application profonde aux affaires
ou à l'étude, les passions enfin, tout concourt à la
détruire. D'un autre côté, la vie se compose d'une
série d'actions et de combinaisons, d'où résultent des
prédominances continuelles, soit dans les fonctions
de certains organes, soit dans la proportion et la na-
ture de certaines humeurs ; c'est ce défaut d'équili-
bre, de réciprocité d'actions des fluides sur les solides,
et de la réaction des solides sur les fluides, qui cons-
titue les divers états maladifs, dont nous exposerons
les signes avec toute la précision possible.
Il est une considération très-importante encore en
médecine; c'est celle de l'hérédité. On lira avec intérêt
ce que dit à ce sujet l'illustre professeur CORVISART.
« On douté moins aujourd'hui qu'autrefois que l'on
puisse hériter du tempérament de ses parens, de la
force ou de la faiblesse de leur constitution, des vices
de conformation générale ou particulière qui leur
sont propres ; et sans parler ici de certaines affec-
tions, telles que la goutte, les dartres, etc. ,etc., on
peut avancer que de la mauvaise disposition que
l'on tient de ses parens, naît le germe des maladies
organiques de toute espèce. ■»
Je suis intimement convaincu que l'empire de l'hé-
rédité est plus puissant et plus étendu encore que
les médecins ne le pensent aujourd'hui : toutes les
maladies qui sont rebelles aux efforts de l'art, ne
sont telles que parce qu'elles sont dues à des causes,
soit organiques ,soit humorales héréditaires, et qui
paraissent insurmontables; on en a la preuve évi-
dente pour la pulmonie, les maladies du coeur, du
foie, de l'estomac, les aliénations, les apoplexies, la
20
goutte, les maladies de peau, les hémorroïdes (1), etc.
Aussi ceux qui sont nés de parens qu'ils savent avoir
été atteints de ces maladies, doivent-ils, quand ils
sont encore jeunes, chercher à modifier leur tempé-
rament : je puis affirmer avoir réussi souvent à
changer entièrement de telles dispositions à l'aide
de soins et de régimes particuliers et méthodiques.
La couleur de la peau, les traits du visage, la phy-
sionomie, la tournure,la stature,les défauts de con-
formation, les gestes, les habitudes, les penchans,
les goûts, les répugnances, les sympathies, les anti-
pathies, la voix, la faiblesse, et les différentes alté-
rations de la vue , de l'ouie, etc., en un mot toutes
les qualités physiques et morales se transmettent
plus ou moins des pères à leurs enfans.
On voit en général tous les hommes craindre avec
raison d'être affectés des mêmes maladies et de mou-
rir au même terme et du même genre de mort que
les auteurs de leurs jours. Où sons puisées ces idées
si généralement répandues, si ce n'est dans l'expé-
rience des siècles ?
Ces idées populaires ne sont-elles pas d'ailleurs
justifiées par l'observation en médecine? la consi-
dération du tempérament, de la constitution des
parens, des maladies qu'ils ont souffertes , ou aux-
quelles ils ont succombé, ne sert-elle pas puissam-
ment à faire connaître le tempérament, la consti-
tution et les maladies des sujets soumis à notre
observation actuelle?
(1) Dans l'ouvrage que j'ai publié sous le titre de MANUEL
DES HÉMORROÏDAIRES , je m'attache à prouver qu'on pent dans
certains cas guérir radicalement les HÉMORROÏDES sans le
moindre danger. J'y indique les moyens de les soulager cons-
tamment et de prévenir toute espèce d'accidens.
2 1
ESQUISSE DES TEMPÉRAMENT.
On appelle Tempérament une manière d'être
constante et habituelle qui modifie toutes nos affec-
tions et leur donne un caractère particulier. Cet
état tient à une combinaison plus ou moins heu-
reuse des principaux systèmes d'organes qui pro-
duisent la vie, et rendent l'individu plus ou moins
apte à certaines choses, à certaines facultés, et
plus ou moins exposé à certaines maladies. Le
caractère moral affecté à chaque tempérament ,
dérive de la facilité plus ou moins grande avec la-
quelle les humeurs coulent dans leurs vaisseaux- et
par conséquent de la régularité plus ou moins par-
faite avec laquelle les fonctions vitales s'exécutent.
La prédominence du système vasculaire sur tous
les autres, constitue le tempérament sanguin. C'est
celui dans lequel le sang a une telle prédominence
de quantité ou d'activité, qu'il modifie entièrement
l'organisme qu'il anime. Ce tempérament, s'il est
simple, est celui de ces êtres chez lesquels le sang
s'écoulant ainsi qu'un fleuve majestueux et limpide
que viennent enrichir cent ruisseaux tributaires, se
porte sans effort dans toutes les parties du corps
humain, et inspire des passions douces, des inclina-
tions affectueuses, des penchans vertueux. Ce tem-
pérament se reconnaît à des membres charnus, à
un visage plein et un teint fleuri. Ses principaux
attributs intellectuels et moraux consistent dans une
conception prompte, une mémoire heureuse, une
imagination vive et riante, un penchant prononcé
aux plaisirs sensuels et à la volupté, et beaucoup
32
d'inconstance et de légèreté dans le caractère. Si le
tempérament sanguin est compliqué par une sura-
bondance lymphatique, n'attendez rien de grand,
de noble, de spirituel même de cet être engourdi
dans un fluide stagnant; il n'aura ni la force d'aimer,
ni le courage de haïr : il y a chez cet être, tendance
à l'hydropisie et à toutes les maladies de langueur.
Les individus lymphatiques ont les chairs molles et
pâles, des formes arrondies, une chaleur médiocre,
une peau humide, les cheveux blonds, les yeux
bleus ; ils sont indolents, monotones, sans passions :
ils ont une égale répugnance pour les travaux du
corps et de l'esprit. Ils sont presque indifférents
pour tout, parce qu'ils sentent qu'avec des organes
sans consistance, ils ne peuvent presque rien : les
parties aqueuses qui les humectent continuellement,
leur ôtantle ressort et la force nécessaires aux grands
mouvemens. Si, au contraire, une bile active dilate
le fluide sanguin, trop resserré dans les veines, une
délirante imagination égarera dans un monde idéal
l'être bilieux, qui aimera avec délices, haïra avec
fureur, ne sentira rien à demi, sera ami chaud et
dévoué, ennemi généreux ou implacable,également
capable des plus sublimes vertus et des plus terri-
bles vengeances. La texture propre au tempérament
bilieux est compacte et serrée; le calibre des vais-
seaux n'est pas très-considérable, mais le sang y
étant très-fluide et très-mobile par la grande quan-
tité de matières phlogistiques ou de parties actives
qu'il contient, y circule avec rapidité, et toutes les
autres fonctions s'exécutent avec la promptitude
que les personnes éminemment bilieuses mettent
dans toutes-leurs actions. Ces mêmes individus sont
25
généralement remarquables par la couleur. de la
peau qui est d'un brun jaunâtre, par un embon-
point médiocre, par des formes durement exprimées.
