De la Constance des doctrines révolutionnaires. [Signé : F.-C. de La Roussière.]

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impr. de Mellinet-Malassis (Nantes). 1822. In-8° , 12 p..
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Publié le : mardi 1 janvier 1822
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DE LA CONSTANCE
DES DOCTRINES REVOLUTIONNAIRES.
Quousque tandem ?....
C'EST lorsque les mauvaises doctrines menacent
d'envahir la société et que de toutes parts des
vents tumultueux ébranlent l'arbre antique de la
civilisation, qu'il est utile d'en raffermir les racines,
et important de rappeler ces vérités que nos ancêtres
ne consentirent jamais à méconnaître, au milieu
même de leurs plus grands désordres, ces vérités
dont telle est l'évidence qu'elles semblent les bases
naturelles et uniques de ce que l'on peut concevoir
sous le nom d'ordre social. S'il s'agissait d'assigner
ici l'origine de ces principes tutélaires dont les
déductions si nombreuses sont applicables à tant
de cas particuliers, nous les verrions émaner de
celui-ci : La société est établie pour le bien des
individus. Voilà le seul point de vue, mais aussi,
il faut le dire, le point de vue où il est permis
d'invoquer la souveraineté populaire; mot vuide
de sens, si l'on veut entendre par là toute autre
chose, sinon que le peuple doit être le but des
institutions, le centre des efforts, la pensée domi-
nante des gouvernans; mot contradictoire, dès que
l'on vient à y voir l'action immédiate et suivie du
peuple sur lui - même , pour régler et modérer ses
mouvemens. Cette expression si souvent et si fort
dénaturée de nos jours n'est donc en réalité que la-
généralisation de celle de Montesquieu : tout pour
le peuple et rien par le peuple. Car il est de fait
que jamais peuple ne se gouverne, ni même ne
petit se gouverner; toujours la multitude suit à
l'aveugle l'impulsion du petit nombre, et ce petit
nombre d'ordinaire obéit à un seul homme. Périclès.,
selon Plutarque , attachait le sort d'Athènes aux
caprices de son fils, encore au berceau. Le peuple
a ses passions ; mais elles sont endormies , tant
qu'une voix puissante ne vient pas les irriter ; ce
sont les voiles qui poussent le vaisseau ; mais qui
privées du souffle des vents restent oisives et
flottantes.
Si la société est établie pour le bien des individus,
il lui faut donc des institutions qui la protègent,
des institutions fortes qui la posant et la consolidant
sur des bases inébranlables, puissent refréner toute
Impétuosité capable de l'arrêter dans le développe-
ment de ses moyens. De là, sans doute la nécessité
rigoureuse de la stabilité des trônes. Il en est de
l'état comme de la famille, l'alliance en fait la force;
la foi jurée en est le noeud ; et c'est pour la félicité
des parties contractantes que, de sa nature, il est
indissoluble. La sagesse s'élançant toute armée du
cerveau du maître des Dieux est l'emblème du
Pouvoir; et cette doctrine regardée comme religieuse
chez les payens et qui a bien une autre extension
dans le Christianisme qui consacre les Pipis , est
encore plus dans l'intérêt des peuples que dans
l'intérêt deceux qui leur commandent. Pour s'en
convaincre, il n'est besoin que d'ouvrir l'histoire.
Que de pages écrites en caractères de sang , parce
que ce seul principe a été méconnu! chaque feuillet
en effet nous déroulera les dangers renaissans, les
incertitudes continuelles inhérentes aux formes po-
(3)
pulaires, dès qu'on veut en faire l'épreuve sur les ,
plus faibles objets. Que sera-ce, si l'on s'en sert
comme d'un premier rouage pour la machine poli-
tique? Chaque feuillet nous démontrera la folie d'une
égalité absolue parmi les membres de l'association,et
l'impossibilité physique et morale de niveller ce qui
tend à s'élever. Toutes ces théories ne. sont plus
que des vieilleries révolutionnaires qui font sourire
de pitié, et autant de rêveries qui ne peuvent plus
être que l'aliment d'esprits malades. Que les fauteurs
de ces belles découvertes poursuivent cet objet chi-
mérique qu'ils ont appelé, état de nature. Qu'ils
cherchent les fondemens de cette civilisation d'un
jour dans l'isolement complet de l'homme, dans
des rencontres fortuites, au milieu des bois, des
ours et des tigrés. Ce n'est point là la vérité. La
raison d'accord avec le plus ancien des livres,
nous montre la société descendre à la voix d'un
Dieu sur la terre d'exil. Dès que nous voyons se
multiplier les hommes, ces enfans d'une meilleure
espérance, nous voyons constamment la supériorité
dominer et l'infériorité obéir. Cette: prééminence
agit ipso facto ; la force , l'adresse corporelle suffisent
pour de venir les fondemens de cette inégalité; à
l'insçu même des individus intéressés, elle s'établit
parmi eux , dès leur berceau, sous les auspices de
la nature ; et peu à peu , elle se distingue en différens
dégrés, elle s'agence, elle se régularise, sous les
auspices de la société qui applique la sanction des
lois. Un seul état existait en Europe et avait conservé
dans son gouvernement ces moyens d'action tumul-
tueux, dont les résultats sont toujours si précaires;
il les avait retenus peut-être comme un mémorial
d'une ancienne conquête, ou comme l'on orne les
palais de vieux trophées , de vieilles armoiries,
monumens durables de la valeur et de la vertu des
générations qui succombent. Or voici : la discorde
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a miné, ses remparts; il est devenu la proie de ses
Voisins et son nom a été effacé parmi les noms des
nations. Tandis que le dogme de l'hérédité, de la
transmission légitime, ; sous Charles VII, réparait
le malheur de plusieurs règnes, éteignait la division
intestine et préservait la France de la domination
étrangère ; et , plus tard, à travers les fureurs de
la ligue , il conservait intacte la monarchie au fils
de Jeanne d'Albret.
Multos que per annos ,
Stat fortuna domûs et avi numerantur avorum.
C'est donc sagesse de recueillir religieusement
ces précieux débris, de la croyance de nos pères;
c'est donc aussi sagesse de renoncer enfin à l'em-
ploi de ces mots indéfinis et vraiment indéfi-
nissables de liberté, d'égalité , de souveraineté dit
peuple, que chacun, à l'heure de nos dissensions,
invoquait et appliquait à sa guise. Laissons quel-
ques insensés se couvrir de ce voile trop transparent
pour leur honneur: Laissons quelques misérables
préméditer de nouveaux forfaits, pour faire oublier
d'anciens crimes. C'est à ces âmes viles qui calcu-
lèrent leur prospérité sur la ruine de leurs con-
citoyens , c'est à ces âmes dont le naturel est
celui des tigres , que le burin incorruptible de
l'histoire attribuera en propre tant d'horreurs ,
dont ils voulaient , dans leur égarement, accuser
de complicité la nationa Française : pensée par
trop impie , pensée par trop atroce , de déverser
l' infamie sur ceux que l'on égorge comme vic-
times! A Dieu ne plaise de leur disputer une si
déplorable gloire ! La seule chose qui nous inté-
resse dans une telle circonstance ; c'est d'apprendre
à connaître et à juger les hommes, c'est de nous
sevir du passé , pour apprécier leur tactique,
leurs moyens , leurs projets; afin de pouvoir les
montrer au moude dans leur infame nudité et

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