L'homme bilieux a le teint foncé, des muscles vigou-
reux, les cheveux noirs, le corps velu, la barbe
touffue, les yeux brillants, noirs et saillants, la
physionomie expressive et sévère, le pouls élastique,
dur et précipité. L'ambition est sa passion domi-
nante, il est audacieux, irascible, impétueux, des-
pote, jaloux, mais grand, généreux et avide de
gloire. NAPOLÉON était éminemment bilieux. Le
tempérament nerveux est celui dans lequel une ex-
cessive mobilité dispose aux sensations les plus dis-
parates et les plus rapides. Il n'en résulte pas
toujours de profondes affections : c'est un miroir
qui reçoit tour-à-tour l'image des objets qui lui sont
présentés et n'en conserve aucune. Après tout, ce
tempérament, en disposant au plaisir, a quelquefois
donné le bonheur, et la femme qui l'a reçu n'aura
ni sentimens très-vifs, ni profondes douleurs; mais
elle peut être bonne fille, bonne épouse, bonne
mère, bonne amie, tendre amante; et s'il est vrai de
dire que la vie n'est que la succession des idées et des
sensations, elle aura beaucoup vécu, même en exis-
tant peu d'années. Ce tempérament est surtout celui
des femmes qu'une fibre molle dispose à une plus
facile rapidité d'impressions. Uni au sanguin, c'est
pour lesenfans l'initiative de l'existence et le prélude
du tempérament sanguin pur ou du nervo-bilieux.
Le tempérament nerveux offre une sensibilité d'au-
tant plus exaltée, qu'il est plus compliqué d'une
prédominance bilieuse. Le tempérament sanguin,
par opposition , donne une existence presque végé-
24
tative, et d'autant moins énergique qu'il est plus
dominé par la lymphe.
La méfiance et la timidité caractérisent le tempé-
rament mélancolique ; parce que , quoique les vais-
seaux qui forment les tissus des solides dans ce
tempérament, soient amples et d'un calibre spa-
cieux, la nature craint toujours que les humeurs qui
y sont excessivement épaisses et lentes, ne perdent
leur aptitude à circuler et ne subissent tôt ou tard
une stagnation funeste : ce qui demande, de sa part,
une sollicitude continuelle qui déborde sur les actes
extérieurs de l'individu. On reconnaît ce tempéra-
ment à une teinte rembrunie, à une maigreur occa-
sionée par le resserrement des solides, et surtout
par l'anéantissement ou le rapprochement excessif
des lames du tissu cellulaire.
ÉTAT SANGUIN.
Nous comprenons sous cette dénomination la
surabondance du sang, sa nature trop riche, son
épaississement, son échauffement, son âcreté, son
agitation, son défaut d'équilibre, annonçant un
excès de tonicité général, une exaltation des forces
vitales et une disposition permanente à un état in-
flammatoire.
Les circonstances qui développent cet état sont :
le tempérament sanguin, le moyen âge, les pro-
fessions sédentaires de la vie civile, celles qui
exigent une grande action musculaire, l'exposition
au soleil, à une forte chaleur et aux intempéries de
l'atmosphère, la suppression de quelques évacua-
tions naturelles ou accoutumées : telles que celle
25
des règles, l'époque de leur apparition et de leur
cessation, la suppression d'un flux hémorroïdal,
d'un saignement de nez, l'omission de saignées
dont on a contracté l'habitude, le passage d'un
état de maigreur à un état rapide d'embonpoint,
l'habitation des lieux secs, froids et élevés, les
vents du nord, du nord-est, et de l'est, une tem-
pérature sèche et froide ou devenue tout-à-coup
humide, la transition subite de la chaleur au froid,
si l'on est en transpiration; une longue exposi-
tion à un soleil ardent, l'habitude de boire et de
manger avec excès, le choix de mets trop succu-
lents et épicés,les boissons alcooliques, le défaut
absolu d'exercice ou des exercices trop violents,
un travail trop longtems soutenu, des médica-
mens échauffants, des affections vives ou tristes de
l'âme, toutes passions fortes et l'existence de certains
virus.
On reconnaîtra l'état sanguin à l'ensemble des
signes ou symptômes suivants : coloration de la
face, yeux injectés, vifs et brillants, peau rouge,
chaude et sèche, douleurs et pesanteurs de tête qui
augmentent par le moindre mouvement, partout ef-
fort pénible ou toute contention d'esprit, étourdis-
semens et vertiges quand on regarde en haut, ou
que l'on se baisse et se relève brusquement, tinte-
mens et bourdonnemens d'oreilles; le bruit ou la
lumière vive incommode et fatigue; bouffées de
chaleur au visage, sentiment d'ardeur intérieure,
de lassitude, de courbature, d'un poids incommode
sur tout le corps, anxiété et malaise, douleurs ob-
tuses dans les membres et surtout dans les articula-
tions , avec roideurs, engourdissemens et fourmille-
26
mens; tiraillemens dans le bas des reins, prurit ou
démangeaison générale qui augmente si l'on est en
sueur, ou après un bain trop chaud : quelquefois
ébullition avec rougeur de toute la peau, chaleur
des extrémités, gonflement très-apparent des veines;
baltemens assez forts des artères, pouls dur et plein,
saignemens de nez, palpitations avec abattement
total ou même avec défaillances, surtout quand on
est dans des endroits chauds ou qu'on a beaucoup
exercé : la plus légère irritation développe des
açcidens inflammatoires, disposition continuelle à
l'assoupissement, particulièrement après les repas,
sommeil profond, prolongé, agité et interrompu
par des rêves pénibles, ou avec oppression et cau-
chemar; esprit lourd, difficulté de se mouvoir,
de se livrer à tout ce qui demande une attention
soutenue; perte d'appétit, langue rouge et hu-
mectée , quelquefois bouche sèche, soif assez vive ,
désir des boissons froides et acides, haleine chaude,
selles nulles ou rares, urines échauffées, rouges et
peu abondantes, répandant une odeur forte, tei-
gnant le vase qui les reçoit, ne présentant aucun
sédiment ni dépôt, à moins d'une complication bi-
lieuse; digestions actives, chaleur à l'estomac; res-
piration fréquentet oppression, essouQement en
marchant ou en montant. Lorsque le sang a trop
d'épaississement ( c'est-à-dire lorsqu'il y a surabon-
dance de la fibrine et de la matière colorante), il
circule difficilement : c'est alors qu'il se forme des
stases, des engorgemens, des congestions dans les
parties du corps où les propriétés vitales des vais-
seaux se trouvent ayoir moins d'activité et d'énergie :
s'il se fixe à la tête, il dispose particulièrement aux
27
vertiges, aux étourdissemens, avec trouble plus ou
moins marqué des facultés intellectuelles, à l'as-
soupissement, à l'apoplexSe, aux hémorragies na-
sales. Se fixant vers la poitrine, il produira de la
chaleur, des crachemens de sang, des apoplexies
pulmonaires, des oppressions, des palpitations ; dis-
posera aux maladies organiques du coeur et des pou-
mons. Vers le bas-ventre, il déterminera des em-
barras dans les viscères, des inflammations, des
obstructions, des hémorroïdes, des engorgemens
de la matrice et des pertes. S'il circule difficilement
dans les membres, il donnera lieu à des engourdis-
semens, des lassitudes et des fourmillemens ; il y
aura enfin dans toutes ces circonstances, défaut d'é-
quilibre dans la circulation.
Un pareil état réclame impérieusement un régime
rafraîchissant, et beaucoup de délayans, une vie
très-sobre, et l'éloignement de toutes les circons-
tances que nous avons indiquées comme causes qui
peuvent le développer; on usera de boissons aci-
dulés; la nourriture sera légère, consistera princi-
palement en légumes et en fruits, et l'on sera le
moins sédentaire possible. Nous allons présenter
quelques considérations générales relatives à la sai-
gnée, indiquer dans quelles circonstances il sera ur-
gent d'y recourir, et les cas où il conviendra de lui
préférer l'usage des PILULES STOMACHIQUES. On ne ti-
rera du sang qu'avec beaucoup de réserve aux sujets
nerveux, aux individus mal nourris, à ceux qui se-
ront épuisés par des travaux pénibles du corps et de
l'esprit, qui auront éprouvé des chagrins prolon-
gés; aux enfans et aux vieillards : les évacuations
sanguines faites inconsidérément produisent des syn-
28
copes inquiétantes, font prédominer la partie sé-
reuse du sang, disposent à la Cachexie, à l'Hydro-
pisie (i). Le tempérament sanguin est de tous, celui
auquel la saignée convient le plus : on ne craindra
pas d'y recourir toutes les fois que le pouls sera
plein, fort et dur, que l'on reconnaîtra un état de
turgescence, de pléthore générale, un développe-
ment de tous les systèmes circulatoires, avec gonfle-
ment des veines, vive coloration de la face et souvent
même de tout le corps, état de vertiges, somnolence,
pesanteur, douleurs de tête extrêmes, et surtout
lorsque la cause de cet état paraîtra être une sup-
pression des règles, d'un flux hémorroïdal, ou l'o-
mission des saignées habituelles; les personnes d'un
médiocre embonpoint, dont les chairs sont fermes,
supportent mieux la saignée que celles qui sont
chargées de graisse : notre expérience nous a dé-
montré bien évidemment que la saignée est rarement
profitable lorsque l'on a pour elle une répugnance
extrême; elle devient souvent funeste par le trouble
et l'agitation qu'elle cause aux personnes qui ne s'y
soumettent qu'avec peine. Nous ne parlons pas des
circonstances où il y a urgence imminente, telles
qu'une menace d'attaque d'apoplexie, une perte,
une véritable maladie inflammatoire. INous ayons
déclaré positivement que toutes les considérations
exposées dans cet ouvrage ne s'appliquaient qu'aux
personnes qui offraient une disposition maladive, et
(1) GALIEN veut qu'on soit très-circonspect pour la saignée ,
à l'égard des personnes qui ont les veines petites , les chairs
molles , et chez lesquelles la pâleur se trouve réunie à l'embon-
point ; dans ces circonstances , on préférera les PILULES STO-
MACHIQUES à la saignée , à cause de leur vertu laxative,
a9
qu'il fallait recourir à un médecin aussitôt qu'un
mouvement de fièvre un peu prolongé se manifestait
en même tems que le trouble des autres fonctions.
Les saignées conviennent mieux, en général, dans
un climat froid et sec que dans un climat chaud et
humide. L'occasion de pratiquer la saignée s'offre
plus fréquemment en hiver et au commencement du
printemps, que dans toute autre saison : les femmes
supportent mieux que les hommes les évacuations
sanguines ; les hommes vigoureux se trouvent mal
quand on les saigne, plt»5 facilement que les per-
sonnes délicates.
Quant aux évacuations sanguines faites par les
sangsues, nous sommes moins disposé en leur fa-
veur, tout en étant éloigné de prononcer leur pros-
cription absolue, nous déclarant ennemi de tout es-
prit de système ; nous avons vu que très-souvent l'ap-
plication des sangsues a plutôt augmenté que détruit
un état fluxionnaire, en vertu de ce principe sur le-
quel repose peut-être la médecine tout entière : Ubi
stimulus, ïbi fluxus :,(les humeurs affluent là où il y
a une irritation.) C'est sur ce grand principe qu'est
établie notre théorie médicale sur l'action des pur-
gatifs en général, et particulièrement sur l'emploi des
PILULES STOMACHIQUES à dose laxative, toutes les fois
qu'il s'agit de combattre les dispositions à une con-
gestion, ou à un état fluxionnaire, de détourner les
humeurs ou douleurs qui tendent à se fixer. Nous
dirons cependant que nous croyons l'application des
sangsues convenable, toutes les fois qu'il s'agira de
dégorger une partie dont l'embarras n'est que faible-
ment soumis à l'influence de la grande circulation, et
qui dépend seulement d'une constriction, d'une in-
3o
flammation locale, d'un engorgement ou d'un point
douloureux. Si l'inflammation locale est à la peau,
on appliquera les sangsues dans les environs du siège
inflammatoire; si au contraire la fluxion est plus
profonde et sous la peau, comme dans les rhuma-
tismes, la goutte, on les appliquera sur le siège même
de la douleur. Nous employons, préférablemént aux
sangsues , les PILULES STOMACHIQUES comme relâ-
chantes , dans les circonstances qui annoncent un
certain embarras vers la tête, vers la poitrine ou
\& partie supérieure du v«atre, tels sont : des dou-
leurs, des pesanteurs de tête avec rougeur de la face,
des bourdonnemens, tintemens et douleurs d'oreilles,
fluxions sur les yeux, rhumes de cerveau, engorge-
mens des glandes vers le cou, boutons, éruptions au
visage, teint couperosé, oppressions, palpitations;
nous les recommandons surtout, lorsqu'en même
tems il y a un état de constipation.
On trouvera à la fin de cet ouvrage un. résumé
dans lequel sont exposées les règles générales rela-
tives à la manière de faire usage de ces PILULES.
Tout en cherchant à favoriser le plus souvent
possible des dérivations ou révulsions fluxionnaires,
nous reconnaissons cependant qu'il est des circons-
tances où il convient de respecter la tendance qu'a
a nature à opérer certaines déviations, dans l'exer-
cice même de nos fonctions : voici à ce sujet une ob-
servation remarquable. .-'••..
Un diplomate portugais, ardent défenseur des li-
bertés de son pays, perd la sienne, et est accablé
d'outrages ; son épouse, d'un tempérament sanguin
nerveux, jeune et belle, qui depuis quelque tems
avait une toux sèche et des douleurs de poitrine, a
3i
une suppression subite de ses règles, par la révolu-
lion qu'elle éprouve ; un crachement de sang consi-
dérable se manifeste le mois suivant, et donne lieu de
craindre la pulmonie : son mari lui est rendu; son
état s'améliore : cependant on lui conseille les voya-
ges. Arrivée à Paris, elle nous consulte, son crache-
ment de sang et la suppression d^s règles conti-
nuaient et causaient uniquement son inquiétude: son
apparence de santé était du reste très-heureuse. Le
résultat de notre consultation a été, qu'il fallait bien
se garder de contrarier cette disposition bienfaisante
de la nature; continuer les voyages, insister sur les
adoucissans et le SIROP de THRIDACE. {Voir la notice,
p. 78.) La seule circonstance que nous pensions qui
puisse devenir favorable à un pareil état, serait une
grossesse ; cette dame n'a jamais eu d'enfans. Nous
possédons beaucoup de faits très-curieux de notre
pratique, qui nous autorisent à avancer qu'on ne
doit jamais agir en médecine sans indication urgente,
lorsque tout ce qui se passe, même contre l'ordre
naturel et accoutumé dans l'exercice des fonctions,
ne cause aucun dérangement sensible dans la santé.
Nous blâmons donc les personnes qui font usage des
PILULES STOMACHIQUES sans le moindre besoin, mais
seulement par précaution.
DESCRIPTION DE L'ÉTAT NERVEUX.
(MAUX DE NERFS, VAPEURS, SPASMES, ÉRÉTHISME,
MÉLANCOLIE, HYPOCONDRIE, HYSTÉRIE.)
Si je voulais du mal à mon ennemi, je lui souhaite-
rais pour supplice des maux de nerfs : il n'est pas d'é-
3a
tat plus cruel par l'anxiété affreuse qui souvent l'ac-
compagne. Si ceux qui tournent en ridicule les per-
sonnes qui en sont tourmentées, les appelant malades
imaginaires, venaient à.ressentir de pareils maux,
ils reconnaîtraient qu'on ne saurait trop plaindre
leurs malheureuses victimes. 11 ne suffit pas à l'être
qui souffre de chercher dans notre art du soula-
gement à ses maux, il lui est bien doux de trouver
quelqu'un qui sympathise d'intérêt avec lui.
Les fonctions les plus nobles, les plus importantes
de l'organisation animale sont sans contredit celles
qui établissent des relations constantes entre l'homme
et tout ce qui l'environne, et qui s'effectuent plus
particulièrement par l'intermède du cerveau et du
système nerveux. Les accidens qui peuvent troubler,
intervertir ou altérer diversement ces relations sont
donc d'un bien puissant intérêt pour noire observa-
tion. Personne ne peut contester l'influence suprême
du système nerveux sur tous les phénomènes de l'é-
conomie vivante. Aussi retrouve-t-on sous cette même
influence le principe de toutes les maladies. C est donc
à la considération des phénomènes nerveux que doi-
vent se rattacher les vues essentielles de la thérapeu-
tique médicinale ; c'est sur une connaissance très-
approfondie du système nerveux et des forces vitales
qui en sont dépendantes, que le médecin doit fon-
der toutes ses indications curatives. Que d'accidens
peuvent résulter de l'ignorance de ces indications !
Les maladies, ainsi mal dirigées, perdent leur type
naturel. De simples qu'elles étaient, elles deviennent
composées; de chroniques elles deviennent aiguës;
de bénignes elles deviennent malignes. La théorie du
cerveau, des nerfs et de leurs facultés, est, comme
33
on l'a dit avec raison, la clé delà médecine prati-
que.
Si l'on se persuadait combien les causés des ma-
ladies nerveuses sont variées et souvent mystérieu-
ses, on examinerait, on questionnerait les malades
avec beaucoup plus de patience et d'intérêt, de dis-
crétion et de soins qu'on ne le fait communément, et
l'on ne manquerait pas de découvrir le principe, la
véritable nature de ces affections, dont, il faut l'avouer,
le Protée dans ses métamorphoses, le caméléon sous
ses différentes couleurs, n'expriment encore que
faiblement la variété et la bizarrerie.
L'état nerveux a pour caractère essentiel une ex-
cessive sensibilité avec une très-grande irrégularité
dans l'exercice des fonctions. On peut être éminem-
ment nerveux sans avoir jamais éprouvé de ces
mouvemens convulsifs, appelés attaques de nerfs.
Plusieurs autorités imposantes et ma propre ex-
périence me portent à affirmer qu'il existe des ma-
ladies purement nerveuses, sans.eucune apparence
de lésion organique; cet état est souvent héréditaire.
Les personnes qui en sont atteintes , présentent les
caractères suivants, du moins le plus communément:
stature grêle, cheveux bruns ou noirs, yeux grands
et langoureux dans la jeunesse et sombres dans un
âge plus avancé, teint sans fraîcheur; les femmes de
ce tempérament ont la peau belle, mais sèche; leur
air annonce la nonchalance dans tout ce qu'elles di-
sent ou ce qu'elles font; les hommes, au contraire
présentent une certaine vivacité avec une impatience
extrême , mettant de la promptitude clans toutes les
actions qui ne demandent pas beaucoup de.force et
de constance. L'état nerveux domine dans les sran-
34
desvilles, dans les capitalesetsurtôutcliez les femmes.
Pourquoi, créées pour notre bonheur, sont-elles
donc généralement si à plaindre !
Les circonstances qui développent ou aggravent
rétâtnérveux, l'hypocondrie particulièrement, sont :
la vie sédentaire, les alimens échauffants, toutes les
boissons spiritùeuses, le thé, le café, les plaisirs
sensuels portés à l'excès, ou une trop grande conti-
nence, la fréquentation du grand monde et de la
cour, les "postes éminents dans lés affaires, l'applica-
tion trop assidue à l'étude, les travaux de'cabinet,
les veilles, le jeu, l'abus des boissons chaudes, des
délayans et des râfraîehissans, des saignées et des
sangsues, enfin le nouveau système médical. Ajou-
tons à ces causes l'influence de certains virus et
trâitemens mercurièls trop actifs, l'allaitement trop
prolongé, la présence-des vers dans les intestins,
des maladies organiques, et souvent la crainte seule
d'en être affecté; la cessation brusque des sueurs
habituelles aux pieds, aux mains, aux aisselles,
derrière les oreilles; d'écoulemèns provenant d'exu-
toirés, d'ulcères ou d'affections cutanées; le dépla-
cement dés affections rhumatismale, goutteuse, dar-
treuse, vénérienne, les suppressions de transpiration,
d'un fluxdesang périodique ; l'omission d'évacuations
sanguines ou dé purgations dont on a contracté
l'habitude, la répercussion ou la rentrée d'éruptions
cutanées, le transport du lait dans la masse du sang.
A ces causes nombreuses et variées, il faut ajouter
l'intempérance, les fortes émotions morales, la
perte d'objets chéris, lé chagrin d'avoir quitté son
pays, des inclinations ou vocations contrariés; des
passions malheureuses, des revers de fortune, des
35
soucis domestiques, des peines de coeur, des ambi-
tions déçues, la jalousie, l'ennui, l'oisiveté, là crainte,
et en général toutes les affections pénibles de l'âme,
vives et continues.
Les maladies nerveuses sont beaucoup plus com-
munes aujourd'hui qu'autrefois: les motifs paraissent
en être dans les progrès de la civilisation, la succes-
sion des révolutions, les invasions étrangères, la
mobilité extraordinaire des événemens, des commo-
tions politiques, qui blessent chacun dans ses affec-
tions, dans ses intérêts, dans ses opinions, et qui
souvent divisent les meilleurs amis et jettent la dis-
corde dans les familles; l'amour dés sciences, la cul-
ture des lettres et des arts beaucoup plus répandus.
On remarque que les poètes, les peintres et les musi-
ciens qui exercent continuellement leur imagination,
sont fréquemment atteints d'hypocondrie. D'après
l'observation d'Aristote, la plupart des hommes cé-
lèbres, et les femmes d'un grand esprit, sont atteints
de mélancolie. •
On peut encore ajouter à tous ces motifs de la fré-
quence des maladies nerveuses dans le siècle actuel,
une avidité extrême de changer de situation, de
condition (dans tous les rangs de la société), l'excès
du luxe et de la mollesse, la lecture des romans, et
tout ce qui produit une grande exaltation de toutes
les facultés.
Plusieurs médecins très-célèbres ont attribué les
affections nerveuses au dessèchement et même au
râccornissement des nerfs; je ne suis pas de leur
avis, par la raison qu'on voit des personnes ayant
de l'embonpoint, en être horriblement tourmen-
tées.
36
Une longue expérience dans le traitement de ces
maladies, me donne la conviction que leur siège pri-
mitif est le plus souvent dans le cerveau, quelquefois
dans les viscères du bas-ventre ( l'estomac particu-
lièrement) et dans la matrice chez les femmes. Ce
n'est pas dans l'altération du tissu nerveux lui-même
qu'on en trouve la cause immédiate, c'est dans le
trouble, l'anomalie des propriétés vitales de ce sys-
tème, et surtout dans l'exaltation de la sensibilité
organique.
L'état nerveux mélancolique était appelé par les
anciens atrabilaire, d'après l'idée qu'ils avaient de
la nature d'une bile noire dont nous avons souvent
constaté l'existence, Qu'il nous suffise d'opposer à
ceux qui la nient, ce qu'a écrit à ce sujet le profes-
seur HALLE (I) :
« Nous avons vu, dit-il, cette humeur telle que
» les anciens la décrivent : parfaitement noire, ne
» pouvant être dissoute dans l'eau, ne présentant,
3> quelque délayée qu'elle fût, aucune teinte diffé-
» rente du noir parfait, et ne se rapprochant par
» aucune nuance, ni de la couleur du sang, ni de
» celle de la bile : nous l'avons observée dans les af-
» fections mélancoliques et hypocondriaques : la
» constipation lui est ordinaire. »
Dans la mélancolie, il y a constipation ou bien
(1) Nous saisissons avec empressement cetta occasion d'offrir
un témoignage public de notre reconnaissance à la mémoire
de cet illustre professeur, qui nous honora de sa bienveillance,
dans un rapport que la société de la faculté de médecine de
Paris fit sur un mémoire que nous lûmes au sein de cette
société savante, et qui fut inséré dans le bulletin de ses séan-
ces ,N° IX, novembre 1813 ( sur l'hortopédie )
37
excrétion de matières noirâtres et poisseuses, et
d'une odeur infecte. Ces matières s'attachent forte-
ment au vase dans lequel on les évacue; elles ne
peuvent se mêler à l'eau; elles forment quelquefois
des crises lentes.
« Une jeune juive se croyait condamnée aux peines
de l'enfer : depuis plus d'un an elle poussait des cris,
ou plutôt elle faisait des hurlemeris continuels, Tous
les moyens employés pendant ce tems dans l'hos-
pice de la Salpétrière avaient été inefficaces. Il s'éta-
blit une diarrhée violente de matières noires,; pois-
seuses, d'une fétidité insupportable : cette fille
maigrissait et s'affaiblissait; mais dans le même tems
la mélancolie diminuait; enfin la diarrhée cessa, et
la malade, qui avait recouvré sa raison, reprit des
forces et de l'embonpoint ( A.rJ. LANDRÉ BEAUVAIS,
séméiolique). »
Les personnes nerveuses sont plus souffrantes
l'été et l'automne, et par les variations subites de
température; le grand.froid irrite aussi les nerfs. Les
boissons acides, le thé, le café (surtout au lait chez
certaines personnes), le vin blanc, occasionent quel-
quefois des tremblemens, des spasmes, des malaises,
une agitation intérieure indéfinissable : les brbuil-
lards donnent la migraine, les tems pluvieux
oppressent, ôtent l'appétit; les tems orageux font
éprouver une anxiété inexprimable, des maux de
tête, des maux de coeur, de l'assoupissement. L'état
nerveux est en général caractérisé parles symptômes
les plus bizarres et les plus mobiles , sous l'influence
des plus légères causes morales : coloration irrégu-
Jière des joues, la figure tantôt très-animée, tantôt
défaite, ^battue, toute décomposée; dans la même
38
jaurnée; mouvemens convulsifs dans quelques
muscles de la faoe. Le plus souvent on a la tête
brûlante et douloureuse; on ressent des bouffées
de chaleur, ou l'on éprouve par intervalle une sen-
sation très-vive de froid. C'est ordinairement le som-
met de la tète qui est douloureux. On voit des
femmes y éprouver une douleur comparable à celle
que produirait un clou qu'on y enfoncerait {clou
hystérique); le crâne semble quelquefois comme
accablé sous le poids d'une calotte de plomb, ou
bien comprimé latéralement comme dans un étau.
La peau qui le couvre devient par fois si sensible ^
que les malades disent ressentir de vives douleurs,
jusque dans les cheveux. Certaines personnes éprou-
vent fréquemment un sentiment de détente dans la
tête (ou même dans la poitrine et le bas-ventre), et
en comparent le bruit à celui qui résulterait d'une
forte détonation électrique, ou de la décharge d'une
arme à feu; d'autres disent éprouver des bouillon-
nemens dans l'intérieur du crâne, des battemens ou
un bruit comparable au son d'une cloche; quelques-
uns se plaignent d'avoir la tête vide ou craignent
continuellement de la perdre. Alternative de froid
et de chaud simultanément ou successivement en
différents endroits du corps ; insomnie , rêves tristes
et pénibles, cauchemar, idées sombres et chiméri-
ques, crainte continuelle de la mort : on voit cepen-
dant des personnes la désirer et se la donner. Visions
pendant le sommeil, auquel on redoute même alors
de se livrer, se trouvant plus mal au réveil, ou se
réveillant en sursaut : éblouissemens, étourdisse-
mens, vertiges, sifflemens, bourdonnemens, tinte-
mens d'oreilles et même surdité; assoupissemens,
59
fortes douleurs vers les yeux, surtout dans le fond
4 de l'orbite. Les personnes nerveuses ont en général
la peau sèche, sans transpiration ; une lumière trop
vive, le bruit., la musique, certaines odeiirs, les in-
commodent à cause de la sensibilité très-grande des
organes des sens. Le froid le plus léger et la chaleur
la plus modérée font sur elles les plus vives impres-
sions. Elles sont très-sensibles à l'état électrique de
l'atmosphère et aux variations brusques de tempé-
rature; le moindre bruit les fait tressaillir, les agace,
les importune; des douleurs de diverses natures, se
font sentir durant le cours d'une même journée,
d'une même heure, dans les parties les plus oppo-
sées, j Sentiment de lourdeur, d'inquiétude, de lassi-
tude, de pesanteur dans les bras et surtout dans les
cuisses et les jambes; craquemens dans les articula-
tions , picottemens, démangeaisons par tout le corps,
chaleurs brûlantes aux pieds et aux mains; crampes,
tremblemens, fourmillemens, engourdissemens ,
constriction spasmodiquedans la poitrine; sensation
d'une boule qui monte du bas-ventre (avec serre-
ment au gosier, chez les femmes surtout), ou d'une
pelotte de.fil qui se déroulerait, ou bien de la pré-
sence de vers, ou de tous autres insectes! Quelque-
fois les intestins semblent comme noués, comme
pelottonnés. Certaines personnes croient sentir dans
le gosier un morceau de pomme ou de chair; bou-
che pâteuse, amère, la langue couverte d'un enduit
muqueux, surtout le matin ; envies de vomir, rap-
ports acides, appétit affaibli, capricieux, augmenté
ou dépravé; crachottemens continuels, salivation
quelquefois abondante , avec acidité, aigreurs in-
supportables ;géne et plénitude vers l'estomac après
4o.
le repas, avec borborygmes, tension, gonflement
des hypocondres ou de tout le ventre; dégagement
de vents dont la sortie soulage infiniment, vomisse-
mens d'eaux claires, de pituites, de flegmes épais,
ou d'une liqueur verte ou noirâtre comme du mare
de café. Tous ces symptômes sont moins intenses le
matin, en général, que le soir et la nuit; ils sont
très-prononcés après que Ton a mangé; les urines
sont le plus souvent pâles et limpides: elles arrivent
quelquefois par un flux subit et abondant, et le
lendemain elles coulent goutte à goutte avec dou-
leur et sont très-chargées. Il existe assez ordinai-
rement une constipation opiniâtre.
Beaucoup de personnes, dans un pareil état, qui
est des plus pénibles, conservent de la fraîcheur,
ont la figure colorée, animée et toute l'apparence
de la santé, avec un grand développement du sys-
tème musculaire : c'est ce qui fait que malheureu-
sement on ne commence à ajouter foi à leurs maux
que quand leur embonpoint diminue, que leur
teint pâlit, et que toutes les fonctions paraissent
languissantes; souvent alors la peau devient terne,
sale^farineuse, et le siège d'éruptions très-variables
par leur intensité et leur nature;des palpitations de
coeur se font souvent sentir dans une grande éten-
due; elles empêchent les malades de se coucher sur
le côté gauche, et viennent par fois interrompre leur
sommeil. Les palpitations nerveuses se distinguent
de celles qui sont occasionées par le sang, en ce
qu'elles ne sont pas continues, c'fest-à-dire qu'elles
ont des intermissions , qu'elles diminuent beaucoup
d'intensité en certains tems, et par les antispasmodi-
ques; qu'elles se manifestent à la plus légère émotion
4i
de plaisir ou de peine ; qu'elles augmentent par toutes
les impressions vives, toutes les affections morales
tristes; elles sont diminuées par un exercice modéré:
ce qui est l'inverse dans les véritables anévrismes
du coeur et des gros vaisseaux, où elles sont conti-
nues ou subissent à peine quelques légères rémis-
sions. Le pouls est extrêmement variable, inégal,
intermittent: quelques personnes sentent, entendent
distinctement un battement général de toutes leurs
artères; la plupart des mélancoliques, des hypo-
condriaques sont affectés d'hémorroïdes (i).
Chez les femmes on observe que les règles au
heu de se supprimer, augmentent souvent d'abon-
dance : il n'est pas rare de les voir cesser avant le
terme ordinaire prescrit parla nature, et être rem-
placées par des flueurs blanches.
Plusieurs malades ressentent des douleurs comme
s'ils avaient eu des contusions : ils ont de l'oppres-
sion et de tems à autre une gêne considérable de
la respiration, la poitrine est comme comprimée
par un poids lourd, ou serrée dans un'étau.
Ils éprouvent une petite toux sèche, des baillc-
mens, des hocquets, un état spasmodique du larynx,
accompagné quelquefois de la privation de la parole
et delà voix ; et souvent des défaillances comme si
la vie allait les abandonner.
Les personnes nerveuses ont en général la peau
sèche, sans transpiration; de même qu'elles suent
facilement à la moindre fatigue.
(1) Manuel des Hémorroidaires , par le docteur DELACROIX.
L'annonce s'en trouve sur la couverture du présent ouvrage.
/,2
Voici une observation d'une maladie nerveuse
portée au dernier degré.
M. le comte de Puységur, après avoir été long-
temps tourmenté par des accidens éminemment ner-
veux, tomba dans état de marasme et d'hypocondrie
dont il est difficile de se faire une idée, et qui coïn-
cidait avec une constipation des plus opiniâtres. Il
était devenu d'une irritabilité telle, que le retard ou
l'avance d'une demi-minute des instans prescrits par
nous, pour l'administration de ses médicamens, lui
faisait agiter violemment sa sonnette, et il tombait
de suite dans un état de spasme et d'angoisses inex-
primables.
Nous parvenions toujours à calmer ces crises ner-
veuses à l'aide du SIROP DE THRIDACE et des bains
tièdes. Le malade était tellement attentif à ce que la
température de son bain fut toujours au degré re-
commandé par nous, qu'il retombait dans de nou-
veaux spasmes à la plus légère variation de sou
thermomètre qu'il ne perdait pas de vue.
Quelque difficile que soit le traitement des mala-
dies nerveuses, nous pouvons affirmer avoir réussi
le plus souvent à les guérir, lorsque les malades
avaient assez d'empire sur eux pour exécuter ponc-
tuellement nos conseils. Laseule méthode convenable
se trouve dans une combinaison heureuse des exci-
tans avec les tempérans, selon que les symptômes
dominans annoncent du spasme, dé l'irritation, ou
un état de langueur et d'atonie. La mobilité extrême
des phénomènes qui s'observent 'dans ces affections,
démontre combien serait peu rationnelle une mé-
thode qui consisterait dans l'adoption exclusive de
l'un ou de l'autre de ces moyens.
43
Lorsque nous reconnaissons qu'il existe actuelle-
ment de l'agitation, de l'excitation, nous insistons
sur les tempérans, sur les délayans; le malade choi-
sira ceux qui conviendront le plus à son estomac et à
son goût : l'eau gommée ou miellée, l'eau de veau, de
poulet, la limonade légère, etc. Nous conseillons les
boissons amères et aromatiques dans les' momens de
faiblesse et de langueur : telles sont les infusions éthé-
réesdë camomille, de feuilles d'oranger, de mélisse,
de menthe, etc., préférablement à leurs eaux distil-
lées, qui sont généralement nauséeuses : c'est alors
aussi que nous employons avec le plus grand succès
les PILULES STOMACHIQUES au moment des repas, sur-
tout quand on est tourmenté par des aigreurs, des
vents et la constipation, et qu'il n'existe ni douleur
ni chaleur vive vers l'estomac et les intestins. Rien
n'est plus propre à fortifier le genre nerveux et le
système digestif que des détentes et excitations al-
ternatives. Nous avons vu des malades dans un état
voisin de la fièvre lente, revenir comme par enchan-
tement à la vie à l'aide de cette méthode, lorsqu'elle
est dirigée-habilement. Le SIROP DE THRIDACE, dont
la notice se trouve page 78, agit dans tous ces cas
avec une merveilleuse efficacité.
Il est indispensable de se soustraire à l'action de
toutes les causes exposées plus haut, comme pro-
duisant l'énervation : rien ne sera donc plus impor-
tant que la sobriété, la continence, l'abandon dès
veilles, la privation des alimens échauffants et des
boissons stimulantes, les distractions, les spectacles,
la gaîté, l'exercice, surtout à cheval, la chasse, les
occupations mécaniques, le séjour à la campagne et
les voyages ; on recherchera un air frais et sec, et
44
on se lèvera matin. Les bains tièdes conviendront
parfaitement s'il existe un principe d'échauffement,
de sécheresse, d'âcreté, si la fibre est trop tendue :
on aura recours au contraire aux bains froids, dans
le tems des fortes chaleurs, lorsqu'il y aura des
symptômes manifestes d'atonie, de faiblesse et d'é-
nervation; ou évitera en général de se faire tirer du
sang dans les maladies nerveuses. Quoique ces ma-
ladies s'observent communément chez les individus
maigres et secs, nous les rencontrons aussi chez
quelques-uns qui sont très-replets et ont la fibre
molle et lâche; les PILULES STOMACHIQUES sont alors
pour ces personnes un excellent remède.
Dans les cas de mélancolie profonde, on purgera
fortement, dit HIPPOCRATE, parce que la bile noire
qui cause la maladie est difficile à entraîner et prend
cette direction ; une disposition hémorroïdaire de -
vient souvent en ce cas très-salutaire.
Le régime des maladies nerveuses variera aussi,
selon qu'il existera un état de spasme et d'irritation,
ou un état de langueur; dans le premier cas, les ali-
mens seront très-adoucissants, et se composeront de
potages maigres, de viandes blanches, de laitage, de
légumes, de fruits et d'eau rougie; dans le second
cas, on préférera la diète animale, les consommés,
un peu de vin vieux de Bordeaux, de chocolat à la
vanille, de thé et de café très-légers. On évitera cons-
tamment les mets épicés, les viandes grasses, les ra-
goûts, les crudités, le vin pur et les liqueurs, tout
en accordant quelque chose à l'habitude, qui est une
seconde nature, et qu'on ne brusque jamais impu-
nément. Beaucoup de personnes croient devoir man-
ger beaucoup, d'autres très-peu: cesont deux extrêmes
45
à éviter; il ne faut jamais surcharger son estomac : il
convient démanger peu et souvent. Lorsque la peau
est sèche, par défaut de transpiration, on éprouvera
beaucoup de bien des frictions faites sur la peau
avec une brosse anglaise ou de la flanelle. Nous
connaissons beaucoup de personnes nerveuses qui
ne peuvent pas supporter les bains; ils conviennent
pourtant assez généralement. Mais pour éviter qu'ils
affaiblissent, il faut, pendant tout le tems de leur
usage, faire tous les jours un exercice modéré en
voiture. L'alternative de cet exercice et des bains
fortifie beaucoup le système nerveux.
Si on envisage les personnes nerveuses sous le
rapport moral, on trouve qu'elles sont irascibles,
difficiles à vivre, à charge à elles-mêmes et aux au-
tres : généralement tristes, sérieuses, timides, mé-
fiantes, inquiètes, irrésolues; dans un état de dé-
couragement, d'abattement, de langueur et d'indif-
férence, s'imaginant n'être aimées de personne,
recherchant la solitude, évitant le bruit et ne se
trouvant bien nulle part : la même mobilité se re-
marque dans les inclinations, les goûts, les penchans,
les affections morales : des pleurs abondants alternant
avec de grands éclats de rire et tous les écarts d'une
gaîté folle; idées sombres et chimériques; apathie,
insensibilité à toutes les jouissances ; on voit tous les
événemens en noir, tout en se trouvant au milieu
des élémens de bonheur, au sein de la fortune et de
tout ce qui peut assurer la félicité domestique; on
gémit continuellement sur son sort, étant rêveur,
concentré, n'épanchant aucun de ses sentimens, au-
cune de ses sensations; on est accablé par les plus
faibles revers, de même qu'on renaît pour la plus
46
simple satisfaction, pour la joie la plus légère5 on
sent qu'on a besoin d'amis et l'on n'en trouve pas
Les personnes qui reconnaîtront chez elles un état
nerveux, d'après l'ensemble des symptômes nom-
breux et variés que nous venons d'exposer, peuvent
être assurées de retrouver les dispositions les plus
hèureuses,_ la santé, la fraîcheur, un bien-être qui
leur était inconnu, la vie en un mot, dans l'usage
continué pendant un certain, terris du SIROP DE
THRIDACE; dont les trois grandes vertus, nous ne
saurions trop le répéter, sont de calmer, de rafraî-
chir, et de procurer un sommeil doux et tranquille.
Nous le prescrivons journellement avec un tel
succès, que nous ne craignons pas de le proclamer
comme une des ressources les plus précieuses de
l'art de guérir. (Voir la notice sur ce SIROP, page 78.)
Lorsque la méthode que nous indiquons, et qui a
eu le plus grand succès toutes les fois que nous
l'avons dirigée, viendra à échouer, ilest bien probable
que l'affection nerveuse sera entretenue par quelque
maladie organique; c'est alors qu'il convient que les
malades se mettent directement en rapport avec
nous, afin de reconnaître, d'après les dispositions
dominantes du tempérament, la véritable nature de
cette affection.
ÉTAT - BILIEUX.
L'état bilieux que l'on appelle aussi plénitude bi-
lieuse , est favorisé par les chaleurs brûlantes de
l'été, par toutes les constitutions chaudes et hu-
mides de l'atmosphère, lès alimens de mauvaise
47
nature, les substances grasses, huileuses; l'excès
des boissons spiritueuses et des viandes; les études
prolongées, l'état sédentaire, le défaut de distrac-
tion et de gaîtéj surtout chez les femmes; les affec-
tions morales tristes, les emportemens dé colère, la
suppression d'éruptions cutanées, d'exutoires, d'ëcou-
lemens habituels j etd
La surabondance de la bile a sa cause prochaine
dans l'activité dii foie qui en secrète une trop grande
quantité.
Les signes qui annoncent que l'on est tourmenté
par cette humeur, sont: une teinte jaunâtre de tout
le corps, et qui est plus sensible dans le blanc dés
yeux, au contour des lèvres et des ailes du nez : dé-
goût pour les alimens et surtout les substances ani-
males, les viandes grasses; soif plus ou moins vive,
désir de boissons froides et des acides, bouche amère
le matin; la langue est couverte d'un enduit jaunâtre
qui se renouvelle à mesure qu'on l'enlève; dégage-
ment de beaucoup de vents, hoquets, rapports avec
sentiment d'aigreurs, de ,goût de soufre ou d'oeufs
gâtés, perte d'appétit; cependant il est quelquefois
augmenté : on croitavoir besoin de manger, on prend
des alimens avec plaisir, mais bientôt après le repas,
on ressent de la pesanteur et du gohflement au creux
de l'estomac, la moindre pression y fait naître une
grande sensibilité ; il y a parfois une douleur vive et
brûlante : ce grand appétit disparaît bientôt complè-
tement; nausées et vains efforts pour vorriir, ou bien
vomissemens de matières très-amères,.jaunes, ver-
dâtres, et quelquefois noires. La langue et les dents
semblent salées; toux sèche qui augmente après
avoir mangé, avec une certaine oppression et malaise
48
vers l'estomac, et qui diminue après le vomissement.
La peau est sèche avec sentiment de chaleur acre et
brûlante au toucher, démangeaisons par tout le
corps, éruptions de clous, de boutons ail visage,
érysipèles ; quelquefois sensation d'un froid univer-
sel avec frisson; courbature, faiblesse et douleurs
avec brisement dans les membres et les articula-
tions; mouvemens lents et pénibles, lassitude dans
les reins et aux genoux; inquiétude et malaise général,
mauvaise humeur, tristesse, anxiété, douleur de tête,
au front et au-dessus des yeux, vertiges, tintemens
d'oreilles, assoupissemens après les repas, retour
plus fréquent des migraines chez ceux qui y sont
sujets. L'opinion de ÏISSOT est que la migraine a
souvent sa source dans les intestins, et dépend d'une
bile acre qui s'y amasse et s'y corrompt : je suis par-
faitement de son avis; aussi ai-je la plus grande con-
fiance dans les PiiiUi.ES STOMACHIQUES, contre la mi-
graine; j'y ai recours pour moi-même avec un succès
constant. Sentiment de réplétionversleshypocondres
qui sont tendus, élevés ou douloureux, coliques, cha-
leurs et borborygmes dans le ventre, irrégularité dans
les selles, qui pendant plusieurs jours sont claires
abondantes, jaunes, verdâtres, brunes ou noires, et
sont remplacées par une constipation opiniâtre. Le
lait et le beurre dérangent les digestions et causent
des débordemens de bile, dont l'âcretéfait éprouver
de la cuisson au fondement; les urines sont le plus
souvent épaisses, fort colorées, avec sédiment qui
s'attache aux parois du vase ; le pouls est ordinaire-
ment fréquent et fort, le sommeil agité par clés rêves
pénibles.
Un pareil élat réclame les évaeuans : les PILULKS

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.